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Dernier hommage • El Diablo
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Brèche
Dim 10 Déc - 1:10
Morphée était mort.e. Brèche avait vu le corps comme tant d'autres pensionnaires cette nuit-là, au petit matin, si tôt que même le soleil ne s'était pas encore levé. Brèche n'avait pas réussi à s'endormir, la silhouette de Morphée ancrée sous les paupières. Elle voyait le corps penché sur la table, les orbites vides, le couteau planté dans le dos. Et les dents disposées dans leurs assiettes, confiseries dans leurs soucoupes à desserts. Vision propre à vous filer des cauchemars ou l'insomnie – pour Brèche ce fut la seconde option.

Le lendemain s'étira comme un jour sans pain. La Loir s'en fut hors des salles de cours dès qu'elle eut l’occasion d'un répit, ignorant les appels qu'on pouvait lui adresser. Elle avait quelque chose à faire, quelque chose de bien plus important que l'échange de desserts à la Cafetière ou la participation à un nouveau jeu instauré par Rouge-Gorge. Quelque chose qui lui nouait les tripes, empêchait ses paupières de se fermer, ses pieds de franchir le seuil de la Cafetière (elle y verrait toujours Morphée attablée, mort.e à jamais).

La terre n'avait pas été encore retournée. Il faudrait probablement attendre quelques jours de plus avant qu'une tombe ne vienne s'ajouter à celles qui fleurissaient déjà, chronologie funèbre de ceux et celles tombé.e.s au champ d'honneur, victime des autres pensionnaires, de l'Envers ou de la Rouge. L'atmosphère était chargé d'une douceâtre fragrance de pourriture – tout croupissait, les cadavres, les fleurs, les animaux enterrés là aux côtés de leurs propriétaires.

On avait abandonné une pelle plantée sur un monticule attendant qu'on s'en saisisse pour l'utiliser. Quelqu'un avait déjà creusé un trou, peut-être en prévision du futur enterrement. Brèche s'y rendit non sans s'être saisie, au préalable, de la pelle avec son manche poli par l'usage. Elle n'allait pas creuser avec ses mains, elle n'était pas une bête qui allait enterrer des os.

Empoignant le manche, la Loir se mit à creuser à côté de ce trou vaguement rectangulaire où l'on glisserait le corps de Morphée. La pelle semblait trop grande entre ses bras menus, mais la Loir ne lâcha rien, pas même lorsqu'elle sentit la sueur s'accumuler entre ses omoplates. Lorsqu'elle considéra en avoir fait assez, elle laissa choir la pelle pour saisir quelque chose glissé dans sa veste – un vieux vêtement élimé vaguement imperméable.

Au bout de ses doigts pendait un de ces gris-gris qu'elle confectionnait à la demande ou selon l'envie. Elle le déposa dans l'excavation avant de commencer à le remplir de terre. C'était rien, un pas grand-chose, une bricole qu'elle confiait à Morphée comme on filait une pièce au mort dans les anciens temps pour le droit de passage.

Brèche sentit que quelqu'un approchait avant même qu'elle ne releva la tête. Par réflexe, elle se figea craignant le pis. La tête basse, elle attendit la sentence certaine qu'un Adulte se trouvait là – ou pis Poux.




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Lun 11 Déc - 21:39


Dernier hommage

avec Brèche



La naïveté de certains protège parfois le bonheur, dans une bulle bien fragile néanmoins. Ce matin, Diablo fait parti des rares benêts encore souriant et se fichant bien des murmures terrifiés et secrets des Loirs – un rien peut les affecter, en toute honnêteté, une des brutes des rats avait encore du proférer des menaces quelconques – ce fut d’un pas allègre qu’il avait rejoint les cours, avec dans l’idée à un moment donné de se poser dans un coin pour réparer sa guitare. Puis Brèche avait manqué de le bousculer. Et quelque chose sur son visage souriant s’était un rien effiloché.

D’un côté de son cœur, il y avait bien évidemment ce crétin d’Ephélide qui aimait bien se la ramener et faire le con. De l’autre, du côté sensible, du côté timide et un peu empêtré, il y avait une blonde aux airs de danseuse, à la douleur anesthésiée. Elle était là, la Brèche aux yeux baissés, avec ses airs innocents et ses bleus qui pullulaient parfois sur son corps comme des étoiles dans un ciel trop clair, et elle ne semblait jamais s’en rendre compte. Elle était là, avec son étrange maladie et quand il la croisait, Diablo avait juste envie de mettre du coton à chaque angle, de ranger toutes les lames de rasoir du monde et de fracasser la gueule à ceux qui venaient l’emplâtrer juste pour lui arracher un « aïe ». Alors il avait levé la main, pour pouvoir l’arrêter, mais Brèche sourde s’était évanouie par une porte de sortie donnant sur le jardin.

« Ben merde… elle a l’air pressée. »

A ses côtés, Citron, un Loir vêtu d’un imperméable usé et la gueule un rien chiffonnée, plissa des yeux, et s’arrêtant momentanément pour lâcher l’info du jour à un Diablo toujours dépassé, marmonna avec son accent vietnamien inimitable :

« C’est Morphée qui doit la mettre dans cet état. »
« Morphée ? Le mec toujours à l’infirmerie ? »
« Oué ben Mor’ va plus y rester longtemps maintenant. »
« Il est guéri ?! »
« …. Morphée est mort. T’as combien de wagons de retard ce tour ci Diablo ? »

Levant les yeux au ciel, Citron avait effleuré les cordes de la guitare, son autre bras pendant sur un vide, lui qui était amputé depuis ses 10 ans. Mais loin de s’affecter d’une pareille nouvelle – ouais, des morts, il y en avait chaque année pour les gamins de la Maison, Diablo pris sur lui de se confectionner un visage un rien plus patient pour le gamin de 13 ans qui lui faisait face.

« Tu sais que c’est pas grave s’il quitte la Maison avec ses parents. Faut que vous arrêtiez de tout dramatiser. »
« … Quoi ? »
« Nan mais vos morts là, Aspirine et tout le reste… ok on est venu les chercher et ok ils sont partis du jour au lendemain mais ils mènent une bonne vie là-bas, en dehors. C’est tout ce qui compte n… »
« Mais t’es con ou quoi ? Je te parle de mort ! D’une vraie mort ! »
« Ouais pour sûr… »
« Mais tu m’emmerdes tiens ! T’as qu’à aller voir à l’infirmerie ! Ils ont du finir de le découper pour savoir ce qui lui était arrivé. Gaffe à pas dégueuler quand même. »

Citron l’avait planté là avec un rien de colère et Diablo, passablement circonspect face à ce coup de rage passablement surprenant de la part du jeune Loir, avait bifurqué ses pas au Sépulcre. Seulement pour se rendre compte, se prouver sa bonne foi. Faire passer la sauce tiède de son inquiétude, remuant un rien ses entrailles.

Une Araignée l’avait accueilli sur le seuil, le visage tourmenté et les mains brandies en mur protecteur, lui avait alors dit de repasser.

« Qu’est ce qui se passe ? »
« On ne peut pas vous accueillir pour le moment, on la range là. »
« On range qui ? »
« Morphée. Mais ne t’inquiète pas, bientôt vous pourrez aller l’enterrer, fait passer le message aux chef.fes d’accord ? »
« … Attendez mais il s’est passé quoi là ? »
« Oh tu n’es pas au courant ? »
« … C’est une blague. »
« Je ne sais pas mais lui arracher les yeux quand même, ça n’a rien de très amusant. … Oh mon dieu tu es tout pâle ? Tu vas bien ? Tu veux que j’aille chercher quelqu’un ? Elle. Elle n’a pas dû souffrir de toute façon, Vautour est certain qu’elle est morte avant qu’on lui fasse toutes ces… oh la la attends assis toi mon petit. »





Surtout n’appelle pas maman.

Ce fut à son tour de bousculer sans voir, à son tour de quitter l’école et le reste de la Maison pour aller respirer un bol d’air frais nécessaire dans le jardin. Le visage blême et la guitare trainant sur son dos humide de sueur, Diablo s’était précipité hors des portes, presque à courir, le regard vitreux et la gorge nouée d’une nausée encore palpable.

Surtout n’appelle pas maman tu vas la faire – IL FAUT APPELER MAMAN IL FAUT APPELER LA POLICE ILS ONT TUE MORPHEE ILS LUI ONT ARRACHE LES YEUX – paniquer et elle va te dire de rentrer et après il y aura une enquête et tu pourrais – JE N’AI RIEN FAIT JE VEUX JUSTE RENTRER JE N’AI JAMAIS VOULU ETRE ICI – être inquiété respire tu vas te taper une crise tu ne veux pas retourner à l’infirmerie et être dans un lit à côté de Morphée respire lentement surtout ne panique pas tu sais que le stress – JE VEUX MAMAN – te fait avoir des crises

Son pied avait trébuché sur une pierre, son genou s’était éclaté au sol et dans sa débandade en course poursuite, il avait relevé les yeux pour apercevoir la silhouette blonde familière dans ce qui apparaissait, jusqu’à aujourd’hui, comme un semblant de cimetière pour celles et ceux qui avaient quitté la Maison plus tôt que leurs 18 ans.

Geignant de mal, lui qui pouvait souffrir, Miguel s’était relevé en vitesse pour la rejoindre à pas presque penauds et la voyant creuser son trou, avait manqué de s’effondrer à nouveau.

Maintenant il en était là, à ses côtés, observant toutes ces tombes en les voyant vraiment, elles et leurs dates improbables, elles et leur terre sur lesquelles les plantes poussaient avec peine pour certaines.

« Elles sont remplies… » Qu’il finit par murmurer d’une voix terne. « Oh Dios mio .... » Et sous ses pieds il y avait désormais un autre grand trou.

« Brèche dis moi que c’est un cauchemar… dis moi que c’est pas vrai. »

D’elle, il le croirait.





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Brèche
Dim 17 Déc - 11:46
« Diablo... »

Brèche avait soufflé son patronyme dans un souffle surpris, relevant les prunelles pour voir le latino claudiquer auprès d'elle, une rose écarlate sur le genou. La Loir en avait vu des têtes d'enterrement, des visages rongés par la maladie et les médicaments, des silhouettes de papier mâché. Néanmoins le visage affiché par El Diablo était différent, exprimant toute la terreur d'une vérité révélée. C'était Charogne ressortant de l'Envers, c'était Bougie qui tremblait à la vue de douces oreilles de lapins. C'était elle, apeurée par les ombres qui se glissaient dans les miroirs et le souffle d'un loup la suivant dans le plus profond de l'Envers.

Tout son corps cabossé et bleui de coups (ceux qu'elle s'était infligé sans le savoir, ceux administrés par le reste de la Maison) la Loire déplia sa carcasse pour rejoindre El Diablo, contournant l'excavation. Habituellement c'était elle l'éclopée, celle qui tombait à s'en éclater la pommette qui se retrouvait avec des bouts de verre sous la semelle de ses chaussures. El Diablo c'était la joie, un rayon de soleil qui vous réchauffait la peau, une explosion qui vous arrachait un rire comme ces bonbons couverts de sucre piquant. Cette pâleur sur le visage, ce tremblement dans sa voix, ce n'était pas lui.

« Je suis désolée... » souffla Brèche comme si c'était sa faute.

C'était un de ses grands trucs que de s'excuser pour un rien, de prendre la faute sur elle comme si, ne rien ressentir physiquement, la rendait plus à même de supporter un tel poids.

« Tu... Tu devrais t'asseoir. »

Pour mieux digérer l'information, la prémâcher avant de l'avaler. Brèche laissa sa main se poser sur l'épaule d'El Diablo le suivant dans son mouvement si jamais il avait décidé d'obéir à son conseil, prononcé d'une voix bien trop atone pour être une injonction.

« C'est un cimetière, Diablo. » qu'elle crut bon de dire avec un rire aigre au bord des lèvres. « Que crois-tu qu'on y creuse ? »

Des tombes pour les enfants, pour les animaux de compagnie (chats errants, parfois même des poupées démembrées) et des Adultes – ce qui entrait dans la Maison n'en sortait pas, pas sans l'accord de la Rouge. Elle puisait probablement dans ce cimetière de quoi se sustenter lorsque les sacrifices des enfants ne suffisaient plus. La bête réclamait son lot d'âme, de chair et de sang.

Brèche les embrassa du regard ces caveaux avec leurs croix de pierre et de bois, amas hétéroclites de tombes parfois dénuées de noms, d'autres bombant un ventre de terre empli à ras bord. Si elle ne sortait pas à ses dix-huit ans révolus, c'est là qu'elle finirait – une ombre parmi d'autres.

« Au moins... Au moins on peut se recueillir pour leur parler, penser à eux. Un peu. »

Penchant la tête, une mèche glissant sur son front, la Loire avoue à mi-voix comme au confessionnal.

« C'est la première fois que je viens. J'avais trop peur. Mais je devais... faire mes adieux à Morphée. Durant l'enterrement j'aurais rien pu faire. Il y aura du monde, peut-être même des chants, des prières. Je me sens pas à l'aise dans ces moments-là. »

L'enterrement de Cocarde et de sa comparse, elle l'avait fui comme la peste se remisant dans la pénombre moite du cellier craignant bien trop de voir les corps se relever pour la toiser, pointer sur elle un index sentencieux.

Du menton, Brèche désigna le trou qu'elle avait partiellement rempli.

« Je voulais lui confier une amulette. Tu sais, comme dans les vieilles histoires sur l’Égypte antique. »

Après tout, elle était libre d'y croire à ces histoires. L'on se raccrochait à ce que l'on pouvait à la Maison.




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Dim 17 Déc - 20:22


Dernier hommage

avec Brèche



Il ne s’assoie pas, il s’effondre. Au bord de ce trou, genoux relevés pour mieux s’y appuyer et prendre son crâne tourmenté entre ses mains qui le griffent. C’est la panique, c’est une escouade de battements de cœur qui se précipitent comme une armée en signe d’attaque. Il va criser – mais ne crise pas et le hoquet qui le submerge est celui d’un gros sanglot. Car Brèche confirme et toute l’horreur de l’instant se distille à ses veines en des brefs mouvements de lumière. Ici on tue – ici c’est vrai, les enfants, les adultes meurent, comme ailleurs, et on ne dit rien, parce que cela ne regarde pas l’extérieur. Et la responsabilité d’une telle information lui fait trembler les épaules faiblement tandis qu’elle parle.

Et Brèche est sage quand elle parle. Elle peigne ainsi la vérité à petites touches de compassion. Explique l’offrande bien sûr, ainsi que tout le reste. Tous ces corps qui se décomposent là devant eux, qui n’ont pas retrouvé la paix d’un foyer quelconque ou tout du moins, une nouvelle chance. Et elle parle de l’enterrement comme chuchoterait la membre d’une trop grande famille – avec pudeur, délicatesse et un zeste d’inquiétude.

Aussitôt la nausée le gagne, et refusant de vomir, la bile qui s’échappe de ses lèvres n’a que la forme de ses mots.

« Mais tu te rends compte de ce que tu dis ?! »
Qu’il geigne d’une voix criarde avant de l’affronter du regard. « Ces gens sont morts ! On les a tué.e.s ! Ici ! Et y’a personne pour prévenir la police et tout arrêter ! »

Evidemment, il n’y a pas plus aveugle que celui qui ne veut pas voir et dans l’éclair tangible de cette réalité, il comprend enfin les mots, les racontards, le regard de Fange comme certaines de ses actions, et les pouces manquants qui défilent à la cantine pour attraper leurs plateaux repas.

« Même les Adultes savent… » Chuchote-t-il, brisé et perdu. « Même si j’appelais les autorités y’aurait personne pour enquêter car vous vous liguerez tous et. » Et ils le tueraient. Ils le tueraient sans une once d’hésitation pour défendre cette divinité malpropre que représente la Maison.

C’est presque s’il ne sent pas déjà leurs regards. Et dans cette affreuse lâcheté qu’est l’instinct de survie, c’est lui qui se muselle. Enclenchant dans son crâne un odieux compte à rebours.

« Est-ce qu’ils nous laissent vraiment partir à 18 ans ou c’est encore une de leur putain de blagues ? Est-ce qu’ils nous tuent une fois grandi ? Est-ce que c’était pas ça, finalement, Le Grand Massacre ? Ce qu’ils racontent à Halloween, comme quoi des gosses ont pété les plombs et se sont suicidés je sais plus y’a combien d’années ? Est-ce que finalement c’est pas juste tous des meurtriers ? »

Et elle, avec son talisment et ses bleus, est-elle finalement digne de confiance ou le trahira-t-elle avec cette cruelle facilité que possèdent les arracheurs d’ailes de mouche. Il voudrait ramper et s’éloigner mais son regard brun plaintif la supplie presque de lui apporter une autre version de l’histoire.





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Brèche
Ven 29 Déc - 18:22
La main de Brèche posée entre les omoplates de Diablo se crispa face à cette explosion qui émanait de lui, de cette détresse que ses paroles lui procuraient. La Loire agita la tête de gauche à droite refusant de penser la même chose que son comparse. Que les morts avaient été assassinés, comme Morphée. Qu'il n'y avait aucun incident, aucune maladie trop forte pour être soignée. Brèche se refusait d'y croire surtout au pis : que jamais, aucun, ne sortait de là.

« Non. Si... si on mourrait tous... il n'y en aurait pas qui reviendraient à la Maison. Y a plein d'adultes qui ont vécu dehors qui sont jamais revenus, et d'autres qui sont là. Comme Moustache, Os, Minuit... »

Une froide constatation fourmilla en Brèche, se mua en frisson glacé dégoulinant le long de son échine. Les enfants d'hier devenaient les adultes d’aujourd’hui et revenaient à la Maison. Comme si l'En -Dehors les rejetait, refusait d'accueillir ces êtres qui avaient vécu tant d'années à la frontière de la réalité, hors du monde et de ses règles. Brèche se tut se raccrochant à un espoir ténu.

« On a peut-être plus de chances de partir si on a pas froissé la Rouge. » L'entité de la Maison, son âme, son double. « On retrouvera nos familles. Et sinon... »

Sinon l'idée folle, improbable dans la bouche de Brèche qu'elle glissa à Diablo dans le creux de l'oreille, souffle chaud chatouillant l'épiderme.

« On aura qu'à s'enfuir à nos dix-huit ans révolus. »

Brèche eut un haussement d'épaules, un rien de sourire au creux des lèvres. Dire tout haut ce qu'elle fomentait tout bas l'enhardissait. C'était comme sortir une bouteille d'alcool de sa cachette pour montrer qu'on y avait déjà bu, au nez et à la barbe des adultes.

« J'espère un jour partir avec Feu-Follet. Ensemble. Mais, en attendant, on peut que survivre. Surtout avec cette créature dans l'Envers là... Et celui, ou celle, qui a tué Morphée. »

Aux yeux de Brèche ils étaient deux, deux entités complémentaires agissant chacune dans son domaine. La cruelle association de Freddy et de Jason, la créature des cauchemars et le tueur qui vous suivait au sein de la réalité véritable. Faisant glisser le cordon d'un de ses innombrables porte-bonheurs par-dessus son cou, la Loire le tendit à Diablo.

« Tu devrais le prendre. Ça peut servir. » Un temps avant que Brèche ne détourna le regard. « Ça ou un couteau. On en trouve plein dans la Cafetière. Je te dis pas de tuer mais faut avoir quelque chose pour se défendre. »

Tuer ou être tué, la dure loi de la Maison en ces heures troubles.




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Dim 7 Jan - 19:02


Dernier hommage

avec Brèche



Si Brèche avait essayé d’être rassurante, c’était un échec. A l’annonce des noms des grands revenus, à l’entente non pas de leur prénom mais de ces surnoms stupides qu’ils se donnaient tous entre eux, Miguel eut une grimace presque agressive, espèce de rictus sorti tout droit d’une colère qu’il aurait voulu étouffer. De ces éclats d’âme qui ne lui ressemblaient pas. Et qui n’avaient pas le droit de s’abattre sur Brèche. Elle tentait, la jeune perle avec ses cheveux blonds et sa douceur maladroite, de le rattraper, de le rassurer dans son inquiétude. Elle ne semblait pas avoir conscience que chacune de ses paroles était comme une nouvelle braise sur de l’herbe trop sèche.

Miguel ne voulait pas lui exploser au visage. A ce faciès innocent qu’elle lui présentait tant bien que mal. A ses gestes tendres presque maternels, surplombant ses chuchotements. Et lui offrant, finalement, l’un des biens les plus précieux qu’elle ait pu lui donner : un talisman, protecteur, symbole à cet instant d’une confiance et d’une peine empathique comme ils n’avaient jamais pu échanger jusqu’alors.

Communiant ensemble près de cette tombe infortune, ce fut à regret qu’il secoua la tête, de plus en plus violemment, en geste négatif.

« Mais je suis pas un meurtrier moi, Brèche ! Je serais foutrement incapable de donner le moindre coup de couteau – les poings, je dis pas, mais planter un gosse ? Un enfant ??? »
Ils pouvaient bien être tous cinglés là-dedans que cela n’y changerait rien. Ils pouvaient l’assaillir et manquer de le tuer, ça n’y ferait rien. Il n’avait pas l’âme d’un tueur. Il n’avait pas cette volonté, cet instinct de survie déplorable de tuer ou être tué. Et referma le poing sur le talisman.

« Ca, je veux bien le garder, mais prendre un couteau pour tuer… quoi être parano ? Et si c’est Sables hein que j’enfonce ? Et si c’est Princesse ou Pétale ? Ou toi ? »


Ses dents s’enfoncèrent vivement dans sa lèvre inférieure et les relents de crise reprirent leurs tremblements jusqu’à lui tordre les entrailles.

« On m’a déjà fracassé ici et les bastons j’en ai l’habitude mais putain on n’est pas dans Orange Mécanique. »


Miguel inspira profondément.

« Je n’ai aucune envie de protéger une entité… cette Grande Rouge, de lui faire plaisir comme Fange peut le faire. J’ai aucune envie de jouer les règles de cette Maison et encore moins envie d’être prisonnier au point de n’avoir qu’elle et repartir entre ces quatre murs quand je serais adulte. Je suis pas fou ! Je suis juste épileptique. C’est cette maison qui veut nous faire croire qu’on n’est pas adaptés au monde extérieur mais je l’emmerde le monde extérieur ! Je suis qui je suis et je plierai le monde jusqu’à ce qu’il l’accepte car c’est pas à moi de faire des efforts. Et ma mère… ma famille… ils m’attendent tous. Ils veulent juste que je revienne. Si on avait eu le choix, je serais même pas là. »

Mais la vérité était ainsi et ce pays prenait les décisions pour celles et ceux qu’il considérait comme immanquablement imparfait. Que ça soit par le handicap ou par la couleur de peau, le changement c’était avant tout d’être condamné. Condamné à un destin filé comme une musique au refrain trop connu. Et Miguel baissa la voix.

« Je cuisinerai des steaks toute ma vie s’il faut mais je serais pas dans un gang, ni un drogué, ni rien de ce qu’on attend de moi. Alors encore moins un dingue dans une maison de dingue. Et on devrait pas avoir à attendre nos 18 ans pour fuir. On devrait avoir la possibilité de le faire et s’en arracher Brèche, tu piges ?! »

Pourtant, Brèche venait de mentionner un nom qui, accrochant ses pensées et sa curiosité, revint lui piquer le bout de la langue. Et mesurant toute la prudence de poser ce genre de question, parfois malvenues, Miguel murmura tout bas :

« T’as parlé de Feu-follet… Vous êtes devenues grandes potes à ce point alors ? »
Il ne connaissait la ratte que de vu et s’inquiétait presque de l’influence d’un tel caractère sur la gentille Brèche.

Brèche. Quel surnom de merde.

« T’as pas un vrai nom dis ? Moi. »


Et merde à la Grande Rouge.

« Moi c’est Miguel. »




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Brèche
Dim 14 Jan - 13:47
Brèche baissa le nez, ferma à demi les paupières pour mieux voiler ses prunelles prenant l'attitude, pleine et entière, de la petite fille prise en faute. Évidemment que c'était mal de tuer. Dans l'En-Dehors on condamnait cela, on finissait derrière les barreaux pour avoir ôté la vie de quelqu'un. Elle ne voulait pas pousser El Diablo derrière cette ligne. Elle voulait juste l'aider, le protéger de ses maigres forces de poupée de son. La Loire se retint de répondre à son comparse que si c'était elle qui finissait plantée, elle ne sentirait rien. Elle sentait que la blague n'aurait pas fonctionné, que Diablo aurait posé sur elle un regard de pitié. Comme Lardon ce jour-là lorsqu'elle avait réussi à l'approcher.

Ils étaient nombreux, garçons comme filles, à vouloir panser ses blessures.

Néanmoins lorsque le Loir assura qu'ils pouvaient sortir avant leur dix-huit ans, avant d'être devenus adultes, Brèche secoua la tête avec la lenteur résignée du condamné au mort.

« On pourrait mais... Dehors il y a la police, d'autres adultes... Ils finiraient par nous ramener ici. Y a de drôles d'histoire qui se disent sur des jeunes qui font de l'auto-stop et qu'on retrouve pas... »

Des récits vrais ou faux, des on-dit qui se répétaient au grès des couloirs et des dortoirs avec chacun sa propre version de l'histoire, les plus aguerris adorant ajouter tout un tas de détails de massacres menés par de potentiels tueurs en séries. Le genre à empêcher à Brèche de fermer les yeux toute la nuit, angoissée à l'idée que ce genre d’événements exista en dehors de la Maison. L'Envers avait beau rester cantonnée aux briques de la Maison, l'En-Dehors semblait aussi peu rassurant. Brèche y croyait à ces histoires gardant, ancrée dans son esprit, la silhouette de ce monstre qui l'avait dévoré – et qui avait été bien réel.

« J'aurais trop peur d'essayer. »

Lâche aurait soufflé Poux mais elle ne s'en cachait pas Brèche. Elle n'était pas forte comme Feu-Follet, Feu-Follet et la rage qui pulsait dans son corps, ses morsures et ses coups de poing qui faisaient taire les autres pensionnaires. Feu-Follet qui lui manquait et dont Diablo raviva l'image par son interrogation que Brèche accueillit avec un sourire tendre, le regard plongé au loin fixant quelque chose d'invisible, au-delà du cimetière.

« C'est ma chevalière. Enfin... » Le doute s’immisça en elle la poussant à quêter l'approbation de Diablo. « On dit bien ça pour un chevalier fille, hein ? Enfin, peu importe. Elle me protège et je l'aime bien... Non beaucoup. Mais avec tout ce qui se passe, dernièrement, à la Maison on se voit moins. »

Les mains de Brèche frappèrent l'air, petites colombes effrayées, tandis qu'elle expliquait, sa voix prenant de l'ampleur.

« J'espère qu'elle va bien. Je devrais aller la voir chez les Rats mais... ils me font peur. Avec leur musique forte, leurs piercings... La dernière fois ils m'ont pris à part pour un jeu. » Brèche fronça les sourcils, remontant à la surface ce souvenir enfoui. « Je crois qu'ils essayaient de voir l'effet de la Javel sur la peau. Ça fait de jolies couleurs mais ça m'a valu un passage au Sépulcre. Feu-Follet n'était pas là. »

Habituellement elle était toujours là pour stopper les jeux ou la voir après, toucher sa peau, tirer les noms de ceux et celles qui avaient osé blesser Brèche, sa Brèche. Pas ce jour-là.

« Elle devait être occupée. Entre la fête, Morphée... Tout le monde est sur les dents. »

Feu-Follet ne l'avait pas abandonné.

C'était sa certitude.

« Désolé, je te confie tous mes soucis de cœur alors que c'est... » Brèche fit un mouvement de la main, désignant les tombes qui les encerclait. « … pas vraiment l'endroit. »

Mais, au moins, ici, personne ne les dérangerait. Personne n'entendrait cet échange où, faisant un pied de nez aux lois de la Maison, ils parlaient de l'En-Dehors et de leur vie d'avant. Brèche se pencha vers Diablo pour lui chuchoter, tout bas, son nom tout en se disant que, désormais, en son for intérieur, elle ne devait plus le nommer Diablo, mais Miguel.

« Hannah. C'est comme ça qu'on m'appelait avant. »




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Dim 21 Jan - 22:45


Dernier hommage

avec Brèche



Les propos de Brèche manquèrent de peu de le faire bondir. Mais sa peur, aussi sincère que possible, le saisit avec humilité. Les enfants de cette Maison n’avaient pas, comme lui, des proches pour pouvoir assurer leurs besoins. Des proches pour les soutenir, les protéger, les aimer et leur apporter ce qui pouvait leur manquer de par leur handicap ou leur maladie. Miguel avait sa mère, avait ses tantes, ses cousins et ses cousines, la possibilité d’avoir un travail, car l’épilepsie, au fond, ne posait de problème que lors des crises qu’il pouvait désormais, et après tant d’années, apprendre à gérer par la médicamentation et le contrôle de soi. C’était une pensée bien validiste de croire que d’autres en avaient la possibilité. Qu’ils étaient au sein de leur groupe d’enfants, tous égaux face à la réalité. Et plutôt que de la reprendre, par sagesse, Miguel lui laissa le doute. L’écoutant seulement patiemment lorsque Brèche lui parla de Feu-follet.

La tendresse que la Loi éprouvait à l’égard de la ratte lui rappela ses propres sentiments complexes envers Ephélide. Evidemment, Brèche avait su construire une amitié de son côté. Alors que lui-même subissait le mépris voire la méfiance du rouquin.

« Tu as une chevalière bien efficace ouais… » Repoussant ses boucles noires, Miguel prit conscience qu’il abordait là avec Brèche un sujet peut-être même plus complexe que prévu. Le manque, la tristesse, la crainte de voir son amie s’éloigner ternissait le regard de la jeune fille et passant un bras autour de ses frêles épaules, un rien amer face aux tourments que subissait sa compagne, il ajouta fermement. « Moi je n’ai pas peur des rats. Je me fiche bien de leur petit numéro de braqueurs. Ils ont les corones en grappe de raisin. Fange est peut-être le plus agressif. Mais il fera rien sans une bonne raison et aller voir Feu-Follet n’en est pas une. »

Il en prenait ainsi l’entière responsabilité et pour mieux lui redonner le sourire, lui souffla doucement.

« Je vais te la ramener. J’irais voir, j’irais lui parler. Je vais lui rappeler qu’il y a une Loire qui a toujours besoin de sa protection. Même si elle est occupée. »
Bien qu’il en douta – après tout, mort de Morphée ou pas, qu’est ce qui était plus important aujourd’hui justement que les liens positifs qu’ils pouvaient se créer tous ensemble.

« Et s’ils essayent de te faire du mal, eh bien je m’en mêlerai. »
Il ne méritait pas le surnom de El Diablo pour rien, même si l’idée venait de base d’un cliché raciste autant de son attitude un rien gothique, renfermée et agressive de ses débuts d’année. Et le prénom de Brèche tomba comme un regain de courage sur son cœur gonflé d’espoir.

Il avait la possibilité d’aider – voire de réparer quelque chose. Il ne laisserait pas cette possibilité lui échapper. Comme un drogué accroc à ses narcotiques : il avait besoin de retrouver le contrôle sur une situation, qu’importe laquelle.

« Hannah. C’est joli. Je vais te retrouver Feu-Follet et quand elle sera là, je ferais tout pour t’apporter une porte de sortie. J’ai quelque chose qui m’attends dehors. Je t’en ferais bénéficier. »


Et puisqu’elle avait fait l’effort de lui confier cette sensibilité dont elle semblait pourtant dépourvue de par sa pathologie, ce fut lui qui murmura, très calme.

« Moi je commence à tomber amoureux. Ici. Alors tu vois, il y a des choses qu’ils ne peuvent pas contrôler. »


Des choses qui leur échapperaient toujours éternellement.



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Brèche
Dim 28 Jan - 12:21
Corones. Brèche n'avait aucune idée de ce que ce terme hispanique pouvait bien désigner – peut-être la fausse virilité des Rats qu'ils brandissaient comme de fières épées. Ce n'était guère important, ce qui importait c'était la compassion de Miguel, sa volonté de lui tendre la main (même les deux) pour l'extirper hors de la Maison. Il rallumait en elle un espoir qu'elle avait tu, s'étant résignée à attendre d'être officiellement Adulte pour quitter la Maison. Et, en attendant ce jour, survivre comme elle pouvait.

Néanmoins, aujourd'hui, Miguel lui ouvrait de nouvelles portes : quitter la Maison en serrant, dans sa main, celle de Feu-Follet.

« Tu pourrais vraiment faire ça ? »

C'était si beau qu'elle n'osait y croire.

« Je ne dirais rien à personne, promis. Mais donc tu es amoureux ? Vraiment ? Je suis contente pour toi. »

Décidément la Maison était emplie de relations – Lardon ne lui avait-il pas soufflé que son cœur était pris, lui aussi ? Mais était-ce si étonnant dans un tel microcosme. On se fréquentait chaque jour, à toute heure, les couloirs étaient emplis de l'odeur de leur sueur, les corps se frôlaient au moindre virage. Tant de promiscuité finissait toujours par développer quelque lien, des sentiments qui finissaient par déborder, des étreintes où l'on se lovait pour oublier la dure réalité et y puiser du réconfort.

Brèche rassembla ses jambes, s'assit en tailleur sentant que la conversation pourrait être longue. Le cimetière perdait peu à peu de sa macabre ambiance, se dorant à la vie qui pulsait de ces deux êtres qui ouvraient leurs cœurs, laissaient déborder leurs tripes.

« Tu ne lui as pas encore dit, hein ? Que tu l'aimais. »

Brèche le supposait aux mots de Miguel, à ce « je commence » qui laissait présager d'un doute comme s'il n'était pas certain de ses sentiments. La Loire tendit un index sentencieux vers son comparse, l'agitant sous son nez.

« Tu devrais. C'est pas facile, je sais. » Au final elle ne l'avait jamais vraiment dit à feu-Follet, leurs gestes étaient assez explicites sur la nature de leur relation, du moins pour Brèche. « Sinon... Je peux aller lui dire moi. Si tu as peur. »

Aucune moquerie dans ces paroles simplement l'envie, pleine et sincère, d'aider un ami et même potentiel bienfaiteur.




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Dim 28 Jan - 20:30


Dernier hommage

avec Brèche



Et pourquoi ne pourrait-il pas, à son tour, procéder à un miracle. Les yeux grands ouverts sur l’espoir, Brèche le contemplait ainsi hallucinée par la bienveillance de son vis-à-vis et le sourire de Miguel redoubla d’intensité quand il se permit, doucement, d’hocher la tête pour verrouiller son propos. Oui il le ferait, parce que Feu-Follet n’allait pas disparaitre, pas comme Morphée, pas comme tant d’autres ici. Parce que Feu-Follet ne se retrouverait pas sur une tombe, pas elle. Ce fait, ignoble et injuste, aurait été un crachat à l’égard de Brèche et de sa bonté. Si Dieu existait, il ne pouvait pas être aussi cruel, se jurait ainsi El Diablo.

Mais la mention de ses élans amoureux, la tendre curiosité et complicité de Brèche, finirent par lui mettre la tête sous l’eau. Ce fut d’abord un pincement de cœur brutal, comme si on venait de lui foutre un scalpel entre les côtes. Puis une tension qui monta de ses reins à sa nuque, en vagues froides successives. Puis un rire, nerveux et amer.

Alors son regard sombre se perdit au loin, et arrachant un brin d’herbe, ce fut ce dernier qu’il tourna, tricota et tortura sans relâche, jusqu’à que ses ongles en soient verts, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus que des miettes de sa pauvre victime. A cet instant, il prit le soin de sortir une clope d’un de ses endroits et allumant la flamme, inspira la nicotine, se foutant éperdument des conseils des infirmiers et infirmières du Sépulcre.

Tout pouvait le tuer. Et l’amour qu’il ressentait aussi de toute façon.

« Tu te souviens de l’incident de la cafétéria ? Quand on m’a pété le bras. J’ai passé un moment avec le plâtre – toi t’as rien écris dessus mais tu pouvais pas le manquer. » La cendre tissa son linceul le long du tube, consumant le reste de ses pensées. Putain qu’il avait eu mal ce jour-là.

« Le type qui m’a fait ça, c’est un rat lui aussi. Ephélide. Le grand rouquin. Plutôt beau gosse. Lui t’as du le repérer. » Toutes les filles tombaient sous le charme et la réputation de ce sauteur chronique n’était plus à refaire. Il était un tombeur, un Casanova, un briseur de cœur et un arracheur de culotte compulsif. Un bon baiseur aussi, de ce que les rumeurs laissaient paraître. Une bonne gueule, juste comme il les aimait – un rien atypique.

« C’est sur lui que je craque. » Et c’était pas peu dire.

Il huma sa bouffée, comme un rien de sarcasme ravalé et haussa une épaule.

« Ephélide me déteste totalement. Je lui reviens pas. Il peut pas me piffer et m’agresse dès qu’il me voit. La cantoch, ça a été le truc de trop. Alors si demain je lui dis que j’ai envie… »
Non, il allait pas balancer à Brèche, de but en blanc, que son seul rêve aujourd’hui était de se le taper. Son regard cilla. « … de sortir avec. Ben il va me balancer les autres rats à la gueule, Fange le premier, et ça sera fini. Je serais dans la tombe. » Autant en rire un peu.

« Alors je vais plutôt garder ça pour moi en attendant que le vent tourne. Ma mère dit souvent que le cœur est une girouette. Reste jamais dans la bonne direction trop longtemps. »





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Brèche
Sam 3 Fév - 10:07
Oui la lutte à la Cafetière elle s'en souvenait, violent pugilat auquel elle avait assisté, de loin, noyée par la foule qui s'était massée pour voir. Elle n'avait pu écrire sur le plâtre de Miguel, elle-même endimanchée dans ses propres bandages, riant en disant que, maintenant, ils étaient « potes de douleur » pour éviter de dramatiser sur la situation. Éphélide c'était le loup blanc de la Maison, le garçon aux multiples conquêtes que plus d'une fille se vantait d'avoir eu dans sa couche comme un trophée dont on se vante de l'avoir tenu entre ses mains, même quelques instants.

La Loire ne vit pas la conclusion venir se faisant frapper de plein fouet par la confession. Miguel avait une belle réputation auprès de nombre de pensionnaires – garçons comme filles n'auraient pas dit non à passer du temps auprès de lui, à l'écouter gratter sa guitare. Mais Éphélide, le garçon qui l'avait laissé quasi mort, presque handicapé. Aux yeux de Brèche le rouquin était si homme à femmes qu'il ne pouvait pas s'intéresser aux individus du genre masculin. Encore moins à Miguel vu ce qu'il lui avait fait subir.

Brèche ne pouvait pas comprendre qu'on lança des cailloux sur la personne que l'on aimait.

« Il te te... » Brèche balbutiait n'osant comprendre les propos, pourtant très claires, de Miguel. « Voyons on ne tue pas quelqu'un parce qu'il dit nous aimer. Il faut être un monstre pour faire ça ! »

Éphélide devait avoir un minimum de cœur, tout de même. Même s'il était Rat – groupe le plus susceptible de terrifier la Loire avec sa réputation de viviers à punks et autres anarchistes.

D'un bond Brèche sauta à bas de l'endroit où elle s'était assise, se mit à faire les cent pas devant Miguel. Elle se refusait à abdiquer comme le faisait son comparse, se résignant à chercher fortune ailleurs.

« Comment tu peux abandonner avant même d'essayer ? » finit-elle par clamer, stoppant son avancée.

Bras croisés sous sa poitrine menue, elle tentait de dominer mais paraissait ridicule, petite bourgeoise avec ses ballerines et sa robe droite. Si elle n'avait pas su développer son goût artistique auprès des Loirs, sûr qu'elle aurait fini avec les Cygnes avec sa figure de dévote.

« Tu sais, y a des Rats qui me font payer ce que je vis avec Feu. Je dis pas que c'est facile. Mais ça n'empêche que je l'aime quand même. »

Ce qui rendrait la séparation future plus douloureuse encore mais ça elle n'en savait encore rien. S'approchant de Miguel, elle l'enserra entre ses bras laissant le front du garçon reposer contre elle, ses mains caressant les omoplates, les mille et unes tensions qui s'y dissimulaient.

« Tu peux chercher à trouver le bonheur ailleurs. On peut aimer plusieurs fois et plusieurs personnes. Mais ça ne t'empêche pas de garder espoir et de voir si tu y tiens tant à Éphélide. Tu sais, j'ai entendu dire que les garçons, pour exprimer leur amour, blessent ceux qu'ils aiment. C'est peut-être son cas. » Rire nerveux. « Mais il aurait été allé loin là quand même. Même pour pas montrer qu'il aime les garçons... »

C'est compliqué l'amour, c'est compliqué les gens.




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Dim 4 Fév - 18:57


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avec Brèche



Brèche n’avait pas grand-chose à faire pour l’impressionner en vérité et Diablo la fixa comme un petit garçon face à sa mère, soumis au rythme de ses allers retours avant qu’elle ne se plante face à lui pour lui tenir tête. Déglutissant nerveusement, ce fut lui qui baissa les yeux, presque contrit par ses accusations dans lesquelles se cachaient un fond de vérité.

« Mais c’est qu’il m’a cassé le bras… » Murmura-t-il piteusement en frottant le concerné d’une main à peine tremblante. Le combat était encore suffisamment récent pour lui causer quelques douleurs quand il y pensait. « Ce n’est pas simple. De se dire qu’on aime un peu qui me peut me tuer – parce que si Brèche. Ils tuent bien les autres ! Regarde toutes ces tombes ! »

L’enlaçade de la jeune fille manqua de lui tirer une larme mais reniflant à peine, ce fut avec soulagement et satisfaction qu’il reposa sa joue contre la naissance de sa poitrine, écoutant son cœur battre, respirant son odeur presque fruitée. Impassible petite Brèche, survivante de ses douleurs, flottant bien plus haut que les chutes habituelles mais subissant les peines de cœur comme n’importe quel être. Sans Ephélide – et sans Feu – c’était à se demander où cette histoire aurait pu les mener.

Et il vint frotter son dos, en espérant qu’elle le sente. Un peu stupide dans ses préjugés.

« Je suis pas sûr qu’il m’apprécie. Puis j’ai jamais aimé cet adage. Qui aime bien châtie bien… Moi… Moi mon père s’est cassé avant que je naisse et je pense que c’était la pire chose qu’il puisse faire à ma mère, Lucinda. Il ne l’a jamais touché, mais ça l’a broyé et elle a plus été avec personne depuis. Jamais sérieusement en tout cas. Qui aime bien ne châtie pas. Qui aime bien reste là. Qui aime bien protège, au lieu de donner des coups. Je veux pas vivre ce genre de relation. »

Mais Brèche était adorable de se soucier ainsi de sa romance inhabituelle. Des sentiments qu’il nourissait à l’égard de ce crétin bellâtre coureur de jupons. Elle s’y penchait comme une jardinière essayant de sauver une fleur – mais il n’y avait rien à nourrir, rien à replanter. Cela demeurerait un terreau stérile. Sans plant sans pousse sans autre pluie que celle de sa déception. Autant ne pas nourrir de mythes.

« Si je pouvais contrôler mon cœur, je lui tournerais le regard ailleurs. Mais on ne décide pas de ces choses là. Du coup, je préfère encore laisser tomber. Ouais, je compte bien aimer. Aimer des gens dignes de ça. En attendant, tu sais, je m’amuse… »
Il sourit à peine, contre son épaule avant de redresser la tête et lui embrasser la joue.

« T’es une super amie. Tu l’as toujours été, Brèche. »

Son regard pétilla un rien.

« Il te va vraiment pas ce surnom. T’es forte comme une montagne. T’as rien d’une fêlure. »

Et elle possédait la force et le courage d’au moins dix types comme lui. Méritait, elle aussi, de vivre un bonheur bien plus sain et ébouriffant ses cheveux blonds, se releva avec elle pour enlacer ses épaules

« T’as pas envie d’un coca ? Je peux soudoyer les mecs de la cantoche. Voire même Tempête, si j’y arrive. »

Avec Tempête c’était toujours bien compliqué. Mais il adorait la jeune femme, et voulait bien essayer.





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Brèche
Ven 9 Fév - 22:16
Devant les confidences de Miguel, ce besoin d'expliquer le vivier familial dont il s'était extirpé (un père absent, partant quérir des cigarettes qu'il ne ramena jamais, pas plus que sa carcasse) Brèche déglutit et ne dit mot. Il n'y avait rien à dire. Rien ne pouvait ramener cet homme parti on ne sait où et, même si elle le pouvait, à quoi cela servirait-il ? Le mal était déjà commis, le lien brisé et ramener ce père pourrait, raviver, en Miguel quelque chose de sombre qui demeurait tapis au fond de lui, une rancœur qui jaillirait à gros bouillons.

Il avait raison. L'amour ne devait pas être synonyme de souffrance mais de respect.

Elle ne pouvait qu'espérer que les sentiments de Miguel se portent sur quelqu'un de plus doux, plus compréhensif. La Maison devait bien receler des gens de cet acabit – des enfants aux corps brisés mais aux cœurs emplis d'une tendresse qui ne demandait qu'à s'exprimer.

Et de rougir, coquelicot effarouché, quand Miguel lui accorda bise sonnante et compliments trébuchants. Brèche en gloussa, rire nerveux qu'elle tenta de masquer derrière ses mains libérant le diable de sa boîte qui hasarda une échappée dans la Cafetière.

« Je peux lui demander, tu sais. Elle adore les filles. Je serais ton sauf-conduit. »

Brèche tendit le bras le faisant osciller tandis qu'elle hésitait à mimer Miguel dans sa gestuelle, finit par déposer sa main sur la hanche du garçon. Sentant qu'entre eux ce geste n'aurait rien d'équivoque. Elle était son amie, rien de plus. Une amie chère, une Loire, une camarade – point d'amourette entre le diable et la poupée de son.

Ce fut en ce curieux équipage qu'ils abandonnèrent les caveaux et ce trou, immense, où l'on immergerait Morphée avec quelques mots délivrés par Rouge-Gorge, éructés entre deux crachats sanguinolents. Si des pensionnaires observèrent leur duo dans les couloirs, Brèche les ignora, toute entière plongée dans son instant de félicité. La Maison en offrait si peu.

La Cafetière leur offrit son ambiance de souk qui ne cessait jamais de s'ériger hors des heures habituels de services, les enfants prenant la suite des Adultes, investissant les lieux avec la rapidité des vendeurs à la sauvette. Chacun y vendait sa camelote du jour quand ce n'était pas des restes même du service du jour monnayé cher – tout se vendait en la Maison, même de simples secrets sans consistance physique.

Les employé.e.s de la Cafetière surveillaient, à peine, depuis l'autre côté du comptoir menant leurs vadrouilles au sein de leur terrier, agitant les casseroles, allumant les fours en vue du service de ce soir. Entre les enfants et les adultes, du monde à nourrir il y en avait personne n'ayant la possibilité, ou l'envie, d'aller dîner dehors. (Au grand dam de plus d'un.e pensionnaire qui aurait adoré se gorger de junk-food à en recracher de la graisse par le nez) Tempête s'en distinguait par son teint hâlé et sa voix qui chantait sous la voûte du plafond se faisant patois populaire quand elle gobait les lettres.

Elle les grilla rapidement, ces deux Loirs qui patientaient aux abords du comptoir bien avant l'heure du service. Les mains emprisonnées dans son chiffon, Tempête darda son regard sur eux, les prunelles allant de Brèche à Miguel tout en se rapprochant jusqu'à se retrouver éloignée d'eux que par le métal froid.

« Vous avez trop d'avance, y a rien qu'est prêt. »
« Oh non, on... » Brèche inspira – panique pas elle bouffe les garçons, pas les filles. « On voulait juste un Coca... s'il vous plaît. »

Tempête croisa les bras, ne masquant pas un sourire amusée.

« Tiens pour une fois on d'mande et on piqu' pas direct dans les provisions ? Palis pas comme ça, ma belle... » ajouta-t-elle en voyant Brèche blanchir. « Tout l' monde pique. Croyez quoi. On a une réserve autre planquée où on cach' l' meilleur. Coca donc. »

Et de revenir avec deux canettes qu'elle déposa sur le comptoir.

« C'est mieux qu'une à partager. » Regard glissé en coin vers Miguel. « Puis ça évit' l'échange de microbes. Faudra me rendr' l' retour d' bons services les Loirets. Allez filez avant d' donner envie aux autres d' monter aux barricades pour avoir leur envie de sucre – surtout Brioche l' diabétique. »

D'un geste de la main, Tempête leur indiqua de filer avant de leur tourner le dos pour mieux s'enfoncer au sein de la tanière de ses comparses. Brèche saisit avidement les canettes encore humides de leur séjour dans le frigo, tendant une à Miguel tout en marchant à petits pas précipités loin des cuisines.

« Elle devait être de bonne humeur. » commenta Brèche tout en se questionnant sur ce que l'adulte pourrait lui réclamer en retour, probablement pas une vulgaire amulette.

Ouvrant la canette dans un chuintement d'air compressé, Brèche observa les bulles remonter à la surface. La Loire amena la boisson à ses lèvres y puisant une gorgée dont le bienfait s'échappa dans un soupir bienheureux.

« Ce que c'est bo-BROH ! »

Elle eut beau plaquer sa main contre sa bouche, le rot avait résonné avec un aplomb digne d'un redneck revenant d'une fin de soirée bien arrosée.




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Dim 18 Fév - 22:03


Dernier hommage

avec Brèche



La cuisine était encore son endroit préféré, lui rappelant, par sa fourmillière préoccupée agitant ses spatules, celle ancestrale de la maison familiale. Enlacé à Brèche, ce fut gentiment qu’il lui confia la tâche de s’adresser à Tempête – son genre primant bien évidemment sur l’amabilité de la jeune femme native américaine, bien que son sourire aux dents blanches ne fut pas en reste pour la remercier. Diablo prit évidemment grand soin de ses conseils et attrapant sa propre canette, fit un simple petit salut à l’adulte, avant de lancer, heureux et plus ouvert.

« Promis, on sera discrets ! » Cet échange lui reviendrait alors bientôt en pleine tête comme l’ironie palpable d’une situation démesurée mais à cet instant, Diablo n’ayant d’yeux que pour Brèche, ce fut vers cette dernière qu’il tourna son attention, quittant le chef d’œuvre culinaire et son orchestre pour rejoindre les couloirs.

« Elle est cool. » Commenta-t-il alors à sa compagne loire avant de dégoupiller sa canette et en avaler une gorgée. « Mais c’est vrai que le fait qu’on vole rien et qu’on demande a du jouer en notre faveur. » Ses sourcils se froncèrent d’une profonde réflexion. « J’ai l’impression des fois que les gosses agissent comme s’ils étaient en guerre. Piquer, faire des réserves, leurs lois… » Diablo soupira. « Les choses s’amélioreraient sans doute avec un peu de discussion. » Une nouvelle gorgée.

Puis le rot tonitruant de Brèche retentit à ses côtés et crevant de rire comme une baudruche trop gonflée, ce fut par le nez que le coca jaillit à gros bouillon, sous une quinte de toux mêlée d’hilarité. Les yeux larmoyants de douleur, penché en avant, il prit quelques secondes pour s’en remettre, frappant ses cuisses avec entrain avant lui saisir le bras et le tapoter d’un air rassurant. Ce fut la voix rauque et le visage trempé qu’il leva la main finalement, liant son pouce et son index en un « ok » enthousiaste.

« 10 ! » Toussa-t-il au mieux de sa forme. « 10 sur 10. Il était impeccable arrête ! Profond, guttural et attends… attends attends j’en ai un qui me… »

Avalant de l’air, il renversa la tête en arrière. Et sorti un borgorygme en une seule syllabe, aussi impressionnant que dégueulasse. Sur l’écho de celui de Brèche, sans pour autant lui en voler la vedette.

« Alors ? Alors c’est qui le boss ? »

Il en était encore mort de rire.

« T’en fais pas faut que ça sorte. Et je suis sûr que tu me bats aussi en concours de crachat. » Et sans mépriser la canette qu’il tenait encore entre ses doigts humides, Diablo en prit deux grandes lampées, le regard rieur. « Je suis capable de t’en sortir quatre ou cinq mais ces gros dégueulasses de rat viendraient nous voler la vedette. Par contre, je vais t’épargner les concours de pet. » Un coup de hanche.





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