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Chaos is a ladder
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Fange
Dim 30 Juil - 0:00


ft. Balor – de Phobs

fiche médicale
Sous les Briques

modératrice de ce forum, je suis celle qui montre les dents et qui grogne fort. je me fais surnommer wuppert ale mais je préfère largement mon prénom : emilie. Je suis votre pire cauchemar – parce que je joue un enfoiré de première, principalement. mais vous inquiétez pas, je vous aime tous – sauf un.


nom : Fange – Air débraillé, chemise à carreaux maintes et maintes fois reprisée, il y a sur son passage comme une trace palpable dans l’air, un mélange de sueur et de sang, de crasse et de graisse, de colère et de crachat. Avec sa crinière en bataille dont les boucles se mêlent aux nœuds, et son visage basané qu’on le croirait sali par la terre, il donne l’impression d’être né des bois, de s’y être extirpé comme du ventre de sa mère. Odeur saline et un peu amère, de rouille et de boue, de vase et de compost, Fange est ce terreau fertile de meurtre et si l’écoeurement vous prend au sein, n’ayez pas peur, ne vous retenez pas. Vomissez votre bile comme il vomit ses insultes. Et restez loin des empreintes lourdes et du sourire du chat.

âge : 15 ans

âge d'arrivée : 11 ans

origines : Nationalité américaine, origines roumaines/moldaves

groupe : Rats

rang :Le Chat.

rôle : Chef

affiliation avec l'envers : Sauteur

raison de l'admission :
Officiellement, TDA avec prédominance impulsive, Trouble du Comportement Aggravé.
Officieusement : Psychopathie infantile.

Actuellement sous médicamentation pour TDA/TCA/TEI - Antidépresseurs tricycliques et inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine : fluoxetine, fluvoxamine et sertraline.
Actuellement sous thérapie cognitive avec un psychothérapeute.
Pièces à ajouter au dossier :

- incapacité à se conformer aux normes sociales qui déterminent les comportements légaux.
- impulsivité ou incapacité à prévenir.
- irritabilité et agressivité
- mépris inconsidéré pour sa sécurité et celle d'autrui
- absence de remords ou d'empathie

Mise en garde supplémentaire : Ne jamais le séparer de sa sœur.

Comment votre personnage perçoit-il La Maison, son folklore et ses traditions ? —

Les gamins comme lui n’ont que la rue pour maison mais celle qui s’est profilée le jour de ses 11 ans l’a happé plus efficacement que n’importe lequel des non-valides présents dans la Grande Rouge. Possédé par son âme, appartenant à ses murs aussi sûrement que sa chemise est aussi rouge que le béton qui les entoure, il y règne en petit maitre prudent, conscient de ses responsabilités et du fait qu’on tentera toujours, tôt ou tard, de le faire chuter et cela malgré les nombreuses offrandes qu’il a offert à sa Bête, son totem et son protecteur ici en ses lieux. Fange respecte et fait respecter les traditions et le premier merdeux qui manque de respect à l’institut aura toujours affaire à lui. Publiquement jeté dans le grand trou. Ou bazardé dans les bois de l’envers, les genoux pétés et la gueule tordue. Il n’y a rien ici qui compte plus que sa perdition et sa continuité au sein de la maison.

Rien sauf Quenotte, évidemment.

Comment perçoit-il L’Envers ? —

C’est un bayou immense semblable à celui du réel mais il règne dans cette jungle à l’odeur lourde des cris étranges, des petits meurtres, des douces souffrances, une adolescence au goût de sang et les aboiements d’un chien furieux. Il lui suffit parfois seulement de fermer les yeux pour bondir dans son propre cercle et retrouver le territoire de sa quiétude, là où tout semble enfin prendre place comme un puzzle un peu abstrait. Personne ne peut le comprendre entièrement, les meilleurs peuvent seulement deviner à quel point l’Envers est pour lui un nid, une nuit, un crépuscule solitaire et sanglants aux corps suspendus à des troncs brisés. Oh rien n’y pousse, dans le Jamais de Fange. Et les rivières qui coulent ne sont plus soumises au temps. Il y a des charniers et des tranchées de guerre dans sa tête de combattant. Et les seules étoiles qui illuminent sa route de fauve ont l’éclat pétillant des rires de Quenotte. Elle est partout, dans la pleine Lune qui le gouverne aux terres de sable blanc. Elle est chacune des rivières encerclées d’algues noires, chaque courbe de son paysage. Et cet envers il l’aime presque à s’en faire dévorer. Festoyant sur les carcasses des bêtes à ses pieds. Sous les roucoulements songeurs d’une immense Grande Rouge. Et les aboiement d'un chien furieux affamé de vengeance.

Quel est son avis sur les adultes/enfants ? —
La maison est son Temple.
La sœur est son Dieu.
Les deux sont à aimer.
Les adultes sont une menace.
Les enfants sont des larbins.
Les deux sont à contrôler.
Pensées en l'air

Zozote – Possède un Walkman – Sifflote la plupart du temps – Apprécie le rock grunge – Déteste que les chambrées des rats ne soient pas entretenues – Chasseur – Possède un arc et des flèches faites mains – Se balade plus qu’il n’achète au jour de Marché – Toujours fourré non loin de sa sœur – Personne n’aime ses menaces – Balance souvent les petits merdeux dans le Puit – Ne se coupe pas les cheveux – Refuse d’ailleurs qu’on les lui touche – Evite les inspections médicales – Hurle – Mord – Crache – Aime le goût du sang – Ne ressent pas grand-chose – Déteste les chats – Se fait suivre par un Chien – Jaloux – A l'articulation du pouce droit qui lui manque – A un dé à coudre à la place – Possessif – A une dent en or à ce qu’il parait – Ne croit pas en Dieu – Mais sa sœur l’est.
Fragment d'Âme

C'est le type là-bas - je peux pas dire qu'il est grand, déconne pas. S'il frôle le mètre 65, c’est bien le bout du monde mais s’il donne cette impression de hauteur, c’est pas tant son attitude que ses pompes – t’as maté le matos ? Des grolles en cuir à la semelle épaisse, trouvées par sa sœur je crois bien, un jour de Marché, comme d’hab’ par ic – hey, qu’est ce que tu fous ? D’où tu t’approches du chef t’es cinglé ? C’est pas parce qu’il t’a choisi que tu dois lui taper la discussion putain, fies-toi un peu à son air renfrogné. Ouais j’sais, on lui connait que celui-là, et parfois un rien de sourire incrédule quand il croise cette saloperie maniaque de Quenotte – lui dis pas que j’ai dit ça, il me tuerait.

Nan ferme ta gueule, crois moi t’y connais rien, tu te doutes de rien. Tu le vois, tu le sens, il pue, il donne un peu dans le punk, il a l’air à la ramasse, de ces camés qu’on voit parfois à la télé, un fond de rock de guitare électrique de cheveux battants au vent, de sauvagerie et de rythme mais c’est rien, nan c’est rien de tout ça. Car tout ça c’est trop normal et lui, il l’est pas. Tiens toi là, cale toi contre le mur et regarde le postillonner à la tronche de Champagne – tu sais comment ils ont voulu le surnommer une fois ? Vise les canines tu devineras.

Ouais, ces deux chicots qui dépassent de sa bouche presque à le faire bailler, c’est la raison de Mordeur, un surnom qui lui a trainé quoi, six mois ? Puis il est revenu à ses origines et je crois même qu’il a pété le genou au gars à l’origine de ce surnom. Mordeur, Canine, Chasseur, Flèche, Chat – oh putain ce dernier je te dis pas comme il a pas aimé.

Mais il est souple, ce con. Et fort. Ouais haha aussi fort qu’il pue, tu sens ça ? Tu sens bien ?

Ouais il pue. Il pue la sueur et l'huile de vidange et autre chose aussi [le sang qui coagule depuis trop longtemps]. Te trompes pas à sa maigreur [c'est de la sécheresse mais quelque chose se taille là-dessous, dans un rien de gras]. Je l'ai déjà vu mettre une allonge à un mec qui faisait trop le malin [il se fout de tout, c'est la vérité]. Vêtements pauvres ouais, effilés et troués, mais regarde à travers sa manche décousue, les petits muscles qui se battent en duel. Peut-être bien qu'il pourrait te piétiner.

Il fronce les sourcils et tu sais pourquoi ? La chasse a pas rapporté gros. Il va gueuler - mieux vaut qu'il gueule, avec son visage pointu, son teint basané de fils des bidonvilles, de raclure d'émigrés [même qu'il parait qu'il ressemble à son père et que c'est pas un compliment]. Quand il murmure c'est là que les choses se gâtent, pour ceux qui caressent pas le chat dans le bon sens du poils.

Si c'est un chat ? P’tain t’as pas oublié. Mais ferme la, le dis pas trop fort – seulement… Bien sûr que ça l'est. Regarde le s'avancer, avec sa dégaine d'ado aux tifs longs chemise à carreaux sur le cul et menton relevé. Tu le vois, le roulement des épaules. Comment sa tête se balance ? C'est un chat à l’affût, prêt à attaquer. Et dans son regard noir y'a pas de lumière qui se reflète [et ça leur fout les jetons, ouais ça leur fout les jetons]. Sa voix zozote [encore] nan dis rien, lui fait pas remarquer, ça revient seulement quand il est en colère et il l’est, en colère - putain l'autre se fait vraiment pourrir, mais il avait pas qu'à faire le malin [et Fane déteste les merdeux qui font les malins] - t'as pas envie de rire, pas vrai gamin ? Allez va lui apporter ta pièce. T'attends juste pas à un signe quelconque de bienveillance. Ici t'es là pour faire ton taff.

Fermer ta gueule, et faire ton taff. Dans l'ordre des priorités.
Le Début du Conte


« Ce n’est pas Laura Lupesco. Nous avons déjà de quoi l’innocenter, sa déposition, l’avis médical, la recherche psychiatrique et gynécologique… elle venait tout juste de rentrer des courses avec le plus jeune heu. »
« Ioans. »
« Oui, voilà, Ioans. Le gosse n’a que cinq ans mais il a réussi à nous confirmer ce que vous ne voulez pas savoir : c’est le morveux qui l’a buté. En voulant défendre sa sœur, cet enfoiré de Froncis voulait apparemment la »
« Je sais. »

Ils sont comme deux pantins dans cette salle trop petite avec ses chaises pliables inconfortables, leur table en mica de merde et cette odeur de café soluble qui traine dans tous les commissariats. Son ventre grogne un peu, mais le capitaine renonce à sa faim – tant pis pour Molly et le repas qu’elle s’était acharnée à leur préparer pour leurs vingt ans de mariage. Aujourd’hui, comme depuis une semaine, il a bien mieux à s’occuper que ces déboires de vie privée qui finit par emmerder chaque flic arrivé à son échelon.

Son ami et partenaire de toujours, Lewis, lui lance un regard presque perplexe et finit par baisser le nez.

« Ce qui m’inquiète c’est l’attitude du lieutenant. »
« Me parles pas de ce chien fou de Terhem, pas maintenant. On ne les sort pas, ils restent ici le temps que le psychiatre face son rapport mais vu ce que je vois, on aurait trouvé ces gosses en forêt et pas en maison que ça serait la même. La petite est tout ce qu’il y a de plus trauma mais le frère lui… Le frère me dit rien. »
« Son acte peut passer pour de l’héroïsme tu sais. »
« Il l’a planté 39 fois, Lewis. »
« Ok Thomas, alors que fait-on ? On les relâche en institut pour délinquants juvéniles ? On les juge ? Ce mioche a neuf ans et s’il tombe sur un con, avec son mauvais dossier il risque d’être jugé comme un adulte, ce qui signifie maison de correction, internement forcé et une fois la majorité : prison. Tout ça pour avoir voulu empêcher le viol de sa sœur. »
« Je ne pense pas que les choses soient si simples les concernant. »
« Mais les faits le sont. Et son attitude agressive résulte autant d’un trauma que le comportement de sa sœur. Ni l’un ni l’autre ne parle et la mère est dans le déni le plus complet. Qui sait ce qui leur est arrivé ? Ils ne sont jamais allés à l’école, ils n’ont jamais rien connu d’autres que leur père et s’il y avait eu des plaintes pour chaque fait que l’on sait aujourd’hui, il ne se serait même pas trouvé dans cette cuisine ce jour-là mais dans un trou, au fond d’un trou creusé dans un trou et ça en serait fini pour eux tous. »
« Mais ce n’est pas arrivé. »

Et le capitaine se détourne des photos, des dossiers, de cet empilement en merdier qui lui file la migraine. Jamais une affaire n’aura été si simple et pourtant si délicate à traiter.

« Je propose qu’on laisse Liddel faire, pour le coup. Il a l’air de s’y être attaché. »
« Pour le retrouver le lendemain en tant que suspect d’un kidnapping ? Cet abruti veut déjà les adopter, c’est à se demander ce qu’il a dans la cervelle parfois. Je le pensais plus brillant que ça. »
« Il l’est. Et il en saura sans doute bien mieux que nous une fois qu’il aura continué sa proximité avec les deux petits. Le frère semble déjà y porter un intérêt, Thomas. Il ne cherche pas à le mordre c’est déjà. »
« Je sais, Lewis. Je sais. »

Une gorgée de café et la tasse claque sur la table, aussi sèchement qu’un aboiement. Le capitaine ferme les yeux, observant les couleurs qui implosent sous ses paupières et soupire du nez, à en faire siffler ses poils.

« Ok. Faisons comme ça pour l’instant. »





C’est l’odeur qui le réveille. Comme la gueule d’un chien qui se serait retrouvée à proximité de son pif et il ouvre grand les yeux sur un monde tout en noir qui n’a rien à voir avec l’envers. Cela bourdonne de mouches invisibles, d’un coma duquel on l’a extirpé. Et sur son corps, sur son ventre, et plus bas, il y a le poids d’un autre qui fait comme une créature sortie des enfers, des plus pénibles cauchemars de ce monde. Un instant, un court instant il croit revoir cellà, de bois et de sang, apparue il y a de cela – quoi – deux ans, peut-être moins, quelques jours envolés sur une chronologie qui s’effondre et qu’il commence à peine à remarquer.

Parce qu’Aspirine se fait vieux. Et qu’ici, il n’y a pas pire condamnation que les centimètres que l’on glâne, que les tâches que l’on prend, d’humeurs et de chairs, de floraisons. Drôle de tige qui se penche d’ailleurs sur son implacable cadavre. Cela sent la vase et la boue, la merde et la rouille. Une odeur lancinante qui s’imprègne jusqu’à ses draps de mauvaise qualité. Et lui fait penser à de l’eau croupie, au fond d’un puit – pas ce Trou dans lequel il l’a pourtant enfermé maintes et maintes fois, le petit connard au pouce coupé.

Alors soudain ça lui vient. Comme ça, comme une gifle, il le reconnait. Et le rictus de Fange est implacable quand ses yeux, qui se détachent enfin de toute cette nuit noyée d’encre, se plissent de bonheur factice.

« Shhht… » Que cela susurre, en bougeant à peine. Et oui, ce petit enfoiré est entrain de se peser le gras sur sa bite comme une sale chienne. « T’es tout raide dis voir. Ca commençait à baver là-dedans. Non. » Un sifflement. « Non dis rien. Ferme ta grande gueule mon Cachet. Ca s’rait une mauvaise idée de jacter – et jacter, c’est bien ça la cause de tes emmerdes. »

Les gens parlent trop, voilà les faits. Adultes comme enfants, ça babille comme les pépiements de zoziaux au printemps. Pas la peine de chercher trop loin pour comprendre où lui-même a merdé – il avait qu’à lui foutre la paix, à sa sœur, mais c’était pas tant l’envie que le besoin de la chercher qui l’avait fait se planter sur ce coup-là. Puis y’avait de l’orgueil, dans sa matière. Un sacré ego de merde qui venait de lui jouer un putain de tour.

Est-ce qu’Aspirine regrette pour autant ? Pas encore. Pas tout à fait.

« J’suis le chef. » Qu’il coasse, sous le bruissement des respirations du dortoir – ah les salauds. Ils dorment pas. Tous des fils de pute.
« T’es qu’une petite bite dans une prison de toile. T’es qu’une petite queue qui se crispe et je sens tes couilles se rétracter. Je les sens coller à mon derch et elles ont raison dans ce qu’elles s’doutent. Je t’ai dit de la fermer. »

La main s’avance à sa gorge et la pression froide d’une lame vient caresser sa carotide. Et merde.

« Tu crois… » Non il ne la ferme toujours pas. « Tu crois que ça ils le laisseront passer ? Tu crois qu’ils vont pas te choper pour avoir niquer la gueule d’un enfant ? » C’est presque s’il geigne pour appuyer son propos. Et ricane d’autant. « Ils vont t’emmener, loin d’ici. Parce que c’est pas que des conneries de groupe dans un établissement abandonné, Fange. C’est pire que ça. Tuer, c’est le summum tu vois. Tuer c’est. »
« Je sais ce que c’est, de tuer. »
« T’as buté ton daron et tu crois la ramener ici, en mode psychopathe de service ? T’as cru que tu serais le coq de la basse-cour parce que t’as planté ton vieux alcoolo hein ? Je l’ai lu ton dossier. Tu l’as chopé en traître, tu l’as chopé de dos. Et il était déjà cuit. Ils t’ont laissé le doute, parce que t’étais qu’un mioche. Mais réitères et tu verras ce qui va se passer. »

La crinière de Fange s’abat sur lui. C’est une poussée si abrupte qu’elle lui coupe le souffle, et allongé de dos, le corps de cette tique sur le sien, comme deux amants infantiles, deux connards qui se frotteraient, deux gros pd en sueur, qu’il pense, le cacheton, il sent son souffle se couper. Non pas du coup mais de l’odeur, atroce, qui s’est rapproché. Ce Fennec, c’est comme ça qu’ils auraient pu l’appeler. Cette poubelle humaine, ce crasseux de fils d’émigré, ce résidu de capote troué, ce fils de dix-sept père qui ose le menacer – putain demain il aura droit au Trou, et il l’y noiera s’il le faut pour lui apprendre à respecter les règles.

La bouche de Fange est sur lui. Sur la sienne, sur sa joue, sur son oreille. Et ce futur-émasculé se prend même la peine de rire. De rire, d’un son aussi crissant que des sauterelles. Rien n’est agréable avec ce petit merdeux. Et il regrette, regrette tellement, de l’avoir pris. De l’avoir pris pour qu’il soit pas dans le groupe de sa putain de sœur, avec son regard de crêpi et ses attitudes de fouineuse. Pour qu’ils soient pas ensemble et soient jamais heureux. Regrette tellement de pas l’avoir ignoré plutôt que d’essayer de le tuer dans l’œuf, ce petit connard. De l’avoir choisi lui, pour le sacrifice à la Grande Rouge, plutôt que de le cogner à mort de l’avoir mordu, la première fois. Regrette tellement de ne pas l’avoir laissé dans sa poubelle de vie, plutôt que de le traîner sur son chemin.

« Fange, tu vas retourner à ton lit avant d’avoir plus d’emmerdes. »
« Il avait bu ce soir là. Il avait drôlement bu ouais, j’m’en souviens. Y’avait lui, y’avait la sœur, y’avait la chaise. Mais j’suis allé prendre le couteau pour le planter. De tous les chats que j’ai eu avant, ça faisait jamais le même effet à chaque fois. Je pensais, que je m’habituerais, et que ça finirait par couler comme… comme de l’eau. »
« Fange casse-toi putain de tafiolle de merde. » Il pèse si lourd. Et tout, tout est comme des menottes et des fers plantés à ses extrémités. Pourquoi il arrive pas à bouger ? Pourquoi tout semble épais comme de la colle ?
« Mais c’était jamais la même chose et avec lui c’était grandiose. C’était comme le début de la fin. Seulement j’ai du me calmer. Parce que j’allais tout perdre – t’as bien raison. Les gens comme moi, on les prend et on les revoie jamais. On les met dans des cages, pas dans des Maisons. Et là-bas c’est blanc, pas rouge. Ah ma Grande Rouge. »

Les murs crissent. Et l’odeur de boue se fait soudain plus entêtante.

« T’avises pas de sauter. » Préviens Aspirine, la voix pâteuse, essayant de tourner la tête pour éviter sa chevelure, comme de la fourrure cherchant à l’étouffer.
« Tuer, oui ça je connais. C'est peut-être même ma seule preuve d'amour. Pour ceux qui s'attachent et m'attachent. Rictus... Rictus en est même le meilleur exemple. » Il rit encore. « Un jour t'es flic, un bon lieutenant, et tu penses faire ta B.A. en veillant sur deux pauvres orphelins. Et un jour tu crèves de trop les avoir suivi et de pas avoir donné à l'un d'entre eux ce qu'il voulait. J'attendais pas grand chose et elle avait raison - Quenotte a toujours raison. J'en demandais trop. Je me méfiais pas assez. Tout ça, grandir, ça se faufile en nous. Ca devient comme des algues qui pullulent les jours d'été, quand ça fleurit de déchets et que l'air devient irrespirable. Une horreur. Une horreur Aspirine... »

Fange tourne la tête. Semble guetter un écho, dans le vide de la pièce. Peut-être même la voix posée du Borgne, pour le rappeler à l'ordre et remettre les rouages en route de leur auto-discipline. Mais il n'y a rien. Et le filament de crainte, de méfiance et d'envie disparait de son regard noir. Pour retourner à celui qu'il compte abattre ce soir.

« Personne ne nous enlèvera jamais d'ici. De quelques manières que ce soit. Terhem... Rictus l'a bien appris, avec ses leçons d'adultes, ses questions sempiternelles, son grand corps, sa rougeur, ses yeux bleus... tout son putain de lui. J’pourrais dire que je l’ai fait pour elle mais c’était pour moi. Et j’pourrais dire que ce soir je viens pour elle, mais c’est encore pour moi. D’abord les chats. Ensuite le père. Ensuite le chien. »
« Lâche le couteau. »
« Et ensuite toi. »

Ca perce. Ca perce comme une brochette sur de la viande et ça pousse dans son corps comme de nouvelles déchirures. Tiraillant, extirpant, arrachant et marquant, tout, tout son être - tout ce qu'il en reste.

Fange souffle et halète comme des accouplements, comme parfois dans la salle des araignées ou dans le lit des plus grands. Et Aspirine baisse la tête. Voit les draps bien plus sombres. Sent la moiteur de son corps comme des marques bien plus sombres.

« Je les ai pas compté cette fois. » S’excuse presque Fange, avant de se redresser. Et le saisir au crâne pour le décoller. Quand son corps tombe du lit, la douleur vient enfin.

C’est alors que le mioche se met à siffloter.

« Je serais jamais le coq de la basse-cour. »
« Oh putain de »
« A quoi ça sert d’être un poulet. »
« merde fils de »
« J’en ai déjà tué tellement. »
« pute sale fils de pute qu’est ce que tu m’as fait ??? »
« J’suis comme le chat dans l’poulailler. »

Pas à pas, tâche par tâche, il le traine hors du dortoir. Il le traine et dans son dos, s’en vient la procession. Bruits de casserole et grand appel pour celle qui attendait sagement. Bruit de forêt et de bayou quand l’envers se découpe, de carreaux en dalles de marbre, en marque de boue et rivière tapissée de mousse. Cela suit, une lanterne dans chaque main, jusqu’à l’endroit où leur monde devient celui de la Chasse. Et quand les bois s’en viennent, et quand dans la forêt surgit l’écho rageur d’un aboiement de chien tous s’arrêtent. Même les hurlements d’Aspirine, quand sa langue se retrouve comme un lasso pendant au bout de la poigne ferrée et ferreuse de Fange.

Quand il ne reste plus rien qu’une carcasse inanimée, cela vient le prendre. Pour phalange sectionnée, c’est bien le corps du gisant que le nouveau chef des rats vient tendre à la Bête qui se penche et ronronne presque.

Puis elle se met à manger. Et comme au théâtre, ils applaudissent.

Comme au théâtre, ils applaudissent tous leurs vies inextricables. Ainsi que leurs petites cruautés.




Quand je serai grand, je t’épouserai.

Cela babille de voix écarlates, aussi pleurnicheuses qu’apeurée au sein de cette église d’araignées, quand l’éclat d’un ton plus adulte le hèle et le rappelle aux normes des vivants. L’instant d’avant, il n’était qu’un souvenir étiolé prêt à bondir dans l’envers et tenter, dans ses courses, ses chasses avec Rictus et ses morts, de la retrouver elle, de reprendre de force cette osmose qui les gouvernait alors comme – comme – des constellations bien appliquées dans un ciel contrôlable. Mais les choses, si elles ne sont étranges et éphémères, sont presque différentes aujourd’hui. Peut-être plus vives, peut-être plus déformées, comme agrandit par le cadre d’une photo mal adaptée. Ils sont toujours là l’un pour l’autre – oh diable, ils le sont même pire qu’avant – mais quelque chose pousse en eux. Pousse, comme le monstre qu’elle sent grandir dans son ventre et qu’elle voudrait lui cacher, de peur qu’en parler ne devienne vraiment réalité.

Mais il la connait par cœur. Il connait tout de ses rêves. De ses pensées. Et si parfois il fait semblant que non, c’est pour mieux la protéger, la veiller et lui laisser l’entier contrôle de sa vie. Car Fange n’est rien sans sa sœur. Ou est si peu, si instable et si ignoble qu’aucun cacheton en ce bas monde ne pourrait l’aider. Aspirine, dans ses dernières heures, n’avait finalement pas tord. Mais c’est plus que la perte de la Maison qui serait une menace à son peu de raison.

Si Quenotte s’en va, tout ne sera qu’un grand cimetière. Et aucun mur ne l’arrêtera.

Quand je serai grand, je t’épouserai.

Assis sur une chaise, bras et jambes croisés, le basané, quinze piges désormais a gardé la même tronche renfrognée de ses neuf ans. Et cille, délaissant le col de sa chemise qu’il mâchonnait jusqu’alors pour ne pas perdre patience, lorgnant cet espèce de fantôme aux cheveux blonds qui lui tend son quotidien de médocs sur fond de paume lisse et ongles ouvragés. Il se pourrait même qu’elle soit belle, cette espèce de gonzesse un peu cheloue au sourire désaxée, celle qui se porte caution de ses sautes d’humeur et vient toujours essayer de lui tirer une boucle en plus de lui apporter sa prison. La saloperie qui ose effleurer ses veuchs. La grande sur ses guibolles qui lui fait ressentir un rien de curiosité. Et pour cela, elle paiera le prix de Quenotte. Un prix tout en blancheur.

Mais pas aujourd’hui. Aujourd’hui, c’est l’heure de la Semonce.

Car ce n’est pas autre chose qu’une cage sous forme de quelques pilules travaillées, aux couleurs pastel comme si Quenotte elle-même s’était amusée à dessiner des bribes d’innocence pour mieux les lui faire becter. Elle a sa part évidemment, la grande sœur au sourire parfait mais pour lui, tout n’est que calme pour bête repue. Calme pour son hyperactivité, ses mouvements de colère aussi brusques que des éternuements de fauve. Calme pour maitrise de ce qu’il pourrait être – et s’ils savaient, tous, ce que ça lui coûte d’être ici, de les subir au quotidien et d’avoir à faire semblant, de se maitriser, peut-être seraient-ils effrayés ou épatés de savoir ce qu’il peut endurer, ce qu’il peut subir et même entraver pour ne pas perdre Quenotte et l’univers qu’il s’est forgé.

Il a tué pour elle. Et il aurait eu Banshee aussi, pour elle. Si seulement ce connard ne s'était pas échappé.

Une mioche gueule, terrifiée, à l’autre coin de la pièce – pas de son groupe sinon d’un simple éclat de canine il aurait pu lui faire fermer sa sale bouche de merde. Parait qu’elle a le bras pété, peut-être même que l’un des gosses a trop voulu jouer, et elle hurle, plus de terreur que de douleur, de se retrouver dans cet antre à cauchemars, tout de blanc, blanc comme une camisole de force.

« Dis lui de la fermer. » Gronde Fange.
« Oh mon choupinou, tu sais que ça marche pas comme ça. » Répond la blondasse en continuant de lui tendre les cachets.

Il ne sait pas son nom. Il ne connait pas celui des autres. Il les oublie au firmament de ses étoiles. Ils ne sont tous que de vagues silhouettes et les plus grandes, comme celle de la gonzesse médicale, ne méritent pas plus à ses yeux qu’un vague mépris teinté de crachats. Pourtant Fange chope les médicaments, lorgne le tube qui les enfermait jusqu’alors, et le nom qu’il s’est escrimé à gratter à chaque allée et venue ici.

Non de Tobias il ne reste rien. Et même ce prénom lui semble un écho parallèle à sa véritable vie. Celle de chef, puisqu’il est devenu chef. Celle du sang.

« Tu vas les avaler mon tout beau, et tu auras droit à un pinpin pour ta docilité. »
« Ta gueule. »
« Vilain garçon. » Glousse-t-elle, avec son odeur d’éther et de merde un peu liquide. Ses cheveux font comme des vagues sous son petit chapeau pincé.

Trois cachets tout ronds. Comme des yeux de poisson issu d’un rêve de princesse. Trois merdes mensongères qu’il ira caler sous sa langue, pour ne pas les émietter. Et mieux les revendre plus tard. Mieux les refiler.

Il n’a pas besoin de se calmer. Il ne doit pas se calmer.
Il doit rester prêt. Toujours prêt. Toujours paré à répondre pour elle.

A répondre d’Elle.

D’un coup de main comme une gifle, il vient embrasser tout ça. Et tandis que sa langue cale les bonbons du bonheur dans le creux de son palais, il ouvre la gueule en dédaignant l’eau, puis se lève.

« A demain Fange ! »
« Je t’emmerde. »
« Oui oui bisous hihihi. »

Il se pourrait bien qu’elle en rajoute un peu, juste pour le voir revenir plus vite. Ou que dans sa crédulité de femelle, elle soit réellement persuadée de l’aider. Mais personne ne peut l’aider. Il est une écorce brutale qui s’enfonce dans les marécages de ses propres pulsions. Une chose, sous la chemise d’un garçon, qui se lève et se dresse et tressaille, humant l’air, monstre-chat dans cette grande fourmilière. Ils l’ont coincé ici comme un papillon dans son bocal de verre et épinglé par la science, la justice, la morale et toutes ces foutaises réservées aux blancs, l’étudient et l’expient en pensant lui faire régurgiter son mal.

Hyperactif colérique, numéro se succédant entre trois culs de jatte, deux autistes, un borgne, un estropié, un demeuré et quatre suicidaires.

Paraîtrait que c’est pas tant de sa faute, après tout, s’il a buté son père.

S’ils savaient
S’ils savaient tous. S’ils pouvaient deviner, sinon comprendre.

Quand je serai grand,
je te tuerai.


Et je me tuerai aussi. Et nous formerons un œuf dans ce grand poulailler. Et de cet oeuf naîtra un dragon. Comme dans tes contes. Comme dans tes histoires. Un gigantesque dragon de mort et on viendra tous les dévorer. Nous ne ferons enfin qu’un.

Ils en auraient des choses, à hurler.

Quand je serai grand, je t’aurai.



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