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Etude des fourmis balle de fusil - chapitre 1 [Moustache]
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Fange
Dim 30 Juil - 23:36

     

     
Etude des fourmis balle de fusil.

     

     




Pour une fois, le Sépulcre semble presque calme ce matin-là. Et ses semelles grincent, en plastique, sur le dallage bichrome, qui font comme un plateau d’échec pour des pions éternels. Ici, tout est blanc à rendre aveugle et quelqu’un, sans doute une infirmière, a profité des derniers jours de l’été de cette nouvelle rentrée pour ouvrir les fenêtres, laissant les rideaux flotter comme les voiles d’un grand navire. Cela lui rappelle à chaque fois, confusément, les histoires que Quenotte lui racontaient quand ils étaient petits, et que c’était là la seule manière pour lui d’atteindre un peu d’imaginaire. Mais si la relation perdure entre eux, durable et aussi solide que le marbre du sol sur lequel il avance, quelque chose s’étiole, un peu comme les fleurs fanent.

Il faudra bien évidemment y remédier. Car son papillon d’ainée ne doit pas lui échapper. C’est là la conséquence de son comportement toujours rêveur. De ses petites mimiques de souris appliquée qui s’en vient danser le soir, toute nue, dans son Envers de princesse aux ronces. Elle bat des ailes près des lumières et se brûle toujours plus durement à chaque fois. La première fois, c’était Banshee – et sa miraculeuse disparition l’a bien aidé à la rattraper. La deuxième fois, c’était Rictus – et le chien peut continuer à aboyer, plus jamais le policier ne tentera de les arracher à ce paradis qu’il leur avait pourtant offert. La troisième s’approche à pas de loup.

Et de loup justement, voilà qu’il vient se présenter à la gueule d’un sacré morceau. Bien connu du Sépulcre, des araignées comme des victimes. Hélas pour Fange, la disparition de la demoiselle pinpin n’a pas aidé ses affaires. Et dans son poing serré se tient le mot qu’il a réussi, péniblement, à déchiffrer.

Se présenter, à 8h pour ses médocs, bien alignés. Pour les recevoir de la main même d’un ancien de la baraque, ex rat mes amis, pour plus d’application et de confiance en l’ouvrage, j’ai signé : Es docteur Moustache.

Montagne, plus grand même que Raspoutine et putain Dieu de la Fente sait que c’est difficile de le surclasser, le nouveau chef des cerfs, l’homme est une épreuve à lui tout seul. Trop haut. Trop chevelu. Trop poilu. Trop grognant. Trop musclé. Et définitivement trop adulte. Comme une brève vision de ce qui l’attends s’il continue de pousser – un propos presque ironique puisque cela fait bien un an que Fange n’a plus dépassé le mètre soixante.

Si l’intelligence manque scolairement au chef, ce n’est pas pour autant que le patron ne connait pas quelques réflexes de survie. Et froissant son nez au creux de sa manche à carreaux, il s’avance, repousse un linge étendu et l’un des rideaux dissimulant les lits, pour atteindre la porte spéciale du cabinet des cauchemars.

Les secrets s’y précipitent comme une fourmilière là-dedans. Les rumeurs les plus folles, mais toujours improuvées. Il frappe deux fois, d’un poing sec. Guette la musique classique, qui sifflote éraillée à l’intérieur. Et attends qu’on vienne s’occuper de lui, drôlement patient pour une fois.

A chaque heure du jour vient le bon timing pour faire le malin. Mais quand la porte s’ouvre, le rictus revient. Sur ses canines saillantes. Sur le zozotement qu’il a réussi à travailler, pour ses obligatoires discours. Et ce merdeux basané, ce fouille-merde, ce rat, relève la tête très haut pour croiser ce regard noir semblable au sien.

« Salut, mustață. » Qu’il ronfle en se marrant. « J’ai une prescription. Alors fait péter. J’ai pas dans l’idée de trop traîner ici, tu captes ? »

Y’a intérêt.




     

 
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Moustache
Lun 31 Juil - 1:11


Ce matin faisait suite à une nuit blanche, une de ces foutues nuits où dormir n’était pas une question de volonté, mais une question de rien du tout. Même au lit, allongé, rien n'aurait put lui faire fermer l’œil de la nuit comme bien trop souvent. Enfin du coup il serait déjà sur place pour recevoir le gamin de la première visite.

Moustache avait récupéré le dossier de l'autre au nom qui lui donnait envie de vomir des arc en ciel. « Pinpin ». Pourquoi pas Pin-pon tant qu'on y était. Il avait parcouru vaguement le dossier du gamin chef des Rats. C'est plus ou moins tout ce qui l’intéressait vraiment. Au moins il ce coltinerait pas un vieux Cygne. Il connaissait bien les Rats pour y avoir été pendant un bon moment. Mais bon chef ou pas sans les faveurs de l’infirmier qu'il était il n'aurait que le minimum. Et encore il pouvait très bien écrire sur le dossier qu'il était guéri et ne rien donner ou une moitié du traitement pour avoir un faux sevrage aux habitudes des médicaments.

Enfin Moustache allait bien voir ce que Fange allait être. Mais ça n'allait sûrement pas être la même danse qu'avec l'autre disparu. Moustache avait mis en place son tourne disque. La musique résonnait déjà dans toute la salle. Il était assis sur une chaise, une cigarette à la bouche, le dossier ouvert, le laissant bien visible.

Puis deux coup à la porte mais rien qui ne passa la porte. C’était plutôt rare pour être souligné, et justement cela impliquait qu'il devait se lever. Il démarrait mal ce foutu Rat. L'homme se leva, clope à la bouche, pour ouvrir au gamin.

Mais Moustache ne fut pas au bout de ses surprises quand le gamin, qu'il dépassait d'au moins deux têtes, lui parla. Haussant un sourcil l’infirmier tira un bouffée sur sa cigarette pour bien faire chauffer le bout. Le prenant dans la main droite il le laisser tomber sur la tête du sale gosse se retournant sans un mot pour retourner dans son fauteuil, dossier en main, regardant Fange puis un bocal de fourmis rouge posé sur son bureau.

— Ton dossier, sale merdeux. Je m'en contre fous de ce qui y est écrit. Dangereux. Dose à donner. Tout ça ne dépend plus que de moi et de ce que je marque dedans. Donc on va commencer par fermer sa grande gueule pesteuse. Si tu tiens à tes petites merdes en gélule tu resteras ici aussi longtemps qu'il le faudra ou tu repartiras la queue entre les jambes et les mains vides.

Ce n’était pas le premier gosse du genre, il en avait vu passer. Certains étaient plus convaincants que d'autres avec des dossiers moins « dérangés » que celui là. Mais le dossier, la folie de ce gamin, les risques il s'en foutait largement. Lui même avait eu un dossier qui ne devait être sympa à lire. Et  puis des fois cela lui permettait de s'amuser un peu plus amplement avec les gamins. Bon ça impliquait de les soigner, mais certains retenaient la leçon, d'autres non. Moustache préférait ceux qui ne la retenaient pas. Il pouvait y aller plus franchement avec eux. Pour le meilleur et, surtout, pour le pire.
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Fange
Dim 6 Aoû - 23:09

     

     
Etude des fourmis balle de fusil.

     

     

Quel enfoiré de fils de pute.

Chaque personne en ce putain de monde était au courant qu’on ne touchait pas aux veuchs de Fange sans en payer le prix. Aussi quand sa sale gueule se détourna, avec un mépris caractérisé à son encontre, le chef était prêt à lui faire ravaler son impolitesse, fouillant dans sa poche pour sortir l’un des énièmes bibelots qui lui servaient d’arme. Ce que ses doigts trouvèrent dans le renflement de son pantalon fut non pas un couteau, mais un tire-bouchon qu’il comptait offrir à Quenotte. Et tiraillant la pointe de l’ongle, put visiblement entrapercevoir la suite des événements. La pique, dans le crâne de l’autre con et lui tournant tournant tournant. Ça pour les meurtres, Fange ne manquait jamais d’imagination. C'était le reste, les rêves, les histoires, le joli qui foutaient le camp.

Pourtant, dans sa poussée, dans cet élan de colère, vint se fracasser une autre, plus grande et plus implacable : celle d’une surprise exemplaire. Si miss Pinpin, aka la Valide et désormais la Blanche, s’était efforcée de lui faire avaler ses cachetons, en bonne emmerdeuse professionnelle, voilà que ce trou du cul lui chantait le son contraire. Le menaçant même de repartir sans.

Aussi délaissa-t-il l’idée pour le fond, le plus profond possible. Plissant des yeux pour examiner ce faciès désagréable, répliquant en crachant au sol :

« J’crois que t’as pas bien pigé les règles. T’as pas bien capté, ouais, que t’es un adulte maintenant, Tignasse. C’est fini, tes p’tites années avec les rats. Hein. Avec ta bonne casquette de chef, ça c’est MOI maintenant. Alors ravale la et écoute les règles parce que j’vais pas le répéter deux fois. »

Martelant le sol de ses grolls, il vint prendre place dans l’un des fauteuils disponibles. Fourrant ses semelles sur le bureau impeccable, tiraillant une boucle de ses cheveux en y faisant glisser la cendre comme le reste du bout incandescent, au rythme du grésillement électrique de la platine en pause.

« Tu es dans le Sépulcre, tu dois me donner ces cachets. Moi j’fais semblant que j’en ai besoin. Tu m’laisses repartir sans trop vérifier, et tout le monde croit qu’on a respecté les grandes lignes du monde des Dossiers, des Responsabilités et des Factures. » Un monde bureaucratique qui lui semblait à chaque fois une immense cage à hamster. Heureusement, la Maison lui épargnerait le tragique et implacable Quotidien.

Ou la Mort, selon ce que Quenotte décidait à 18 ans.

« Mais me menacer de pas me les donner c’est te foutre dans la merde plus que moi. Parce que j’ai aucune intention de me laisser dresser par les médocs. Je laisse… »
Sa main se fit battement de papillon. « juste croire. Il pige le moustachu ou il pige pas ? »

Pourtant un sourire vint se découper sur sa trogne. Une vraie grimace sincère et amusée.

« Putain mon con, avec ta grande gueule pourtant, je pensais pas que tu serais aussi intéressant. Je me disais que tu te faisais chier ici mais que tu serais atrocement normal. Mais en fait non, les rumeurs disaient bien vrai. T’es un casse-burne de première et pas la moitié d’un mec censé. Quel dommage que t’aies quitté les rats. Ca aurait pu être exceptionnel. Mais t’as grandis. »

Car dans le monde de Fange, on se décidait à grandir. On n’en était jamais victime. On ne le subissait pas. Soit on était lâche et on prenait les devants pour agir. Soit on se laissait mener par la truffe comme un –

Comme un putain de chien.

Son regard s’en vint détailler le bocal. Et son ton se radoucit un rien.

« C’quoi ça ? »

Drôle de couleur pour des fourmis.




     

 
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Moustache
Mar 8 Aoû - 11:17

Moustache avait remarqué l'air rêveur du gamin et de ce qu'il tenait en main. Moustache pouvait bien imaginer ce qui se passait dans la tête du gamin, mais l’Araignée ne s'en formalisait pas. Au contraire ça l'amusait. Ce n'est pas qu'il ne se méfiait pas du chef des Rats, mais devoir être en conflit avec lui et en venir aux mains ne le dérangeait pas. Il sortit d'ailleurs d'un tiroir un scalpel qu'il posa  discrètement sur le bureau. Il affectionnait particulièrement cet instrument et ne dirait pas non à s'en servir de bien des façons pour examiner le corps du Rat dans les moindres détails, une fois qu'il aurait essayé de l'attacher à un des lits de « repos ».  

Un infirmier qui pensait de la sorte ferait sûrement hurler les confrères. Mais à la Maison c’était presque moins étonnant, surtout avec la réputation du Sépulcre. Moustache profita de ce moment pour appuyer sur un bouton d'un appareil qu'on lui avait transmis il y a quelques semaines, soit disant que c’était pratique dans le métier pour écouter les patients.

Quand le petit con cracha sur le sol, Moustache pensa à lui sauter au cou, lui couper la tignasse pour essuyer le crachat juste pour le principe. En soit un crachat il en avait vraiment rien à foutre. C’était juste pour que ce sale gosse comprenne où il était. Mais le gamin continua son cirque et Moustache était quelque peu curieux de savoir ce que le gosse allait lui dire.

Un mot, ou plutôt un nom, sonna doucement aux oreilles de l'adulte : « Tignasse ». C'était pour l'intimider ? Honnêtement si ce gamin croyait réussir quelque chose avec ce genre de plan, autant qu'il aille de lui même s'attacher sur le lit qu'il passe un bon moment sans détour à revoir l'anatomie humaine. Ils gagneraient du temps.

Il laissa le morveux faire son petit chef. Comme il venait de le dire « Tignasse » avait été chef, il savait comment ça se passait là-bas. Moustache l’écouta, regardant à peine le gamin, feignant d'ignorer Fange en fixant son regard sur la fenêtre. Question de l’énerver un peu plus et de jouer avec alors qu'il s'allumait tranquillement une clope.

Ce fut le bruit des grolles sur son bureau qui lui fit arrêter ce petit jeu. Il se prenait bien pour un chef. L'adulte pouffa dans sa moustache penchant la tête en arrière, esquissant un large sourire, la cigarette à la main. Ce gamin avait des couilles c'est sûr. C'était ça qu'il avait posé sur la table et non ses grolles. Mais l'homme devait se retenir de rire et ne pas répondre à la dernière question. Moustache prit le scalpel qu'il lança  de façon à ce qu'il soit à peine planté dans la chaussure de Fange.

— C'est bon t'as fini ton speech de chef ? Bon c'est à moi le merdeux. D'abord merci pour les compliments. Maintenant tu vas voir à quel point je ne suis pas qu'une grande gueule, sale gamin. Humm non pour toi on sera presque à niveau, ça sera merdeux, mais pas gamin.

Moustache appelait gamin les gosses dont il ne voulait pas spécialement retenir le nom. Mais lui il l'aimait bien, assez pour lui en foutre plein les dents avec un plaisir particulier. Moustache stoppa l'appareil et rembobina la bande pour mettre en route le magnétophone qui était sous la pile de papiers. On entendit des cris de douleur, des plaintes éplorées provenant de voix d'enfants. Moustache fronça les sourcils, ré-actionna la bande.  

— Merde, remonté trop loin.

Le clic du magnétophone résonna, ainsi que la voix enregistrée de Fange.

« Tu es dans le Sépulcre, tu dois me donner ces cachets. Moi j’fais semblant que j’en ai besoin. Tu m’laisses repartir sans trop vérifier, et tout le monde croit qu’on a respecté les grandes lignes du monde des Dossiers, des Responsabilités et des Factures. » .

— Tu vois mon gars, ça c'est un enregistrement et plus ou moins un aveu que t'as pas besoin de tes putains de médoc. Moi je m'en tape comme de mon premier jour chez le coiffeur. Un tel aveu pourrait... je sais pas... t'éloigner de la Maison et de gens qui te sont chers... vu que tu vas bien.

Wesker avait bien vu le dossier de Fange. Cette menace n'était pas la meilleure qui soit, mais elle pouvait produire son petit effet.

— Donc on va faire simple. Ton petit jeu de chef des Rats je le connais. Tu dois plus ou moins me connaître apparemment vu les rumeurs. Tu sais que je ne suis pas non plus comme l'autre cruche débile qui te soignait avant. Si tu veux tes merdes en gélule et qu'on respecte les grandes lignes c'est parce que tu as un profit. Je veux même pas le savoir. Mais avec moi on a rien sans rien. Si tu veux tes merdes, j’attends quelque chose en échange.

Moustache se leva pour regarder de haut le chef des Rats vu leur différence de taille.

— Bien qu'adulte je reste un vieux gros rat qui grignote au loin de la meute, mais qui ne reste pas moins avec l'esprit d'un bon rat prêt à sauter à la gorge. Dans cette salle le chef c'est le vieux Rats aigri qui est face à toi. Et non le jeune Rat que tu es.

Moustache ne détestait pas Fange, même sa façon de le prendre de haut. Au moins il avait ce qu'il faut entre les jambes et cela ne lui déplaisait pas. Il aurait limite même aimé être de la même génération que lui. Ça aurait pu être drôle si l'un ou l'autre supportait l'autorité du second sans se taper dessus.  

— Allez, pour te faire passer la pilule monsieur le grand chef des Rats je vais te dire ce que contient ce bocal. Ce sont des fourmis d'une race bien particulière qui aime le sucre. Elles peuvent provoquer d'atroces douleurs par leurs si petites morsures. C'est pratique pour faire fermer les gueules un peut trop grandes, tu vois ? Si tu veux avoir un aperçu je l'ouvre et le verse sur TA Tignasse. Peut être que l’expérience te plaira.

Et il en était bien capable bien qu'il perdrait sûrement tout son stock. Mais voir le petit prince se faire grignoter la chevelure et sûrement  un peu du crane pourrait compenser cette perte.


HS : Punaise ça ma tellement donné d'idées que je me suis perdu dans ma réponse à un moment.


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Fange
Dim 20 Aoû - 19:33

     

     
Etude des fourmis balle de fusil.

     

     


Quenotte n’aurait sans doute pas fait mieux dans le genre. Mais ce ne fut pas le scalpel ni l’enregistrement qui réduisit Fange au silence. Ce fut ce rire, un peu rauque, emmitouflé dans la barbe et la moustache de cet espèce de pirate. Ce rire si semblable au sien, atrocement amusé. Un rire prélevant ses morceaux de conscience à la pince à épiler. Son regard changea un rien. Moins agressif, presque préoccupé. Et enlevant ses pompes pour finalement retirer le scalpel qu’il se mit à faire courir entre ses doigts sans le relancer, Fange pinça les lèvres. Soudain pris dans une intense réflexion.

Si la chasse, le meurtre, la cruauté et la discipline le rendaient efficaces, il n’en était pas intelligent pour autant. Ce qui subsistait entre ses tempes n’était rien de moins qu’un cerveau primitif étrangement compétent. Quelque chose qui s’éclairait sous l’instinct et la brutalité pure. Quelque chose qui ne savait qu’à peine lire, pas écrire et qui était persuadé qu’analphabète demeurait un compliment. Pourtant quelque chose fourmilla, à l’image des créatures enfermées dans leur bocal. Une pensée résistant à la peur : car si la peur le submergeait, si l’ampleur de la menace s’avérait être efficace, le geste serait aussi stupide qu’inconsidéré envers Moustache.

Personne ne l’arracherait à la Maison, pas lui vivant en tout cas. Personne ne l’écarterait de sa sœur.

« C’est qui qui crie là-dessus ? » Chuinta sa voix dans un rictus intenable. Il avait entendu les sons, pleurnichements épars et ça lui plaisait bien, l’idée que l’adulte puisse être finalement aussi fou que lui. Il y avait une aura étrangement rassurante dans cette mise en place scénaristique : qu’on ait pu accorder sa place de médecin à un ancien gamin de la Maison, sans trop vérifier ses antécédents. Quelque chose lui disait que Tignasse, de son temps, en avait fait hurler autant.

« Ca va, calme toi. On va dire que la bande va se perdre. J’ai pas envie de me foutre dans la merde. Après tout, c’est un bon équilibre là. Moi ce que je sais. Toi, ce que tu sais. Nous, qui ne sommes pas très biens. Et crois moi, même si y’a beaucoup de cons par ici, je suis persuadé que personne signera mon bon de sorti sans m’envoyer à la fourrière. Alors avant de discuter deal… »

Quoique veuille le poilu d’ailleurs, cela devait être suffisamment à sa portée pour s’avérer être triplement intéressant.

« Réponds juste : pourquoi… » Son menton désigna à nouveau le bocal. « si ça fait autant de mal, pourquoi tu les gardes là-dedans ? C’est pas cool sérieux. Ca vivait bien avant que tu te les fasses… livrer ou je sais quoi. » Son nez moucheté de tâches finit par renifler d’un air de mépris. « Maintenant c’est dans un bocal et ça s’emmerde grave, peut-être même que ça crève à petit feu. Pour des trucs aussi efficaces, ça mériterait quand même, chais pas, un vivarium… »

N’en avaient-ils pas un d’ailleurs, planqué au grenier ? Du temps où l’un des morveux collectionnait les poissons voire même les batraciens ?

Le regard de Fange s’illumina.

« Hey j’peux t’en chercher un et puis on pourrait tester ? Je connais un type qui m’casse les couilles. SI y’a moyen de les lui déverser sur la gueule, ça serait drôlement fendard non ? »

Ses jambes se mirent soudain à trembler. D’une excitation comme un drôle de séisme que Quenotte connaissait suffisament bien pour s’en méfier. La pupille entièrement dilatée, Fange subissait ce qu’on lui avait si mal diagnostiqué. Et ce brusque changement d’humeur, purement nerveux et presque hystérique, allait finir par le refaire zozoter. Pourtant son visage ne céda pas d’un pouce au regard de l’ex Tignasse. Et roulant des épaules, penché en avant, Fange chuchota.

« Ca serait même carrément fffFendard. »



     

 
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Moustache
Sam 26 Aoû - 12:22

Le silence qui suivit n’était pas pour déplaire à Moustache. Soit le chef des Rats réfléchissait à comment réagir, soit cela le laissait sans voix ne pensant vraiment pas que l'homme pouvait toujours agir comme le gros Rat qu'il était.

Les gamins dirigeaient peut-être beaucoup de choses, et il était on ne peut mieux placer pour le savoir étant là depuis l'enfance. Il avait vécu en ce lieu bien plus de temps que presque n'importe qui dans la Maison. Il avait eu bien le temps et le loisir d'observer et de subir à l’époque de Tignasse. Et cela Moustache l'avait fait sien en abandonnant les enfants pour les Araignées. C’était lui le seul maître de cette unique pièce. C’était son « groupe » à lui, lui et ses fourmis.

Quand le chef des Rats demanda qui criait sur la bande-son, l'homme se mit à avoir un large sourire écrasant sa cigarette et daignant répondre à Fange.

—  Juste un gamin qui aimait trop le miel. Mais ça c’était avant qu'il rencontre les petites pestes rouges. Pas un Rat, je crois.

Moustache observa bien le comportement du gosse. Ce gosse l’intéressait autrement bien plus que pour un simple chantage.  

Un adulte, un enfant, une façon similaire de penser, une façon bien à eux de voir les choses. Moustache en était sûr Tignasse aurait bien aimé l'avoir avec lui à ses côtés. Il aurait même fait éclater des coups d’État contre Fange, une bonne raison de se foutre sur la gueule entre potes, un bon moyen de s'amuser et de tuer le temps. Mais il y aurait eu cette gamine entre eux. Cette sale gosse allait sûrement poser des problèmes sur l'entente actuelle entre Fange et Moustache. Cette foutue reine des fourmis que Moustache irait dévorer si elle devenait trop gênante. Sauf que Fange lui sauterait à la gorge pour venger la mort de sa sœur. Néanmoins l'idée ne déplaisait pas à Moustache. Lui avec un scalpel, Fange avec son tire-bouchon, tous deux emplis de haine et de plaisir sadique, deux animaux incontrôlables.

Ah oui qu'il aimerait le voir dans ses retranchements pour venir le défier de la sorte au côté de la poupée ensanglantée et sans vie de la jeune fille. Cela lui rappellerait le bon temps du grand massacre. Inconsciemment l'homme faisait craquer son index avec son pouce, écoutant à moitié Fange. Trop plongé dans son trip mental, Moustache ne prenait pas la peine de répondre au garçon.

Mais une question la tira de ses pensées, lui faisant tirer la gueule. Sans un mot il se leva laissant Fange là où il était. Il ouvrit un placard d'où il sortit une bonne bouteille de vodka et deux shooters qu'il remplit, et posa sur le bureau.

—  T'es un gosse mais on s'en fous si tu bois. Ou, plutôt, fais comme tu veux. Je m'en fous comme de mon premier coiffeur.

Après tout lui n'avait pas de problème lié à l’alcool et pourtant il en buvait pas mal. Moustache but d'une traite le verre et le fit claquer sur le bureau.

—  Par contre ça  te prend souvent de poser des questions aussi connes ? Elles sont là car je le veux. Être dans un bocal les agace et les rend encore plus agressives. Elles savent que lorsqu'elles sortent elles ont leur putain de miel sur lit d'humain chialant la Blanche et la Rouge de venir les aider.

Mais Moustache devait avouer une chose : c’était chiant de les remettre à nouveau dans le bocal. Comparé au début il avait réduit ses stocks de moitié. Avoir ce vivarium pour leur pseudo-confort pourrait permettre un élevage. Peut-être pas si conne la question du gosse après tout.

Surtout que malgré son cheveu sur la langue le regard illuminé de Fange lui plaisait. Il reconnaissait ce regard qu'il pouvait voir dans un miroir face à lui. Et cela en soit suffit pour dire banco, lançons l’expérience « gueule de couille ».

—  Avec ton truc je pourrais en faire un élevage et en avoir encore plus, ça peut le faire. Je parie qu'en échange tu veux tes putains de pilule ? Faudra une lampe pour un élevage. Si tu peux avoir ça et de la bonne terre on peut trouver un terrain d'entente pour ton briseur de couille qui aurait une face de couille après qu'elles aient bouffé le miel sur sa tronche.

Moustache oubliait presque son rôle d'adulte pour le coup.


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Fange
Dim 27 Aoû - 20:37

     

     
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L’odeur de l’alcool fut néanmoins suffisante pour lui causer un vague mouvement de recul nauséeux et méfiant, brisant leur soudaine bonne entente. C’était clair, dans son verre – de la vodka alors, ou un de ces putains d’alcool jap’ que des mecs comme Riz ou Tanuki ramenaient parfois d’on ne savait trop où. Pas orangé, pas ces foutues canettes de merde que Froncis s’envoyait à l’époque, laissant trainer les carcasses de métal dans sa camionnette, puisqu’à la maison fallait toujours que tout soit propre, impeccable, si la daronne devait échapper aux gnons. L’alcool lui laissait le regard mauvais et les poings en sang et les reins de Quenotte étaient de bons remplaçants quand la petite traînait trop près du champ de bataille de cet enculé d’ivrogne.

Serait-ce son cas à lui aussi ? S’il buvait, s’il se noyait là-dedans, qu’adviendrait-il de son contrôle et du ronflement de la bête enfermée dans son ventre ? Quenotte n’était pas la seule à sentir quelque chose bouger dans ses tripes, comme un mauvais présage ou une saloperie de métaphore. A deux, ils vivaient une grossesse de cauchemar. De vice pour elle, de sang pour lui. Et s’il parvenait à calmer les furieux aboiements internes de sa créature en frappant la gueule d’Acide régulièrement, Fange craignait que l’alcool ne lui fasse basculer de visage comme un de ces automates trainant au grenier.

Non, le risque était bien trop gros et repoussant le verre du pied, y laissant le clapotis y foutre quelques gouttes sur le bureau, il eut un geste dénégatif et se reconcentra sur les fourmis et sur son projet. Princesse. Princesse pourrait bien y goûter. Quelle serait sa réaction après tout s’il venait en glisser deux ou trois dans son petit lit ou sur son siège à roulettes ? Elle qui sentait la meringue, finirait sans doute par les affamer. Et son sourire s’en revint fleurir sur son visage buriné.

« Les faire se reproduire hein… avec de la bonne terre ensanglantée… » Son Envers en disposait d’une sacrée couche sous les arbres des pendus et cillant, presque hésitant, ce fut à voix plus basse qu’il proposa. « Ça aussi j’peux en ramener. »

Etrange soudain comme l’apparence de Moustache sembla changer, se rapprochant bien plus d’un Raspoutine que d’un adulte, malgré ses poils et sa moustache. Quelque chose brûlait dans ses orbites, la fièvre d’antan et comprenant soudain que ficelé à ses nouvelles responsabilités d’adulte, le gars devait se sentir un peu seul dans son bureau, Fange se mit à froncer le nez.

« Ça tombe bien que la Blanche soit crevée. Au moins ça te permet de me voir et de plus te faire chier, hein Wąsy. » Ce n’était en rien une moquerie ou une provocation.

« Ok, va pour le deal alors. Le vivarium contre mes pilules. Mais j’dois en prendre chaque jour alors j’veux deux semaines de rab. On trouvera une autre transaction au besoin. » Quand le temps serait venu mais Fange étant ce qu’il était, le temps lui apparaissait comme une donnée lointaine un peu abasourdie. Quelque chose comme une pâte à guimauve trop étirée.

« J’ai des tas de victimes à te proposer sinon. Des tas de gosse qui me font chier. » Son esprit effleura brièvement l’image de Richter puis, comme un grand ponte peu satisfait du menu présenté dans un restaurant quatre étoiles, la chassa d’un revers de grognement. « Ca pourrait être genre… le supplice ultime après le trou, pour les trucs pas assez graves pour mériter la mort. » Ca pourrait même être une sacrée signature contre ceux qui emmerdaient Quenotte et une nouvelle fois, ses pensées revinrent à Princesse – encombrante Princesse.

Et Brèche ? Cette putain de Brèche sans douleur ?

« … Dis… quelqu’un qui sent pas la douleur normalement genre, t’sais, rien du tout… » Ses lèvres se pincèrent délicatement. « Ca pourrait marcher tu crois ? Ca serait assez fort ? »


     

 
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Moustache
Jeu 31 Aoû - 14:43

Il ne voulait pas boire tant pis. Cela en ferait plus pour lui. Après tout ce n'était pas comme si ces putain de pilules étaient plus nocives. Enfin apparemment ils ne les prenaient pas. De toute façon Moustache, dans l'absolu, s'en foutait pas mal du moment qu'il s'y retrouvait, même s'il n'avait pas envie de perdre ce gosse qui lui plaisait de plus en plus.

Apparemment Fange avait tout pour plaire à Moustache bien plus qu'il ne le pensait à l'origine. Quand les mots à peine audibles parvinrent aux oreilles de Moustache celui-ci regarda le bocal de fourmis et se retourna de nouveau en direction du gosse. Où pouvait-il avoir une terre du genre ? La forêt ? Tuer un inutile là-bas pourrait lui permettre d'obtenir une terre similaire à ce que Fange proposait. Ce serait aussi bien plus plaisant de faire saigner quelqu'un lui-même et laisser goutter le corps pendu à un arbre après s’être amusé à sa manière avec le corps.

Mais laisser le gosse ramener tout ce qu'il proposait à Moustache lui permettrait de voir si ce n’était pas au final que de la parole,. Car ça il en avait rencontré des putains de grande gueule, mais pour assurer derrière il y avait bien moins de monde. La Blanche, cette chieuse de première. Moustache avait particulièrement aimé que cette conne disparaisse. S'il le pouvait il laisserait même entendre qu'il était à l'origine de cette disparition. Sa réputation n’était plus à ça près.

— Tu peux parler mon petit Fang. Tu as les crocs bien aiguisés et tu as l'air d'au moins aussi bien apprécier que moi cet échange.

Moustache ne savait pas pourquoi il l'avait appelé ainsi sûrement car il pensait que ce gosse avait des crocs bien plus longs que la plupart des autres gosses et que cela lui plaisait vraiment. Par contre il ne savait pas ce qu’était un « Wasi » et n'allait pas chercher au savoir. Il ne voulait pas se prendre la tête avec ce genre de chose.

— Je te donnerais tes deux semaines de saleté si, en plus du vivarium, tu me ramènes ta terre rouge. Sans ça tu n'auras qu'une semaine et je marchanderais pas sur le sujet, compris.

Pour l’après qui vivra verra. Ici certains gosses ne faisaient pas long feu, surtout en venant à l'Araignée. La structure n'avait pas cette réputation pour rien. Bien que Fange puisse y survivre comme Tignasse l'avait fait, cela Moustache le sentait au plus profond de ses tripes. Ce gosse lui était presque familier.  

— Des gosses à me proposer, tu as des noms ? Des groupes ? En dehors de ta greluche qui ne ressent rien, vends moi un peu de rêve merde. Les gens qui ressente rien ne sont pas aussi drôles qu'on le pense. C'est tordant un moment. Tu testes leur saleté de limite, mais pas un cri, pas un gémissement, ça en est presque rasoir. Mais cette Brèche j'ai eu son dossier et je risque de la croiser à la prochaine visite médicale. T'as peut-être envie d'y assister. Tu verras c'est barbant, limite si on lui coupe un bras ou quelques doigts en laissant les pouces pour la fucking rouge.

Il avait un petit exemple du genre avec Pieds-Nus qui se retenait bien trop, ne montrait pas les douleurs qu'il ressentait et c'était bien frustrant, au point ou il s’était renseigné sur le harcèlement moral pour pallier ces casses couilles d'insensibles aux traitements physiques. Cela lui plaisait bien. Sans le savoir il avait déjà appliqué ce genre de méthode pour anéantir des personnes mentalement parlants. Moustache but d'une traite le verre repoussé par Fange et reprit.

— Pour tes rats si ce n'est pas toutes les pleines lunes ça m’intéresse. D'ailleurs j'ai entendu parler d'une gamine, Princesse. Je me la ferais bien. Du genre des fourmis qui lui bouffent cette langue un peu trop bien pendue de ce que j'ai entendu dire. C'est déjà bien plus appréciable qu'une personne qui ne ressentira rien tu ne penses pas ? Enfin que tu le penses ou pas c'est moi qui vais m'amuser d'eux. Quand tu me les envoies faut pas venir me chier dans les bottes après car ils sont trop esquintés.

En vérité si Moustache pouvait avoir les rats sous sa responsabilité ce serait une bonne chose. Les choses étant ce qu'elles sont, quelque chose se liait entre lui et le chef actuel des rats. S'il devait en épargner quelques-uns Fange le lui dirait sûrement. Il pourrait exiger un casse couille de première d'un autre groupe en échange. Heureusement l'homme qu'il était devenu n’était pas attiré sur certains plans par les gamins ou gamines. Mais bon certains traitement pouvaient être bien pires comme supplice.


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Fange
Dim 3 Sep - 12:39

     

     
Etude des fourmis balle de fusil.

     

     



Il y eut un frisson et Fange se vit, clairement, en Moustache. Cela ne lui prit que le temps d’un battement de cil mais l’image resta, attrapée dans ses pensées, d’une version plus adulte que lui – vivante, version choquante – attablé là, dans cette prison de médocs et de draps aseptisés, étudiant et apportant science et souffrance aux générations futures. Puis la peur lui serra le cœur en même temps que la désolation – quoi, grandir, et ne plus être chef de clan ? Grandir et pourrir de vieillesse, se marquer de rides et de creux et de faiblesse ? Grandir et ne plus être l’un des gamins de ce monde, en être juste le témoin ? Plutôt crever et emporter la Maison avec elle.

Vivement le mariage, soupira Fange dans sa détresse. Qu’Elle et moi on se tue une bonne fois pour toute. Pour que personne ne la lui vole et ne commette l’irréparable. Ce n’était pas ainsi qu’on traitait Dieu, en l’épousant, en l’engrossant comme la première des vaches et en la laissant béate et inerte, dans un coin de la pièce, le visage mouillé de morve et de salive, les mains crispées sur ses reins après la tornade masculine d’un alcoolo doublé d’un crétin.

Ceci dit, Moustache, pour ce qu’il était, apparaissait comme l’option la plus affriolante du côté des adultes. Et de l’écouter déblatérer fit naître un sourire plus menaçant encore. Ah donc Brèche l’enquiquinait à ce point ? Ah donc il avait des vues sur Princesse ? Mais cet homme était décidément parfait.

« Princesse… Porcelaine… Richter… Peut-être même la petite muette là, Fantoche, histoire de la secouer. » Il s’évoqua le portrait binoclard de la Cygne, avec sa coupe carrée et ses grands verres immenses. Puis s’en détourna. Non pas elle – il n’aurait pas su dire pourquoi.

Et Acide ? Acide pouvait-il faire partie de cette pincée légère de soumission ? Pourrait-il le regarder se faire dévorer par les fourmis en écoutant les longs geignements plaintifs et adorés que sa sale gueule pouvait fournir ? Non, pas si un autre s’en mêlait. Acide, n’était qu’à lui – pour l’instant. Acide demeurerait son secret.

« Raspoutine… ? » Le malaise que lui déclenchait ce géant viril devait trouver une solution. « Il est mastoc, genre charpenté. Ca sera plus long avec lui qu’avec les autres. » Mais ça vengerait Quenotte qui en avait assez de ses mines insupportables.

Lentement il se craqua la nuque.

« Et pour la terre. » Les murs furent soudain comme des vagues blanchâtres, presque floues. « J’peux t’en avoir de suite ça ouais… j’peux t’en avoir de suite. » Il lui suffisait de le prendre, de s’imaginer un lasso autour de son cou de taureau et de l’y traîner.

Le plafond devint plus lointain et se farda de nuages rouges, comme chargés d’une pluie ensanglantée. Sous le bureau puis leur chaise, la mousse apparue. Spongieuse et dégueulasse. Dans le lointain retentit le bruit d’une lumière.

Puis Fange bondit, l’emportant avec lui. Et ils furent dans son Royaume. Deux êtres immobiles sur une plaine en charnier de guerre. Les pompes déjà enfoncées dans une boue trop élastique, presque mouvante. L’air, chargé de rouille, vrombit de mouches et dans le bayou de ses décombres d’enfance, dans son imaginaire de déclin et de morts, les arbres apparurent. Les branches craquant sous le poids des pendus.

Il y avait là toute une troupe familière de visages de gosses. Souvent même des disparus.

Souvent rien que des idées d’infortune, de futur.

Fange écarta les bras. À sa hanche se dévissa un bocal. Dans son regard brûla une lumière presque torve de satisfaction. Il n’y avait qu’ainsi, dans ses crimes, qu’il pouvait encore rêver consciemment. S’y plonger comme un bain tiède. Le royaume des arbres fées et des mondes nets comme une cuvette de chiottes, c’était bien pour les autres. Pas pour lui.

« Alors ? Satisfait ? »

Il espérait que oui.


     

 
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Moustache
Lun 11 Sep - 20:43


Moustache aimait bien ce gamin, vraiment. Il en venait même à penser qu'il était dommage de ne pas avoir fait en sorte d'attirer à lui le chef des Rats bien plus tôt. Des noms cités par Fange certains lui étaient inconnus comme cette Porcelaine et Fantoche qu'il connaissait à peine de nom. Mais c'est surtout le nom suivant qui fit apparaître un léger rictus carnassier sur le visage de l'homme.

Le chef des Cerfs, ce gamin Moustache l'avait déjà dans le collimateur depuis le début. Celui-là Moustache voulait s'en occuper à sa façon. Mais ayant un physique plus développé que la plupart des gamins, briser psychologiquement ce chef serait plus jouissif et il avait déjà commencé. C’était un peu entre lui et le poilu un jeu très particulier. Moustache garda pour lui cette information laissant Fange continuer de parler vu qu'il en arrivait à la terre rouge.

Bien assez vite Moustache comprit ce qui se passait, étant habitué depuis des années. Le chef des Rats l'amenait dans l'Envers de de Fange. Mais qui disait Envers disait changement pour Moustache et des changements qu'il l’empêchait de se concentrer sur ceux qui touchaient l'environnement autour de lui.

Pour commencer les os de ses bras et de ses jambes craquèrent légèrement alors qu'ils grandissaient et devenaient plus fins. Puis ce furent les cheveux de Moustache qui se mirent à pousser très vite recouvrant rapidement tout son corps, ne laissant ni habit, ni peau visible. La colonne vertébrale se modifia obligeant l'homme à tomber à quatre pattes. Le torse se mit à briller, feu intérieur aussi palpitant que du magma en fusion, éclairant entièrement la poitrine de Moustache de la même façon que celle d'un dragon prêt à cracher ses flammes. C’était maintenant au tour de la tête de ce dernier à changer. La mâchoire s’allonger pour prendre une forme lupin, des crocs poussèrent formant une mâchoire prête à tout déchiqueter. Cela perturba Moustache qui n'avait pas vraiment sa forme habituelle. Il avait perdu ses « pattes » avant mais aussi sa mâchoire depuis bien longtemps, remplacées depuis bien longtemps par des membres factices enflammés.

Moustache resta calme malgré cette forme non aboutie. Il devait, comme toujours, rester maître de lui-même. Peut-être que venir par le biais de quelqu 'un était différent de venir en tant que Sauteur ou Tombant. Il était maintenant une espèce de loup d'un peu près 1m65 de hauteur.

—  C'est donc ça ton Envers. Il a l'air de retenir une partie de moi loin d'ici. Je ne me sens pas complet...

Moustache huma la terre une odeur qui lui plaisait. Il regarda autour de lui pour voir un cadre qui pourrait être à l'origine de certains cauchemars infantiles, mais lui était plutôt bien et même apaisé par l'ambiance de ce lieu.

—  Cadre plutôt charmant, bien qu'un peu boueux et…

Moustache donna un coup de croc dans l'air pour faire fuir un duo de mouches qui bourdonnait un peu trop près de ses oreilles,. Étant un animal physiquement maintenant il avait quelques sens plus développés.

—  Et un peu trop de mouches. Donc cette terre était en effet un poil facile à avoir pour toi. J'en suis déçu de cette facilité. Mais cela me plaît de voir un Envers pareil, cet Envers que tu t'es façonné.

Moustache avança de quelques mètres pour arriver sous l'arbre aux pendus et observa un peu ces derniers, essayant de reconnaître les visages avant de laisser tomber. Si Fange avait tué dans l'Envers ou dans la Maison ce n'était pas un crime. La Maison, la Rouge, n'était qu'une version différente de la vie dans l'En-Dehors et cela lui plaisait.

—  T'as d'autres choses ici qui peuvent être aussi intéressantes ou tu vas déjà nous faire sortir d'ici ?

Moustache tourna la gueule vers Fange pour se rendre compte d'une chose.

—  Tiens t'as pas changé physiquement. C'est intéressant. Sur ça toi et moi on est opposés. Je n'ai pas d'Envers qui change l'environnement autour de moi. Je change physiquement à l'inverse de toi.

En fait Moustache s’était toujours satisfait de son Envers chassant, tuant des gens qui se perdaient ou juste qu'il rencontrait dans l'Envers. Mais allez savoir pourquoi cela le travaillait d'un seul coup.


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Fange
Dim 17 Sep - 18:38


Etude des fourmis balle de fusil (chapitre 1)

avec Moustache



Ainsi la Bête apparue. Semblant de chien, gueule de loup, souffle de volcan, Moustache devint un monstre, aux relents de souffre et de sang coagulé, bipède forcé au regard bien plus furieux. Craquant et se cousant de changement sous l’œil fier et amusé de Fange. Il était effroyable – et impressionnant. Se tenant là, beaucoup plus grand que lui, l’obligeant à renvoyer la tête en arrière pour mieux le contempler. D’un sifflement admiratif, le chef des rats apprécia cette vérité présentée à son corps juvénile et applaudit deux fois.

« J’en attendais pas moins… quoi que j’aurais sans doute été déçu d’une apparence de lapin- »

Brusquement il s’interrompit. Comme happé par une soudaine vérité qu’il avait encore trop tendance à nier dans son imprudence. Silencieux, il tourna sur lui-même, fouillant les parages avec une attention accrue. Mais mis à part les pendus et le champ de bataille, rien, il n’y avait rien pour trahir la présence d’une jeune fille blanche toute nue et de sa marée de lapins. La Blanche, même dans sa disparition, n’avait pas abandonné son projet de le suivre et il se devait de la subir même ici. Autant donc ne pas l’attirer avec des mots malheureux.

« Cet Envers est venu à moi. Je l’ai pas créé. » Il s’était présenté sans imaginaire, dans la vérité presque nue de sa propre horreur. Un cadeau présenté par la Rouge que l’esprit de Fange avait fini par nourrir de morts. Et le regard un peu ébahi d’Aspirine, la gorge ouverte sur une bouche sans langue, lui lança une œillade du haut de sa corde. Lui ne s’était pas encore totalement dégradé.

Juste un message parmi tant d’autres dans son abîme.

Etrangement pourtant, l’interrogation évidente et naturelle de Moustache sur sa fidèle apparence lui arracha une moue presque chagrine.

« Je sais. » Claqua-t-il pour couper court, rangeant ses mains dans ses poches. Tous changeaient. Sables avec son espèce de démon de terre cuite qui pouvait exaucer les souhaits. Quenotte et son apparence de poupée plantes aux ailes de fée. L’autre connasse de princesse qui pouvait enfin marcher. Tous le pouvaient. Tous il les avait observé, du plus secret des Envers à celui invitant. Mais lui était l’un des rares à demeurer aussi naturel. Comme si le monstre, la chose en lui, n’avait finalement besoin que de son masque de gosse des rues, au teint sombre, pour exister. Cela viendrait peut-être. Un jour.

Mais pas aujourd’hui.

Se penchant, il entreprit de ranger autant de terre que possible dans un bocal. Ferma ce dernier et retrouvant le sourire, désigna les tranchées au loin.

« Tu entends ? » Un chant semblait s’y distiller. « Quand j’étais gosse j’adorais monter sur les toits pour les chasser. C’était mon moment à moi. » Quenotte aimant les caresser, nul doute qu’à leur époque elle l’aurait disputé. « Je les poursuivais et je leur fracassais le crâne à coups de pierre. T’as la tronche d’un clebs… »

Rictus, par contre, pouvait venir. Cela n’en serait que plus intéressant pour eux trois.

« On peut aller s’en choper. »

Et du bord de la terre meuble, des oreilles de félidés vinrent frémir dans l’air. Déjà terrifiées.








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Moustache
Hier à 20:59


Un lapin ? Le feu intérieur de Moustache se mit à chauffer un peu plus et commença même à ronger sa cage thoracique. Et pourquoi pas un rose tant qu'il y était hein, ou bien une peluche comme Nus-pieds... Et Fange serait un Chat ? Foutaises.

—  Les lapins je les bouffe à la moutarde. Je préférais ne plus jamais venir dans l'Envers que d'avoir une putain de gueule de lapin.

Alors que Fange avait l'air perplexe, songeur et même légèrement anxieux, Moustache crut, comprendre que cela était lié au mot lapin. Avait il peur de cette stupide Blanche et de sa cohorte de bestioles inutiles ? Moustache espérait bien que non cela le décevrait. Mais bon il paraît que connaître ses peurs et faiblesses permettait de les dépasser. Mouais, conneries que cela.

Quant à tout ce qui l'entourait Fange n'avait rien inventé. Moustache comprit ce principe. Il n'avait pas imaginé la forme qu'il abordait en ce moment même. Il en avait pris une similaire depuis sa toute première visite de l'Envers. Il avait compris cette forme et ce qu'elle représentait par rapport à lui même : cette forme, ces crocs, cette flamme de haine qui lui rongeait les entrailles. Tout cela il l'avait accepté.

Fange rangea de la terre. Moustache se demanda si la quantité serait suffisante. Mais dans le pire des cas il serait facile pour le Rat d'en ramener plus et rapidement. Quand Fange reprit la parole les oreilles de Moustache se dressèrent sur le sommet de son crâne cherchant de quel côté venaient les bruits entendus par Fange.

—  Hey petit con je suis pas un vieux clebs déjà, mais plutôt un pseudo loup ou un truc du genre. Fais gaffe j'aime pas être comparé à un putain de simple clébard ok ? C'est pas une pulsion en moi de chasser les chats. Mais ça peut être un bon moyen de passer ma frustration.

D'ailleurs Moustache pensa que le must serait de faire la même chose mais avec Miauleuse, une gamine qui aurait les cris de douleurs d'un chat mais qui aurait plus de matière corporel pour s'amuser.

—  Mais on peut voir qui en chope le plus entre nous. Leur arracher la tête ne compte quand même que pour un. On peut commen...

Moustache renifla l'air. Il y avait quelque chose de différent dans l'air. Oui certes la merde au sol avait plusieurs odeurs qui pouvait l'induire en erreur. Mais en regardant partout il crut voir une forme qui se révéla être juste un chat. Moustache fit un bond de presque deux mètres chopant de la gueule un chat. Qu'il lança au pied de Fange alors que le chat ne ressemblait plus vraiment à un chat vu la taille des crocs qui venaient de le croquer.

—  Et de un.

Moustache était sûr d'avoir senti autre chose mais n'arrivait pas à mettre les crocs dessus.


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