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[TW - Le malaise] Danse Macabre ♔ Fange
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Quenotte
Lun 4 Déc - 14:16



I sat alone, in bed till the morning

I'm crying, "They're coming for me"


La déception à l’odeur d’un lit froid. D’une couche déserte aux relents de sueur presque effacés. Les draps sans en bataille, charnier abandonné et, du bout des coudes, elle y creuse des vallées hasardeuses. Fixe à ne pas trop savoir quoi faire, s’il est parti voyager ce soir, là où elle ne désire plus vraiment le rejoindre. C’est un spectre blafard, luminescent sur lumière noire de sa tignasse qui se confond tout à fait avec l’obscurité.

Les récents évènements ont courbés au sommeil et, même en nuit noire, ils sont rares, les courageux enquêtant dans les couloirs. Des fois qu’on soit pris d’envie de leur arracher les dents. Mais elle n’a pas peur, bien moins de l’assassin que de son Envers, et a en passant salué Vésuve parti pour quelques pas noctambules. Lui n’a pas grand-chose à craindre. C’est plus simple d’être précédée de sa réputation comme d’un molosse de garde fort convaincant. Le frère aussi, s’en est allé. Et elle s’impatiente d’attendre son retour. Il n’est pas bien malin d’ainsi traîner lorsqu’il est pourtant teigne notoire et plus prompt qu’autrui à recevoir les soupçons de la plèbe, quand même elle doute de son innocence.

D’un bond elle se dresse et regagne le plancher, presque aérienne dans les ronflements d’enfants qui n’ont que trop l’habitude d’entendre passer foule près de leur lit. Elle ne doute pas cependant que certains, tremblant sous les draps, attendent le geste de trop, le murmure, pour brandir, armés d’un épluche légumes affuté. Et tailler en pièces ce qu’ils croiront être Tête d’Ampoule. Sans traîner près des lits alors, elle rejoint le couloir et, pour la première fois, c’est elle qui part à sa recherche. Ils inversent les rôles, la proie devient chasseur. Une étiquette qui ne lui convient pas tellement mais elle la lui accorde pour une nuit. Il ne manquerait plus alors qu’elle le retrouve à pleurer dans un coin lui aussi. Cela serait bien sa veine, un frère qui perd les pédales.

Les couloirs sont mortifères et pourtant plus vivants que jamais. Ils se faufilent à leurs mots, à leurs zébrures, des murmures assourdissants qu’elle ne cherche pourtant pas à saisir. Continuellement, on se sent acculé ici, observé. Un rien persécuté par ce qui rôde et menace encore aujourd’hui. Mais ne nuira pas éternellement, ils se le sont promis. Elle se faufile au travers des regards, erre dans sa blancheur, à l’écoute des sons, des fracas lointains d’une Maison à la fois assoupie et éveillée. Mais pas de grognements ou de cris. Pas de souffle attentif qui perce l’aurore lointaine. Et rien de ce qui pourrait, de près comme de loin, lui évoquer la présence de Fange.

D’une tâche de lune à l’autre, elle évolue pourtant avec aisance, sans même avoir à regarder devant elle. Elle est dans l’immensité de leur univers plus adroite que dans cette chambre d’hôpital minuscule et ne craint ce soir plus aucune présence canine. Rictus peut bien aller se brosser la fourrure, il y a désormais bien pire dans leurs rangs. Et infiniment plus mesquin. Tendant l’oreille à un mur, elle croit entendre goutter. Comme de l’eau, des larmes ou des sanglots. Puis réalise, à s’y consacrer plus attentivement, que le bruissement est liquide, terrible. Poisseux et salissant. Le plâtre craquèle sous ses ongles, l’air frémit sous son nez et elle ne prend que trop au sérieux son rôle du soir, allant rejoindre à pas lent la source de la symphonie.

Pour se figer à l’entrée d’une salle de classe. C’est une pièce si souvent répétée qu’elle n’en est que plus confuse.

En silence, elle observe. Le voit renifler sans larmes – le frère – et gargouiller – l’autre – indéfinissable et défiguré. C’est aux atours qu’elle le reconnaît. A sa mémoire qui photographie chaque pensionnaire, chaque détail, pour mieux retenir, stocker. Et s’en servir plus tard. C’est à sa peau, à ses bracelets, qu’elle devine l’évidence et sent tonner à sa nuque toute la foudre divine de La Rouge. Planter, mordre et taillader lors d’un Coup D’Etat est une chose. Fange, en revanche, a de toutes autres ambitions dont elle aurait dû depuis longtemps se douter. Oh Quenotte, petite Quenotte, quel contrôle peux-tu encore prétendre avoir ? Et s’il tue de sang-froid, par agacement et par vengeance, qui te dit, petite Quenotte, que ce n’est pas à ta gorge qu’il viendra un jour refermer ses mains ? Pour un non ou un regard de travers. Parce qu’il est comme le monstre qui l’a enfanté, la pomme ne tombe jamais bien loin de l’arbre, fût-t-il pourri.

Et pire, bien pire. Et si c’était par amour ?

Mais ça n’arrivera pas. Pas à moi. Jamais. Parce que je suis l’aînée. Parce que je suis venue avant lui et que je n’avais besoin de personne pour grandir. Je ne serais jamais la proie.


Et dans son dos, s’abat comme un vautour. Se fracasse à son échine dans un silence mortuaire. Elle l’emprisonne, fait de sa tignasse autour de lui une barrière infranchissable, du souffle âcre contre sa nuque une pression supplémentaire. C’est moi le chat. Et d’une pression, violence calculée et câline, saisit sa gorge, fermement appuyée à son bassin pour l’empêcher de bouger. Et puisque les chats n’apprennent la propreté qu’à se retrouver le museau dans leur merdre, agit en bonne maitresse, à lui frotter la joue contre son propre charnier. Et susurrer à son oreille, la voix rauque et sans filtre. Reprends son véritable visage. Les dentelles et les boucles ne seront plus jamais suffisantes, désormais, pour cacher à quel point elle lui est semblable, voire pire. C’est du mauvais sang, qui coule dans leurs veines.

- Cela force le respect de voir à quel point tu peux agir comme une sale petite merde stupide parfois… - Elle respire et c’est lourd. Et s’il ne la voit pas, il ne peut que trop bien deviner la glace liquide de son regard fixe. Sa mine de petite fille qui n’a jamais changé ni appris, depuis ce jour étrange où elle l’a poussé du toboggan. – Et j’espère que tu sais à quel point c’est idiot de ta part étant donné les récents évènements, n’est-ce pas… ?

La pression sur sa gorge se fait irrespirable, ou si peu. Mais il sait. Il doit savoir, qu’elle ne le tuera pas. Qu’elle ne fait que lui donner ce qu’il lui a pleurnicher l’autre soir. Un collier, une laisse. Peut-être finalement en a-t-il bien besoin après tout.

Avec tout cela, elle en a oublié d’être désolée pour Acide. Ne ressent de toute façon plus grand-chose. Et depuis longtemps déjà. C’est seulement plus simple à simuler, au quotidien. Et prise tout à coup d’un terrible doute :
- …. Jure-moi que tu n’y es pour rien. Pour les dents, et pour Morphée. Jure le moi et je te croirais, mais je veux te l’entendre dire.

Et qu’importe si elle doit l’écouter geindre, et s’assoir sur lui jusqu’à ce qu’il se pisse dessus. L’étrangler jusqu’à ce qu’il bave et crachote comme le con de chat qu’il est. Elle est l’aînée et agit comme telle. Et s’il est responsable, simplement agir, dissimuler, faire taire, et pardonner. Agir pour lui, comme il a toujours agi pour elle. Et aimer, comme elle l’a toujours fait.




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Fange
Lun 11 Déc - 21:44


Danse macabre

avec Quenotte



Comme un poids d’horloge, lentement il tangue. Tressaille plus qu’il ne bascule, de droite à gauche, d’arrière d’avant, barque changeante sur des flots inconstants [de colère, d’abord était venue la colère puis les caprices puis les morsures puis les coups puis le calme et la grande expiation comme l’avait surnommée Quenotte, sans doute pour se moquer de lui – ne touche pas à Minuit, torture donc les autres tant que tu le veux mais ne touche pas à mon chat. Sa main passe sur le front et la mâchoire bègue comme un reste de caresse mais il ne fixe pas le pantin désossé qu’il tient entre ses bras et commence à se raidir. Il fixe la lune à travers les fenêtres obscures et laisse les halètements de Rictus remplir la pièce. On pourrait croire, à voir le regard borgne du chien, un reste de déception un peu figée. Un semblant de peur peut-être, et de tristesse malcommode. Cela pue bien sûr le misérabilisme mais tout est de sa faute après tout. Fange avait été clair sur un point. Il ne fallait pas toucher à sa chemise.

Cela avait été un cadeau nécessaire quand les choses en lui s’étaient mise à [pas changer, elles étaient déjà là comme des plantes vénéneuses, des têtes carnivores cachées sous ses boucles, et les grognements de ses muscles répondaient alors à ceux d’une Bête qu’il ne pouvait museler. Elle était venue avec les poings du père et les pleurs de la mère et elle aurait pu le conduire à seulement tuer, s’il n’y avait pas eu l’Expiation, et la chemise, la jolie chemise d’une sœur bien aimée] se réveler, et qu’il avait tenté tant bien que mal de rester un tant soit peu humain. Pour ne pas qu’on l’emmène. Pour ne pas qu’on lui arrache de force les bras de sa sœur et qu’il soit une camisole de plus, un numéro dans des salles toutes semblables, blanches à rendre aveugle.

La chemise était une tâche de couleur dans sa tête pleine d’obscurité, de miasmes, de gueules béantes prêtes à aboyer. La chemise avait été sa preuve d’amour [après été venu le sacrifice du Père, puis la Maison, puis le walk-man et il l’avait regardé grandir sans se faire peur, à se promettre tout simplement que plus tard il l’épouserait].

La chemise avait été son beau déguisement [Comme le loup qui enfile une peau de mouton, un rien de normalité]. Sans elle, pas de laisse et pas de collier. Sans elle, pas besoin de faire semblant. Et il est vrai que le corps de Morphée, disposé là sur la table, l’avait rendu un rien trouble, comme on piétine le fond de la vase dans un étang trop froid pour s’y baigner. Ca l’avait peut-être excité, comme de trancher la gorge de Rictus quand il était encore homme et lui, gosse trop fragile et désespéré pour demander encore à être aimé.

Mais c’était fini maintenant l’amour et tous ces sentiments. Si cela ne venait pas d’elle, ni cela n’obéissait pas au doigt et à l’œil, ça n’avait pas mérite de vivre.

Tobias ?

Il y a la voix. La voix revient toujours. La voix est un souvenir et il sait qu’il doit mentir car s’il ne ment pas [s’il explique que les 37 coups de couteau qu’il lui a mis dans le dos jusqu’à ce qu’il la lâche, cet espèce d’enfoiré de pervers avec sa bite sortie et son haleine chargée d’alcool] et que la vérité vient toute nue [oui c’était volontaire et désiré et attendu] alors on l’emmènera [ne me prenez pas à elle, ne me prenez pas à ses bras, elle est ma sœur mon âme ma mère mon dieu] et il ne la reverra plus jamais.

Mais la voix dit « Tobias, que s’est-il passé ? » et c’est un flic, oui, un putain de policier en uniforme, de ceux qui se dérangent jamais pour leur quartier parce que ça crée trop d’emmerdes à chaque fois.

Il le fixe avec un air qui doit sembler être doux mais que [Tobias] veut lui arracher.

Il doit mentir – il faut mentir. Mais ce n’est plus le père, et ce n’est plus Rictus, c’est bien pire que cela.

Et Acide, dans ses bras, semble encore sourire.

« C’est pas moi c’est la bête. » Qu’il dit à [Terhem] et Rictus recule en geignant. « C’est venu dedans, ça voulait faire des choses avec lui. Ca suffisait plus de le taper encore et encore ça voulait. » Plaquer sa bouche contre sa bouche et sa langue tout en dedans et arracher ses fringues pour faire de lui un vêtement et aimer ça alors la bête était sortie de son ventre elle s’était faufilée comme un rat jusqu’à ses mains et son visage avait changé et tout avait changé, toute la boue, tous les arbres pendus, toutes les tranchées de guerre, et les chats s’étaient mis à miauler.

Alors Fange avait fait ce qu’il fallait faire. Et la tête de l’autre s’était mise à taper le sol jusqu’à ce que les carreaux gagnent.

Ca saigne encore, ça s’étend comme un lac. Et il le sang à travers son jean, ce foutu sang qui refroidit.

Rictus se détourne. Rictus disparait dans les ombres et lui renifle, et tangue. Berce, droite à gauche, avant en arrière, comme un de ces jeux idiots. Une de ces quilles faméliques, la tête déjà trop vide. Il n’aurait pas du faire ça – mais c’était bon [surtout quand ses yeux s’étaient mis à couler sur le reste et que sa langue, sur sa mâchoire fracassée, s’était mise à pendre comme une cravate de chair].

Acide ne respire plus [là était le but non ?]
Acide ne sera plus là pour s’esclaffer sous leurs bagarres.

Où trouvera-t-il son prochain exutoire ? Princesse ? Le Borgne ?

[Luë] ?

Les mains s’enroulent autour de sa gorge et serre. Alors l’air devient aussi brûlant qu’un filet de lave et lui hoquette, tête renversée en arrière. La lune est passée dans le regard d’une sœur furieuse, glissée dans la pièce en catimini, rejoignant le fil rouge tissé à leurs auriculaires dressés. Fange déglutit sous sa colère [oh elle a raison d’être furieuse] et respectant les feulements de chatte qu’elle lui offre [elle a réussi à dompter sa propre bête et le fauve se tient presque tranquille, ne sortant que quand le masque se fendille – elle est toujours plus forte que lui]

[Mais c’est moi qui ai tué père]

Ah – vraiment ?

« J’ai pas pu faire autrement. » Qu’il zozote péniblement quand elle le relâche et lui permet enfin de répondre. Le cadavre tombe à ses côtés et il s’essuie les mains péniblement, sur ce tee-shirt blanc à l’effigie d’un groupe de rock [débile, tout parait débile et quotidien, poussiéreux, vomitif].

« Les dents, Morphée, c’est pas moi. » Maintenant il grogne, assez dépité. « Tu m’as pris pour une tarlouze ou quoi ? » [Acide rit et attrape son visage et dans ses yeux y’a comme des étincelles d’un feu furieux et c’est presque s’il ne l’avait pas mis au défi – alors la Bête y avait réagi]

A sa manière.

« J’en fous partout, tu vois bien. J’suis pas du genre à foutre des assiettes et à écrire des conneries sur des mouchoirs en dentelle. »
Papier, glissé dans sa bouche. « T’as vu l’autopsie non ? Tu sais comment je fonctionne. Et si ça avait été moi, tu le saurais déjà. »

C’est elle qui est censée tirer la corde de son monstre. C’est elle qui est censée gérer ça.

« Il me faut une chemise Quenotte. Ca s’arrêtera pas. » Il me faut la force de faire encore semblant, de faire encore trainer les choses, d’apprendre à être prudent. Sinon même la Maison ne le protégera pas assez. Et la Rouge grougroute dans son coin de toiture, attendant d’être appelée.

La Rouge a faim. Et Acide attend.

« Je t’avais prévenu. » C’est un souffle terne. Il fait craquer sa nuque. « C’est venu comme ça, j’ai rien pu empêcher. » Qu’il répète encore. Puis, comme un défi. « Peut-être que si j’avais pu, je l’aurais quand même fait. »









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Quenotte
Sam 16 Déc - 14:39



God damn right

you should be scared of me


Dans une obscurité nimbée d’éclats lunaires, qui jette aux murs des ombres menaçantes, fait de l’araignée un monstre, du mouton de poussière un spectre, se découpe la silhouette jumelle des enfants terribles. Enfants sauvages enchevêtrés, l’un dans l’autre, fureur comblée pour déception hérissée. De la bouillie sanguinolente lui faisant office de visage ne reste d’Acide que l’ombre d’une moquerie. L’ultime sourire, l’aisance de trop. Elle lui aura pourtant fait comprendre, toujours là au bon moment, comme il n’est guère bon de jouer avec la flamme, l’incendie de forêt qui martèle le cœur adolescent de son frère. C’est à se retrouver la gueule de biais, les dents dépecées à la hâte. Et dans l’air s’élèvent les effluves ternes d’une flagrance canine. Chien mouillé. Elle fronce le nez, devine sa silhouette massée aux ombres qui accrochent encore les meubles.

Et sans sa peau d’agneau, un peu nu, un peu pathétique dans ses yeux ronds – et noirs, noirs, noirs, comme habités par la nuit elle-même – elle comprend comme il est incapable de mensonge. Comme lui aussi de tous ces mots, de tous ses maux, est dépité et sonné. C’est un gosse dont ont déballé le rêve pour l’écarteler, en ciseler le ventre pour, comme de la bourre, en dépiauter les espoirs. Pauvre grenouille disséquée, langue pendant, yeux exorbités. Et comme il le peine alors dans tout son désarroi. Son petit Fange, son petit frère. Son petit bout de rien, collé aux semelles comme un chien sur la piste de son maître. En ça, il est bien semblable à son corniaud. Et d’une main tendre, c’est sous le menton qu’elle vient le cueillir, dérive à sa joue. Caresse languide et paisible.

Elle ne peut que le croire. Ne désire plus que cela. Fange n’est pas assez appliqué. Il n’est qu’implacable. Un garçon perdu. Un tueur sauvage, brutal, qui ne perd pas son temps en inepties. C’est une bête, un animal farouche qui n’a appris qu’à mordre. Ce qui la taille cependant, dans la viande, sous le cœur, c’est qu’il n’a toujours mordu que pour elle. Du moins jusqu’à ce soir.

Et d’une voix chuintante, susurre tant à lui qu’à la lune.

- … Je me souviens de ce soir-là, tu sais. Je n’en parle jamais, mais je me souviens. – D’Avant. Et du monstre, surtout. Celui qu’il appelait – papa – et les odeurs, rances et pourries, haleine alcoolisée au dernier degré de brasier. Une étincelle et pouf, le voilà fumée et cendres. – Je me souviens de lui. Et de toi. – De toi qui m’a sauvé. D’eux deux, dans leur union, plus que leur promesse d’épousailles. Lui penchée sur elle, au travers du corps paternel, croisant son regard mort. Leur première nuit, quand il était à elle et qu’elle était à lui. – Mais lui… - Acide, ou ce qu’il en reste. - … Il était pour toi. Aspirine aussi, c’était pour toi, n’est-ce pas… ?

Et Papa… ?

Ses lèvres se pincent et elle refuse de songer, à quel point ses espoirs et sa vie sont jusqu’à ce jour bâtis sur un mensonge. Elle ne veut pas de réponse et le quitte, se redresse à peine pour aviser le corps. C’est une carcasse évidée, une volaille à laquelle on a tordu le cou et déjà elle ne voit plus rien du garçon. Ne restent que les preuves, les accusations. Est-ce seulement le moment de se mettre en danger… ?

Dans son aisance habituelle, elle vient se dévêtir. Se défait de sa chemise de nuit pour apparaître dans son rien de nudité et il semble ainsi, sous les rayons crayeux, que sa silhouette s’est arrondie d’un rien. Dans les rondeurs et les courbes. Elle n’a rien remarqué. Esquive les miroirs. Ne veut rien voir, ne pas y penser. Accroupie elle l’enroule de tissu, l’en imbibe d’écarlate lorsqu’elle se hasarde à essuyer le sol à la hâte. Il y a dans ses gestes quelque chose de glaçant. L’accoutumance de ceux qui ont déjà trop vécu.

- Pas dans ton Envers. Nous avons déjà bien assez de ton chien pour nous coller au train. – Et bien heureux Aspirine qui n’a pas eu l’idée de revenir les hanter lui aussi. – Il faut le jeter dans les marécages. Je refuse que les accusations se portent sur toi. Ils sont bien assez stupides pour cela et hors de question que tu finisses au bûcher. Nous n’avons pas tant avancé pour finir ainsi. – Elle soulève les pieds du cadavre enlacé avec maladresse, du bout de ses bras tremblants. – Aide moi à le lever… Ils ont trop peur pour sortir la nuit, il ne nous reste plus qu’à nous faufiler dans les bois…

Et de sa main libre, lui effleure le visage. Et macule le caramel de sa peau d’un rien de framboisier. Jusqu’à ses lèvres, à lui en laisser le goût sur un coin de la langue. Comme une friandise dont il serait à jamais privé.

- Tu auras ta laisse petit frère. Laisse-moi le temps. Et reste sage.





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Fange
Dim 17 Déc - 20:30


Danse macabre

avec Quenotte



La caresse est douce mais Quenotte est faite de ronces, comme leurs souvenirs. Et malgré son contact, c’est aussitôt qu’il se crispe, furieux mais attentif, d’entendre ourler à sa bouche les restes d’une soirée unique en leur mémoire. Cette rage qui lui brouille alors le regard n’est que l’écho de cette colère qu’il ressent, non pas envers elle, mais bien envers la vie. Celle qui doit s’extirper de ses doigts, trouver son plaisir dans la lame affutée d’un couteau – c’est toujours à l’arme blanche, quand il n’étrangle pas. Quand il ne brise pas des nuques pour sentir les os céder sous ses doigts. Seulement, l’accusation qui se susurre soudain entre eux a de quoi lui faire écarquiller les paupières. Et lentement il assène un geste négatif.

« Non. Non il n’y a eut que lui. Tout était pour toi. Sauf les chats. Sauf les chats… »
Pauvres chats, mais nécessaires. Saletés de créatures misérables, au regard torve, saloperies moqueuses trop agiles, comme il les hait putain et Minuit encore plus. Les chats qui se frottaient à ses jambes, inlassablement attirés par ses gestes, par sa présence. Ces crétins de chats qui tombaient toujours dans ses pièges quand lui ne les poursuivait pas. « Aspirine c’était pour ce qu’il a osé te dire. Terhem, c’était pour ce qu’il a essayé de faire. Et papa… papa c’était ton plus beau cadeau. C’est arrivé ce soir là parce qu’il le fallait. Mais je voulais lui trancher la gorge et la faire couler dans une baignoire dans laquelle tu te serais baignée. J’en rêvais parfois. Tard. Ca me faisait des trucs… »

Des envies brutales d’être contre elle et de rentrer en elle comme au cœur d’une carcasse encore tiède. Ce n’était pas sexuel qu’un formidable appétit, une poussée non d’inceste, mais d’insecte, mante religieuse rongeant le crâne de son fiancé. Quenotte aurait pu le tuer qu’il en aurait rit. Mais sagement il la contemple quand elle se dénude – il ne peut désirer Dieu. Et lui obéit aussitôt l’ordre donné.

Quand son Envers commence à papillonner, des couleurs de néons, de fééries.

« Ils ne me tueront pas, pas ici. C’est moi, cette Maison. C’est toi et moi maintenant. Donnons le à La Rouge. » Qui est comme une araignée invoquée soudain, accrochée aux lampes pendantes du plafond. Avec sa tête tout à l’envers, sa gueule de bois et de sang les observe, grougroute encore jusqu’à tendre la main pour tenter d’effleurer leur chevelure. Chacun, chacune, sous cette présence, hurlerait sans doute avant de prendre la fuite.

Pas Fange, qui lève la tête et lui envoie un baiser misérable. Même pathétique.

« Elle a faim. Les marécages vont le gâter. Je l’ai pas tué pour rien Quenotte. Je veux pas qu’il finisse comme les crocodiles. » Et l’idée lui vient que comme Terry fut emporté et dévoré par elle, alors Acide dans son destin pourrait revenir à son tour pour hanter les Envers. C’est une idée presque précieuse, un pardon imbécile, une envie de continuer un acte qu’il regrette à peine.

Le tuer est arrivé trop tôt voilà tout. Et Fange, tout en saisissant ses chevilles pour mieux le soulever, couve sa sœur d’un regard implorant.

Ainsi il se soumet entièrement à elle. La plus terrible de la paire jumelée.

« Comment la retrouveras-tu, ma chemise ? Rictus l’a emportée. Elle est en pièces, je l’ai vu. Il n’a pas voulu me la rendre. Et ici… sur le marché… y’a rien qui puisse lui ressembler. »


Il faudrait sortir et c’est interdit de sortir, interdit de braver les règles de la Maison pour se faire entacher par le monde de dehors. Quenotte ne compte pas le faire, n’est ce pas ? Partir, partir et peut-être fuir. Partir et être enlevée par d’autres rêves. Par d’autres meilleurs que lui.

Ses mains se remettent à trembler.

Que viennent leurs 18 ans et leur mariage – qu’ils puissent enfin se tuer. Et que cette peur insoluble disparaisse enfin. Celle qui lui chuchote parfois que Quenotte grandit, même sans lui et qu’un jour elle ne sera plus à lui, et lui, à plus personne.

Plus jamais.








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Quenotte
Jeu 21 Déc - 12:19



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Ils sont un milliard d’aiguilles, trop fines pour être perçues à l’œil nu. Ses mots, ses paroles qu’il voudrait sans doute rassurantes. Mais Fange n’a pas l’art des phrases et l’inquiète plus qu’il ne la rassure. Elle lui tourne le dos, pourtant, mais réprime un frisson, le long de son échine, sueur froide invisible à l’œil nue. Et s’il mentait… ? Fange peut-il seulement lui mentir ? A elle. Petit frère servile. Et Fange, oh Fange. Si tu savais, à en briser les limites du non-dit. Au-delà d’un rien d’innocence, naïveté infantile qu’on ne peut lui reprocher que d’avoir vécu qu’entre quatre murs. Comme papa lui voulait du mal. Comme Aspirine aussi, pensait à cuisses et larmes, en la voyant. C’est au-dehors de leur considération, de l’acceptable, pour eux qui ne vivent plus qu’au gré des saisons, des murmures de La Maison. Mais Quenotte comprend. Comprends car elle saisit. Saisi puisqu’elle grandit. Et aux « trucs » qu’il évoque, chuchote comme un rien de promesse, elle se raidit d’instinct. Tu n’auras rien, pas une miette, de ce qu’ils ont laissé de moi.

La question se pose alors, plus foudroyante que jamais, à réveiller le mal qui lui ronge les entrailles, petit à petit, la grignote d’en-dedans, la ronge à l’usure. Le doute, semblerait-il. La confiance bafouée ou pas loin de l’être. Et comme amère, elle murmure dans le respect noctambules qu’ils doivent aux murs et aux branches de la forêt.

- Tu n’es pas invincible et moi non plus. – Elle renifle, se déleste de ses vapeurs scabreuses de petite fille modèle. Elle n’est ce soir qu’une sauvage de plus dans leur horde juvénile. Et définitivement jumelle à son sang. – Ils nous jugeront, ils nous jetteront dans le Purgatoire, où ils t’arracheront les yeux comme Morphée, pour faire bonne figure. Où iras-tu, sans tes yeux pour voir… ?

Il rampera et sentira, ventre à terre, sens en alerte comme un vieux chien errant, plus dangereux que jamais. Et ils l’appelleront Corniaud, Galeux ou Museau. Ou ils l’oublieront simplement. Et le plafond craque, de ces menaces invoquées en piètre Croquemitaine, tentant à jamais d’effrayer son cadet des plus basses manières. Protectrice, elle s’annonce en grognements et tend à leurs visages un bras osseux et longiligne qu’elle esquive d’un signe de tête. Elle n’est pas l’élue et s’en rengorge d’amertume. La Grande Rouge n’a jamais voulu rien d’autre que son frère. Peut-être que La Maison aussi. Et ce n’est plus si grave, sur l’instant, le temps d’une pensée vagabonde, terrible.

Blasphématrice. Ce n’est plus si grave, de s’imaginer fuir, partir. Evoluer dans un En-Dehors dont elle n’a que peu de souvenir. Voir du monde, renifler les fleurs, les effluves âcres du fleuve. Et trouver de l’autre côté quelques couleurs autres qu’une brisque désespérément rouge. S’en aller sans remords, loin de ce frère qui lui ment – vraiment ? – et de ces autres qui ne voient en elle qu’une infâme colporteuse. Et peut-être, à bout de cils battants, de sourires ourlés, trouver d’autres bras accueillants pour la choyer.

La Bête gronde là-haut et dans les ombres se faufile pour disparaître, semblant avoir lu sa pensée, deviné ses intentions. Grandir. Elle frémit à son tour d’y avoir si distinctement songé. Espère que dans le complexe réseau de leurs méninges connectées, il n’a pas trouvé la faille. Et s’en allant transporter le corps, s’esquive à son regard. Comme prévu, on a déserté les couloirs et sans doute s’attèle-t-on déjà à trouver le sommeil, ou à préparer l’enterrement. Et pour changer de sujet, elle reprend sur ce qu’il peut saisir, apprécier, croire. Elle aussi, sait mener son mensonge à la baguette.

Et si Fange – TobiassSSss – n’est plus de confiance, qui croire en ce bas monde… ?

- Je te trouverais autre chose. Ce n’est pas la forme qui compte, c’est que cela vienne de moi, n’est-ce pas… ? – C’est bien l’unique raison d’avoir gardé, cette vieille frusque pour laquelle elle a bien manqué de perdre un bras. – Les choses vieillissent, changent, disparaissent. Ce qui importe, c’est la valeur que tu leur accordes.

En atteste la bague à son doigt, qui brille, presque indécente dans cette nuit noire. Et bientôt, l’herbe du jardin vient chatouiller la plante de ses pieds. Tandis qu’ils procèdent, petits porteurs affairés, pour un nouveau destin funèbre en ce jour déjà bien sombre.

- Tu as peut-être une idée sur l’identité du tueur non… ?

Sûrement que ces choses-là lui viennent d’instinct, songe-t-elle comme si elle n’était pas aussi impliquée que lui, dans leurs précédentes incartades.





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Fange
Dim 7 Jan - 18:59


Danse macabre

avec Quenotte



Cherche-t-elle donc à lui faire peur ? Est-ce un défi ou une erreur, qu’elle commet là à le fixer comme une divinité en fuite, avec son regard trouble et ses manières de reine, ses hésitations – doute-t-elle de lui, à genoux, éveillé comme une offrande. Fange crispe les lèvres presque avec rage. Ferme les poings sur ses battements de cœur mal assuré. Si c’est un test, il n’y a que lui pour le réussir et relevant le menton, traitant les autres tant avec mépris que déni, c’est lentement qu’il articule, pour ne pas zozoter, pour lui offrir les mots les plus précieux de son vocabulaire.

« Je peux peut-être saigner, et je peux peut-être avoir mal, et ils peuvent peut-être même me tuer mais je me laisserais pas buter sans en emporter la majorité avec moi. Ils savent pas quel massacre je peux commettre ici. Ils ont peur des gamines allongées sur des tables, ils ont peur d’une paire de dents. Je peux devenir leur monstre moi. Je peux devenir le cauchemar qui rampe sous les lits. Je peux leur faire pisser dans leurs frocs juste s’ils prononcent mal mon nom. »


Et elle, elle la toute nue. Elle la fille, la femme, l’obscurité et la lumière. Elle qui le sauve à chaque fois que sa main se pose dans la sienne. Elle qui lui montre la route – et il n’a pas besoin d’apprendre les chemins de travers de son existence, si cette voie est son choix, à elle, alors c’est forcément la meilleure. Elle son tout, c’est à son visage de porcelaine et à ses yeux de lune qu’il sourit fièrement.

« Ils peuvent bien me crever les yeux. T’auras qu’à me placer sur leur piste et j’irais les abattre parce que c’est toi mon regard. C’est toi ma cervelle. J’suis jamais con quand c’est toi qui parle pour nous. Je suis jamais faible non plus. »


Fange qui ne peut rêver, Fange qui n’a aucun imaginaire. Fange qui ne peut mentir, pas à elle. Jamais. Et cette confiance qu’il place en elle et l’écho qu’il se fait de celle que Quenotte ressent envers lui – on pourrait plier une barre de fer sur sa foi, si Quenotte lui dit que la terre est plate et les oiseaux des chats, alors il la croira.

Douter de son amour, de ce qu’elle ressent pour lui, de cette sécurité qu’il lui offre et de cette conviction qu’elle place en lui, serait le pire des blasphèmes.

La Rouge passe près de lui et soudain il n’y a plus de corps à emporter. Seulement la trace sanguinolente d’un garçon qu’il a peut-être un peu aimé. Une marque, une flaque, que Rictus viendra sans doute lécher. Lui n’a d’yeux que pour elle et pour ce qu’elle vient de lui assurer.

« Tant que ça vient de toi, ça pourra être n’importe quoi. Garde seulement le contrôle sur moi. »

Et la question qui se tisse entre eux comme la couture d’une araignée bien habile.

Fange fronce alors les sourcils, ne pouvant se permettre une réflexion trop stupide. Pour Quenotte, il mérite de faire fonctionner ses neurones et après un silence entrecoupé des mastications de la Bête, il finit par éructer, son nez retroussé.

« De la personne qu’on aurait pu voir venir. De celui qui enculera tout le monde à la fin si on le bute pas avant. Parce que y’a que la mort qui arrêtera tout ça. »









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Quenotte
Dim 21 Jan - 0:18



God damn right

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Un Dieu ne doute pas, n’a ni question ni remords. Sur ce qui est fait ou sur ce qu’il reste à faire. Elle le dévisage, lui rend ses grands yeux vides de flammes où ne trouvent refuges que les pâles reflets de la lune. Toute pleine et toute ronde, au-dessus de leurs têtes juvéniles qui en ont déjà trop vu, trop entendu. Seule certitude dans ce chaos babillard qu’il lui offre de toute sa hargne, toute sa terrible volonté.

Fange ne doit pas mourir. De leurs mains vengeresses ou de celle de l’assassin – oh non, ils ne sont pas invincibles – il ne doit pas succomber. Fange doit survivre. Pour leur propre salue. Il est le gardien, le cavalier, et que ferait-elle sans lui pour lui servir d’ombre menaçante ? Sans lui pour la protéger et rendre sa parole plus malléable, comme un écho qui traverse les esprits. Et s’insinue, partout, dans les pensées et dans les murs. On aurait tôt fait de le descendre de son piédestal pour la brûler en place publique. Et si elle doute désormais de pouvoir lui offrir sa confiance toute entière et toute nue – Fange est un assassin, Fange est un assassin – elle peut au moins lui en donner l’impression. Les faux-semblants, elle connaît. C’est bien son unique arme.

- Ce n’était pas en défi Fange. – Siffle-t-elle tout simplement face à ses mots, ses prières mal assurées. – Je ne te demande rien, juste de rester tranquille le temps que les choses se tassent. Tu as beau dire, tu saignes de la même manière que nous autres, ils leur suffiraient de viser ton cœur en papier.

Papier mâché. Carton bouilli, mais rien qui là-dedans ne bat comme il le devrait. Ou du moins pas pour elle. C’est un peu douloureux, de se faire à l’idée. Que ces choses naturelles de la vie, l’amour, l’envie, l’attirance, c’est pour un sac à puce, qu’il les a ressentis. Au moins peut-elle se consoler en songea, rire jaune, qu’il peut encore éprouver. Et dans tout ce merdier mielleux, sentimental, qui lui donne envie de vomir, c’est à elle de ne plus trop savoir ce qu’elle ressent pour lui. Si elle l’aime ou si elle le méprise.

Il fait peut-être bien de douter.

Quand c’était amusant, un temps, de lui faire avaler des couleuvres. Lui raconter des histoires sur un monde un peu plus beau qu’il ne l’est réellement et le voir écouter, croire, les yeux bien vifs et la bouche grande ouverte. C’est ainsi qu’elle s’est découvert des dons oratoires, pour les perdus et les simples d’esprits. Et comprend, comme la foudre s’abat, la répulsion effrayée qu’elle voyait dans leurs yeux. De loin. Aux parents. Même cela ne parvient plus vraiment à l’amuser.

Un froufroutement de crinière et bois et déjà l’innommable s’avance et leur chipe, toute permise, leur pauvre labeur enroulé dans une robe désormais foutue. Elle hoquète, lève les yeux, comme affolée, cherche dans l’obscurité du soir la créature qu’elle entend mâchonner dans un coin, comme préposée à la disparition des cadavres que son cadet laisse derrière lui. Au moins n’auront-ils pas à le traîner jusqu’aux bayous. Mais si Acide décidait, cynique jusqu’au bout, de revenir lui aussi les heurter d’entre les morts. Et si Fange l’aimait assez pour ça… ?

Mais soit. Il l’aura, sa putain de chemise. Son collier, sa laisse. Son verrou psychique. Elle renifle, en fait intérieurement la promesse, sans avoir la moindre idée du comment. Pourvu qu’il retrouve la paix et ne soit pas à l’origine d’une autre catastrophe. Et elle de sourire en biais. Pas si con, l’analphabète. Il n’y aura que la mort, une exécution en guise de punition, en bonne et due forme pour celui qui les veut évincer.

- … C’est un adulte, j’en suis sûre. Il n’y a qu’eux pour vouloir nous blesser Fange. On ne peut pas faire confiance aux adultes… Ils sont méchants, mais ils sont aussi stupides. – Elle inspire lentement, se crispe à peine. Cette douleur qui lui lacère le ventre, ou plus bas, la fait se courber d’un rien. Ce n’est pas la première fois, aujourd’hui, un triste roulement de tambours qui la prend dans les tripes. Dans ses tempes aussi, cela cogne. – Je pense même au Sépulcre, Morphée y était tout le temps… C’est peut-être même l’infirmier. Moustache. Mais tu le connais non… ?

Fourbe allusion qu’il ferait mieux de relever. Comme une interdiction qu’il n’appliquera jamais, à ses risques et périls. Et n’aura plus que ses yeux pour pleurer, à la fin, quand lui aussi aura le couteau sous la gorge. Elle songe à une visite nocturne, dans leurs Envers respectifs. Une mise en garde bien mérité qui aurait le mérite de faire s’interroger l’idiot tout en poils.

D’un soupire elle s’effondre, se laisse aller dans l’herbe du jardin, puisqu’il n’y a désormais plus de corps à transporter. Un frisson quand son dos nu effleure les brins d’herbes humides. L’air y est caressant, en cette saison, et elle n’a pour pudeur rien à cacher de toute son enfance. Pas de poitrine ou de hanches à jalousement dissimuler.

Rien qu’un corps de chair et de sang embourbé de cheveux noirs. Les boucles tout autour d’elle font comme une couronne mortuaire. Et s’il la rejoint. S’il s’invite lui aussi à observer avec elle les étoiles, elle roule de biais pour se heurter à sa sécheresse. Ils sont à eux deux un bouquet, un froissement de boucles entremêlées. Le front contre ses clavicules, c’est sans gêne qu’elle faufile une main sous son t-shirt imprimé pour toucher ses côtes, palper sa maigreur adolescente. Rien d’étonnant ici. La plupart d’entre eux sont en sous-nutrition de dédaigner les horaires et La Cafetière.

- Tu as maigri, encore… - Chuchote-t-elle faiblement, de sa voix concernée, finalement, de sœur aînée à l’instinct encore vif pour celui qui l’a sauvé. L’a extirpé des pattes du monstre, loin de cette bicoque minable aux plafonds zébrés, de cette fratrie interminable dont elle n’a presque plus de souvenir. Soudain elle est un peu triste. Ça va et ça vient au hasard. Ça n’a pas de sens et cela fluctue comme cela l’entend. Peut-être bien que l’idée de perdre Tobias, finalement, la heurte plus que de raison. Peut-être bien qu’il pourrait aujourd’hui la prendre à la gorge et l’achevée que cela ne lui ferait aucun effet. Ce n’est pas la première fois qu’elle en vient à s’apitoyer de la sorte. Et le museau contre son cœur – qui bat beaucoup trop fort, pour un organe de papier – elle murmure plus bas encore. Fatiguée. – Je t’aime Fange tu sais…

Et comme si le mot était de trop, comme s’il dépassait les limites de son propre corps, au point de faire saillir ses entrailles, elles tonnent. Orage de douleur une fois encore dans cette journée qui n’en finit pas. Et la fillette de se tordre en avant, à peine, geindre contre sa gorge, les mains crispées sur ce ventre traître. Ce ventre pourri, vicié de perversion paternelle. Un souffle, comme une rupture dans ses convictions.

Un Dieu ne saigne pas.






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Fange
Dim 21 Jan - 22:39


Danse macabre

avec Quenotte



Dans la nuit, une bête crie, happée par une bouche invisible. Et Acide ayant disparu dans les mastications malaisantes de la Grande Rouge, ne reste qu’eux deux, elle nue, lui contre elle comme pour la réchauffer, allongés en cœur sur l’immense pelouse de la Maison, avec son herbe trop bien taillée comme une chorale catholique, où rien ne dépasse. Il caresse vaguement l’arc arrondi de son sein de mioche, sans y penser à mal, et respire l’odeur acre de son aisselle en écoutant ses mots. Se chiffonne de l’entendre soupçonner Moustache – même si ça serait pas con au fond. Mais l’instinct parle pour lui et doucement il marmonne :

« Peut-être que c’est un Adulte ouais… mais je pense pas que ça soit l’infirmier. Je le connais, j’ai vu ce qu’il fait. Il prendrait pas son pied à torturer une comateuse. Pour lui, faut que ça gueule. » Moustache et lui partagent les mêmes mécanismes basés sur la souffrance et la peur. Quel serait le plaisir gagné d’accomplir tant de beauté sur une inertie aussi complète qu’absolue ? Voir si ça la réveille ? Perte de temps. Moustache dispose des connaissances suffisantes pour comprendre l’inutilité complète de son acte. Et n’est pas du genre à se faire chier pour rien.

« Moi je pense que c’est le professeur là. Tout en noir. Cet espèce de cadavre au grand pif. Lui je le sens pas, il a l’air tordu. » Il n’a pas retenu son nom et s’en fout bien d’ailleurs. « Si tu veux, je le tue, et on voit si les meurtres continuent. Au moins on saura vite si on s’est trompé. » Mais pas Moustache. Pas lui, pas pour une fois que quelque chose d’amusant se passe au sein de la Maison et ne concerne que lui.

Puis les commentaires se distillent à son corps écharpé et Fange soupire sous ses caresses – lui qui ne sait ni aimer, ni rêver. Il se pelotonner un peu plus contre, fout sa cuisse entre ses jambes de sauterelles et hoche la tête tout en haussant une épaule.

« Je maigris mais je perds pas du muscle c’est le plus important. » Même s’il est tout écharpé comme un rocher pété. Même si ses cotes font le xylophone et que ses hanches en saillies pourraient bien lui crever la peau. Un baiser à sa gorge de fée et il répond enfin. « Je t’aime aussi, ma sœur. » Dans leur langue qui ne regarde qu’eux. Dans ces confessions qu’il lui offre, de manière presque sincère, lui qui ne sait pas ce que c’est d’aimer.

Dieu est absolu et Dieu s’offre de sa peau nue. Quand sa cuisse devient soudain toute trempée.

« Ca va ? »
Elle a eu mal et elle a geint. Et elle se tord et tremble soudain. « T’as froid ? » Qu’il demande et comprend pas. Recule, puis la Lune l’éclaire, et la Rouge revient, hume le parfum entêtant de son appétit. Elle sent, puis lui comprend. Et sur son jean se dissout la rosée mêlée au sang.

« Tu saignes. » Qu’il prononce sans s’entendre. Pétrifié d’une terreur pure – je lui ai fait mal, j’ai cassé Quenotte. « Merde tu saignes ! » Il ne panique pas mais l’engueule presque et la saisit aux épaules avant de la redresser. Et chercher la plaie sur ses jambes. « Tu t’es coupée ? C’est où que t’as mal ? »

La Rouge claque des dents, accrochée à ses branchages. Entreprenant sa dernière mastication du rat pour porter son intérêt sur tout autre chose.

« Non ! Laisse la ! » Un geignement de La Bête. « Fous moi le camp ! » Puis à Quenotte. « Ca vient d’où – je vois pas de plaie – ça vient de dedans ? » Le Sépulcre.

Lui ne peut rien faire et la réalisation est pire encore.

« Viens ! Je t’emmène. Viens ! »








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Quenotte
Ven 26 Jan - 15:50



God damn right

you should be scared of me


Elle est entre ses bras un beau cadavre, de ceux qu’on macule de poudre d’or et de fleurs froissés. La mort esthétisée par l’herbe et la rosée. Et ne sait que trop bien, consciente du regard des autres, comme elle est digne et jolie. On le lui a déjà dit et elle s’applique consciencieusement à le rester. Mais comment espérer le rester lorsqu’on la dépouille soudain de tout ce qu’elle croyait d’immuable et de pur chez elle ? Elle qui avait apprivoisé et aimé ce petit corps d’enfant rondelet qui, peu à peu, elle le sait bien, change sans crier gare. Et ce sang. Ah c’est rouge, entre ses cuisses, sur celle du frère. Et elle ne comprend pas, ne sait pas bien ce qui se passe. Et dans ses yeux la bougie frémit, s’essaye à fuir. Fange, oh Fange est-ce que je vais mourir ? Peut-être d’une certaine manière. Elle s’accroche au tissu de son débardeur alors, fait mine de n’avoir rien entendu. Si elle l’ignore, ce n’est pas réel.

Sang pour sang. Acide se sera bien vengé.

Ne flotte entre eux deux que des mots d’amour en cette langue dont elle a oublié le nom, comme tout ce qu’ils étaient avant. Des mots secrets qui n’appartiennent qu’à eux seuls et que les autres ne peuvent pas comprendre. C’est un univers clos. Une maison dans La Maison. Mais déjà il l’extirpe de l’abri et éructe, tout hérissé dans ses boucles et ses yeux noirs qu’elle peine à percevoir dans l’obscurité du jardin. Il perd trois ans, n’en a déjà que quinze, bientôt seize. Et la secoue, comme si elle était fautive. Et elle de balbutier quelques paroles hasardeuses. Couper. Blessure.

En silence, ses yeux descendent et roulent, jusqu’à l’élastique. La ligne du tissu qui protège encore sa pudeur intime. Puis la main rejoint la danse. Araignée languissante, trop craintive de savoir. On ne touche pas à ces choses-là autrement que dans le bain, ce n’est ni poli ni propre. Et c’est rouge. Tissu bleuté foutu pour foutu. Et ses doigts en prennent la teinte eux aussi, lorsqu’elle les redresse, tout près de son visage. Quand le Sépulcre tombe là-dedans, comme une gifle sur une vitre. Vole en éclats et la blesse plus que son ventre tordu de pulsations.

- Non… - Elle chuchote plus qu’elle ne parle. Piteuse et sous le choc. L’air vide jusqu’aux brumes de son regard. Mais un bruissement, de feuillages comme de bête, la jette de force hors d’un sommeil convenu. Et la voilà qui hurle, se tord sur le flanc. Rampe aussi. Loin de lui. Loin de la chose aux bois déchirant l’obscurité. – Non ! Eloigne ta sale bête de moi !!

Quel blasphème d’ainsi s’adresser à La Grande Rouge. Mais quelle surprise lorsque Fange la rejoint dans sa débâcle. Et l’empoigne. Et l’enserre. Plus que jamais aujourd’hui, elle a besoin de son air. Pour en finir avec cette journée catastrophique. Les meurtres et les gerbes de sang. La violence implacable d’une évolution qui étreint les murs, les pensionnaires. Eux deux y compris. Nous qui nous pensions immuables et indissolubles. C’est l’horloge de l’âge et des dix-huit ans. Qui se rapproche et se rappelle à eux.

Pas le Sépulcre.

Et pourtant elle dodeline dans son sillage, sous son giron. Plus ridicule que jamais dans sa nudité ensanglantée. L’enfer blanc ne tarde pas à les embaumer de pâleur mortuaire et elle songe que cela irait fort bien au teint du Vautour qui officie en classe. Son ventre se tord rien que de songer à sa trogne de biais. Ou peut-être est-ce la peur. Elle qui esquive d’ordinaire si bien l’endroit est contrainte de s’y soumettre, sur le coup de folie d’un Fange inquiet qui n’est pourtant pas sans savoir comme elle exècre à être examinée. Pourvu que ça ne soit pas Moustache.

Mais c’est Napperon qui leur ouvre, de garde cette nuit comme lors d’un milliard d’autres. Quenotte ne sais de l’Araignée que bien peu de choses, en dehors de sa prétendue aventure avec Ours. Et n’a que faire des rumeurs et bruits de couloir lorsqu’ils ne concernent pas ses affaires. L’Araignée lève à leur arrivée un sourcil dubitatif, avant de lorgner à rebours l’écoulement de sang maculant les cuisses. Grasses et blanches. Elle ressemble ainsi à un minable poulet déplumé.

- Qu’est-ce qui vous arrive ? – Et de froncer les sourcils plus à l’oblique encore, foudroyant du regard un Fange qui n’en mène pourtant pas plus large que son aînée. – Qu’est-ce que vous avez fait… ?
- Je ne sais pas… On faisait rien et ça s’est mis à saigner tout seul. – Répond piteusement la Phalène, trop peu consciente des possibles accusations malsaines imputées à son frère. Que n’ont-ils pas mieux à foutre tous les deux que de s’adonner à des choses qui les dépassent totalement ? Ce n’est pas tant l’apparenté qui dérange ici, mais ils sont bien au-dessus de ça, songe-t-elle. Et si lointains de ces sujets triviaux…

L’Araignée en blouse blanche tiraille alors le col dentelé de son uniforme personnel. Crochet de dentelle nacrée qui lui a voulu un surnom pour la vie. Du reste, Napperon n’est pas bien aimable et n’a que trop souvenir des interminables courses poursuite entre elle et la Quenotte ne désirant pas être soignée. Une latence alors, puis un sourire. Presque sombrement ravi. Un rire, que l’enfant ne peu saisir. Et Fange encore moins, tout affairé qu’il est à essayer sans-doute de contrôler ses nerfs et sa panique. Son envie de meurtre aussi, de voir ainsi moquée son Importante. C’est qu’il a le vice encore tout chaud au bout des doigts. Mais il n’y aura d’Acide plus jamais rien à soigner désormais.

- Ce n’est rien. – Déjà elle s’approche, tend une main vers la fillette – l’adolescente – qui s’empresse de reculer. D’un pas à peine, mais suffisamment apeuré pour manquer les foudres du frère. Napperon se rembrunit alors, croisant les mains sur sa poitrine. – C’est simplement que ton corps décide enfin de grandir. Ton traitement fait son effet finalement. – Et Quenotte de ne pas oser répondre qu’elle n’en a jamais pris la moindre pilule. – C’est que tu as tes règles. Ça arrive aux filles. Tu vas saigner tous les mois, avec plus ou moins de régularité. Disons que ça peut te permettre d’avoir un bébé plus tard. Tu deviens une femme. Tu as mal… ?

Mais elle s’est interrompu dans son écoute. S’est tue, a rendu les armes et abandonné les regards. Ne reste que le mot « femme » pour tourner en rond, faire un caprice, se dandiner dans son pauvre crâne qui, aussitôt, lui renvoyant l’image presque effacée et écornée de maman. D’une femme courbée à l’épuisement palpable, le ventre massacré de grossesses. Et baisser les yeux, et encaisser les coups. Se taire, se soumettre. Et mourir, un jour. Après avoir trop pondu. Si elle y est enfin autorisée. Si je dois devenir comme elle, alors je ne veux pas être une femme. Je préfère être un garçon, ou une toute petite fille.

Poupée de chiffon, c’est bêtement qu’elle se laisse porter par les évènements. En a momentanément oublié Fange. Car quel avantage peut-on bien tirer de cette étrange nature, qui lui colle des hormones furieuses et des courbes dénuées de sens dans tout le corps. Ah, c’est dont cela. Je me disais bien aussi, que j’étais à l’étroit dans mes robes depuis un mois. Et Napperon, à Fange cette fois, intransigeante. Faussement protectrice, peut-être. Qui s’en soucie puisque ce soir, Quenotte est une femme.

- Attends à l’accueil.
- Non, il peut rester. – Il doit rester. Et la donzelle s’empresse à gestes lents, un peu hésitants, de se défaire du vêtement tâché. Pas de pudeur. La nudité est en son esprit toujours candide. Il n’y a rien de mal, à montrer la peau et les os. Seulement ce soir, elle en devient tout à coup honteuse. Mais jamais devant Fange. Pas lorsqu’ils ont – à un an d’intervalle, certes – partagés le même ventre. Connus la même matrice. Forcée de constater cependant qu’une fois la surprise passée, il n’y a pas tant de sang que cela, elle s’assoit maladroitement sur le rebord d’un lit, sous le regard plus que dubitatif désormais d’une Napperon qui doit bien se demander ce que cette gosse fiche à poil par cette heure. Qui plus est en compagnie de son frère. Qu’importe. La journée a déjà été dure. Le corps de Morphée repose encore dans les frigos.

- Bien… Je vais te chercher une protection. De quoi te changer. Et un médicament contre la douleur, reste là.

Comme si j’allais aller où-que ce soit.

En couinement de semelle – est-ce qu’elle porte des tennis… ? – Napron s’en va en réserve – Mironton mironton mirontaine – pour s’en quérir des dis artefacts. Et il n’y a plus qu’eux. La sœur et le frère. Comme au premier jour. Et jusqu’à la fin. Le silence comme seul compagnon. Qu’elle brise, à peine, au bout de quelques pesantes minutes. Et voit enfin les changements. De cette poitrine autrefois inexistante, du temps où elle n’était qu’un être androgyne un peu replet. Là où ils étaient unis, l’un dans l’autre, marque désormais une différence criarde. Il est un garçon, et deviendra un homme. Elle est une fille, et devient une femme.

Il y a quelque chose de décevant, de mal et terriblement sale dans cette constatation. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir vu les autres-

- Grandir. – Elle renifle. – Je suis en train de grandir. – Puis, d’un ton abattu, soupire. - … Je ne veux pas devenir comme maman.

Et reprendre la pièce là où on l’avait arrêté. Avec lui sur elle, et elle qui pleure et geint, et lui qui frappe. Ils seraient dans ces rôles de bien piètres acteurs.







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Fange
Dim 28 Jan - 20:37


Danse macabre

avec Quenotte



Il a couru, avec elle sous le bras, comme pour mieux la porter. Et pour une fois dans leur maigre existence paranoïaque, s’est dirigé vers le Sépulcre avec la peur, non des infirmiers, mais de ce qui pourrait arriver à la Déesse. C’est essoufflé, le teint cireux sous sa peau ocre, les mains tremblantes et la colère au ventre, qu’il la pousse presque devant pour mieux attirer l’attention de l’infirmière de garde. Mais ce n’est pas Moustache – et Fange ne sait pas si ça aurait été mieux ou pire – ni même l’autre connasse d’Araignée qui les rend tous malade – oui ça il sait. C’est Napperon. Napperon qui connait bien Quenotte. Napperon avec son collier de dentelle. Napperon – qui – prend – son putain – de temps avant de se lever et de les rejoindre, les sourcils froncés, l’accusation au bord des lèvres.

« Qu’est-ce qui vous arrive ? »
« Je ne sais »
« C’est pas »
« pas… On »
« moi on était »
« faisait rien et »
« dehors on traînait »
« ça s’est mis à saigner »
« elle pisse le sang là ! »
« tout seul. »
« Fais quelque chose merde ! »

Et Napperon obéit. Obéit en riant. Obéit en se foutant de la gueule de Quenotte et pendant un quart de seconde, elle ne se rend sans doute pas compte qu’elle vient de frôler la mort, avec la statistique qu’on donne aux accidentés de la route. C’est passé brièvement, comme une explosion dans sa tête, l’envie de la découper – de lui crever les yeux – de la pendre – de la vider comme une truie – puis la logique infâme s’est imposée – c’est une adulte – Quenotte sera accusée – on ne doit pas partir – il faut être prudent – comme une rengaine et l’a muselé de force tandis que l’araignée distillait son venin à la base même d’un simple :

« Ce n’est rien. »
« COMMENT CA C’EST RIEN ! ELLE PISSE LE SANG LA ELLE EST ENTRAIN DE CREVER ET TOI TU »
« C’est simplement que ton corps décide enfin de grandir. Ton traitement fait son effet finalement. »

Grandir ??

Traitement ?


« Hein ?! » Aboie Fange, misérablement. Mais elle prend pas son traitement, sa reine. Ils en ont jamais eu besoin, de leurs merdes. C’est quoi ce blem ?

« C’est que tu as tes règles. Ça arrive aux filles. »
« De quoi tu causes ?! »

Mais Napperon continue de l’ignorer.

« Tu vas saigner tous les mois, avec plus ou moins de régularité. Disons que ça peut te permettre d’avoir un bébé plus tard. Tu deviens une femme. Tu as mal… ? »

Bébé.
FEMME ?

Ca tombe sur sa nuque comme un couperet. Ca le muselle finalement, plus efficacement qu’un baillon et quand Napperon veut le renvoyer, c’est Quenotte – comme avant – qui répond et l’en empêche. Le fait l’accompagner jusqu’au lit pendant que le regard fixe, il observe ce corps nu comme s’il ne l’avait jamais vu avant.

Ses hanches, ses cuisses, ses seins, son sexe sanguinolent. Et finalement a un haut le cœur.

Ses règles. Ses machins. Ces trucs immondes qu’ont certaines rattes assez pubères et dont il ne veut même pas entendre parler. Ces choses qui puent dans les poubelles et tâchent les lit. Et lui, mec ignorant, qui veut soudain même plus avoir à la toucher.

Elle a grandi, sa soeurette. La date limite de péremption se rapproche et sa fée semble en avoir conscience plus que lui.

Alors d’une voix atone, à sa peur, il répond :

« Moi aussi je ressens des trucs de « grandissement ». » Le meurtre d’Acide en faisait bien évidemment partie. « Mais faut pas que ça continue. On doit trouver ta laisse. On doit pouvoir l’empêcher. » Mais comment empêcher quelque chose qui la fait saigner ? Comment empêcher que son odieuse féminité fasse le job pour lequel on l’a créé.

Pondre.

« Tu deviendras pas comme maman. »

Parce que je vais te tuer avant.
Et ne serait-il pas d’ailleurs le moment d’agir ?

Fange tourne son regard, cherche quelque chose, puis profitant de l’absence de Napperon, vient fouiller les tiroirs. Lentement. Avec application.

Pour en tirer enfin ce qu’il cherchait inlassablement. Un scalpel.

« Si tu veux, je t’opère. Et ça sera fini. » Il lui arrachera la tumeur qu’elle a dans le ventre. Et plus personne n’en parlera plus jamais.







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Quenotte
Lun 29 Jan - 16:44



God damn right

you should be scared of me


Son crâne est comme une ruche, un milliard d’alvéoles sans fond où règnent des abeilles, qui bourdonnent et bourdonnent, assourdissantes, jusqu’à totalement annihiler sa raison. Oh pauvre crâne. C’est sur la blancheur, l’immaculée conception des lieux, qu’elle fige son attention. Fange, à côté, n’est qu’une forme cotonneuse aux tifs emmêlés. Ce n’est pas si différent de l’hôpital, la clinique. La chambre bleue au lit commun et aux jouets éparpillés. Cela lui est réconfortant, de penser au passé. De se souvenir de leur liberté sous conditionnelle, lorsqu’ils n’étaient encore que deux bêtes rampant piteusement, marchant sur leurs propres pyjamas. A l’époque où tout semblait évident et qu’ils étaient persuadés, alors, que rien ne les séparerait jamais. Ni Acide, ni le sang, ni quoi que ce soit de cette foutue baraque. Qu’elle aime de moins en moins, il faut le dire. Et ne s’en veut pas même de penser ainsi. Partir, c’est grandir, mais rester, c’est subir tout autant.

Et Fange parle alors, elle ne l’attendait plus. Il parle et elle se tourne, à peine, pour le regarder de biais, sous les mèches noires qui font comme des pétales et protègent sa pudeur. Dans ses yeux sombres où ne vit plus grand-chose, elle décèle une lueur. Un dégoût perceptible qu’il ne prend pas la peine de dissimuler. Une répulsion évidente. Une décision aussi. Et elle se souvient comme, quelques minutes avant, elle lui fracassait le museau sur un cadavre. Comme elle avait encore le contrôle, à ce moment-là, et comme les choses bascules trop vite ici. Et comme il lui promet. C’est tendre, un peu trop doucereux pour ses yeux fixes.

C’est bien inédit, ce sentiment qui la trouble sur l’instant. D’abord évanescent, puis insistant. Un ver qui ronge dans l’attente d’une funeste confirmation. Et elle voudrait – s’arracher la peau, s’ouvrir pour vider sa poitrine d’une bourre devenue trop imposants – se lever pour fuir et – redevenir la petite poupée qu’elle était et qu’on félicitait pour son intelligence parce qu’elle était bien plus maligne que son frère – quitter le Sépulcre, mais elle est bien trop nue, bien trop malade. Et sous ses yeux frémissants, c’est une lame qu’il dégaine avec l’aisance de celui qui n’en est pas à son coup d’essai. Elle se demande alors, si cela est de sa faute. Ce qu’elle a fait de lui, ou ce qu’il a fait d’elle. Ce qu’il reste de son si petit frère. De l’imbécile heureux qui mordait ses cheveux, tirait les ailes des mouches et restait des heures couché dans la poussière. Lorsqu’il était de son côté, à la défendre, à l’écouter, crier lorsque maman le touchait.

Quenotte frémit, s’aperçoit qu’elle a peur. Et qu’il peut le sentir.

Peur de son propre frère, voilà bien sa veine d’avoir trop joué avec le feu. De l’avoir utilisé à sa guise. Mais qu’on ne lui fasse pas croire, le salaud, qu’il ne le voulait pas un peu. Tailler Acide, et Rictus, et Aspirine. C’est qu’il ne sait rien faire de mieux que de trancher la chair. C’est à force de le croire, que c’est sûrement devenu une vérité. A force de lui faire croire. Mais c’est trop tard non, trop tard pour faire machine arrière. Et elle se tend comme un lapin dans le champ qui a flairé le chasseur, comme une biche dans les documentaires animaliers qu’ils regardaient ensemble, lorsqu’ils étaient minuscules. Et elle se dit aussi qu’elle ne sera pas assez rapide, pas assez vive, que ça se termine toujours mal dans ces émissions. Qu’on va la retrouver éventrée sur le carrelage du Sépulcre et que ça sera une fin si pitoyable par rapport à ce qu’elle est. Estime être. Et qu’est-ce qu’il y a de l’autre côté ? Aspirine, Rictus… Banshee… ?

Et Napperon n’est pas là et il se retourne et vient vers elle, et propose, mais menace, car Fange ne dit jamais rien à la légère. Et Fange va la planter, pour être devenu une chose qu’il ne peut supporter. Elle recule à peine, se crispe. D’un regard, tente d’évaluer la distance qui la sépare de la sortie.

Et se prend soudain en horreur. Elle est exactement comme maman. Et Fange aussi, a su de leurs parents bien choisir son exemple. Les images lui reviennent, les cris, le corps prostré au sol, l’indifférence. L’odeur. Tout. Et réalise, plus violemment encore.

Elle ne sera jamais comme maman. Elle n’a pas peur de se défendre.

C’est un mouvement aussi brusque qu’irréfléchi. Un geste emporté qui éclate la peur, le doute et la soumission. C’est un bien fou qui la prend dans sa rage, lorsqu’elle empoigne sa main, le tire en avant, saisit le scalpel en profitant de son trouble.

Et enfonce la lame profondément au dos de sa main.

Va bien te faire foutre, petit frère.

Et Quenotte est hideuse, tordue et a dans sa colère bien envie de rire. Elle le retient, le force à rester, l’enserre avec une fermeté qu’elle ne se connaissait pas. Les leçons s’apprennent aussi dans la douleur, et Fange ferait tout aussi bien de ne pas trop jouer avec ses nerfs.

- Petit merdeux… - C’est la deuxième fois ce soir. La seconde insulte. Une brèche de plus dans ce fil invisible qui les reliaient tous les deux malgré la distance. Un lien qui, semblerait-il, n’est pas à l’épreuve du temps. Dommage.Tu m’as pris pour une de tes bestioles, tu crois que je vais me laisser planter comme ça, en ouvrant bien les jambes… ? Je suis pas ta putain de mère Fange.

Elle est là, pour la deuxième fois ce soir. Ce que la vie a laissé de Luë. Ce qui ne portait pas encore le masque de Quenotte. Ce que Banshee n’avait pas encore su humaniser. Cette sale bête hargneuse sans classe et manières qu’elle n’a jamais cessée d’être. Tout au fond. Sous le vernis déjà gratté. Et compte bien lui montrer comme elle peut être bien pire que lui, petit sociopathe en herbe. De sa main libre, vient d’ailleurs saisir son menton, sa mâchoire. Qu’il le regarde bien dans les yeux. Qu’il ne pense même pas à fuir, ou à contre-attaquer. C’est pourtant fréquent, que les animaux d’une même portée tentent parfois de s’entre-dévorer. D’un coup d’œil, elle s’assure que Napperon s’affaire encore à ses recherches.

- Ecoute-moi bien, petit frère, écoute-moi très attentivement parce que je suis fatiguée de cette putain de journée de merde. – Elle inspire, à peine moins tendue. – Tu ferais quoi sans moi ? Tu irais où si tu me plantais… ? Oh chaton, tu as trop besoin de ta grande sœur. Pour t’empêcher de devenir comme ton père. – Elle renifle, c’est à peine si elle ne lui crache pas à la gueule. – Rappelles-toi… Je t’ai poussé de ce toboggan une fois, tu n’étais même pas Fange. Et je recommencerais tant qu’il le faudra… Ne crois pas que c’est parce que ça commence à te chatouiller dans le pantalon que tu peux jouer au con avec moi. – Et, comme un serpent, se faufile sous ses boucles à lui, front contre front, presque tendre. – N’oublie pas que tu me dois un mariage…

Sans jamais se douter que c’est bien d’un coup de scalpel qu’il comptait avancer les festivités.

Lunatique et changeante, elle soupire, et d’un geste sec, le libère de la lame qui a, peut-être bien, traversé la main qu’elle lève alors vers son propre visage, maculant sa joue d’écarlate.

- Tout ira bien… Je trouverais le moyen d’arrêter ça. Je pondrais pas. Comme pour toi et ta chemise. Et on pourra rester ensemble. Comme on l’a toujours fait. Parce que je t’aime.

Sang pour sang, et reprenons la pièce. Comme si rien de tout cela n’était arrivé. Que tu étais toujours toi, et moi toujours moi. Fange et Quenotte. Plus de sang, plus d’Acide. Rien que nous deux. Pour toujours.






C O D E ©️ W H A T S E R N A M E .





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Fange
Dim 4 Fév - 19:01


Danse macabre

avec Quenotte



Cela aurait pu être aussi beau qu’une œuvre d’art, un parfait cas d’étude. Ils sont seuls – Napperon a ainsi commis l’erreur de trop. Et lui la fixe, de son œillade meurtrière et vide de vie. Il n’y a plus rien soudain que la Bête qui revient, non pas la Rouge mais celle qui peuple les marécages d’un Envers brisé. Il y a le fils, il y a la fille, et le souvenir pas si lointain des combats que menaient la génération précédente. Evidemment, la femme perdait. Evidemment, l’homme n’avait pas besoin de couteau pour planter ses fleurs bleuâtres dans son épiderme. Et sous le regard du petit, s’escrimait à beugler que tout était de sa faute, de sa putain de faute, si elle ne pouvait pas tenir une maison, si elle n’était qu’une putain, bonne à se faire embroncher ailleurs, une misérable, une moins que rien, qui lui devait un foyer et les revenus qu’il foutait dedans, pour elle cette assistée. Et cela revient comme un air populaire, une diatribe assassine sur sa bouche juvénile qui s’abasourdit dans son parjure chrétien – mais n’est ce pas le moment de le tuer, le Divin. De le planter sur sa croix de brancard et de faire couler un sang plus rouge encore que celui de ses menstruations.

La Bête est proche de l’aboiement, montre ses canines, est parée au mouvement souple qui la découpera en pièce de viande. Puis alors il se tranchera la gorge et ils régneront partout ailleurs, comme bon leur semblera, tout ce qui restera de leurs âmes ne formera dès lors que reine et roi.

Seulement, Dieu n’y a pas consenti. Et happant son poignet d’un geste aussi meurtrier que le sien, c’est vivement que Quenotte réplique à la pensée mystérieuse de son frère bien cruel. Elle n’est pas douce et naïve, la petite fée. Non, elle se vautre dans son bain de souffrance avec la délectation des pies grasses sur les charniers. Elle est un papillon carnivore qui lui suc la cervelle de ses mots bien formés pendant que Fange fixe le scalpel enfoncé dans sa peau.

Alors l’information monte. Et tandis qu’elle parle – et ordonne – et lui rappelle le mariage mais c’était bien celui-ci alors pourquoi ne pas avancer la noce ma douce, pourquoi ne pas en finir, n’est ce pas tout qui m’a promis un renouveau apocalyptiquement gargantuesque ?

On pourra rester ensemble, comme le fer dans sa chair et la douleur monte sans être complètement traduisible. Revient le rire. Ce rire qui rendait fou son père, ce rire qui lui valait les rares tannées de Froncis. Ce rire hystérique, découpé en morceau lui aussi. Ce hululement de hyène qui perce et se répercute aux murs blancs. Il rit d’avoir mal. Il souffre de rire. Et plus il se cavasse, plus le scalpel tangue plus ça redouble dans sa poitrine.

Métaphore parfaite de cette fratrie, le scalpel ne démord pas de sa morsure et vient lui entailler la paume, en sortant comme l’érection infertile d’un acte mystérieux.

« Qu’est ce qui se passe ? » Braille Napperon, revenu à petits pas chaussés. Ainsi Fange n’a pas besoin de répondre à Quenotte pour qu’elle comprenne que le message est bien passé. Ses yeux hurlent – d’amour et de mort – et sa bouche de clown n’en finit pas de s’esclaffer.

Il lève la main à Napperon, qui a blêmi. Et l’agite en coucou, laissant gicler les goutelettes.

« Oh seigneur ! » Glapit alors l’araignée avant de le happer à l’épaule. « HEY ! QUE QUELQU’UN VIENNE ! »

Cette fois, la culpabilité s’inverse et dardant son regard de serpent sur l’adolescente qui chie toujours sa dose de maternité empêchée, Napperon recule avant de se prendre un coup de poing de la part de Fange. La main blessée laisse un impact sanglant sur sa joue et le choc lui coupe le souffle.

« LÂCHE MOI PUTAIN ! » Hurle Fange, revenu à ses 10 ans. Régressant instantanément à ses colères magistrales. « RENDS LA MOI ! » C’est comme si on tirait sur un cordon ombilical invisible et alertés, c’est bientôt toute une armée de sureaux blancs qui s’amènent et le saisissent. Pour mieux le piquer.

« Saisissez lui la main. » « Gaffe au scalpel ! » « Le petit connard m’a mordu » « Où est l’aiguille ? » « Putain mais magnez vous ! » « Tu vas la fermer ta gueule ! »

Et dans tout ce vacarme, ses pieds heurtant vitrines et brancards en tout sens, Fange est un chat furieux.

Qui s’apaise dès que le moustique le frappe. Et s’effondre peu à peu dans les bras des infirmiers. On a maintenu Quenotte de son côté. Et sur le visage de son frère, peut-être tolérera-t-elle l’obscur petit sourire aux lèvres qui se dessinent encore.

Ca leur vaudra une remontrance, mais la rumeur glissera dans les murs. Comme un sursaut d’horreur sur le quotidien déjà terrible des morts qui s’enchainent. Puis une voix demandera sans doute, pour se rappeler du fil rouge dans tout ce foutoir :

« Mais, où est passé Acide ? »

Et la Maison ronronnera.







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