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Bittersweet Insomnia ♔ Fange
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Quenotte
Mer 2 Aoû - 17:02

     


     
My conscience begs for time

     
Cause you can't fight the clock

     
Le ciel s’est ébranlé d’une fissure, chialant son désespoir par trombes d’eaux qui, bientôt, feront autour d’eux un océan tout à fait convaincant.

Quelqu’un là-haut s’est oublié dans ses larmes et cela goutte, cela frappe en grands tambours de guerre sur les carreaux. La lumière s’est étranglée, étouffée par un linceul de coton ouaté qui a embaumé le ciel. C’est comme un pansement pour soigner le ciel, arrêter l’averse qui noie le potager. C’est Chaman qui va se morfondre alors, de voir sa belle récole noyée, ses pauvres plantes, ses concoctions odorantes malmenées par les intempéries. Il serait peut-être bon, songe-t-elle, de protéger l’endroit d’une quelconque installation savante. Quelques poteaux, une corde à linge et une bâche feraient bien l’affaire. Distraitement, ses doigts se délacent et s’étendant, griffonnant à la hâte l’idée en quelques lignes dans son carnet.

Ici le vide se prélasse depuis hier au soir déjà. Une semaine qu’elle n’a plus sauté. Ne s’est en tout cas pas sentit agir. Elle a trouvé au grenier l’écho sordide de ses pensées, un luxe qu’on ne se paye plus dès lors qu’on partage un dortoir avec l’éminence velue d’un Raspoutine en pleine effervescence. Celui-ci finira bien par ravaler sa barbe mais elle doit pour l’heure se reposer. Sans Ephélide, l’endroit bourdonne presque sous l’assaut d’un silence aveuglant. Il n’y a pour l’accueillir plus que le matelas et les quelques affaires qu’elle a emportées pour son pèlerinage coutumier. Audrey tout d’abord, fière boule d’épine dans son pot, fidèle compagne de ses errances. Le carnet aux secrets, aux mille pages ouvertes sur les vestiges de La Maison. Puis la chemise. La toute lignée, la toute carrelée trônant à ses épaules noueuses. Pas la sienne, ou peut-être un peu. Ce qui est à lui est à elle. Ce qu’il déniche lui appartient corps et âme. C’est un outrage, un vol et un indice. Une chasse au trésor dont elle est le prix. L’éternelle répétition d’une pièce qui entre eux se joue depuis des lustres déjà.

Attendre dans la poussière, sous les rayons furtifs de lumières. Attendre à étouffer, dans un placard ou sous un lit, tapie dans un fourré. Attendre le museau de l’autre, qu’il l’agrippe et qu’il la trouve. Il y a là-dedans comme une preuve de leur union. Une illustration irréfutable du lien qui les unis, tant et si bien qu’elle se vexerait qu’il ne la trouve pas. Ou bien qu’ils ne saisissent pas le jeu, l’annonce de la chasse. En attendant elle fait figure de cire, figure de rien, retranchée entre deux sièges aux accoudoirs éclatés et quelques cartons aux babioles oubliées. Elle y a même cherché la réserve secrète de Capitaine, les premières heures, avant de se laisser et se faire toute petite, phalène minuscule sous le fracas de la pluie.

A guetter chaque ombre, à tendre l’oreille au moindre bruit, on finit par s’y confondre. On finit par s’y fondre, à chaque rainure des lattes, à chaque goutte de pluie. On finit par couler, suffoquer et sans même l’avoir voulu, être déjà de l’autre côté. Mais elle reste éveillée. La rougeur à son bras creuse comme un vestige désagréable de sa dernière escapade et il lui semble que Rictus est plus acharné encore depuis les derniers Départs. C’est qu’elle a disparu, l’aura protectrice du fantôme, du grand Cerf Banshee. C’est qu’il s’en est allé le Roi Blanc et désormais c’est tout au mieux un vulgaire bouc qui a repris sa place. Et dans la cohue elle erre, un peu déboussolée dans son aisance naturelle, un peu seule aussi, même au côté d’un Fange toujours plus occupé par ses ratons.

Et dans tout ça, le chien et la trace. La toute rouge, petit bout de Maison délavé à son bras. Dans tout ça la fuite, l’isolement. Dans tout ça qui ne tourne plus rond, quelques lames éclatantes qu’elle a emportées avec ses secrets. Mieux que des pilules et bien plus luisantes. Volées chez les Rats lors de ses visites sporadiques. Ils ne sont de toute façon bon qu’à en faire des boucles d’oreilles. Une échappatoire plus efficace que n’importe quelle pilule. Rose, bleu, blanche. Le reflet métallisé lui est dans cet océan de sucre un plus grand réconfort. Une sonnette d’alarme pour sa culpabilité. Crevé, crevé le toutou de petit frère. Et enterré au fond du jardin avec ça, entre les pattes d’une Grande Rouge qui tôt ou tard finira elle aussi par lui faire de l’ombre.

C’est ainsi, c’est La Maison et les choses y tournent. Se fracassent et s’emballent si l’on n’y prend pas garde. Et plutôt crever que d’y perdre sa place. Chez les Cerfs ou chez son frère. La perle rouge ondoie et s’écoule, perce à son doigt une avancée guerrière tandis qu’elle écarte sa main de la lame. Un pincement pour tant d’autres causés, ce n’est sans doute que justice.

En bas, près de l’échelle, ça gratte et ça cogne. Peut-être Minuit qui cherche à entrer, qui la hait de l’avoir abandonné. Peut-être bien pire. Un de ces trop nombreux ennemis qu’elle se sera fait. Peut-être trois fois rien.

Peut-être le chaton.

Les lunettes fissurées de Banshee retrouvent leur place sur son nez et elle se terre, se trouve une place plus loin encore entre les décombres de La Rouge, hors de vue et de coup de patte. Hors de morsure quand les lames trônent encore à ses pieds.
     
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Fange
Dim 6 Aoû - 23:13

     

     
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Pluie. Grands torrents, rideau presque immaculé, des tas de gouttes moisies qui rafraîchissent à peine l’air, envoyant à leurs gueules aux fenêtres les brumes odorantes de la forêt non loin. Ça sent la vase et la boue et la rouille aussi un peu. Ça tombe, comme ça voudrait noyer le monde et en silhouette noire sur fond presque bleu, Fange avance, traversant les couloirs en laissant derrière lui chaque empreinte de boue, chaque marque visible de ses propres frontières. Il a les cheveux qui cavalent sur ses épaules, le long de son dos mais les manches fracassées de ce qui était autrefois un tee-shirt dévoilent la chair de poule qui lui frissonne les poils. Il a froid, il s’enrhume un peu. Il tient dans une main son walk-man. De l’autre le cou de ce putain de chat. Et ignorant les témoins qui pourraient, s’ils osaient, se foutre de sa gueule de basané, le secoue un peu en évitant ses griffes.

« Allez cherche la, t’es doué à ça hein ? Cherche la ! »

Ce n’est pas tant un vol qu’un appel. Quenotte ne touche à sa chemise que pour les grosses circonstances – qui donc se le permettrait ? Aucun de ses rats, aucun des loirs endormis, aucun des cerfs-mal-aimés, pas même cette grande couille de Raspoutine. Aucun cygne non plus au risque de se faire dépiauter comme Moineau, putain de Moineau venant toujours renchérir à ses sifflotements, qui a eu la gorge aussi coupée que son sifflet. Non personne sur terre, ni adulte ni gamin, ne se permettrait de toucher à son bien le plus précieux dans la Maison. Aussi, ça ne peut être qu’elle. Et ainsi, ça ne peut être que grave.

Hélas pour Fange et ses efforts, les cachettes de sa sœur sont inépuisables. Et le chat, Minuit, se débat beaucoup trop pour lui être d’une quelconque utilité. Pour finalement lui échapper, dans une estafilade de sang. Et se barrer à l’angle d’un couloir, la queue encore tordue, feulant.

« Va chier… » Marmonne aussitôt le basané et ses épaules s’affaissent. Serait-ce le concept même de leur inévitable avenir ? Eux deux, grands, sans retrouvailles ? Elle, lui échappant au point même de disparaître ? Et puis quoi encore ? L’évanouissement complet de Quenotte comme si finalement, elle s’était trouvée une planque entre deux mondes. Son évanescence si implacable que nul autre que lui ne pourrait s’en souvenir ?

« Avant j’arrivais à te retrouver rien qu’en écoutant le silence… » Il ferme les yeux. Mais il y a tellement de sons ici, putain. Tellement de voix, de cris, graves, aigus, chialant, suppliant, engueulant, s’exclamant. Tellement, tellement de monde. Loin de leur chambre capitonnée à l’Institut, avant. Loin de leur chambre à deux et la respiration lourde du bébé dont il a fini par oublier le prénom, quand père n’était pas qu’un morceau de viande planté à la pointe de son couteau.

Une chambre si petite, presque comme un placard, et leurs deux corps juxtaposés, lui en haut, elle en bas, parce que dans tous ces instincts de chasseur, lui restait en hauteur, prêt à bondir quand elle rêvait de se tasser, de disparaître, tout en enviant sa hauteur.

Hauteur.

Ses yeux se rouvrent brutalement et il se met à courir. Bouscule une gonzesse échappée du Sépulcre qui ravale aussitôt ses injures. Dérape sur une dalle encore humide, échappe à l’appel d’un camarade « Boss ! » rat peut-être même du Borgne et prend la direction de l’aile nord. Là où se dissimule la trappe comme l’échelle qui se vomit à lui. C’est tout aussi rapidement qu’il grimpe, puis s’abaisse. Retient une toux dans toute cette poussière. Détaille chaque relief des événements abandonnés ici, des souvenirs comme des âmes qui s’entremêlent dans l’angoisse d’être délaissés définitivement.

Puis ses pas font comme des coups. Et il repousse chaque meuble, chaque carton, avec la douceur d’un antiquaire. Finit par soulever un coussin, puis un reste de statue.

La découvre presque prostrée sur elle-même, emmitouflée dans sa chemise comme dans une couverture.

Elle saigne du doigt. Elle a le regard aussi livide qu’une pleine lune. Et Fange prend soudain conscience, malgré la difficulté que cela lui impose, que Quenotte ne va vraiment, vraiment pas bien. Un filament aussi déchiré que le reste d’une culotte, Avant. Un papillon aux ailes trop faibles.

Ses propres doigts s’avancent, les ongles noirs comme la fourrure de Minuit. Il lui pince presque l’épaule.

« C’est toi le chat. » Cache-cache, trappe-trappe, mais point de loup désormais. Les aboiements se sont tus et l’Envers grimpe. Fourmille de feuilles longues comme des cordes, de lianes étendues sur une humidité de terre sans herbe, d’arbres tordus comme des cadavres errants, aux troncs si blancs qu’on les croirait irisent. C’est péniblement qu’il l’attire sans pour autant l’emmener. Fait de ce grenier un Entre-deux confortable et le carton derrière lui étant devenu une souche bien plus saine, s’assoie près d’elle. Attrape ses mains et lui suce le sang. Le regard aussi pensif que rassuré, maintenant.





     

 
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Quenotte
Lun 7 Aoû - 17:02

     


     
I'm just a bigger baby me

     
Acting smart, oh what irony

     
Elle est toute de cire et de cendre engluée aux lattes de son sanctuaire rien qu’à elle. C’est une poupée qu’on a oubliée là en offrande et lui un moustique assoiffé qui scrute et tournoi. A son entrée, à son fracas, elle s’est tue, retenant soupirs et respiration. Son Fange, son grand crasseux de quinze ans et déjà plus homme qu’ils ne le seront jamais à deux. Et même elle sans mamelles ne peut y prétendre. Il rôde, prédateur de tout poil, et en un craquement de parquet, la déniche en l’attire. Il aura mis le temps, songe l’amère phalène, chrysalide de chemise et des carreaux entrecroisés. Le silence éclate, se crève et ce n’est pas si différent de chez les Cerfs désormais. Là où elle erre parfois, à écouter les élucubrations de Chaman, les froissements discrets des pas de Fantoche dans son dos. Un bourdonnement tranquille de ruche affairée, jusqu’au premier beuglement de Raspoutine. Sans doute ne se fera-t-elle jamais à l’idée. Pas plus que d’avoir à lui parler pour le comprendre, le frère. Comme ils étaient bien alors, avec leurs grognements et leurs jeux. Jusqu’à ce qu’on les tire de là. De la chambre au papier nuageux. Les psychiatres se sont accordé à dire que cela ne pouvait que leur être bénéfique. Connerie.

C’est un mouvement suspendu, un fil de vie que l’on coupe et s’abat sur son épaule d’une pince bienveillante. C’est elle le chat. Ah. Le chat, le fauve à boucles dans une prison de verdure. Une forêt, une jungle si dense qu’on Il n’y entendrait pas percer les aboiements d’un clébard. Prudente néanmoins, elle lève le museau là où s’entremêlent la mousse et les lianes, pendant en ondulations tranquilles de boas assoupis. Pas l’ombre d’une patte qu’on lui lèche les siennes, aspirant le sang à même sa peau. Un petit peu d’elle en lui. Donnant donnant, chuchote la bague à son doigt, la boucle brune entre les noiraudes.

- Non. Je ne veux plus sauter. – C’est un avertissement. Qu’il ne dérive pas de trop et elle demeure terrée là, à ce coin de la pièce qui n’est pas sans rappeler la leur à l’hôpital. Souvenir spectral d’une sécurité depuis longtemps évanouie. Dans La Maison, même les puissants sont de toute part attaqués. Aux flancs comme aux yeux, par des hordes d’oiseaux et de chiens. D’un bras tendu elle expose la morsure. – Il va nous trouver, et nous mordre. Foutu clébard…

Il y a de ces problèmes qu’on ne règle pas avec quelques notes et des secrets sur le bout de la langue. Il a des erreurs qu’on n’efface pas à coup de gomme ou de peinture sur les murs à chaque Septembre. Bientôt viendra le temps du renouveau et de cacher la misère, de retracer aux murs leurs empruntes et leurs cris. Mais les morts demeurent et dans l’œil de Fange ne brille pas l’once d’un regret. On ne tue pas ce qui est déjà mort et il aura leur peau avant leurs dix-huit ans pour sûr. Le tissu de sa robe se froisse et ondule lorsqu’elle bondit vers l’avant, l’emprisonne dans sa propre chemise, roule avec lui dans la boue et les herbes folles.

- C’est toi le chat.

Un chat qui l’épousera lorsqu’ils auront grandi. Lors des dix-huit ans fatidiques et c’est tout ce qui aujourd’hui la fait encore tenir. Et ils s’en iront loin avec L’Envers collé au corps. Loin de tout ce qui a pu les tordre et les blesser, avec une robe blanche et un bouquet. Avec un tel nom, le Grand Pape pourrait bien lui-même consentir à les marier. Sur son ventre elle bascule, le noie de toute l’encre bouclée de sa tignasse, dans cette prison qui n’appartient qu’à et où en demi-lune se dessine l’ombre d’un rictus étranglé.

- Je veux plus sauter… Et je veux plus descendre avec les autres… Pas sans Banshee. Je n’arrive pas à croire qu’il a… Désigné Raspoutine comme successeur. – Le Faune, le satyre. Le grand braillard velu qui n’a plus rien d’un enfant et n’a pas l’once d’une phalange brisée. Le Sauteur secret, le fricoteur. Et où était-il, au juste, la nuit des Départs ? - … Je suis sûre qu’il a quelque chose à voir avec ça. Il était tout le temps à avoir son attention et… Bon sang il ressemble à un adulte ! Ça aurait dû… - Ça aurait dû être moi, s’entend-elle penser sans y croire, bien à l’abri des conflits dans son rôle de suiveuse. Au travers de Fange, elle est cheffe par procuration, quand il lui échappe pourtant jour après jour. Et d’une main pendante, viens saisir une boucle. - … Ils sont sacrément sales, je pourrais les laver tout à l’heure, si tu veux.

Entre deux trombes de pluie.

     
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Fange
Dim 20 Aoû - 19:42

     

     
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Pour la première fois que sa voix braille, il faut que cela soit pour le contrarier mais de sentir la peur, ce trémolo là, en vrombissement d’abeille entre ses lèvres purpurines, Fange se contente seulement de froncer les sourcils dans toute sa puanteur et de laisser la vase s’assécher d’elle-même, pour laisser au seuil de bois, juste des pierres, et quelques feuilles, un peu de boue, de longues traces de pas.

La Grande Rouge n’est jamais très loin de ses chasses, comme un lévrier fureteur aux drôles de bois. Mais pour aujourd’hui, ce n’est elle, la Grandiose, comme l’appelle Fange dans son secret amour, qui attire son attention. Mais bien cette vilaine trace de morsure qui lui fait un beau reste de bleu. Sur sa peau pâle, ses petits cratères en croûtes de météores forment un Rictus bien familier et il soupire à en chasser ses boucles, cillant. Sa seule manière, ainsi, d’être nerveusement coupable.

« Ouais ben… » Il se gratte le nez, hausse une épaule. « En même temps il veut jouer t’vois. C’est qu’un con d’chien. La prochaine fois je lui filerai un coup de pied s’tu veux. »

Un reste de frappe dans leurs entrecoeurs brisés mais il lui impossible désormais de s’y appesantir, voire de regrette. Le lieutenant Terhem Liddle n’était rien de moins qu’une menace, du temps où il survivait encore dans le pendant de leur Réel, dans cet univers d’Adultes, de règles, de satisfaction et de protection mal-avisée. Le lieutenant s’était égaré à trop les veiller, à toujours venir, chaque mois, à trop se rapprocher. A trop blâmer leur quotidien, en les disant « en danger ». Et à ne pas assouvir, au firmament de ses émotions de jeune gosse de 13 ans, sa volonté suprême : celle de l’Abandonnique.

Terhem Liddle ne pouvait s’en prendre qu’à lui-même, d’avoir vécu ses derniers instants avec un couteau dans la cuisse et les mains de – Fange – accrochées à son cou, l’étranglant, l’étouffant, écrasant son visage comme tout ce qu’il avait pu ressentir pour ce flic, cette infâme volaille, dans la même terre qui venait d’envahir le grenier.

Terhem avait décroché le téléphone et Terhem avait choisi de devenir Rictus. Il avait fait un repas sensationnel pour la Grande Rouge et cela lui avait valu les ronronnements racoleurs de la Grandiose. Maintenant il n’était qu’un cabot revanchard et indigne perdu dans leur Envers, incapable de reprendre forme humaine et de repartir dans sa prudence, dans son ancienne vie, loin de leurs souvenirs et de leurs impacts.

Terhem n’existait plus et dans le cœur de Fange, il n’y avait plus que ses aboiements pour le faire tressaillir.

Renversé au sol, Fange se permit un simple sourire satisfait. Et embrassant la plaie de Quenotte – je vais aspirer toute ta douleur et plus jamais, plus jamais tu n’auras peur – il vint caresser ses cuisses frêles comme ses hanches replêtes. Presque fier. Beaucoup trop sûr de son pouvoir.

Ecoutant d’une oreille distraite son énième plainte à propos de Banshee – si seulement lui aussi il avait pu l’avoir bon sang ! – en sifflant entre ses dents une longue mélopée attristée.

« Je te trouve, j’fais l’chat, et toi tout ce que tu pestes c’est à propos de ces deux pédales. Sérieux Quenotte ? Qu’est ce qu’on s’en fout hein, qu’tu sois chef. T’veux être cheffe ? Ok. Viens chez les rats. Tu s’ras la cheffe. Regarde, j’me décline. M’en branle même. Je te laisse tout le groupe, même feu-follet. » Gros sacrifice que voilà, la crocheteuse avait quand même du chien, dans sa manière d’être, et plus lui donner des ordres allait peut-être même finir par lui manquer. « Vois, j’te donne le Borgne. Tu peux commander et diriger et finalement être comme tous les autres cons dans mon genre. »

Puis il se redresse, d’une torsion d’abdos. Et ses lèvres rencontrent son nez.

« Ou. » Il le pince, du bout des canines. « Ou alors on reste comme ça, toi avec ton carnet à être plus forte que tout le monde ici sans que personne le sache autre que moi. Et on dirigera ce monde jusqu’à ce qu’il nous lasse. Et jusqu’à ce qu’on parte et qu’on s’épouse. T’as pas oublié hein ? Parce que moi j’ai pas oublié, Quenn’ »

Ses boucles crasses se lissent presque soudain. Et ils sont comme deux serpents sur le toit des pharmacies. Tout entremêlés d’amour et de suffisance.

« J’veux bien que tu m’laves. » Qu’il commande d’une voix aussitôt plus fluette, le regard un rien attendrissant. « J’veux faire comme avant, les bains me manquent ici. Ca fait, pfiou… des plombes putain. » Des plombes qu’ils n’ont pas juste été deux dans des mouvements d’Un.

« Et moi… peut-être bien… que j’ai un cadeau pour toi… »

Et son sourire devient un croissant de lune aussi féroce que celle d’un ours.

« Fouille dans ma poche, bébé. » Qu’elle en sorte le tire-bouchon avec sa pointe en papillon et se reprenne enfin à être heureuse. Même faussement. Mais juste assez pour que tout soit à peu près comme Avant.




     

 
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Quenotte
Jeu 24 Aoû - 10:35

   


   
Calm me down with your caress

   
I'll get off while I watch you undress

   
Il a le geste caressant et à ses yeux noirs roulent de tendres promesses se faufilant jusqu’à sa langue. Mais il y a quelque chose qui dans l’air dissone, tinte faux à ses oreilles, comme une gêne qui la prend avec l’âge et n’en finit plus de l’étreindre là où, avant, tout semblait d’une frappante évidence. Bébé, petit amour de bébé, jolie petite sœur. Et puisque je n’ai personne d’autre et qu’il n’y a que le dragon pour me garder, je serais ton bébé à toi, tes guiboles maigres et ta paire de hanches. Une sorte d’évidence suintante et grotesque dans laquelle il est parfois bon de se complaire quand sous les cils des autres pleut l’incompréhension, la répulsion. Parfois une sorte d’envie, de jalousie tant ils n’existent que l’un au travers de l’autre. Une grimace étire ses carmines alors, acceptant l’invitation sans toutefois y céder.

N’oublie pas sa traîtrise et ce qu’il voulait du chien. N’oublie pas comme, sans ta ruse, il serait déjà loin, le chaton, à batifoler dans la rousseur du grand con qui s’est épris de vous deux. Faut-il être sacrément stupide pour croire pouvoir s’immiscer entre ce que le monde a fait de plus soudé ? Œil pour œil, dent pour dent. Il semblerait que les siennes aient trouvé le chemin de sa peau diaphane.

- Je ne suis pas ton bébé puisque je suis ton aînée. – Cela claque comme une torsion à la laisse qu’elle a sottement accrochée au félin. Puis, plus douce, lui concède d’un coup de coude à la côte. – Tâche de ne pas l’oublier pour de vrai, ou tu m’oublieras moi tout entière… Je suis venu avant toi et je t’ai attendu.

Pour lui tordre le cou et changer finalement d’avis. Pour se l’accaparer et décider alors que ce cadeau ci serait le sien plus que celui de quiconque. Et aucune autre sœur, aucun autre bébé n’y ferait plus rien. Aucun chien ne viendra les arracher l’un à l’autre, aussi acharné soit-il. Mais Fange n’y voit qu’un jeu lorsqu’elle sait le danger bien réel.

Fange n’y voit qu’une course de plus. Un jeu de proie et de chasseur où les rôles sont au hasard distribués. Tôt ou tard, un claquement de dents à leur gorge et cela en sera fini d’eux pour de bon. Terminés les Jumeaux, bonne et longue vie à tous ceux qu’ils auront laissés derrière eux. Et quoi en guise d’enterrement ? Bouffés par un Rictus, quelle bête fin. Pas de maman traîtresse puisque enfermée en chambre blanche elle aussi. Plus de sœurs, plus de bébé – Ioans – et pas d’amis non plus tant ils sèment la tempête. Tout au plus un Borgne à la larme grelotante sur sa joue tuméfiée. Triste sans doute, de ne pas les avoir suivis plus longtemps. Ou de ne pas s’être déclaré, songe-t-elle, quant à savoir auquel des deux…

Tu es beaucoup trop sûr de toi. Beaucoup trop sûr de moi et c’est comme ça que tu finis, encore une fois, la gueule en bas d’un toboggan et le poignet de travers.

Et peut-être bien finalement qu’elle est effectivement la Reine entre ces murs zébrés de lézardes. Seulement, sans Banshee, tout ça n’a aucun sens. Et subir la marée grand-guignolesque d’un Raspoutine loin d’être à priori dévasté ne lui convient guère. Qui la guidera de l’autre côté alors ? Certainement pas ce bouc mal luné. Et qui gouverner s’il n’y a plus de Roi pour acquiescer à ses idées ? Ce n’est décidément pas bon et on aura tôt fait de remettre en cause sa réputation. Pour sûr il faudra être forte, gonfler une poitrine inexistante et scintiller jusqu’aux yeux. C’est moi qui commande. C’est moi l’aînée. Elle s’apprête à abdiquer mais le voilà qui s’enfonce davantage à sa vase et d’un pincement récolte une secousse.

- Ne me parle pas d’elle… - Qu’elle maugréer pour la forme, tolérant la présence de ladite demoiselle justement car elle tient davantage du souriceau que de la fille. Tout ce qui est de courbe est auprès de Fange un danger à bannir. D’aucun ne dira qu’elle se glisse ainsi dans la peau de Richter et à ceux-là elle promet le Purgatoire à vie. – D’accord… Si tu veilles sur moi dans L’Envers, je n’aurais plus de raison d’avoir peur du chien.

Elle consent finalement à son offrande, chat paresseux et lascif qui étire une patte à sa poche pour en extirper le tribut. Entre ses doigts cela roule et cela danse, presque gracieux dans son désintérêt lorsqu’elle le porte à son nez, l’étudie sous chaque couture métallique. C’est un moment redoutable, un souffle contenu entre eux deux et elle se complaît à le voir ainsi, immobile dans l’attente de son jugement. Ils savent pourtant tous deux que l’erreur est impossible, mais il est bon parfois de se soumettre à quelques coutumes. Pour ainsi dire, c’est inutile en l’état mais la pointe attire son attention et elle trouvera bien quelque chose à en faire entre les sabots des autres Cerfs. Peut-être une boucle d’oreille, pour peu que les trous aux siennes soient encore ouverts. Dans le cas contraire, une punaise et un peu d’alcool… Elle se demande alors si elle pourrait trouer les siennes aussi.

- Merci. – Sourire aimable, baiser claqué à son front qu’il a haut et fier comme un alpha de meute. Elle aurait bien des choses à dire sur cette appellation mais préfère lui offrir l’ignorance en retour. – Et tu as toujours occupé avant les Départs. Ton hygiène ne peut que se plaindre.

Et c’est comme un claquement de doigts. Cela arrive, brusque et inattendu même pour lui. Cela monte et cela les immergent d’une gifle sourde. Elle appelle l’autre côté comme on bat des cils. Y plonge parfois jusque dans son sommeil, somnambule sur le fil de ses élucubrations. Elle y bondit avec un naturel déconcertant et alarmant, ravive la flamme d’une forêt terne de chasses non achevées. On y trouvera des champignons iridescents et des arbres de toutes sortes, même des plus incongrues. Son Envers est aussi malléable que l’apparence qu’elle y projette. Sûrement que les psychiatres de l’hôpital auraient grands reproches à lui faire de tout cela. Mais ils ne sont plus qu’un souvenir.

Comme Rictus.

A demi immergée elle le laisse se débattre sous l’eau, remontant en un rire, étirant sa carcasse nymphette jusqu’au rebord pour se débarrasser de la chemise comme de la robe qui erre là, drapeaux de pudeurs dans le bruissement sourd de sa forêt des merveilles. Petite sœur toute nue et toute rien. Toute vide de tout et d’adolescence lorsqu’elle se détaille avec un rien de satisfaction qu’elle ne prend plus la peine de dissimuler.

- Ils m’ont donné mes médicaments hier, et ils m’ont dit qu’ils n’y avaient pas d’améliorations. Qu’ils allaient peut-être me donner plus fort. – Qu’ils essayent donc qu’elle les recracherait comme les autres. Il ne manquerait plus que le traitement fonctionne et qu’elle ressemble bientôt à La Carie, ou pire. A ces filles en gomme et aux énormes ballons qui jonchent les magazines que les Rats se font discrètement passer. – Déshabilles-toi que je te lave la tignasse, tu vas prendre racine.

   
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Fange
Sam 26 Aoû - 20:13

     

     
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Ce n’était qu’un mot – un mot un peu stupide – mais la moindre excuse est bonne pour qu’elle hérisse ses épines et se rappelle de le griffer, sommairement ou profondément, au hasard de ses envies, puisque c’est elle qui mène toute danse, toute chasse de sa vie. Fange subit la coupure en baissant un peu les yeux, se soumettant à l’autorité toute divine de sa sœur comme il ne le sera jamais avec personne. Elle est sa drôle de paire de menotte, et sa laisse tout en même temps. Qu’ils ont bon dos, ces deux-là, à se foutre de la truffe d’un Rictus aboyant, paumé dans ses abîmes, quand il n’est rien de moins qu’un clebs à sa chaîne et elle une sale petite chienne. Mais il l’aime, et dans son adoration stupide il baisse un peu plus le nez. Ose – ô cri d’alerte – un vague haussement d’épaule pour toute réplique et finit par s’abandonner à son acide jalousie, quand son fiel vient cracher sur feu-follet et que pions par pions dans son innombrable jeu d’échec, elle vient remettre les codes et les règles en rang, pichenette par pichenette.

Je ne suis pas le Roi.
Je suis un drôle de cavalier un chien fou dans
Un poulailler
Je ne suis pas le Roi.
Je ne suis que ton humble serviteur
Un petit pantin de fil et
De terreur
Je ne suis pas le Roi mais toi tu es toute Reine
Tout règne.
Les princesses d’ici-bas n’ont qu’à bien se tenir
A leurs roues
Je ne suis qu’un Fou.


Et puisque les cases sont délimitées, alors le jeu peut recommencer avec ses sourires de gratitudes en banderole de beauté sur son visage tout blanc, toute de farine, sa grande sœur. Elle a sorti ce drôle de bidule qui ne vaut sans doute pas grand-chose en vérité, 10 cents, 1 dollar peut-être ? Et le papillon d’argent vissé à la turbine aussi bouclée que leurs cheveux du tire-bouchon lance un éclair dans la lumière du grenier. Ca lui plait, et sa faute ainsi rattrapée il la laisse embrasser son front pour mieux sentir l’odeur de son cou.

Quenotte est toujours belle. Quenotte sent le lait et le savon – un peu comme maman, quand l’amertume et les coups ne l’avaient pas encore rendu totalement abrutie, famélique, avec son odeur de sueur un peu pisseuse de peur rance et d’abandon.

Quenotte est une petite fée aussi facétieuse et cruelle que celle de ses contes et lui un rat puant la gale, avec sa peau toute écorchée, ses yeux tombants et son corps de chat trop maigre en quête de proie. Que dirait-il, sa belle, si elle savait que ce mot là, bébé, elle n’est pas la seule à se le voir attribuer. Qu’il y a une commodité toute particulière à user de ce qui n’est qu’une injure de plus, familière et intime, un aboiement de bête interne quand le monstre, lassé d’être nourri, redemande en lui plus de coups de couteau et de course poursuite.

Sans doute que d’un coup, la terre s’inverserait encore. Peut-être même qu’ils se battraient – et l’idée, d’un combat, entre elle et lui, lui crispe la poitrine si fort qu’il croit voir son cœur tomber par terre.

Mais c’est lui. Lui tout entier quand d’un clignement d’œil elle les bascule et que l’eau s’effondre autour de lui en vagues épaisses d’une quelconque marre. Les forêts de Quenotte sont comme l’avant de son apocalypse. La dernière féérie avant le champ de bataille et les sacrifices, les condamnations. Ici, tout est encore idéal et parfumé. Un monde oublié des adultes, sans parjure. Un monde sans que les coins ne s’écornent et que la viande ne pue.

Et lui qui s’extirpe de ce lac de rien, toussant feulant et crachant, la gueule pleine de cheveux, la chemise pleines d’algues et les bottes enfoncées dans des nénuphars grotesques.

« Putain Quenotte ! » Qu’il jure, plus fâché pour ses habits et pour ses chaussures que pour sa toilette.

« T’aurais pas pu attendre genre, deux minutes ? » Nan, il fallait qu’elle se venge. Et rouspétant bon gré mal gré, c’est écartant ses tifs qu’il la voit trottiner, soudain à poils. Avec ses nichons et son petit cul et son corps lunaire si différent du sien. Puis il n’y a plus rien de la fille qui pourrait attirer son attention – il n’y a que son rire, leur jeu, les souvenirs d’une baignoire trop étroite avant qu’ils ne déménagent pour une douche pathétique et trop petite pour eux deux – il ne reste que la sœur.

Et Fange lui envoie une gerbe d’eau au visage, en distraction. Avant de ramper vers la rive pour y laisser ses frusques.

« T’as flingué mes pompes, j’suis sûr. » Maugrée-t-il en évitant tout d’abord le sujet qui fâche : ces putains de médicaments. « Tu m’en retrouveras des aussi bonnes j’espère hein. » Sempiternelle plainte. Monsieur jamais content.

« Ils ont ajusté ma dose pour moi aussi et le psy, j’crois qu’il se doute de quelque chose maintenant. J’suis trop sage t’vois. Trop sage… ils m’ont peut-être filé des placebo pour tester j’en sais rien. Ces adultes, tous des enculés. »

Basculant sur le dos pour faire la planche, il laisse sa tignasse se dévoiler comme une toile d’araignée. Y emprisonnant les mains de sa sœur.

« Emporter Rictus à la Grande Rouge a été simple et je connais les horaires. Tu veux que j’en tue quelques uns ? On pourrait avoir la paix le temps qu’ils envoient un remplaçant encore plus con. »


L’idée d’écorcher un de ces putains de thérapeute se prenant pour un bricoleur du dimanche dans sa cervelle évidée lui arrache un sourire carnassier.


     

 
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Quenotte
Dim 3 Sep - 16:33

   


   
The day is incomplete

   
The thoughts of total defeat

   
Dans leur tendre nudité, ils sont plus semblables que jamais. La poussière dont ils s'affublent désormais le rend blafard, la crasse qui les maculent la brunie mieux que n'importe quel vœu d'un père éhonté. Décédé. Et c’est tant mieux pour tout le monde. Dans leur nudité plus de barrières et plus de chuchotements de voisinage. Sans couleurs ni visages, ils ne sont que le prolongement d’un seul être. Elle en oublie d’être une petite fille et lui un garçon. Mais que dirait-elle à se nicher dans son pauvre cervelet alangui, si elle savait comme il voit en elle l’image de maman. C’est bien la dernière chose qu’elle désire pourtant elle. Une pondeuse effrayée aux regards bas et aux gestes tremblants. C’est ainsi qu’ici elle se hisse à faire trembler les murs. Que de toute sa piètre taille elle impose le silence et la crainte. Mieux vaut la crainte que l’amour tant que lui sait lui en offrir et qu’importent les messes-basses sur son ombre.

A la fin, pour conclure, c’est leurs corps qui lui feront un chemin jusqu’au trône.

Bien qu’elle soit déjà reine. De son esprit à lui. Qu’elle le gouverne de ses rires sans parfois même s’en apercevoir. Une dévotion à elle qui, sans le vouloir, lui aura offert le premier festin, l’aura encouragé au second. Et tu ne m’en voudras pas au final puisque j’ai fait tout cela pour ton bien. Alors pas de « bébé » pour elle puisqu’elle ne les a jamais aimés. Chaque petite sœur braillarde une gifle de plus dans la tranquillité toute relative de son quotidien. Quenotte n’a jamais aimé les autres filles. A défaut de subir les autres on se bâtit un royaume de solitude. Le sien fait parfois pâle figure, comme aujourd’hui où il est encore entravé de la morsure laissée par un chien famélique, mais sera tout ce qu’elle peut lui proposer pour ce soir.

Dans l’eau elle rampe, se trace un chemin vacillant entre les plantes aux noms qu’on ne trouve plus dans les livres. Tout ici n’est qu’extrapolation, exagération d’une réalité qui ne parviens décidément pas à la satisfaire.  Alors elle ne peut pas attendre. N’en voit ni l’intérêt ni l’utilité lorsqu’il barbote à son tour pour se dévêtir. Et qu’il est tout brun là-dessous, sous les couches enchevêtrées de tissu épais. Et il l’a arrosée mais elle rit, un son strident désagréable, les boucles en travers du visage où s’échouent, paresseuses, quelques algues vagabondes.

- Mais elles n’ont rien tes chaussures, cesse donc un peu de grogner tu n’es plus dans ton dortoir et je ne suis pas un rongeur.

Ou peut-être que si. Peut-être qu’elle n’est qu’une souris, perdue dans un labyrinthe où on tenterait de lui faire retrouver le fromage. Peut-être qu’elle n’est qu’une souris qui se carapate, s’enfuit et gagne du temps, tente d’échapper au chat indéfiniment et à l’heure fatigue où – à ses dix-huit ans – il nouera à sa gorge des griffes implacables. Pendant ce temps elle enroule ses doigts de fées aux boucles capricieuses d’une tignasse qui a connu meilleurs jours. Puis armée d’un naturel insoluble, se saisit dans un nénuphar de quoi le laver, le récurer et lui faire regagner deux teintes plus claires. A commencer par ses cheveux qui, sous la chaleur d’un été pluvieux, concurrencent déjà la noirceur des siens. Et lorsque cela sèche, il en a des anglaises fabuleuses qui ne manquent jamais de l’émerveiller. Ou de la faire rire, c’est selon.

- Penses-tu que nous aurions la paix si tu te mettais à massacrer le personnel… - Elle soupire dans son dos, portant à ses dents du bonheur un doigt qu’elle n’en finit plus de mordiller. Ça a le goût de fraise. – C’est juste que… Tu ne sais pas mentir, ni les démentir. Ils veulent un hyperactif ? Alors agit comme tel. Tu le faisais très bien quand tu étais petit tu sais.

Il sait mais pas elle. Elle qui parle au hasard de n’avoir plus grand souvenir de cette époque. C’est peut-être mieux comme ça quand son corps en a lui aussi oublié la douleur spectre des coups, des membres en souffrance. Des membres brisés. Cela aussi, c’est sans doute arrivé. Et elle voudrait parfois le questionner, le frère, l’ami et l’âme-sœur. Mais qui pourrait-il lui dire qu’elle ne sait pas déjà ? Qu’oserait-il lui dire… ? Papa – qui n’était pas papa – était méchant et faisait mal. Très mal. Et un jour, tu es venu et tu m’as emmené. Fin de l’histoire. Rideau, comme dirait Ours.

- Ou sinon, je les convins de venir aux séances avec toi.

C’est une bonne idée à prendre. Moins aisée à mettre en place. Mais il n’y a nul problème que les larmes crocodiles de Quenotte ne savent pas résoudre…


   
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Fange
Dim 10 Sep - 20:37

     

     
Bittersweet Insomnia.

     

     


Le monde devient étrangement intelligent et le corps assoupi dans une eau bien moins claire, Fange fronce les sourcils en l'écoutant. Jouer n'a jamais été un problème - non pas par talent mais parce qu'il a toujours su la contenter elle. Elle et ses ordres. Mais l'idée qu'elle puisse être impacter par la paranoïa de ces adultes prenant enfin leur rôle au sérieux a le don de lui foutre une rage explosive. Un véritable torrent de feu et de sang.

Aux contours du monde de Quenotte s'ajoutent alors les grincements tordus des pendus, loin dans la forêt. Ils semblent danser sous la brise. Et à chaque mouvement de ses doigts clairs dans sa chevelure à lui, la saleté s'étend comme une marée noire.

Il est putride désormais. Il est vicié et bel et bien foutu.

« Viens à la séance... »
Répond Fange finalement presque avec un grognement épuisé. Voilà qui sera bien plus simple. Quenotte a toujours su manipuler les choses pour leur permettre de vivre correctement ensemble. C'est elle le cerveau. Et c'est lui la pustule malveillante et fourbe, quoiqu'en pensent les autres.

Ils ne l'aiment pas car ils sont bien en dessous d'elle. Ils la jalousent car ils ne peuvent être qu'ignorants face à ce qu'elle peut commettre. Quenotte ira loin. Et dans une autre vie, Quenotte aurait même pu avoir la possibilité d'aller plus loin encore dans l'intellect. Par les études. Par l'apprentissage. Par la possibilité de faire quelque chose de grand non pas à l'échelle de sa vie mais aussi pour celles des autres.

Elle n'a pas eu de chance. Voilà tout. Pas eu de chance de naître chez les Lupesco. Pas eu la chance d'être battue par leur père. Pas eu de chance de se traîner un frère comme lui.

« Dis... » L'inquiétude perce. Parfum de mort pour possessivité presque langoureuse. Fange est à nouveau cet enfant de 5 ans poussé du toboggan et qui, avec le poignet cassé, la défend encore pour ne pas la perdre. Elle est ici-bas la seule qui le comprenne et fasse naître des émotions bien plus complexes que de simples envies de meurtre.

« Est ce que je suis un poids parfois pour toi ? Est-ce que tu te dis que tu te débrouillerais mieux sans moi ? »
Se redressant, quittant ses cuisses adorables pour apposer son front contre le sien, il demande plus bas.

« Sans moi tu pourrais survivre. Tuer. Tuer c'est la seule solution qui me revient à chaque fois mais c'est toi qui dit que ça serait pas si simple. Seulement à part tuer je te sers à quoi maintenant ? A part tuer ceux qui te font chier, menacer les autres et être à toi, à quoi je sers ? Je voudrais évoluer pour toi tu comprends ? »

Affreuse soumission mais les psys semblaient en parler comme un pendant de grandir. Changer pour mieux s'attabler à la table de leur avenir et s'adapter. Tous les animaux dignes le faisaient.

Pourquoi pas lui ?


     

 
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Quenotte
Jeu 14 Sep - 11:12

 


 
I wasn't trying to play the game

 
Where someone's to blame

 
Cela serpente dans son autre côte, à elle, les nuances rougeâtres d’un chaos familier s’entremêlant tendrement au siens. Ils sont parfois plus complémentaires que le soleil et la lune bien qu’elle ne sache pas toujours où se placer dans cette valse astrale. Un rayon nocturne à ses cheveux, une caresse pâle de ses mains entre les boucles détrempées qui font à son ventre comme une marée d’algues grimpantes. La terre et la crasse se diffusent, ondoient avec l’eau en quelques vagues hasardeuses. Elle ne pense pas à s’écarter et la saleté de venir marbrer sa pâleur. Aux branches des arbres grincent les vestiges d’une imagination ponctuée de désordre. Dans la tête de Fange, c’est rouge depuis toujours. A croire qu’elle l’a ben attendu, la bâtisse. Pas étonnant qu’il en soit le petit élu, privilégié de La Grande Rouge. En sourdine elle sourit, entre fierté et incertitude face à cet état de fait qui lui revient parfois d’un revers. Car elle connait ses rêves et la langueur avec laquelle la chose prend place sur son ventre, allongée sur lui et d’un regard plantée dans le sien. A vaciller sous son masque d’os et de bois quand sur lui elle s’effrite de poussière et de crépi. C’est une sacrée statue de terre que cette créature là qu’elle vénère et jalouse tout à la fois.

Il l’invite, l’enjoint à venir, si toutefois les médecins les y autorisent. Mais c’est bon pour nous de ne pas être séparés, c’est bon pour toi. Aucune raison alors d’essuyer un refus. Ils ne sont après tout que des victimes, les dommages collatéraux d’une famille dysfonctionnelle au possible. Ce n’est pas leur faute. S’ils savaient. S’ils savaient la manière avec laquelle ils sont savouré les gargouillis sourds d’Aspirine, et de tous les autres. S’ils savaient, pour le toboggan, et le père, et le chien. Ce n’était pas ma faute. Je suis une bonne fille et c’est lui qui est venu. A trop y penser elle en perçoit déjà les aboiements lointains et bloque aussitôt sa pensée, s’efforçant de la chasser au-delà de L’Envers, le point loin possible de leur bain de tranquillité.

Il n’y a que l’angoisse dans sa voix, l’inquiétude à sa gorge puisse créer un remous, un trouble dans l’eau, ricochet de mauvais augure. Ce n’est pas ce qu’elle a envie d’entendre. Mais qu’a-t-elle envie d’entendre, la princesse, la Quenotte ? Personne ne saurait dire, pas même son frère qui ne se complaît de toute façon pas dans ce rôle. Sans doute pas cela. Pas ces questions qui prennent trop de place, trop de temps à y songer. Ces questions qui n’ont pas lieu d’être, qui ne devraient pas être posée tant leur évidence supposée laisse à songer. A cela elle ne sait pas quoi répondre, n’a jamais eu besoin de s’interroger là-dessus. Penser pour lui, c’est aussi réfléchir sur elle-même. Comme une épingle sous l’ongle, ce n’est jamais très agréable. Il n’est plus Fange mais le petit frère dont elle veut oublier le nom et il lui semble bien qu’il siffle à peine sur ses canines, mué d’une enfance qui ne l’a jamais tout à fait quitté. A nouveau un tout petit garçon. Une toute petite gêne sous le talon.

Mais lorsqu’il remonte, se dresse debout contre elle il est pourtant bien grand et elle s’aperçoit qu’elle n’a pas vu les années le rattraper. Désormais il la dépasse d’une bonne tête et elle admet avec amertume que le monstre l’avait bien prédit et c’est à peine si elle roule des yeux pour croiser les siens, percutant son front sans violence. C’est toujours ainsi, comme s’il craignait qu’elle ne comprenne pas tout à fait. Comme si, ainsi tête contre tête, ses pensées pouvaient plus simplement se faufiler aux siennes. Il n’aimerait pas, en revanche, ce qu’il pourrait y trouver. Quand avec ses grognements et son corps d’adulte en devenir, parfois au détour d’une illusion nocturne, il lui fait un peu peur. A mi-voix, elle chuchote, un peu piteuse.

- … Je n’aime pas ta question…

Celle qui sur la langue laisse un arrière-goût de catastrophe, de déséquilibre dans le petit monde parfait qu’elle s’efforce de bâtir, déjà mis en péril par les dix-huit ans à venir. La question anodine qui remue en coulisses tout un merdier, un capharnaüm d’émotions indistinctes qu’elle est encore bien incapable de gérer. Si Quenotte n’interroge jamais, c’est pour mieux ne pas se questionner elle-même. Et pour avant ? Tu m’en veux pour avant ? Pour le poignet cassé, le toboggan et toutes les autres fois ? Et le chien, tu le voulais comment ? Plus que moi ? Et tu me détestes pour ça aussi ? Et à dix-huit ans. Qu’est-ce que tu vas me faire à dix-huit ans Fange… ? Ce qu’elle veut de l’avenir ne se miroite pas encore dans ses yeux. Elle qui ne voudrait que lui mais réalise prudemment comme cela est impossible. Question de pratique. Question d’adulte.

- Tu parles comme si nous allions partir demain… - Elle a encore deux ans. Deux ans pour oublier. Deux ans pour ne pas y penser. Et sa main minuscule trouve le chemin de ce torse semblable au sien, sans poitrine pour cœur qui bat tout aussi bruyamment. – Tu n’as pas à avoir une utilité… Tu es mon frère…

Son inutile, sa fange, son chat, son cadeau. Celui qu’on lui a envoyé comme offrande dans sa vie de misère annoncée. Mais c’est curieux tout de même, et un peu effrayant, les questions que l’adolescence glisse à leurs corps comme à leurs esprits. Ça tangue là-haut, et sa main trouve son menton, grattant du bout des ongles, flattant la bête pour mieux l’apprivoiser.

- Tu n’as pas besoin de tuer. Pour moi tu sais être tout doux et tu sais aussi quand griffer. – Peut-être bien qu’un jour, il la tuera. – Et où qu’on soit plus tard, je saurais toujours où te chercher, et tu sauras toujours quoi faire. Tu n’as pas à servir, pas comme les autres…

Les pions, les sacrifices. Et elle tisse au fil de ses mots sur sa langue une complaisance confortable. Ne pas penser au lendemain.

- Toi tu es mon cavalier, et toi je t’aime. Et quand je serais grande, je t’épouserais.

Toujours l’éternel rituel, la berceuse rassurante qui l’empêche de penser à l’avenir. A être grande, comme elle dit. Pour le meilleur et pour le pire.



 
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Fange
Dim 17 Sep - 18:47


Bittersweet Insomnia

avec Luë




Et d’un coup, clak, le collier se referme. Le collier ne l’a jamais quitté.

D’un coup, frr, les cadavres émergent des fourrés et plutôt que de grincer aux arbres, plutôt que de nourrir la terre de sang, des peaux de macchabées se mettent à fleurir des lys. Des orbites crevés s’entrecroisent des racines et l’odeur de rouille se fait lourde de pollen. Il y a des balançoires fracassées aux arbres morts de son envers. Il y a des rivières de pierres blanches à la place des tranchées. Les coups de canon se sont éloignés pour ne devenir que les craquements lascifs des vieilles souches – ce n’est jamais dangereux, les vieilles souches. Et sur le sol fertile se mettent à courir une centaine, peut-être plus, de milliers de fourmis. Il y a les battements lents des papillons dans l’air et elle est une plante quand lui se couvre de poils. Il a le regard éperdu d’un homme rassuré – soldat blessé dans les bras enfin retrouvés de sa compagne – et elle est un ange de lait, une drôle de fée. Cela s’entremêle et fait en sorte que le ciel en devienne rose et violet. Cela s’entremêle et se fond en une unique cube et les surplombant dans ce miniaturisme de porcelaine, un immense tobogan de glace et de fer. Il ne le voit même pas.

Il n’a d’yeux que pour ces lunes pleines et la douceur ronde rassurante de ses seins contre son torse. Elle est toute fille et toute petite et pourtant si grande qu’il pourrait être un chiot malade sur lequel elle s’est arrêtée pour jouer. Elle est comme un livre sans images, à la reliure dorée de ces trucs sur lesquels les yeux se posent et surveillent – on t’a dit de pas toucher ! Elle est comme ces bonbons acides qui vous grattent la langue. Elle est comme un terreau un peu putride ou un fond de bayou. Là où naissent des fleurs sans noms et où pulule une vie secrète.

Elle promet, il s’affaisse. Et pense, oui, oui Luë, un jour je t’épouserai. Un jour je t’amènerai une bague que personne n’aurait pu t’acheter. Un jour j’aurais un camion et je t’emmènerai. Et le monde sera une maison rouge. Et je n’aurais plus besoin de faire souffrir pour être satisfait. Un jour tu rempliras les cases vides de ma cervelle. Un jour je serais presque intelligent. Je trouverai un travail et toi tu seras ma femme, mais pas de celles qui attendent à la maison comme muselées. Non, tu sortiras et tu vivras, et tu rentreras et tu seras protégée. Une fois la porte passée, il n’y aura ni cris ni coups. Il n’y aura que le bruit réconfortant et stupide de la télé, ces émissions un peu idiotes que tu commentes quand tu chapardes un magasine à l’un de ces cons du Sépulcre ou à un prof. Il n’y aura que le bruit de ta cuisine et du raclement de la chaise. Les gens ne diront rien, ils n’auront pas que ça à faire. Ils se poseront peut-être des questions mais nous serons loin. Et nous recommencerons, pour le simple plaisir de faire et défaire des cartons et de tout changer sans rien dépendre de personne. On aura un lit où on dormira ventre contre ventre et on n’aura besoin que du sommeil de l’autre, paisible, pour s’aimer. Tout cela ne sera pas forcément bon, mais tout cela sera juste. Et quand tu auras tout eu, tout mérité. Quand tu te seras enterrée sous un bonheur immense, je pourrais rire des hommes qui n’ont jamais su t’aimer. Et je me foutrai de la gueule des six milliards de pécores que j’aurais pas eu à tuer pour qu’on soit enfin heureux.

Ils ne seront jamais nous et ne pourront jamais comprendre. Parce que nous avons atteint l’admirable.

« Tu sauras toujours où me chercher et je saurais toujours où te trouver. » Et personne ne viendra fouiller entre tes cuisses, et personne ne puera plus l’alcool. Et personne ne te désignera du doigt par crainte d’être tapée. Plus aucune fille ne se moquera de toi. Plus aucun bébé ne me volera à toi.

« Deux ans. Après nous n’aurons aucune peur de partir. » Peut-être que finalement il ne sera pas obligé de la tuer. Peut-être que finalement cette osmose perdurera même une fois devenu Adultes – gâché, il pense gâché et grimace, repousse l’idée, finit par se relever et l’emporte avec elle d’un mouvement du bras. Il est propre et lavé. Sa peau luit comme du caramel accroché au fond de la poêle. Et elle est si blanche soudain qu’il cligne des yeux.

« Mon néon. » Qu’il l'appelle, en souriant. Parce qu’elle soit différente n’a jamais été un problème pour lui. Au contraire, elle est unique.

Les bords du lac se relèvent. Et la terre coulant, dévoile les premières lattes du plancher. Ils surgiront de là nus, leurs vêtements épars. Les cheveux trempés. Ils laisseront une marque humide qui persistera pendant des semaines. C’est cela, marquer son territoire. Cela le satisfait.

Ici, ils règnent. Chacun l’aura compris.

« Tu dors avec moi ce soir ? » Soir, chuinte. S’attarde en consonne sifflotante. Revoilà le serpent.

Ferme ta gueule Tobias au lieu de me foutre la honte ! Braille Froncis dans l’écho de ses souvenirs. Et crachant aux pieds d’un père qu’il ne respecte plus, Fange répète lentement.

« Dors avec moi sSseSssoir. »

On croirait le serpent dans le jardin d’Eden. Et elle la seule pomme à laquelle il ne pourra jamais toucher.







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Quenotte
Mer 27 Sep - 19:51



We are the reckless

We are the wild youth


Si elle savait, peut-être pleurerait-elle, de drôles de larmes salées d’incompréhension. Si elle savait, peut-être le relâcherait-elle, ratier jeté à l’eau sous le poids de sa surprise. Contre elle il est si petit et tout de poil, bercé à l’aube de ses bras, perdu dans les méandres de rêves insolubles qui n’ont le goût que de L’En-Dehors. Admirable ou pas, l’avenir reste l’inconnu. L’extérieur. Le monde féroce où elle n’a plus voix au chapitre. Là où, pour une nuance de peau, une boucle plus obscure, on frappe et on étend ses griffes. Ne sortons pas dans les bois, les loups sont de sortie. Il vaudrait mieux se terrer dans un trou, se nicher à un terrier rassurant, ne plus jamais sortir, ne plus jamais se heurter au dehors, pour ne plus avoir mal. On est si bien entre quatre murs dont les sujets ne sont plus ours de papier peint. Mais sans La Maison, moi, sans La Maison je suis quoi ?

Tout juste une poupée. Une belle à déposer sur une chaise et coiffer, coiffer à lui en arracher les cheveux. Une parfaite, une demoiselle comme on les aime drapées de manières et de jupons. Des bonnes à marier, des bonnes à pondre. Je ne veux pas être comme maman. Baisser les yeux, attendre les coups. Elle l’était déjà un peu, avant. « Mon néon ». Mon fléau. Elle le serre fort trop fort, à presque lui en briser la nuque, mais sourit, indistincte d’émotions contradictoire. Fange doit croire. Continuer à y croire, deux ans de plus, le temps d’aviser, le temps de savoir. Deux ans de plus à s’imaginer une vie extérieure. Le temps d’une solution. Pour ne plus jamais repartir.

S’il y croit, ce n’est pas un mensonge.

Des lattes du plancher se déversent les orages de leurs Envers entremêlés et les fleurs s’évaporent. Et la forêt s’efface pour l’intimité d’une réalité à deux. Dans la flaque du parquet git la robe abandonnée et elle contemple, incertaine, pas franchement impatiente de retrouver ses atours ses dentelles et, par définition, l’essence de ce qu’ils ont fait d’elle. L’image qu’elle s’est à tort composé, rafistolé à la hâte. Monts et vallées enneigés, elle dégouline jusqu’aux chevilles d’une aquarelle imaginaire. Tout n’est pas perdu, puisqu’elle est encore fraîche et fleurie. Puisqu’elle n’est pas gâchée, comme il dit. De la main des hommes et des trémolos du destin. On est tranquille ici et sur le fil de cette frontière infirme qui sépare la réalité de l’autre côté, c’est à peine si on se sent flotter.

Il siffle et elle cille. Oh ton père n’aimerait pas t’entendre. Puisqu’ils n’ont de mère commune que La Maison et La Forêt. Cela perce l’oreille comme une aiguille, y ondule comme une mélodie enivrante. Et si elle le domine, c’est à son tour de se laisser entraîner. Ils se passent inlassablement la balle, se la renvoient et se la lancent, terribles et innocents. Et lorsqu’il ondoie comme cela de la langue dans ses sifflements serpentins, elle le suivrait jusqu’au bout du monde, courbant la nuque s’il le faut. L’un dans l’autre ils se maîtrisent et se tordent, festival de morsures et d’une égalité clairsemée de soumissions partielles.

- Peut-être…

Elle a bon dos avec ses excuses et ses mots de rien quand lui questionne puis ordonne presque, attentive à sa garde déjà baissée. Maladroit, il l’enlace de ses anneaux, l’étouffe progressivement, l’air de rien, caresses au bras. Mais elle est plus languide et patiente, et, d’un coup de patte à l’épaule, bondit. C’est toi le chat. Et dans une forêt à peine tangible peinant à outrepasser cette fois les lois de l’ordinaire, bondit toute nue à presque se muer sur quatre patte, fuyant l’étreinte de leurs corps jumeaux. Ventre rampant, elle tortille sous les meubles et les lattes, se glisse d’une pièce à l’autre du grenier, entre terriers et chaises renversées pour le semer. Un éclat de rire dans la tempête, comme un brin de provocation dispersé parmi les problèmes. Si tu me veux viens me chercher. Il faut le mériter, quitte à y apposer sa morsure. Fange est fort doué à ce jeu, fort excité par les perspectives d’une chasse qui ne pourrait être que sanglante. Joue avec moi, joue encore un peu.

Pour se persuader, à peine un instant de plus, qu’ils sont encore enfantés de la sylve.
A la fin, il la saisira à bout de bras, faisant de son corps une couche pour la nuit.


C O D E ©️ W H A T S E R N A M E .



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