Partagez|
Not Tomorrow ♕ El Diablo
avatar
Libre pour rp? : 0/0
Messages : 31
Voir le profil de l'utilisateur
Mar 2 Jan - 17:32

Not Tomorrow
And the white sugar gently hides me

Une marée tranquille et languissante. Quelques remous de vagues, qui vont et viennent sur la corde, faussement flegmatiques. Le cycle de l’océan s’est imprimé aux murs sans crier gare et inonde, noie sous les reflux les pensionnaires. Depuis déjà quelques jours, c’est la débandade mélancolique. Le grand spleen inspiré d’obscurs poètes. Morphée a jeté d’un souffle un ouragan ensommeillé, un frisson lattant transpirant par tous les pores. Dans les couloirs en gosier et les salles poumons. C’est partout, et nulle part à la fois, comme un baiser délicat et fatal posé à leurs nuques juvéniles.

Il dormait à l’annonce, à peine éveillé dans son coma par les cris et les injures jetées aux autres. Tignasse rousse nichée à la dérive de ses draps colorés, dans la débâcle pleurnicharde de leur deuil. Elle le lui avait soufflé. La Quenotte, la Fée, les quelques intrigants évènements de la fête loiresque, peu avant son retour en fanfare crevée. Les cadavres et les yeux. Alors, a posteriori, la nouvelle funeste ne l’a pas tant que cela heurté. Il en faut plus – et c’est un mal – pour lui jeter la poudre aux yeux.

Plus que quelques larmes, quelques cris et un enterrement pittoresque à souhait où son ancien groupe ne l’a pas convié. Tant mieux, il ne se serait pas vu subir leurs sanglots. Moucher les nez, garder à la face l’air tout contrit d’un triste sire quand il n’en a pas le cœur.

Et à l’ombre de son rictus, songe tout, comme morte ou dans le coma, la vie pour Morphée n’y subit pas grands changements.

Mais il serait impensable de résonner les autres.

A force d’errance l’ambiance l’a lui aussi embaumé. C’est un marécage, un marasme putride dans lequel on s’aime à se vautrer, larmoyer et dormir, les cernes à la gueule, la goutte au museau. Pour certains, la rage au ventre.

Et si quelqu’un doit les tuer, un par un, si ce n’est pas un adulte, un traître, alors qu’il fasse vite. Ephélide se languit de mettre un terme à ce déluge ridicule. Et comme pour appuyer sa prière, a trouvé refuge dans le dédale fuyant d’une bibliothèque abandonnée. Il faut croire que même Papy n’a pas le cœur à lire en ces temps troublés et c’est tout à son avantage.

C’est monté sur roulettes qu’il se faufile aujourd’hui, gueule de six pieds de long pour cernes arc-en-ciel. Lui aussi, en a perdu le sommeil, lorsqu’il n’aligne pas les heures camouflé dans son lit, à ne rien faire d’autre que prendre son illégal traitement. La nuit, il sort parfois fumer de l’herbe qu’on cultive au jardin, glisse sous sa langue un carré d’acide ramené par les Rats les moins farouches. Ses rêves sont en technicolor, trouvent les chemins de courbes indivisibles, lorsqu’il parvient à fermer l’œil. Ou peut-être qu’il dort trop, pour ce qu’il en sait, maintenant qu’il n’y a plus personne pour lui dire, lui ordonner, dicter ses horaires, sa loi et sa conduite.

Et c’est ainsi que tombent les paquets de cigarettes, comme des cadavres laissez au courant d’air. Qui feront l’infini bonheur de quelques mains habiles et décoratrices, si l’on veut bien dans les poubelles des salles de classe chercher quelques trésors.

Ses reins n’ont ce matin pas été cléments, lui faisant payer ses récents excès avec toute la hargne d’un corps humain. Et ne se rappelle plus qu’amèrement à sa langue la répulsion qu’il éprouve à constater son état.

Et se voir tout affublé de son siège de métal n’est pas pour arranger son humeur.

Il a ouvert l’étui trop longtemps esseulé et en a extirpé l’instrument avec tout le respect et les excuses qu’on doit à une vieille amante. Et caresser ses cordes et l’archet, le bois noir, les courbes et les moulures. C’est encore aujourd’hui tout ce qu’il est capable de faire gémir. Tant bien que mal de par sa position, son mal qui ne lui permet pas comme il voudrait de se tenir droit, correctement arqué pour répondre à sa passion, l’instrument calé entre sa joue et son épaule. Cela s’élève en geignement triste à pleurer, à faire chialer dans les chaumières, un vibrato de corps et d’esprit savamment maîtrisé durant de longues années. Et pour ainsi dire son unique passe-temps valable. Mais son coude cogne et il manque d’espace, raille quelques fausses notes qui font grincer ses dents. Souffler son nez d’une savante affliction, pour ne pas s’enrager. Cela monte à ses tempes, comme une envie de fracasser, de détruire pour mieux souffler. Essayer d’oublier son sort comme ce qui l’attend à l’extérieur. Cogner, cogner, à s’en faire rougir les jointures, et tant pis pour le silence, s’il faut hurler. Pourtant c’est dans le plus grand calme qu’il se tord, déposant l’instrument de biais. Et les mains rivées à son dossier, se redresse. Tout tremblant de ses cannes de faons, un peu vainqueur, dans le fond des yeux. Prudemment, il s’appuie. S’adosse à un rayon de livres pour se soutenir.

Ah la voilà, l’exquise victoire, la preuve à lui-même, qu’il n’est plus bon à rien. Qu’il se tient bien droit, le souffle contenu et la fossette au bord des lèvres, pour reprendre son jeu. Et comme la mélodie n’est que plus exacte, les cordes coulissant avec aisance sous ses doigts grêles. Ça lui en refourgue le sourire à sa drôle de mine. Un vrai sourire. De con, d’imbécile heureux qui, tout pris dans son moment, ne voit pas venir la chute.

Et ses reins de le trahir en pique aiguë de douleur, à le faire piailler et choir, s’effondrer comme une tour de papier, des dominos mal montés. Comme un mouchoir il se laisse aller, et du menton, rencontre le parquet. Terrassé tant par le choc que par l’humiliation. Et si les étoiles de ses nuits de poivrot ne dansaient pas continuellement derrière ses paupières closes, peut-être chialerait-il aussi, pas pour Morphée mais pour la vie qui les a enfermés ici comme indésirables.

A la place, embrasser la poussière, sans même essayer de ramper. N’en a plus le courage. Et espère que les rongeurs viendront le boulotter avant qu’on ne retrouve son corps.





©BBDragon
avatar
Libre pour rp? : Non
Liens : http://lamaison.forumactif.com/t211-un-bon-petit-diable
Messages : 52
Voir le profil de l'utilisateur
Dim 7 Jan - 19:05


Not tomorrow

avec Le roi des cons



D’abord, il y a la musique. Si intense, si tremblante, comme les premiers frissons d’hiver, qu’El Diablo croit aux premières notes qu’elle vient de lui-même. Des recoins tourmentés et épuisés de sa tête. De ses tempes un peu pâles sous sa peau ocre. Avec ses veines qui en ressortent comme des racines sous une terre trop sèche. Quand la crise est arrivée – hier – il n’était qu’un punching ball misérable sous les coups d’un indéniable Chuck Norris. Et il a laissé la crise le baiser, le ravager, à laisser trainer sa carcasse sur le lit comme une serpillère mal essorée. Lui aussi boîte et lui aussi traîne, sans sa guitare ni son habituel air renfermé – ni même ses sourires, quand il croise les rares ici qu’il peut apprécier. Non El Diablo n’a plus la force, pas même celle de pousser la porte de la salle d’où provient le violon. Qui sait sur quoi il va encore tomber.

Depuis sa discussion avec Brèche c’est l’angoisse qui est devenu son cactus. Et cela tient presque d’une miracle qu’il ait pu convaincre sa mère au téléphone que son ton un rien affable venait d’une nouvelle cure en test et non pas de ses insomnies. S’est elle convaincue qu’il lui disait la vérité car Miguel ne peut pas lui mentir ? Peut-être. Le déni marche souvent dans les deux sens.

Mais il n’a pas pu lui dire ce qui se tramait en vérité au sein de la Maison. Et les meurtres qui se succèdent comme une fourmilière écrasée, insecte par insecte, sous le doigt malveillant d’un enfant trop curieux.

Alors la musique, il prend. Avec bonne volonté. Il s’appuie contre le mur et y pose son oreille en fermant les yeux – pendant quelques secondes, il parvient même à somnoler. Il respire fort, mais lentement. La bouche pâteuse, l’haleine amère de maladie.

Puis tout se brise parce que quelqu’un tombe – le musicien a chu et c’est par réflexe plus que par sensibilité qu’il passe alors l’entrebaillement. Qu’il jette un regard hagard à ce qu’il croit déjà être vide – juste un murmure de monstre, un appel supplémentaire aux horreurs qui peuvent persister ici.

Ses yeux bruns se baissent. Ses mains quittent les poches de son jean, encore chargé de médocs. Et le flash-back lui taloche le front. Presque amical.

Ah bah ça. Encore.

« Tu t’es fais mal ? »

C’est la même question posée il y a des millénaires de ça, quand la grande carcasse rousse s’est déjà trouvée à rouler une pelle au sol. C’est la même pose, le même sentiment de choc, de vulnérabilité et de pitié un peu sarcastique qui lui prend les tripes. Mais déjà ses sourcils se froncent – il n’a pas oublié les propos en compagnie de Non et de Lardon. Et plus méfiant, chien apprenant enfin que le coup de pied au cul du maitre n’avait rien d’accidentel, il s’approche certes mais marmonne.

« Tu vas me latter la gueule une nouvelle fois si je t’aide ? » D’abord, il prend le temps de ramasser le violon – qui est de belle facture, pour ce qu’il en sait. Puis ses mains le saisissent aux aisselles plus qu’aux avants bras, pour ne pas que la traction lui flingue à nouveau les reins. « Merde tu pisses le sang. » Râle-t-il, presque autant emmerdé que lui par la coupure qui gicle de son arcade sourcilière.

Alors il s’en débarrasse, du rat, sur une chaise aimablement rapprochée. Et soufflant sous l’effort, pose ses mains sur ses genoux, s’accroupit à sa taille, voit presque les grandes ailes d’Elliot trainer de chaque coté, à la place de ses bras. Putain d’oiseau moqueur, farceur, piégé. Blessé. Lui non plus alors on ne l’aura pas épargné.

« Comment tu te sens ? J’ai de la came sur moi. Morphine, 500g. Ca te branche ? » Et essuyant le sang coulant de son oeil d'un coup de manche avisé, il murmura. « On dirait presque que Dieu a le sens de l'humour, tu trouves pas ? »





[/color]
avatar
Libre pour rp? : 0/0
Messages : 31
Voir le profil de l'utilisateur
Lun 15 Jan - 11:56

Not Tomorrow
No one can help if the angels refuse to come near.

Plus que la voix c’est la chaleur qui, premièrement, vient saisir son visage, redonnant à sa tiédeur quelques couleurs cocasses. C’est une brulure, un coup de soleil qui le saisit aux pommettes et l’entaille, plus profondément encore que dans la chair. Sourd et aveugle, il ne lui sourit pas mais le perçoit, devinant plus qu’il ne voit l’ébauche crispée d’un sourire. Ah il ne manquait plus que ça. Et c’est rouge, soudain, quand ça lui pisse de l’arcade à l’œil en coulure sanguinolente. Il cille alors, absent et idiot face à l’inattendu. Le violon, en revanche, n’a fort heureusement rien de cassé et repose, petit artiste empressé, sur la table où la chute ne le menacera plus.

L’incendiaire alors se pince la lèvre, crispé et hagard sur la chaise qu’il semble n’avoir jamais quittée, comme vissé là par le destin. Son fauteuil gît tout à côté et il songe, dans son trouble brumeux, que l’imbécile a au moins eu l’amabilité de ne pas l’y refourrer d’office. C’est une caresse, sur son ego amoché.

Et s’il soupire à sa faible proposition, petit caïd de bac à sable, c’est pour mieux se courber vers l’avant, croiser son regard par ce qu’il reste du sien. Siffler aussi, lorsqu’il l’essuie et tente au mieux d’oublier la blessure. Lui ne sent rien. Comme toujours, s’en est redondant, lassant. Et plutôt que d’accepter, fait craquer sa nuque et ses doigts, reposant là comme un cadavre qui n’en a pas fini de plonger dans les marasmes boueux de ses yeux. Il y a quelque chose là-dedans, de plutôt joli et naïf, beau dans son innocence qui l’agace autant que cela lui tord les tripes.

- Combien de temps… - Il soupire plus qu’il ne parle, souffle de tout son flegme, toute sa fatigue étalée aux paupières et aux joues. Crache son désenvie de vivre, sa répulsion même de se lever une fois le matin tombé comme un coup de massue à l’arrière du crâne. Funeste. – Combien de temps encore vas-tu me reprocher ce jour-là… ?  Il me semble que tu en a récolté davantage d’aubaine que moi...

Alors non, Dieu n’a pas le sens de l’humour. Et qu’on le brûle pour blasphème, s’il va jusqu’à affirmer son inexistence. Mais c’est sans doute plus rassurant pour les autres, les ingénus et les optimistes, de croire à une entité supérieure pour les sortir de cette merde crasse dans laquelle ils se sont aimablement fourré. La plupart du temps de leur propre initiative. Il n’y a pour lui pas de dieu, lorsque le père frappe et le cogne sur les marches des escaliers. Pas de dieu devant le miroir, pour cacher savamment ses bleus. Ni dieu ni maître, et plus encore en ces lieux. La seule entité divine y est écarlate. Vorace.

- Tous les Loirs se sont précipités à ton chevet parce que tu es un bon pote, sympathique à souhait… Et ils m’ont craché dessus dès mon retour. La plupart m’ignorent dans les couloirs maintenant, pas que cela m’ennuie ceci-dit… - Il se pince le nez, fronce les sourcils. La plaie n’en cesse plus de suinter son liquide et il doit fermer l’œil pour continuer de parler. Ne reste que la pupille trou noire pour fixer le garçon. – Moi on m’a jeté dans un asile et on m’a grillé la cervelle. Finalement tu as surtout gagné des camarades, tu devrais presque me remercier…

Il souffle, rit. Crache en vérité, s’étrangle un peu de sa toux de fumeur en herbe.

D’ailleurs il cherche à l’arrière de son jean quelques clopes rescapées du paquet. En extirpe une qu’il porte à ses lèvres, puis une seconde, qu’il tend entre deux doigts osseux au bon samaritain qu’il n’en finit plus de reluquer de haut. Et, posé comme tout dans sa contemplation, lance au hasard quelques piètres paroles. Qui n’ont pas de sens, même pour lui, pseudo poète de pacotille.

- … Je me souviens pas vraiment de ce jour-là… J’étais pas vraiment dans mon état normal… J’ai juste… Frappé, et je sais plus…

Et s’il ne s’agit pas d’excuses, c’est encore ce qui y ressemble le mieux. Et d’une rare qualité, même, lorsqu’il n’a qu’envie de fuir. Se bourrer la gueule et dormir, loin de ses yeux, sa compassion de merde et sa chaleur, qui irradie par-delà la tristesse. Et lui fait mal aux yeux, de briller un peu trop fort. La lueur du briquet ondule faiblement entre ses doigts lorsqu’il allume la clope qu’il glisse nonchalamment entre ses lèvres pâles. Le nuage de fumée se niche à ses poumons, attend, vénéneux, d’y planter les racines du cancer.

- T’es là depuis longtemps ?

L’a-t-il entendu jouer ? L’idée ne le ravie pas franchement. C’est une porte ouverte sur un semblant d’intimité, le chemin vers ce qu’il garde de plus personnel. C’est en tout cas tout ce qu’il lui reste de secret.

Et il ne reste autrement que des dérives. Des divagations dénuées de sens et auxquelles il n’a plus la force, L’Incendiaire, d’accorder la moindre importance. Rien que des cris, des pleurs et cet incessant babillage dont il n’a que faire.

Et au cœur de l’ouragan, de ces insupportables remous maladifs, un regard qui parvient dans sa peine à demeurer vif. Où l’on a jeté tous les rayons de miel et toutes les écorces, comme un coin de nature entre quatre murs de briques rougeS. Pas une place au soleil, mais un rayon caressant, de ces fins d’après-midi estivales où tout lui semblait alors possible. Qu’il voudrait s’accaparer. Et qui lui offre, fourbe enjôleur, le goût d’encore.






©BBDragon
avatar
Libre pour rp? : Non
Liens : http://lamaison.forumactif.com/t211-un-bon-petit-diable
Messages : 52
Voir le profil de l'utilisateur
Dim 21 Jan - 22:42


Not tomorrow

avec Le roi des cons



Ephélide a toujours eu ce culot des gars ravageurs. Cet ego insolent, du genre à se croire tout permis. Et tandis que Diablo le contemple, avec son visage en sang, sa fatigue et sa souffrance, la sienne disparait comme anesthésiée par ce regard torve que le rouquin lui lance. C’est toujours ainsi, quand il s’approche de ce mec. Ces étincelles un rien trop suaves qui fourmillent le long de sa colonne vertébrale et lui donne envie de repousser ses cheveux – les agripper – plonger le nez dans son cou – aligner son corps sur ses cuisses maigres – leur donner à eux deux mal aux reins. Diablo déglutit à peine, peu heureux de ce qu’il entend et le laissant déblatérer son tissu de conneries c’est appuyé sur ses genoux, après un vague coup d’œil au fauteuil roulant qu’il a soigneusement ignoré – le remettre dessus et manquer de se casser la gueule une fois que les roues auront glissé, et puis quoi encore – il répond enfin, aussi tranquille, aussi paisible, aussi revanchard à sa manière.

« Ah parce que je devrais être satisfait ? D’avoir des potes qui m’ont pris en pitié. Et de savoir qu’on t’a foutu à l’asile pour te torturer ? Je suis pas un connard dans ce genre Ephélide. Ma mère m’a pas appris à me branler sur le malheur des autres. J’aurais préféré que rien arrive plutôt que tu me pètes le bras et qu’on vienne ensuite te flinguer les neurones. »


Ses doigts s’approchent de sa bouche. L’odeur du tabac se déroule entre eux comme une écharpe, comme une brume un rien trop dense qui vient lui piquer les yeux – il niera que c’est à cause de l’émotion. Et la lui vole, sa clope, pour en goûter l’humidité à ses propres lèvres. Pour inspirer ce poison qu’il distille dans un soupir pleinement détendu. Avant de la lui rendre. Elle et son baiser involontaire.

« Je sais que t’étais pas dans ton état normal. De toute façon, y’a quoi de normal ici, au juste ? La seule chose dont je puisse être content, c’est que tu m’aies pas tué. Pendant que tu tapais, j’étais persuadé que j’allais crever là, connement, sur le sol d’un réfectoire d’une saloperie d’institut démissionnaire. C’eut était vraiment trop con. »

Diablo se redresse, poing sur ses hanches, dans toute sa noirceur. Et son regard brun détaillant la silhouette avachie d’Ephélide, c’est pensivement qu’il répond à sa seconde question.

« J’ai entendu le violon. Il n’y en a pas beaucoup ici qui joue, en tout cas, d’un tel instrument. Les loirs le font lors des concerts. L’art chez nous est rarement secret. Je me disais que ça vaudrait au moins le coup de rester. Et finalement tant mieux – merde, tu saignes encore. »

Ca veut pas s’arrêter de couler, comme si tout en Ephélide refusait de coaguler. Lui, sa haine, sa tristesse, sa dépendance, sa maladie. Aucun bouchon pour empêcher le flux de se délivrer à sa présence. Comme foutre les pieds dans une large flaque de goudron. Comme n’être qu’une mouche prise dans un miel trop épais.

Il a quelque chose de fascinant dans son désespoir, ce connard. On voudrait pouvoir lui agrafer la bouche à coup de dents et suçoter sa peine à même sa langue. Ca le rendrait presque voyeur, vicelard, de savoir jusqu’où cette autodestruction pourrait lui péter à la gueule. Et peut-être bien que Diablo cherche les flammes de l’enfer. Peut-être même qu’il attend les coups de bombe de son nouveau ressort mental. Sa nouvelle crise.

Pour mieux oublier le reste. Le meurtre justement, comme il l’a si bien cité. Et tous les problèmes qui semblent leur coller le cul dans cette atmosphère d’anormalité. N’être qu’une victime de plus pour ce caïd des bacs à sable. Un bambin pleurnichard sous les caprices d’un autre.

Putain, qu’il est sexy. Avec son œil noir cerné d’une pupille ciel pourtant écarlate.

« T’as besoin de quelque chose ? » Demande-t-il pour en finir. Avant de donner un coup de pied dans le foutu fauteuil roulant. « Je vais pas t’y coller le cul pour te trainer ailleurs, j’imagine que tu veux tout sauf sortir d’ici pour l’instant. Alors on fait quoi. On se met enfin à discuter comme on aurait du faire il y a longtemps ? » Comme ces scénarios de sitcom où finalement la fin trouve un meilleur résumé. Plutôt que de les entendre encore s’engueuler.

« Déjà c’est la première fois que je suis proche de toi sans me manger une insulte. Fais gaffe Ephélide, je pourrais y prendre l’habitude, de ce nouveau traitement de faveur… »
Susurre sa voix un rien trop narquoise.

Pourtant dans les yeux bruns de l’hispanique brûle une étrange sincérité.

Tout recommencer, comme de la pâte à modeler. D’autres jeux de gosse.





[/color]
avatar
Libre pour rp? : 0/0
Messages : 31
Voir le profil de l'utilisateur
Dim 21 Jan - 23:29

Not Tomorrow
Ashes to the ground fall the wrong way round

C’est la débandade de l’âme, la cohue des sentiments. C’est un frisson qui brule et le traverse tout entier, du bout des doigts qui tentent, au désespoir, de rattraper cette clope, ce petit bout de rien, qu’il lui subtilise, lui vole au nez et à la rousseur. Et lui d’être un peu con, de ne pas savoir quoi répondre en le regardant fumer, se délasser. C’est suave et tranquille, jusque dans sa voix aux accents hispaniques qu’il n’avait avant jamais réellement remarqué. C’est fou comme on écoute, comme on tend l’oreille, une fois enfermé avec l’individu. Le cauchemar vivant aux sourires de fossettes creusées, comme des tranchées dans sa gueule en champ de bataille. C’est sûrement les secousses sismiques. Les tremblements de terres qui lui bravent le corps, qui ont taillé là-dedans quelques rides de fatigues. Et il tend le nez, l’Incendiaire, déjà conquis, hanté. Il respire et s’imprègne. Ça sent la chaleur, comme un rayon de soleil sur la vitre en été. Les épices et la frangipane aussi, il ne sait pas pourquoi. S’en fout. Quelque chose en lui ordonne de le bouffer, ou de se faire bouffer. C’est ainsi que fonctionnent les règles ici-bas.

Et l’Ephélide à l’œil collé ne trouve rien de mieux à faire que de battre des cils, un peu amer de son discours tout fait et sans saveur. C’est pas croyable, de déblatérer autant de conneries à la seconde, tout de même. Surtout venant d’une si jolie bouche, lui chuchote toute torve la voix assassine qui anime parfois ses rêves les plus profonds. Il est un peu fatigué, encore, de ne pas savoir quoi répondre. Et siffle sombrement, non sans avoir roulé de son œil valide.

- C'est pourtant purement humain de vouloir blesser ceux qui nous ont fait du mal, ta mama ne t'as jamais appris ça...?

La douleur, la peine, la colère. Tant de choses tumultueuses qui lui rappellent qu’il est encore en vie. Peut-être pas sur ses deux jambes, mais bien vivant. Que ce jour-là, dans les escaliers, le vieux ne l’a pas fracassé, pas assez fort en tout cas, pour le flinguer définitivement.

Et la main se tend à nouveau, lui rendant son bien, aussi paisible qu’inconsciente.

Nouvelle torsion. Le saisir par le poignet, le tordre, le jeter au sol et lui faire regretter son geste, d’être un putain d’imbécile, un idéaliste luminescent de merde dans un monde qui n’en vaut pas la peine. Rien sur ce foutu caillou ne vaut la peine qu’on se batte, qu’on s’échine ou même qu’on se lève le matin. C’est ce qu’il pense, parfois le matin en ouvrant les yeux, des jours entiers, peut-être des semaines. Jamais très longtemps, avant que l’énergie ne lui revienne. Mais puisqu’il n’a pas le courage, tend les doigts à son tour, pour effleurer les siens – niera s’y être attardé, peut-être pour s’assurer de sa présence – et porter à son tour la clope à ses lèvres pour en fumer quelques lattes et ranger la seconde.

Ça lui fait presque un peu mal, l’esquisse timide d’une brulure, sur le coin de la bouche.

- Oh pitié… A t’écouter j’ai l’impression que tu te crois meilleur que nous parce qu’on est tous des putains de psychopathes dégénérés… Moi je ne la trouve pas si mal cette maison, je n’ai même jamais été aussi bien qu’ici, et il est plutôt pas mal, ce nouveau Nom… Tu n’es pas meilleur que nous Diablo, ni pire. Tu es juste un gosse parmi d’autres gosses trop heureux d’être entre eux, parce que Dehors, crois-moi qu’on te regardera de travers à la première crise… - Un soupire, la fumée. C’est à croire qu’il s’écoute parler mais tout en son œil libre indique qu’il est parfaitement focalisé sur son impromptu comparse, l’oiseau. – Il y a des choses ici, des choses effrayantes, mais ce n’est pas pire que Dehors. Et elles existent, moi aussi je les ai vu, et ce n’est certainement pas notre faute si tu joues les effarouchés et que tu ne veux pas voir. Ça viendra. Ça viens toujours

Et voilà qu’il se met à parler comme Quenotte. Avec ses grands airs de type qui a passé son enfance ici alors qu’il n’est là que depuis quelques années. Du coin de l’œil, il attrape comme un éclat. Son reflet dans l’unique vitre qui éclaire la bibliothèque. Et n’aime pas ce qu’il y voit. Se demande bien ce qu’on lui trouve, à ce visage fatigué au regard mort. Lui ne voit qu’un petit garçon qui attend, parfois près des escaliers le soir. Attend la rouste, ça vaut mieux que d’être surpris. Un petit garçon qui se demande parfois ce que ça ferait, comment ça serait et si ça ferait mal, si jamais il venait à sauter du toit, ou traverser au moment où les voitures redémarrent. Un jeune homme aussi, qui a l’air de ne pas avoir dormi depuis trois jours alors qu’il passe ses journées au lit. Et un œil fermé sous une arcade qui pisse le sang. Et vient l’essuyer d’un revers de manche. La laine rêche de son pull accroche la plaie, c’est comme s’il sentait les mailles s’y enfoncer, racler le sang et la chair. La sensation n’est pas désagréable, simplement grinçante.

Un gosse parmi tant d’autres lui aussi, qui songe qu’à la vitesse où vont les choses, Diablo ne pourra plus bien longtemps fermer les yeux sur ce que recèlent les murs, si l’on tient tant que ça à les assassiner, leur faire peur. Diablo ne pourra pas faire autrement que de voir la vérité toute nue et écarlate. Et peut-être le voir lui aussi, dans tout ce que L’Envers lui offre de plus sauvage. Cette idée ne lui fait étrangement pas plaisir cependant, sans qu’il ne parvienne tout à fait à en expliquer la raison. C’est comme ça et c’est tout, inutile de chercher plus loin. Comme dans le sexe, comme dans les jeux tard le soir et les corps qui jonchent le plancher de La Maison. Il n’a plus envie de chercher les raisons, les complications. C’est bien aussi, parfois, les choses qui vont et viennent seules sans qu’il n’ait le temps d’y penser. Preuve en est puisque sa victime vient aujourd’hui lui tenir compagnie de bonne grâce.

Ça pour une surprise…

Il se laisse aller sur la chaise, l’albatros. Croiserait bien les jambes, s’il n’avait pas peur de se faire mal, handicapé au possible dans le moindre de ses petits gestes. Et à sa proposition, le sifflement un peu narquois de sa langue, de ses sourires, il rit. Rit parce que lui non plus n’en mène pas large. Rit parce qu’il n’a aucune putain d’idée de ce qui se passe et de pourquoi sa gorge et son ventre tendent à se serrer la main pour le faire chier depuis que ce morpion est arrivé dans la pièce. Il a déboulé comme ça, sans prévenir ni frapper, avec ses casseroles de douceur et de bonnes intentions qui lui collent des boutons. Pour un peu puisque ce crétin traîne avec Brèche il est aussi croyant. Un idiot de plus avec l’ombre d’un Dieu absent collée aux baskets.

- C'est quoi ça…? Le petit minot à sa maman se réveille ah...? – Il grimace son sourire, le grogne presque. Ça n’a rien de joli, ni de sincère. C’est ce qu’il a de mieux en réserve, comme expression d’amusement. Et parce que rire lui file foutrement mal aux reins. - Mais si tu tiens vraiment à ce que je t'insulte ça peut s'arranger, merdeux...

Et de ses deux yeux bien ouverts, cette fois le regarde. Laisse trainer au col de sa propre chemise quelques doigts nerveux. Celle qu’il porte sous un pull trop large, par habitude. Et parce que putain il ne ressemble décidément à rien aujourd’hui, il n’est même pas présentable et n’avait aucunement l’intention de croiser du monde, encore moins de faire la conversation. Ça arrive comme un cheveu sur la soupe, comme un poing dans la gueule. Autant dire qu’il s’y connaît en la matière.

Et dans tout ce merdier vestimentaire traîne la question si gentiment chuchotée, entre deux piques qu’ils se lancent comme moyen de communication. C’est con, un adolescent.

De quoi a-t-il besoin ?

- Disons de trois ou quatre ans de plus dans cette baraque, un foie tout neuf pour pouvoir continuer de picoler et un peu d'herbe, si c'est pas trop demander...? – C’est une pirouette, une échappatoire qui ne parvient même pas à le convaincre lui-même. Il est en revanche convaincue d’une chose si énorme qu’il peine à l’avaler. Balbutie d’ailleurs la suite, se hasarde plus qu’il ne parle, lui qui a pourtant le bagou infernal d’un politicien chevillé au corps. D’habitude. Rien n’est habituel aujourd’hui. - … Après, si tu veux rester dans le coin… Tu peux. Je veux dire… Je suis disposé à supporter ta sale petite gueule aujourd’hui. Et on sait jamais si je me recasse la gueule…

Pour pouvoir, juste un peu plus, profiter de ses rayons pour lui tout seul.







©BBDragon
avatar
Libre pour rp? : Non
Liens : http://lamaison.forumactif.com/t211-un-bon-petit-diable
Messages : 52
Voir le profil de l'utilisateur
Dim 28 Jan - 20:32


Not tomorrow

avec Le roi des cons



Et le revoilà, le parvenu avec ses critiques en lame de couteau rouillée. Diablo hausse un sourcil, écoutant son palabre d’une oreille distraite et peu convaincue. Observant ses rares gestes, de détente, quand Ephélide bascule sur sa chaise et racle finalement le sang. Avec sa gueule cassée qui se voudrait rat quand il est plutôt du genre volatile. Quand il voudrait pouvoir convaincre de son air rock and roll de vieille brute sur la détente. Lui qui aurait du mal à casser les pattes à qui que ce soit avec ses gimballes déjà tordues. Mais bon, qu’il essaye de s’en convaincre si ça l’amuse. Qu’il essaye d’impressionner quelqu’un, ici c’est déjà perdu. Car Diablo, s’il ne se vexe pas, compte bien lui en tirer quelques leçons pour la forme. Comme un professeur appliqué envers un élève un rien difficile.

« Ma maman, elle m’a appris que toute relation est bonne si elle est consentie. Que faire du mal pour faire le bien, si ça marche dans un sens, c’est passablement niqué. Et que je dois fuir les brutes qui voudraient me l’imposer. »

Mais puisque le contrôle est un pouvoir, et que l’humain reste faible, que Diablo n’est ni prêcheur, ni enfant de chœur, c’est avec attention et amusement qu’il prend son invitation au pied de la lettre, s’avançant pour chevaucher son cadavre, les mains appuyées sur le dossier de la chaise pour ne pas reposer son poids sur ses hanches fracassées. De fait, il ne s’assoie pas sur lui. Ca ne servirait à rien qu’à lui arracher un cri de douleur – il en est persuadé. Envahir son espace vital se trouve suffisant, dans sa démarche implacable de dominant.

Et sa bouche boude un peu.

« C’est marrant que tu parles de l’En Dehors quand vous vous trouvez toutes les excuses du monde pour pas forcer les portes d’ici. Moi j’suis pas meilleur ou pire que n’importe qui. J’essaye seulement d'éviter de tuer, de battre, et d’être un parfait connard. Je me trouve pas de raison d’avoir à rester ici après mes 18 ans. Je me cache pas la gueule sous l’aisselle comme un piaf essaye de dormir. Je reste clairvoyant, que ça ne durera pas. Et que les mecs comme Moustache ou d’autres, qui traînent leur vie d’adultes entre ces quatre murs, parce qu’ils savent pas quoi foutre du reste de leur vie, ben ça c’est pas pour moi. Donc pour résumer : tu fais ce que tu veux, vous faites ce que vous voulez, mais j’ai pas envie de jouer à votre sarabande. J’ai pas envie de m’impliquer dans vos règles absurdes. Continuez de critiquer la vie réelle, moi je compte bien sortir. C’est mon objectif, il est aussi solitaire qu’égoïste. »

Alors au fond, qui ne veut pas voir le temps qui se distille en grain de sable chutant dans un immense désert. Qui refuse de constater la poussière dans chaque rayon du soleil. Que tout ce qui se trouve là, relève de l’interdit. Que demain il peut y avoir une enquête et – fini la belle vie ! Qu’il faut pouvoir prétendre à tout, pour être parfaitement informé.e. Et pas sur une seule version des faits.

Ses bras tremblent un peu sous l’effort – et la fatigue des derniers jours. Ces nuits d’insomnie et de crise qui le rendent peut-être plus à même d’agir ainsi. Que dirait Diablo, s’il voyait son autre lui, à cheval sur son vis-à-vis. Que ne pâlirait-il pas en se traitant de con, et ça serait mérité.

Mais le Diablo d’aujourd’hui sourit. Et inspirant la fumée de cigarettes, dit à Ephélide.

« Traite moi de merdeux et de minot à maman. T’as aucune foutue idée de ce que j’ai dans les tripes. De ce que je fais quand t’es pas occupé à m’insulter. T’as qu’une moitié de rien, me concernant. Tu sais pas avec qui je discute, avec qui je mange, avec qui j’étudie, avec qui je joue et avec qui je baise. Et ils me traitent tous vachement mieux que toi. »

Il reprend la clope, pour finalement la terminer, et expirant, la tête légèrement renversée en arrière, finit par assentir, comme une dernière pensée.

« Ceci dit, si l’invitation tient toujours, je peux effectivement te tenir compagnie autrement qu’en taillant le bout de gras le cul posé sur tes cuisses. Je vais pas pouvoir continuer à me surélever comme ça trop longtemps. J’suis pas très endurant là, ces derniers temps. »






[/color]
avatar
Libre pour rp? : 0/0
Messages : 31
Voir le profil de l'utilisateur
Sam 3 Fév - 11:13

Not Tomorrow
Ma mascarade les a fait fuir lentement par sa froideur maussade

Qu’il est difficile alors, de l’écouter parler. Subir sa morale et ses jolies phrases, lorsqu’il ne rêve que de lui fracasser le museau. Ou se frapper la tête si fort contre le meuble qu’il n’aurait plus jamais à écouter ses jérémiades de bonne sœur. Avec sa gueule faussement salace lui évoquant ces filles soi-disant aventureuses qui viennent parfois le trouver, roucouler contre sa gorge. Des saintes-nitouches en recherche de sensations. Pour ce qu’il en dit. Pour ce qu’il s’en fout. Qu’il est difficile, de conserver son calme, de subir ses palabres de grand blessé.

Qu’il est sans doute difficile pour Diablo, dans toute sa faiblesse d’insomniaque, de se pencher ainsi sur lui et lui imposer sa présence. L’odeur un peu âcre de son souffle mais il ne prétend pas à mieux. Qu’est-ce que tu putain de fiche sombre abrutit ? Murmurent ses yeux pâles constellés de galaxies lorsque l’autre prend ses aises, le borde d’une ombre envahissante comme pour mieux l’allonger. Et sa bouche boude un peu, et lui voudrait le mordre. Lorsqu’il parle d’horreurs et d’adultes endimanchés. Et que lui n’a pas d’accord ou de refus à donner car tout s’embrouille et se délite. C’est dans son crâne comme des cordes de violon trop tendues. Il n’a pas voulu ça, n’a pas demandé ça. Vit dans cette Maison au jour le jour, comme une bénédiction de plus, loin d’un paternel qui ne lui veut aucun bien. Qui lui fout au téléphone une trouille de tous les diables. Et qu’adviendra-t-il de lui alors, lorsqu’il apprendra que son fils, premier en tout mauvais en rien, ne fout plus un pied en cours depuis un an. Lui qui ressortira d’ici sans diplôme ni avenir, pour mieux enterrer celui qu’on a voulu lui tracer de force. Ah c’est si bon de se laisser vivre, d’être sans aucune obligation, aucune pression. Mais il n’a jamais appris à exister au-delà de ses talents, ses facilités. Alors quoi, que reste-t-il de lui, à part un connard en herbe qui cogne les plus faibles au beau milieu de La Cafetière ?

Et tout à coup leur mythologie, leurs règles, leur hiérarchie et leurs monstres n’ont plus aucune importance. Et tout le fatigue, comme une balle bien logée à l’arrière de sa nuque. Un coup sec qui l’assomme, lui donne envie, pas tant de dormir, mais de s’effondrer dans un coin, se recroqueviller en masse de tâches rouquines. Ne plus penser ni avoir à écouter, parler, agir. Et que la journée, et que la nuit passe vite, pour ne plus penser au calvaire qu’il éprouve parfois à vivre dans son propre corps.

- Mais tais-toi… - Il n’ordonne pas, souffle juste. Les sourcils froncés mais pas de colère, juste d’incompréhension. Parle lentement, comme si le reste du monde allait bien trop vite. Une tranquillité pathologique qui ralentit jusqu’aux expressions assourdies de son visage. – Pourquoi… Pourquoi tu ne pars pas maintenant alors ? Certains le font. Il n’y a pas de barrières, rien ne t’empêche de foutre le camp…

Des fugues, des disparitions. Parfois bien avant les dix-huit ans. Et certainement son unique échappatoire, une fois qu’il aura atteint l’âge d’être refourgué à sa famille. Mais où aller sur quatre pattes ou deux roues… ? Et qu’en a-t-il à foutre, si cet imbécile ne veut rien voir ? S’il se complaît dans la normalité de L’En-Dehors ? S’il est, dans sa gentillesse crasse, mieux que tout le monde ? Ephélide, plus rouge encore que ses tâches. Ephélide qui balbutie, pas de colère mais d’incompréhension. Ne sait plus même pourquoi ils avaient, à la base, abordé ce triste sujet. Et comme il voudrait, lui aussi, ne pas craindre L’En-Dehors. S’extirper de cette masse frémissante à la simple idée de devoir un jour partir. Ne pas agir comme Quenotte dont la vie s’arrêtera sans doute une fois ses dix-huit années au compteur. Si son frère ne la plante pas avant. Et son regard déglingué accuse, crache en silence. Et tu baises qui au juste, avec ta gueule de chaton de huit ans ? Tu baises qui hein ? Ton pote Lardon, l’autre crétine de Brèche ? La jalousie éclate en notes amères sur sa langue. Pourquoi toujours ramener les autres, cette foule d’étrangers sans visage sur le tapis, pour une fois qu’il parvient à s’accaparer un peu de lumière. Un milliard d’insultes lui viennent, se bousculent sans parvenir à trouver la sortie.

- Je suis fatigué. - Ca lui ressemble bien, de rien trouver de mieux à dire. Le temps de rassembler ses dernières pensées. Il ne partira pas sur une fausse note. - Entre ici et Dehors, ça n'est pas si différent. On te dit de t'échiner à l'école, pour avoir un bon boulot. La voiture qui va avec si possible, une femme, des gosses et un putain de chien... Et ici, on bataille et on se tape dessus pour avoir une place au soleil... Et tout ça… Tout ça, ça n’a aucun putain de sens… Ca n’a aucune importance, c’est vide de tout. Et ça me fatigue terriblement de vivre comme ça…

Ici comme à l’extérieur, c’est le même refrain. Grimper pour une place, désespérément. Lui-même a cru, à une époque, le vouloir comme les autres. Désirer s’élever à la mesure de son talent. Puis c’est arrivé, comme un poing dans la gueule – ah non, s’en était bel et bien un – et il a arrêté. Les cours, le violon. Tout. Tout plutôt que de répondre à l’image qu’on attendait de lui. Il voudrait pouvoir en rire, s’il avait la moindre envie de sourire. Et à la place, dans la longue lignée de ses actions inattendues. Percute son front, le rencontre du sien, mais pas pour le blesser. Cela ne fait même pas mal. C’est un contact, une pensée partagée qui fait du bien à sa fièvre. Quelque chose de bienfaiteur dont il n’a pas l’habitude. C’est un profit, d’une certaine manière, d’ainsi saisir la gentillesse d’autrui pour se l’accaparer. Rien qu’un peu de sa lueur. De sa chaleur.

Ce n’est pas un hasard, si c’est lui qu’il reluque, parfois, sous ses mèches folles qui ne ressemblent plus à rien depuis l’hôpital. C’est que sa douceur le rend malade. C’est une sale tumeur dans son champ de vision. Un soleil irradiant les murs qui n’en semblent que moins rouges. Qui lui fait mal aux yeux et le blesse dans son existence. C’est un peu de chaleur, qu’il croyait envier de son piédestal. Tout aussi royal soit-il, ce n’est pas pour cette sympathie qu’on le louerait. Puis s’est aperçu, sans l’admettre, se mord la langue d’y songer, qu’il envie bien plus souvent les autres, d’en bénéficier. Pourquoi tu me regardes pas ? Pourquoi t’es connement gentil comme ça, même quand on te fait mal ? C’est quoi ton problème ?

- Mais je vois pas d’inconvénient… A pactiser avec le diable, juste aujourd’hui.

Et ferme les yeux, se tait, oublie tout ce qui autour d’eux appartient à La Maison. Agrippe son poignet, ne griffe plus le sien. Pour le porter contre la maille rêche du pull. Presque contre son cœur, mais pas tout à fait. Tu sens le bordel que tu fous là-dedans, dis… ?

Qu’ils puissent pour de bon se fracasser, se démolir. Se heurter l’un à l’autre pour une bataille de plus. Et que le soleil, au-dehors, jette à ses cils des paillettes luisantes d’une fête de trop. Et qu’ils s’embrasent, et qu’ils s’embrassent. Une trêve, une hache de guerre enterrée, piétiner sous la foulée d’un milliard de soldats infantiles entre leurs deux visages. Et fleurissent à sa bouche des aurores inédites, des éruptions volcaniques qu’il pensait impossibles.

Pour, le temps d’une seconde suicidaire, se bruler pour de bon au Soleil.







©BBDragon
avatar
Libre pour rp? : Non
Liens : http://lamaison.forumactif.com/t211-un-bon-petit-diable
Messages : 52
Voir le profil de l'utilisateur
Dim 4 Fév - 18:53


Not tomorrow

avec Le roi des cons



Plus tard. Plus tard il accusera le bras – tout est de la faute de ce bras maudit et à peine réparé. Ce bras de merde qui flanche et le trahit. Plus tard, il accusera aussi se fatigue – sa maudite fatigue qui lui fait avoir des rêves épuisés, des rêves tordus, des rêves gangrenés par la vision de ces morts qui se succèdent. Plus tard, il accusera Brèche et la détermination que la petite blonde lui postillonnait au visage, celle qui semble l’avoir contaminé.

Non, il ne peut pas sortir. Parce qu’ils finiront par le rattraper. Parce qu’il n’est pas majeur, pas adulte, pas indépendant et qu’il est basané. Que les flics se feront une joie de pouvoir le ramener ici jusqu’à sa majorité et qu’il devra payer le prix fort de son incartade, ce fichu fugueur de mexicain, lui qui est pourtant bel et bien américain. Il ne peut pas partir et les quitter. Brèche, et Feu-Follet qui n’est plus là pour la protéger. Lardon, et Non elle aussi disparue. Tous ceux qui forment le cercle restreint de son amitié – même Hérisson putain, oui même lui.

Et tous les autres portraits sensibles de cette Maison qui voudrait les dévorer. Les garder dans leur terreau de plantes sans tuteurs, la tête relevée à s’étrangler pour un vague morceau de soleil.

Puis il y a lui. Lui et ses tâches de rousseur, son épuisement fragile, ses yeux d’une drôle de couleur. Lui et son front posé contre le sien. Sa chaleur quoiqu’un peu tiède. Sa bouche humide et un rien contrariée. Les commissures plissées comme pendues. Son nez parfait, ses cheveux parfaits, comme des flammes contre sa main quand il les empoigne. Quand il boit ses mots à même son souffle.

L’autre s’est posée sur son cœur, comme exigée. Et sous ses doigts, il y a la maille, les cordes, le linge, sa peau aussi, les coups sourds qu’il sent à peine mais devine. Alors tout cède. Bras, peur, cœur. Tout s’entremêle dans les filets d’une toile d’araignée et mâchoire d’aboiements geignards contre bec acéré, il vient à sa bouche.

Qui aime bien châtie bien, murmure Brèche dans son esprit. Et cette petite vérité prend son sens comme les rouages maitrisés d’une montre. Il va peut-être se prendre un coup, mais la paranoïa peut bien bégayer sa frayeur, lui sait qu’il n’y aura plus ce genre de malheur. Quelque chose comme un instinct qui lui fait ployer les cuisses et s’installer plus favorablement contre sa silhouette. Quelque chose qui griffe la nuque d’Ephélide autant que ses ongles courts. Quelque chose, qui se glisse entre eux comme sa langue sur la sienne.

Et il le boit, le respire et s’affame. Il se plaque à lui comme une parade amoureuse de reptiles ignorants. Il le suçote et le grignote, à la pointe de ses dents. Manque d’arracher la peau à ses lèvres. Il le dévore, avec une rare passion inespérée. Retrouve ainsi des rêveries moins exagérées. C’est cruellement vrai, contre son visage, figé au sien. C’est cruellement lent, et long, et faussement tendre.

L’air lui manque. Diablo recule un rien, happe l’oxygène, le maltraite dans ses ahanements acharnés. Sa tête bourdonne comme une ligne électrique. Une radio mal ajustée.

Et dans sa tête chaque lumière, chaque éclair, forme une lettre de son surnom. Clignotant furieusement. Signal épileptique.






[/color]
avatar
Libre pour rp? : 0/0
Messages : 31
Voir le profil de l'utilisateur
Mer 7 Fév - 21:48

Not Tomorrow
I'll keep slipping farther. Fallen too deep.

Ça le cogne, d’un coup sec derrière la nuque. Un son de cloche perdu dans les méandres de sa raison. Une sale plaie, une morsure, comme lorsqu’on se mord accidentellement la langue ou la gencive. Une coupure de papier qui le fendille jusqu’au cœur lorsqu’il se serait pourtant cru bien plus solide. C’est un rugissement, une gueule béante qui se dresse, se hérisse et se referme sur lui. Et il ferme tant et si bien les yeux, plisse les paupières à crever, qu’il peut se croire sans mal dans l’estomac féroce d’un monstre. Le diable vient contre lui, cède à son propre poids. S’effondre sur ses cuisses –mais ça ne fait pas mal – et cherche à ses lèvres ce qu’il lui reste d’âme. Mais il n’y a rien là-dedans. Rien que du pourri. De l’éventré, pas du grandiose.
Une main sur le cœur, l’autre contre sa nuque. L’avancer, le rapprocher, le posséder.

Et tout à coup, l’univers entier se fissure.

Et se brise.

Les murs craquellent de leur bois et de leurs briques. Le parquet s’ouvre pour laisser à la terre et aux plantes leur place originelle. C’est un ouragan, un incendie. Une tempête spectaculaire qui emporte le toit et les meubles. Ce qu’il reste de La Maison flottent tout autour deux. Plus un livre, plus une fenêtre. Le violon lui aussi, s’en est allé rejoindre la cohorte dansante du ciel. Et les flammes jaillissent, enfer miniature qui leur lèche les joues et les mollets. Et la pluie de vrombir, l’orage de tomber, s’abattre tout autour, accouché de nuages noirs mais sans menace. C’est le grand feu de forêt, la fin du monde. L’éviscération totale de tout ce qu’ils connaissent et ont appris à aimer. Les murs s’effondrent, s’allongent avec le reste, sous un drap de cendre. Et ne reste plus que la chaise, le diable sur ses genoux et le poids altéré de son propre corps.

Plus de Rouge, plus de pensionnaires, plus d’Envers. Juste le vide, et l’infini bonheur qu’il soupire contre sa peau quand la sienne se grêle à peine d’un plumage timide, aux poignets à la gorge. Le rattrape lorsqu’il tente de s’éloigner, saisit sa nuque pour le rapprocher à son tour, retrouver son contact, le laisser rapper aux striures blanchâtres de ses lèvres abîmées.

Lâcher sa bouche reviendrait à se condamner, retrouver l’Absence et le désarroi qui le fait tanguer sur ses béquilles chaque jour un peu plus fort. C’est retrouver la douleur, la réalité dans tout ce qu’elle a de plus moche, pour lui qui ne sait pas rêver. Sans doute profite-t-il de lui alors, bien indirectement, pour être jusqu’au bout le parfait connard qu’on voit au travers de ses yeux. Mais les cages oscillent au plafond, celles qu’il ne peut pas voir, et déjà c’est trop tard. Une illusion dissipée. Un charme trop vite rompu qui le laisse froid et perdu. Complètement hagard d’exister, les lèvres et les mains un peu tremblantes d’un contact si chaleureux. Un baiser, comme il en a connu des dizaines, mais qui l’abandonne, la fièvre au corps, sur les rives d’une réalité qu’il lui est désormais impossible d’affronter.

Un oisillon hors de sa coquille. C’est un tigre qu’on a transformé en chaton tout à coup, l’air ivre et désarçonné de voir comme les murs et la bibliothèque sont toujours présents. Comme le violon demeure à ses côtés, que le brouhaha ambiant des enfants dissipés n’a pas cessé. Qu’ils sont toujours bien à, à errer dans les intestins d’une créature écarlate et possessive. Et que la douleur le reprend, même s’il voudrait, de toutes ses maigres forces, pouvoir l’ignorer. Pour au moins quelques minutes de plus.

Dans son silence inhabituel, Ephélide doit bien admettre qu’il n’éprouve pas pour lui cette coutumière aisance qu’il éprouve à flirter et flatter les corps. Rien qu’une incompréhensible et infinie tendresse dont il ne digère pas le sens. Et qui l’ébranle plus que n’importe quelle extase dénuée de substance.

Peut-être bien dans le fond que cela lui fait un peu peur.

- Dis rien… - Chuinte-t-il simplement, loin d’être apte à subir moqueries et sous-entendus graveleux. Et presque comme victime d’un malaise, se heurte du front à son épaule. – Pars pas…

Une supplique, un abandon.







©BBDragon
avatar
Libre pour rp? : Complète.
Liens : PortraitCarnet
Messages : 57
Âge : 28
Voir le profil de l'utilisateur
Tempête
Jeu 8 Fév - 23:13
Le nom de Morphée était sur toutes les lèvres. Jamais on avait tant parlé d'iel depuis son décès aussi imprévisible qu’abrupt. Tempête avait eu beau fouiller le Sépulcre en compagnie de Charogne (qui, sous ses airs de femme victorienne bien rangée, continuait à demeurer une jeune femme pleine de fougue) rien de concluant n'en était sorti. Le (ou la) coupable demeurait aussi anonyme qu'auparavant. La cantinière en était réduite aux hypothèses au même titre que tout pensionnaire de la Maison. Cette dernière gardait bien trop jalousement ses secrets pour se permettre d'en divulguer ne serait-ce qu'une miette auprès de tous ces oisillons affamés.

C'est que cela la démangeait, la cantinière, de mettre un nom sur cette silhouette tout en points d'interrogations, de lui faire cracher le morceau, de saisir le pourquoi. Et si c'était un garçon qui avait mené cela, oh alors Tempête le laisserait la saisir dans l'Envers, l'y emporter pour mieux l'enfouir dans les tréfonds abyssaux d'un océan tourmenté.

À défaut de saisir l'assassin de Morphée entre ses mains, Tempête sillonnait les couloirs et artères de la Maison en quête des rumeurs et des commérages – toujours friands en détails scabreux et anecdotes savoureuses. L'Adulte finit par jeter son dévolu sur la bibliothèque. Pour sûr les Cerfs devaient s'y cantonner pour mener la rédaction de leurs archives et les Cygnes y tenir des conseils de guerre, certains d'être les plus à même de gérer cette situation de crise. Autant dire que le lieu devait s'être transformé en salle de brainstorming avec, qui sait, le potentiel coupable dans les rangs des brebis. Un loup dans une bergerie.

Il n'y avait personne – pas âme qui vive. Les lieux témoignaient d'une désertification totale et donnaient à la bibliothèque... l'allure qu'aurait du avoir toute bibliothèque, à savoir une pièce gigantesque où le silence était maître. On aurait presque pu entendre les ouvrages murmurer – s'ils avaient été dotés d'une voix.

Cette ambiancé était bien trop incongrue en la Maison pour éloigner Tempête. Persuadée qu'il se tramait là quelque dessein inavouable, la femme se permit d'explorer plus avant. Des murmures se firent, effectivement, entendre mais n'avaient rien de spirituels. C'était une voix humaine, une voix de jeune homme dont l'accent lui disait quelque chose mais sans arriver à mettre le doigt dessus.

Dépassant une étagère, Tempête vit l'impensable.

Imaginez le tombeur de ces dames, le quaterback de l'équipe, le gros lot courtisé par toutes les lycéennes aux prises (dans le sens plaisant du terme) avec la jeune recrue, celle à qui on refilait les tâches subalternes comme commander les pizzas et ramener les sodas.

Si elle avait eu un appareil photo sous la main, Tempête aurait immortalisé le moment juste pour se le remémorer – et accessoirement faire chanter le grand roux.

À défaut de pouvoir réaliser ce grand prodige elle esquissa un pas en avant plantant ses mains sur ses hanches avec des mines de conquérante.

« Hé bien hé bien j'en connais plus d'une qui serait surprise de voir cela ! »

Tempête émit un rire, reniflement nasal de celle qui a déjà vu bien pire et s'amuse de la pudeur du couple surpris à l'improviste.

« La prochaine fois soyez plus discrets. Et trouvez meilleure cachette. Les bruits résonnent curieusement très bien dans une pièce totalement vide. Au moins c'est plus original que le placard et ça évite la blague séculaire sur le sujet. »

C'était plus fort qu'elle – elle redevenait une sale gamine riant de voir deux de ses camarades s'embrasser alors que, hier même, ils se tabassaient dans la cour de récré. C'était si impromptu, si imprévisible qu'elle ne pouvait s'empêcher de regarder. Puis ça la changeait de tous ces morts et disparitions.

« Sincèrement au vu de vos dernières étreintes publiques, si j'avais du vous surprendre en plein batifolage, j'aurais imaginé ça avec plus de sang et plus de bleus. »



Avatars par CCCrush et Charogne
.
avatar
Libre pour rp? : Non
Liens : http://lamaison.forumactif.com/t211-un-bon-petit-diable
Messages : 52
Voir le profil de l'utilisateur
Mer 14 Fév - 21:54


Not tomorrow

avec Le roi des cons



Il ne dit rien – il est grisé. Il n’y a ni moquerie, ni injure, ni obscénité qui franchissent le seuil de ses lèvres, déjà occupées à revenir le trouver. Maintenant que l’autre – qu’Ephélide – n’a pas daigné le frapper, lui hurler dessus, et le repousser, c’est de son accord dont il profite. Lui relevant sa tête faible de ses mains sur sa nuque. S’asseyant sur ses cuisses avec plus de confort. Frissonnant de lui – sans sentir cet Envers qui fourmille et lui jette ses propres éclats colorés en masque de muerte. Et si le premier baiser était fiévreux, celui-ci est un incendie. Il le consume et le fait se tordre – et cette fois, il va l’avoir. Il va se fondre sur lui, il va faire naitre cette friction. Il va transformer leur corps en deux pierres de silex et gémir pour lui – crier pour lui s’il faut. Parce qu’Ephélides en veut et que sa langue répond. Que tout n’est que consentement.

Jusqu’à ce que la voix de Tempête claque et que l’intimité se déchire brutalement, comme on ouvre les volets sur la lumière éclatante d’un midi qu’on n’avait pas vu venir. Diablo trébuche, se relève en vitesse, essuyant sa bouche, le regard un peu fou. Il subit autant les moqueries de Tempête qu’il s’enlise dans un marécage de gêne plus que palpable.

« Qu’est ce que vous fichez là ?! » Qu’il assène avec une brutalité peu coutumière pour celles et ceux qui le connaissent. Mais Diablo sent bien que la scène, et toute la véracité qui s’y cache, viennent justement de lui échapper. Et frottant ses mains moites sur le tissu rêche de son jean, accable la jeune femme qui n’est sans doute là que par hasard.

« C’est sérieux ce que vous faites là ? Vous donnez du même ton pour les hétéros de cette maison ? »
C’est accablant d’une rage aussi frustrée que désolée et croisant finalement les bras, il baisse un peu le menton, se ferme, sourcils froncés, dents en avant. Chien acculé devant l’évidence.

« On faisait rien de mal. » Et c’est la plus pure des vérités. « On faisait chier personne. Mais continuez de gueuler et vous allez nous attirer du monde et des emmerdes. C’est ce que vous voulez ? »

Parce que c’est toujours la même chose de toute façon pour toutes celleux qui diffèrent de la norme. De celleux qui ne sont pas à l’image de cette américaine puritaine qui regarde ses pornos entre des doigts écartés, les yeux torves et la bave au lèvres. Cette foutue amérique, coincée, raciste, dégueulasse, capable des pires préjudices.

Il ne croyait pas qu’elle, plus que les autres, aurait ce genre de blagues pauvres et misérables de collabo. Mais apparemment le teint basané ne fait pas la solidarité. Et ses sarcasmes désœuvrés lui creusent le cœur. Diablo l’aimait bien, la fougueuse Tempête. Apte à protéger les filles, apte à les défendre, capable de prendre parti là où tous les autres semblent démissionnaires.

« Vaut mieux se rouler une pelle que se tuer à petit feu. »
Qu’il crache alors en dernier recours. Presque malheureux de l’interruption brutale de leur échange. Et n’osant même pas regarder Ephélide en face, détourne la tête, fixe l’ombre d’une étagère, décryptant machinalement les œuvres qui les entourent.






avatar
Libre pour rp? : 0/0
Messages : 31
Voir le profil de l'utilisateur
Ven 16 Fév - 22:30

Not Tomorrow
So much to be spoken so why can't I speak?

Il croyait l’orage fini mais l’onde revient et jette à ses lèvres de nouvelles sirènes en baiser papillons, affamés. Fureur et passion, comme il n’en a que trop rarement connu. Ils se heurtent et leurs os et leurs corps se répondent et s’entremêlent. S’emboîtent en un parfait puzzle de membres secs et haineux. L’envie lui vient, brusque et inconstante, de le frapper. Le cogner au sol, encore et encore, jusqu’à ce que son visage perclus de tendresse soit réduit à un amas fielleux de cheveux ensanglantés. C’est ce langage qu’il connaît plus que tout autres et fourmille à ses doigts en réflexes nerveux lorsqu’il vient l’empoigner à son tour. Aux cheveux, à la nuque. Se perd dans l’étreinte qu’il n’a pas initiée. Et soudain l’envie est dangereusement autre. L’envie d’être saisi, lui aussi, par le col et jeté au sol. Qu’il vienne sur lui et se fonde à sa masse souffrante. Que leurs corps puissent s’unir pour de bon et qu’il soit enfin soulagé de son existence. Rien qu’une fois, pour conjurer le mal. Le mal de désirer, dans tout ce que le mot a de plus laid, un autre garçon. Un rayon de soleil qu’il ne devrait pas avoir à regarder dans les yeux.

Ses hanches roulent, sa langue amère répond. Et l’idée se tord, se déforme dans son pauvre crâne rouquin. Tout ceci n’est pas bien. Tout ceci n’est pas correct, moral. Rien de tout cela ne devrait arriver. Pas ici, pas comme ça. C’est rapide, précipité. Un besoin dévorant qui lui fait mal aux tempes d’exister. Mal aux reins, mal de partout, jusque dans le cœur qui s’emballe sous le pull et la main lové à sa chaire. Tout à coup, il veut tout arrêter. Le repousser, lui dire stop. Que l’instant est mauvais et qu’il ne sait pas. Qu’il est perdu, pas que pour lui mais tout le temps. Dans le tourment incessant de sa chienne d’existence. Et sûrement que Diablo le laisserait agir. Qu’il ne le moquera pas lorsqu’il avouera, penaud, que tout ceci va trop vite. Sûrement même qu’il continuera de sourire, l’imbécile.

Mais Ephélide, dans tout son désarroi, n’a pas même le temps d’agir.

Tempête le fait pour lui.

Et tout à coup, c’est un seau d’eau glaciale qu’on lui déverse sur la tête. Fige toute sa carcasse d’une honte inébranlable. Le souffle lui manque – sûrement qu’il l’a égaré dans la bouche de l’autre, rend-le-moi – et il se tasse brusquement. La tête rentrée entre les épaules. Pour se faire oublier, et oublier lui-même. Cela en est fascinant, tout de même, cette sécurité factice dans laquelle il s’enlise. Cette soumission craintive qui suinte par tous les pores rouquins de sa peau. Dans chaque cil, chaque tâche. Peut-être même qu’il tremble, à y regarder de plus près. Quant à savoir si cela est de peur ou de rage…

- Mais je ne suis pasGay. C’est ce qu’il veut dire, mais il se refuse à y penser. A envisager la possibilité. Il repense alors. Aux filles. A toutes celles qui se sont succédées et qu’il a sauté. Oui, il les a toutes sautées. Les unes après les autres. Pas par colère, mais parce qu’elles le voulaient. Parce qu’elles venaient le trouver, lui demander. Parce que c’était plus simple, plus évident, de se perdre en halètements factices que de réfléchir, affronter son existence dans L’En-Dehors. Plus facile pour lui, d’être un séducteur plus qu’une ordure, lorsqu’on a la belle gueule qui va avec. Se perdre, se vautrer dans un semblant de plaisir pour survivre. Mais il n’aime pas. Il exerce, lorsqu’elles s’attachent, le touchent et le tripotent. Il ne les aime pas. Ces filles, ces nanas. Mais de là à dire qu’il leur préfère les hommes… - Je ne suis pas gay…

Guère plus élevée qu’un murmure, sa voix peine à percer par-delà les moqueries et la rage crachotée de Diablo. Ses doigts s’élèvent à peine, et ses propres lèvres où le goût se fait plus ferreux. Acide. Que dire alors. Il n’a rien à dire. Et lorsqu’il ferme les yeux, les couleurs vives d’un masque de mort imprimé à sa rétine. Alors il se tourne. Sur ses roues, il avance, délaissant le violon dans sa panique maîtrisée. Et déboule face à la femme pour laquelle il ne lève pas même le menton. N’a rien à dire. Juste une rage honteuse qui lui dévore le bleu des pupilles. Et entre ses dents, il peste. Grogne quant à ses poignets s’effilent des plumes sombres. Et que L’Envers menace, comme elle peut le voir.

- Dégagez de là.

Il ne le dira pas deux fois.








©BBDragon
avatar
Libre pour rp? : Complète.
Liens : PortraitCarnet
Messages : 57
Âge : 28
Voir le profil de l'utilisateur
Tempête
Dim 18 Fév - 16:11
Elle devait l'avouer, elle ne s'attendait pas à de telles réactions, la Tempête. Elle pensait que les garçons allaient se figer, rougir comme des gosses pris la main dans le sac, tenter de se justifier ou réclamer qu'elles ne disent rien. Elle pensait que si l'un des deux exploserait en éclats de fureur ce serait Éphélide mais sûrement pas Diablo. L'adulte ne put que le laisser parler, déclamer tout son fiel, purger toute la blessure que son intervention avait commise sur le Loir. Elle secoua la tête peinée qu'il ait mal compris ses propos, qu'il ne comprit pas que sa moquerie n'avait nul but de blesser. Simplement de leur secouer les plumes, de rire de la scène plutôt que d'en pleurer.

« Fini ? » demanda-t-elle, jaugeant de savoir si elle avait la possibilité de parler ou si le Loir reprenait son souffle pour mieux continuer.

Ce fut au tour du Rat de lui faire comprendre qu'elle était de trop, que sa présence d'adulte n'était nullement tolérée dans ce microcosme qu'elle s'était forgée. La cantinière écarta les bras, soupirant.

« J' vais rien dire aux autres, okey ? »

Quel en serait l'intérêt ? Des histoires de cœur (et même de fesses) la Maison en était emplie du sous-sol jusqu'aux greniers. Quand ce n'étaient pas les pensionnaires qui se tripotaient, c'était les adultes qui, profitant des zones interdites aux mineurs, laissaient se répandre leurs pulsions. Tempête croisa les bras sous sa poitrine tentant de donner, à sa posture, une attitude moins provocatrice, de prouver qu'elle n'avait rien contre eux.

« Diablo. » Elle attendit, espérant que le garçon aurait la décence de se tourner vers elles. « Ce que j'ai dit en arrivant, je l'aurais aussi déclamé si, en lieu et place d'une asperge rousse, tu avais serré la cheffe des pom-pom girls. Et que, cette même fille, avait passé tout son temps à venir te coller des roustes à la Cafetière. »

Ce n'étaient que des mots. Tempête pouvait fort bien mentir. Mais la femme avait confiance dans le Loir pour savoir qu'il n'était pas idiot.

« Tu peux demander aux autres. Vous n'êtes pas l' premier couple qu' j' surprends en plein batifolage. » Un rire. « Sincèrement vous pensez avoir intronisé l' coin en premier ? J'ai vu d' tout. Entre filles, entre garçons, entre une fille et un garçon, à trois... »

Comme pour mieux s'assurer d'avoir brisé la tension qui palpitait au-dessus d'eux, Tempête feignit de tapoter sur l'épaule de Diablo, agitant la main dans les airs – impossible qu'il lui était d'approcher le Loir, le Rat faisant barrage de son corps et de son fauteuil. Lui avait bien plus de haine envers elle, boule prête à exploser, l'Envers à fleur de peau.

Toute droite et entière dans son rôle d'adulte et d'aînée, Tempête osa parler à Éphélide tout en sentant, très bien, qu'elle évoluait sur un fil tenu – prompt à se rompre.

« Okay tu n'es pas gay, Ephe. Peut-être bien bi. Ou même pan. On s'en fout du terme. » Haussement d'épaules. « Peut-être même que Diablo est le seul mec à mettre ton mât au garde à vous. Tu es seul à juger de ce que tu es, de qui tu es. J'ai simplement une question à vous poser, les gars ? »

Tempête ne put masquer le sourire égrillard qui étira ses lèvres sur un côté.

« Z'avez pensé à vous protéger si vous allez plus loin ? Diablo, je te vois et, oui je dis ça à tous les couples et j' fournis même ce qu'y faut. Parc' qu' j' sais bien qu' demander au Sépulcre ça vous écorche la gorge. »

Sans compter les conséquences propres à une visite au Sépulcre comme une inspection médicale et profondément douloureuse.



Avatars par CCCrush et Charogne
.
avatar
Libre pour rp? : Non
Liens : http://lamaison.forumactif.com/t211-un-bon-petit-diable
Messages : 52
Voir le profil de l'utilisateur
Dim 18 Fév - 22:05


Not tomorrow

avec Le roi des cons



Je ne suis pas gay.

Le brusque retour en arrière d'Ephelide, concluant la diatribe péniblement rassurante de Tempête, acheva de souffler son bref coup d’éclat. Essoufflé et mal à l’aise, Diablo haussa les yeux, conscient de la difficulté de leur situation et de ce que cela pouvait engendrer dans la tête du rouquin. La baffe n’en fut pourtant pas moins douloureuse.

« Il est pas gay. » Marmonna-t-il à Tempête avant d’avancer d’un pas. « Ni bi ni… C’était rien pour lui. Pas vrai Ephelide ? … C’est moi qui lui ai sauté dessus. » Voilà. De quoi nourrir sa rage envers celui qui ne lui avait pourtant rien fait. Justifier sa violence et ses actions. Nourrir les clichés. Et sauver la face de ce merdeux à la tête trop pleine de secrets qui s'était décidé à plonger dans le déni.

« Laissez le passer. Vous voyez bien qu’il est mal. » Ephelide semblait ainsi à bout de souffle et sans pousser son fauteuil – c’eût été l’injure ultime – Diablo fit signe à Tempête de se décaler.

« On a rien fait. Je l’ai juste embrassé. Mais merci du conseil – promis je lis les infos et je fais pas n’importe quoi. » Ce qui sous entendait une vérité peut être triplement insoutenable pour Ephelide : non, ce n’était pas son premier mec.

Loin de là même.

« On me fournit. Je… je suis de la ville en fait. En vrai. »
En vrai. Ce rajout subtil qu’ici n’était pas tellement sa réalité.

« Et lui avec ses meufs ça doit être la même mais – on s’en fout. Ok ? On s’en fout. Barre toi Ephelide. »

Enfonçant ses mains dans ses poches, Diablo détourna les yeux. Fixant le sol. Et son ego éclaté sur les carreaux.

Fin de la récréation.




Page 1 sur 1
Sujets similaires
-
» • I hope that tomorrow will be better
» Kurt Wagner / Diablo {Terminée}
» La Campagne "La Boca Del Diablo" (Prélude) (2)
» Diablo III
» FREYA&LOGAN → tomorrow belongs to me

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
-
Sauter vers: