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Danse Macabre ♔ Fange
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Quenotte
Lun 4 Déc - 14:16



I sat alone, in bed till the morning

I'm crying, "They're coming for me"


La déception à l’odeur d’un lit froid. D’une couche déserte aux relents de sueur presque effacés. Les draps sans en bataille, charnier abandonné et, du bout des coudes, elle y creuse des vallées hasardeuses. Fixe à ne pas trop savoir quoi faire, s’il est parti voyager ce soir, là où elle ne désire plus vraiment le rejoindre. C’est un spectre blafard, luminescent sur lumière noire de sa tignasse qui se confond tout à fait avec l’obscurité.

Les récents évènements ont courbés au sommeil et, même en nuit noire, ils sont rares, les courageux enquêtant dans les couloirs. Des fois qu’on soit pris d’envie de leur arracher les dents. Mais elle n’a pas peur, bien moins de l’assassin que de son Envers, et a en passant salué Vésuve parti pour quelques pas noctambules. Lui n’a pas grand-chose à craindre. C’est plus simple d’être précédée de sa réputation comme d’un molosse de garde fort convaincant. Le frère aussi, s’en est allé. Et elle s’impatiente d’attendre son retour. Il n’est pas bien malin d’ainsi traîner lorsqu’il est pourtant teigne notoire et plus prompt qu’autrui à recevoir les soupçons de la plèbe, quand même elle doute de son innocence.

D’un bond elle se dresse et regagne le plancher, presque aérienne dans les ronflements d’enfants qui n’ont que trop l’habitude d’entendre passer foule près de leur lit. Elle ne doute pas cependant que certains, tremblant sous les draps, attendent le geste de trop, le murmure, pour brandir, armés d’un épluche légumes affuté. Et tailler en pièces ce qu’ils croiront être Tête d’Ampoule. Sans traîner près des lits alors, elle rejoint le couloir et, pour la première fois, c’est elle qui part à sa recherche. Ils inversent les rôles, la proie devient chasseur. Une étiquette qui ne lui convient pas tellement mais elle la lui accorde pour une nuit. Il ne manquerait plus alors qu’elle le retrouve à pleurer dans un coin lui aussi. Cela serait bien sa veine, un frère qui perd les pédales.

Les couloirs sont mortifères et pourtant plus vivants que jamais. Ils se faufilent à leurs mots, à leurs zébrures, des murmures assourdissants qu’elle ne cherche pourtant pas à saisir. Continuellement, on se sent acculé ici, observé. Un rien persécuté par ce qui rôde et menace encore aujourd’hui. Mais ne nuira pas éternellement, ils se le sont promis. Elle se faufile au travers des regards, erre dans sa blancheur, à l’écoute des sons, des fracas lointains d’une Maison à la fois assoupie et éveillée. Mais pas de grognements ou de cris. Pas de souffle attentif qui perce l’aurore lointaine. Et rien de ce qui pourrait, de près comme de loin, lui évoquer la présence de Fange.

D’une tâche de lune à l’autre, elle évolue pourtant avec aisance, sans même avoir à regarder devant elle. Elle est dans l’immensité de leur univers plus adroite que dans cette chambre d’hôpital minuscule et ne craint ce soir plus aucune présence canine. Rictus peut bien aller se brosser la fourrure, il y a désormais bien pire dans leurs rangs. Et infiniment plus mesquin. Tendant l’oreille à un mur, elle croit entendre goutter. Comme de l’eau, des larmes ou des sanglots. Puis réalise, à s’y consacrer plus attentivement, que le bruissement est liquide, terrible. Poisseux et salissant. Le plâtre craquèle sous ses ongles, l’air frémit sous son nez et elle ne prend que trop au sérieux son rôle du soir, allant rejoindre à pas lent la source de la symphonie.

Pour se figer à l’entrée d’une salle de classe. C’est une pièce si souvent répétée qu’elle n’en est que plus confuse.

En silence, elle observe. Le voit renifler sans larmes – le frère – et gargouiller – l’autre – indéfinissable et défiguré. C’est aux atours qu’elle le reconnaît. A sa mémoire qui photographie chaque pensionnaire, chaque détail, pour mieux retenir, stocker. Et s’en servir plus tard. C’est à sa peau, à ses bracelets, qu’elle devine l’évidence et sent tonner à sa nuque toute la foudre divine de La Rouge. Planter, mordre et taillader lors d’un Coup D’Etat est une chose. Fange, en revanche, a de toutes autres ambitions dont elle aurait dû depuis longtemps se douter. Oh Quenotte, petite Quenotte, quel contrôle peux-tu encore prétendre avoir ? Et s’il tue de sang-froid, par agacement et par vengeance, qui te dit, petite Quenotte, que ce n’est pas à ta gorge qu’il viendra un jour refermer ses mains ? Pour un non ou un regard de travers. Parce qu’il est comme le monstre qui l’a enfanté, la pomme ne tombe jamais bien loin de l’arbre, fût-t-il pourri.

Et pire, bien pire. Et si c’était par amour ?

Mais ça n’arrivera pas. Pas à moi. Jamais. Parce que je suis l’aînée. Parce que je suis venue avant lui et que je n’avais besoin de personne pour grandir. Je ne serais jamais la proie.


Et dans son dos, s’abat comme un vautour. Se fracasse à son échine dans un silence mortuaire. Elle l’emprisonne, fait de sa tignasse autour de lui une barrière infranchissable, du souffle âcre contre sa nuque une pression supplémentaire. C’est moi le chat. Et d’une pression, violence calculée et câline, saisit sa gorge, fermement appuyée à son bassin pour l’empêcher de bouger. Et puisque les chats n’apprennent la propreté qu’à se retrouver le museau dans leur merdre, agit en bonne maitresse, à lui frotter la joue contre son propre charnier. Et susurrer à son oreille, la voix rauque et sans filtre. Reprends son véritable visage. Les dentelles et les boucles ne seront plus jamais suffisantes, désormais, pour cacher à quel point elle lui est semblable, voire pire. C’est du mauvais sang, qui coule dans leurs veines.

- Cela force le respect de voir à quel point tu peux agir comme une sale petite merde stupide parfois… - Elle respire et c’est lourd. Et s’il ne la voit pas, il ne peut que trop bien deviner la glace liquide de son regard fixe. Sa mine de petite fille qui n’a jamais changé ni appris, depuis ce jour étrange où elle l’a poussé du toboggan. – Et j’espère que tu sais à quel point c’est idiot de ta part étant donné les récents évènements, n’est-ce pas… ?

La pression sur sa gorge se fait irrespirable, ou si peu. Mais il sait. Il doit savoir, qu’elle ne le tuera pas. Qu’elle ne fait que lui donner ce qu’il lui a pleurnicher l’autre soir. Un collier, une laisse. Peut-être finalement en a-t-il bien besoin après tout.

Avec tout cela, elle en a oublié d’être désolée pour Acide. Ne ressent de toute façon plus grand-chose. Et depuis longtemps déjà. C’est seulement plus simple à simuler, au quotidien. Et prise tout à coup d’un terrible doute :
- …. Jure-moi que tu n’y es pour rien. Pour les dents, et pour Morphée. Jure le moi et je te croirais, mais je veux te l’entendre dire.

Et qu’importe si elle doit l’écouter geindre, et s’assoir sur lui jusqu’à ce qu’il se pisse dessus. L’étrangler jusqu’à ce qu’il bave et crachote comme le con de chat qu’il est. Elle est l’aînée et agit comme telle. Et s’il est responsable, simplement agir, dissimuler, faire taire, et pardonner. Agir pour lui, comme il a toujours agi pour elle. Et aimer, comme elle l’a toujours fait.




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Fange
Lun 11 Déc - 21:44


Danse macabre

avec Quenotte



Comme un poids d’horloge, lentement il tangue. Tressaille plus qu’il ne bascule, de droite à gauche, d’arrière d’avant, barque changeante sur des flots inconstants [de colère, d’abord était venue la colère puis les caprices puis les morsures puis les coups puis le calme et la grande expiation comme l’avait surnommée Quenotte, sans doute pour se moquer de lui – ne touche pas à Minuit, torture donc les autres tant que tu le veux mais ne touche pas à mon chat. Sa main passe sur le front et la mâchoire bègue comme un reste de caresse mais il ne fixe pas le pantin désossé qu’il tient entre ses bras et commence à se raidir. Il fixe la lune à travers les fenêtres obscures et laisse les halètements de Rictus remplir la pièce. On pourrait croire, à voir le regard borgne du chien, un reste de déception un peu figée. Un semblant de peur peut-être, et de tristesse malcommode. Cela pue bien sûr le misérabilisme mais tout est de sa faute après tout. Fange avait été clair sur un point. Il ne fallait pas toucher à sa chemise.

Cela avait été un cadeau nécessaire quand les choses en lui s’étaient mise à [pas changer, elles étaient déjà là comme des plantes vénéneuses, des têtes carnivores cachées sous ses boucles, et les grognements de ses muscles répondaient alors à ceux d’une Bête qu’il ne pouvait museler. Elle était venue avec les poings du père et les pleurs de la mère et elle aurait pu le conduire à seulement tuer, s’il n’y avait pas eu l’Expiation, et la chemise, la jolie chemise d’une sœur bien aimée] se réveler, et qu’il avait tenté tant bien que mal de rester un tant soit peu humain. Pour ne pas qu’on l’emmène. Pour ne pas qu’on lui arrache de force les bras de sa sœur et qu’il soit une camisole de plus, un numéro dans des salles toutes semblables, blanches à rendre aveugle.

La chemise était une tâche de couleur dans sa tête pleine d’obscurité, de miasmes, de gueules béantes prêtes à aboyer. La chemise avait été sa preuve d’amour [après été venu le sacrifice du Père, puis la Maison, puis le walk-man et il l’avait regardé grandir sans se faire peur, à se promettre tout simplement que plus tard il l’épouserait].

La chemise avait été son beau déguisement [Comme le loup qui enfile une peau de mouton, un rien de normalité]. Sans elle, pas de laisse et pas de collier. Sans elle, pas besoin de faire semblant. Et il est vrai que le corps de Morphée, disposé là sur la table, l’avait rendu un rien trouble, comme on piétine le fond de la vase dans un étang trop froid pour s’y baigner. Ca l’avait peut-être excité, comme de trancher la gorge de Rictus quand il était encore homme et lui, gosse trop fragile et désespéré pour demander encore à être aimé.

Mais c’était fini maintenant l’amour et tous ces sentiments. Si cela ne venait pas d’elle, ni cela n’obéissait pas au doigt et à l’œil, ça n’avait pas mérite de vivre.

Tobias ?

Il y a la voix. La voix revient toujours. La voix est un souvenir et il sait qu’il doit mentir car s’il ne ment pas [s’il explique que les 37 coups de couteau qu’il lui a mis dans le dos jusqu’à ce qu’il la lâche, cet espèce d’enfoiré de pervers avec sa bite sortie et son haleine chargée d’alcool] et que la vérité vient toute nue [oui c’était volontaire et désiré et attendu] alors on l’emmènera [ne me prenez pas à elle, ne me prenez pas à ses bras, elle est ma sœur mon âme ma mère mon dieu] et il ne la reverra plus jamais.

Mais la voix dit « Tobias, que s’est-il passé ? » et c’est un flic, oui, un putain de policier en uniforme, de ceux qui se dérangent jamais pour leur quartier parce que ça crée trop d’emmerdes à chaque fois.

Il le fixe avec un air qui doit sembler être doux mais que [Tobias] veut lui arracher.

Il doit mentir – il faut mentir. Mais ce n’est plus le père, et ce n’est plus Rictus, c’est bien pire que cela.

Et Acide, dans ses bras, semble encore sourire.

« C’est pas moi c’est la bête. » Qu’il dit à [Terhem] et Rictus recule en geignant. « C’est venu dedans, ça voulait faire des choses avec lui. Ca suffisait plus de le taper encore et encore ça voulait. » Plaquer sa bouche contre sa bouche et sa langue tout en dedans et arracher ses fringues pour faire de lui un vêtement et aimer ça alors la bête était sortie de son ventre elle s’était faufilée comme un rat jusqu’à ses mains et son visage avait changé et tout avait changé, toute la boue, tous les arbres pendus, toutes les tranchées de guerre, et les chats s’étaient mis à miauler.

Alors Fange avait fait ce qu’il fallait faire. Et la tête de l’autre s’était mise à taper le sol jusqu’à ce que les carreaux gagnent.

Ca saigne encore, ça s’étend comme un lac. Et il le sang à travers son jean, ce foutu sang qui refroidit.

Rictus se détourne. Rictus disparait dans les ombres et lui renifle, et tangue. Berce, droite à gauche, avant en arrière, comme un de ces jeux idiots. Une de ces quilles faméliques, la tête déjà trop vide. Il n’aurait pas du faire ça – mais c’était bon [surtout quand ses yeux s’étaient mis à couler sur le reste et que sa langue, sur sa mâchoire fracassée, s’était mise à pendre comme une cravate de chair].

Acide ne respire plus [là était le but non ?]
Acide ne sera plus là pour s’esclaffer sous leurs bagarres.

Où trouvera-t-il son prochain exutoire ? Princesse ? Le Borgne ?

[Luë] ?

Les mains s’enroulent autour de sa gorge et serre. Alors l’air devient aussi brûlant qu’un filet de lave et lui hoquette, tête renversée en arrière. La lune est passée dans le regard d’une sœur furieuse, glissée dans la pièce en catimini, rejoignant le fil rouge tissé à leurs auriculaires dressés. Fange déglutit sous sa colère [oh elle a raison d’être furieuse] et respectant les feulements de chatte qu’elle lui offre [elle a réussi à dompter sa propre bête et le fauve se tient presque tranquille, ne sortant que quand le masque se fendille – elle est toujours plus forte que lui]

[Mais c’est moi qui ai tué père]

Ah – vraiment ?

« J’ai pas pu faire autrement. » Qu’il zozote péniblement quand elle le relâche et lui permet enfin de répondre. Le cadavre tombe à ses côtés et il s’essuie les mains péniblement, sur ce tee-shirt blanc à l’effigie d’un groupe de rock [débile, tout parait débile et quotidien, poussiéreux, vomitif].

« Les dents, Morphée, c’est pas moi. » Maintenant il grogne, assez dépité. « Tu m’as pris pour une tarlouze ou quoi ? » [Acide rit et attrape son visage et dans ses yeux y’a comme des étincelles d’un feu furieux et c’est presque s’il ne l’avait pas mis au défi – alors la Bête y avait réagi]

A sa manière.

« J’en fous partout, tu vois bien. J’suis pas du genre à foutre des assiettes et à écrire des conneries sur des mouchoirs en dentelle. »
Papier, glissé dans sa bouche. « T’as vu l’autopsie non ? Tu sais comment je fonctionne. Et si ça avait été moi, tu le saurais déjà. »

C’est elle qui est censée tirer la corde de son monstre. C’est elle qui est censée gérer ça.

« Il me faut une chemise Quenotte. Ca s’arrêtera pas. » Il me faut la force de faire encore semblant, de faire encore trainer les choses, d’apprendre à être prudent. Sinon même la Maison ne le protégera pas assez. Et la Rouge grougroute dans son coin de toiture, attendant d’être appelée.

La Rouge a faim. Et Acide attend.

« Je t’avais prévenu. » C’est un souffle terne. Il fait craquer sa nuque. « C’est venu comme ça, j’ai rien pu empêcher. » Qu’il répète encore. Puis, comme un défi. « Peut-être que si j’avais pu, je l’aurais quand même fait. »









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Quenotte
Sam 16 Déc - 14:39



God damn right

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Dans une obscurité nimbée d’éclats lunaires, qui jette aux murs des ombres menaçantes, fait de l’araignée un monstre, du mouton de poussière un spectre, se découpe la silhouette jumelle des enfants terribles. Enfants sauvages enchevêtrés, l’un dans l’autre, fureur comblée pour déception hérissée. De la bouillie sanguinolente lui faisant office de visage ne reste d’Acide que l’ombre d’une moquerie. L’ultime sourire, l’aisance de trop. Elle lui aura pourtant fait comprendre, toujours là au bon moment, comme il n’est guère bon de jouer avec la flamme, l’incendie de forêt qui martèle le cœur adolescent de son frère. C’est à se retrouver la gueule de biais, les dents dépecées à la hâte. Et dans l’air s’élèvent les effluves ternes d’une flagrance canine. Chien mouillé. Elle fronce le nez, devine sa silhouette massée aux ombres qui accrochent encore les meubles.

Et sans sa peau d’agneau, un peu nu, un peu pathétique dans ses yeux ronds – et noirs, noirs, noirs, comme habités par la nuit elle-même – elle comprend comme il est incapable de mensonge. Comme lui aussi de tous ces mots, de tous ses maux, est dépité et sonné. C’est un gosse dont ont déballé le rêve pour l’écarteler, en ciseler le ventre pour, comme de la bourre, en dépiauter les espoirs. Pauvre grenouille disséquée, langue pendant, yeux exorbités. Et comme il le peine alors dans tout son désarroi. Son petit Fange, son petit frère. Son petit bout de rien, collé aux semelles comme un chien sur la piste de son maître. En ça, il est bien semblable à son corniaud. Et d’une main tendre, c’est sous le menton qu’elle vient le cueillir, dérive à sa joue. Caresse languide et paisible.

Elle ne peut que le croire. Ne désire plus que cela. Fange n’est pas assez appliqué. Il n’est qu’implacable. Un garçon perdu. Un tueur sauvage, brutal, qui ne perd pas son temps en inepties. C’est une bête, un animal farouche qui n’a appris qu’à mordre. Ce qui la taille cependant, dans la viande, sous le cœur, c’est qu’il n’a toujours mordu que pour elle. Du moins jusqu’à ce soir.

Et d’une voix chuintante, susurre tant à lui qu’à la lune.

- … Je me souviens de ce soir-là, tu sais. Je n’en parle jamais, mais je me souviens. – D’Avant. Et du monstre, surtout. Celui qu’il appelait – papa – et les odeurs, rances et pourries, haleine alcoolisée au dernier degré de brasier. Une étincelle et pouf, le voilà fumée et cendres. – Je me souviens de lui. Et de toi. – De toi qui m’a sauvé. D’eux deux, dans leur union, plus que leur promesse d’épousailles. Lui penchée sur elle, au travers du corps paternel, croisant son regard mort. Leur première nuit, quand il était à elle et qu’elle était à lui. – Mais lui… - Acide, ou ce qu’il en reste. - … Il était pour toi. Aspirine aussi, c’était pour toi, n’est-ce pas… ?

Et Papa… ?

Ses lèvres se pincent et elle refuse de songer, à quel point ses espoirs et sa vie sont jusqu’à ce jour bâtis sur un mensonge. Elle ne veut pas de réponse et le quitte, se redresse à peine pour aviser le corps. C’est une carcasse évidée, une volaille à laquelle on a tordu le cou et déjà elle ne voit plus rien du garçon. Ne restent que les preuves, les accusations. Est-ce seulement le moment de se mettre en danger… ?

Dans son aisance habituelle, elle vient se dévêtir. Se défait de sa chemise de nuit pour apparaître dans son rien de nudité et il semble ainsi, sous les rayons crayeux, que sa silhouette s’est arrondie d’un rien. Dans les rondeurs et les courbes. Elle n’a rien remarqué. Esquive les miroirs. Ne veut rien voir, ne pas y penser. Accroupie elle l’enroule de tissu, l’en imbibe d’écarlate lorsqu’elle se hasarde à essuyer le sol à la hâte. Il y a dans ses gestes quelque chose de glaçant. L’accoutumance de ceux qui ont déjà trop vécu.

- Pas dans ton Envers. Nous avons déjà bien assez de ton chien pour nous coller au train. – Et bien heureux Aspirine qui n’a pas eu l’idée de revenir les hanter lui aussi. – Il faut le jeter dans les marécages. Je refuse que les accusations se portent sur toi. Ils sont bien assez stupides pour cela et hors de question que tu finisses au bûcher. Nous n’avons pas tant avancé pour finir ainsi. – Elle soulève les pieds du cadavre enlacé avec maladresse, du bout de ses bras tremblants. – Aide moi à le lever… Ils ont trop peur pour sortir la nuit, il ne nous reste plus qu’à nous faufiler dans les bois…

Et de sa main libre, lui effleure le visage. Et macule le caramel de sa peau d’un rien de framboisier. Jusqu’à ses lèvres, à lui en laisser le goût sur un coin de la langue. Comme une friandise dont il serait à jamais privé.

- Tu auras ta laisse petit frère. Laisse-moi le temps. Et reste sage.





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Fange
Dim 17 Déc - 20:30


Danse macabre

avec Quenotte



La caresse est douce mais Quenotte est faite de ronces, comme leurs souvenirs. Et malgré son contact, c’est aussitôt qu’il se crispe, furieux mais attentif, d’entendre ourler à sa bouche les restes d’une soirée unique en leur mémoire. Cette rage qui lui brouille alors le regard n’est que l’écho de cette colère qu’il ressent, non pas envers elle, mais bien envers la vie. Celle qui doit s’extirper de ses doigts, trouver son plaisir dans la lame affutée d’un couteau – c’est toujours à l’arme blanche, quand il n’étrangle pas. Quand il ne brise pas des nuques pour sentir les os céder sous ses doigts. Seulement, l’accusation qui se susurre soudain entre eux a de quoi lui faire écarquiller les paupières. Et lentement il assène un geste négatif.

« Non. Non il n’y a eut que lui. Tout était pour toi. Sauf les chats. Sauf les chats… »
Pauvres chats, mais nécessaires. Saletés de créatures misérables, au regard torve, saloperies moqueuses trop agiles, comme il les hait putain et Minuit encore plus. Les chats qui se frottaient à ses jambes, inlassablement attirés par ses gestes, par sa présence. Ces crétins de chats qui tombaient toujours dans ses pièges quand lui ne les poursuivait pas. « Aspirine c’était pour ce qu’il a osé te dire. Terhem, c’était pour ce qu’il a essayé de faire. Et papa… papa c’était ton plus beau cadeau. C’est arrivé ce soir là parce qu’il le fallait. Mais je voulais lui trancher la gorge et la faire couler dans une baignoire dans laquelle tu te serais baignée. J’en rêvais parfois. Tard. Ca me faisait des trucs… »

Des envies brutales d’être contre elle et de rentrer en elle comme au cœur d’une carcasse encore tiède. Ce n’était pas sexuel qu’un formidable appétit, une poussée non d’inceste, mais d’insecte, mante religieuse rongeant le crâne de son fiancé. Quenotte aurait pu le tuer qu’il en aurait rit. Mais sagement il la contemple quand elle se dénude – il ne peut désirer Dieu. Et lui obéit aussitôt l’ordre donné.

Quand son Envers commence à papillonner, des couleurs de néons, de fééries.

« Ils ne me tueront pas, pas ici. C’est moi, cette Maison. C’est toi et moi maintenant. Donnons le à La Rouge. » Qui est comme une araignée invoquée soudain, accrochée aux lampes pendantes du plafond. Avec sa tête tout à l’envers, sa gueule de bois et de sang les observe, grougroute encore jusqu’à tendre la main pour tenter d’effleurer leur chevelure. Chacun, chacune, sous cette présence, hurlerait sans doute avant de prendre la fuite.

Pas Fange, qui lève la tête et lui envoie un baiser misérable. Même pathétique.

« Elle a faim. Les marécages vont le gâter. Je l’ai pas tué pour rien Quenotte. Je veux pas qu’il finisse comme les crocodiles. » Et l’idée lui vient que comme Terry fut emporté et dévoré par elle, alors Acide dans son destin pourrait revenir à son tour pour hanter les Envers. C’est une idée presque précieuse, un pardon imbécile, une envie de continuer un acte qu’il regrette à peine.

Le tuer est arrivé trop tôt voilà tout. Et Fange, tout en saisissant ses chevilles pour mieux le soulever, couve sa sœur d’un regard implorant.

Ainsi il se soumet entièrement à elle. La plus terrible de la paire jumelée.

« Comment la retrouveras-tu, ma chemise ? Rictus l’a emportée. Elle est en pièces, je l’ai vu. Il n’a pas voulu me la rendre. Et ici… sur le marché… y’a rien qui puisse lui ressembler. »


Il faudrait sortir et c’est interdit de sortir, interdit de braver les règles de la Maison pour se faire entacher par le monde de dehors. Quenotte ne compte pas le faire, n’est ce pas ? Partir, partir et peut-être fuir. Partir et être enlevée par d’autres rêves. Par d’autres meilleurs que lui.

Ses mains se remettent à trembler.

Que viennent leurs 18 ans et leur mariage – qu’ils puissent enfin se tuer. Et que cette peur insoluble disparaisse enfin. Celle qui lui chuchote parfois que Quenotte grandit, même sans lui et qu’un jour elle ne sera plus à lui, et lui, à plus personne.

Plus jamais.








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Quenotte
Jeu 21 Déc - 12:19



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Ils sont un milliard d’aiguilles, trop fines pour être perçues à l’œil nu. Ses mots, ses paroles qu’il voudrait sans doute rassurantes. Mais Fange n’a pas l’art des phrases et l’inquiète plus qu’il ne la rassure. Elle lui tourne le dos, pourtant, mais réprime un frisson, le long de son échine, sueur froide invisible à l’œil nue. Et s’il mentait… ? Fange peut-il seulement lui mentir ? A elle. Petit frère servile. Et Fange, oh Fange. Si tu savais, à en briser les limites du non-dit. Au-delà d’un rien d’innocence, naïveté infantile qu’on ne peut lui reprocher que d’avoir vécu qu’entre quatre murs. Comme papa lui voulait du mal. Comme Aspirine aussi, pensait à cuisses et larmes, en la voyant. C’est au-dehors de leur considération, de l’acceptable, pour eux qui ne vivent plus qu’au gré des saisons, des murmures de La Maison. Mais Quenotte comprend. Comprends car elle saisit. Saisi puisqu’elle grandit. Et aux « trucs » qu’il évoque, chuchote comme un rien de promesse, elle se raidit d’instinct. Tu n’auras rien, pas une miette, de ce qu’ils ont laissé de moi.

La question se pose alors, plus foudroyante que jamais, à réveiller le mal qui lui ronge les entrailles, petit à petit, la grignote d’en-dedans, la ronge à l’usure. Le doute, semblerait-il. La confiance bafouée ou pas loin de l’être. Et comme amère, elle murmure dans le respect noctambules qu’ils doivent aux murs et aux branches de la forêt.

- Tu n’es pas invincible et moi non plus. – Elle renifle, se déleste de ses vapeurs scabreuses de petite fille modèle. Elle n’est ce soir qu’une sauvage de plus dans leur horde juvénile. Et définitivement jumelle à son sang. – Ils nous jugeront, ils nous jetteront dans le Purgatoire, où ils t’arracheront les yeux comme Morphée, pour faire bonne figure. Où iras-tu, sans tes yeux pour voir… ?

Il rampera et sentira, ventre à terre, sens en alerte comme un vieux chien errant, plus dangereux que jamais. Et ils l’appelleront Corniaud, Galeux ou Museau. Ou ils l’oublieront simplement. Et le plafond craque, de ces menaces invoquées en piètre Croquemitaine, tentant à jamais d’effrayer son cadet des plus basses manières. Protectrice, elle s’annonce en grognements et tend à leurs visages un bras osseux et longiligne qu’elle esquive d’un signe de tête. Elle n’est pas l’élue et s’en rengorge d’amertume. La Grande Rouge n’a jamais voulu rien d’autre que son frère. Peut-être que La Maison aussi. Et ce n’est plus si grave, sur l’instant, le temps d’une pensée vagabonde, terrible.

Blasphématrice. Ce n’est plus si grave, de s’imaginer fuir, partir. Evoluer dans un En-Dehors dont elle n’a que peu de souvenir. Voir du monde, renifler les fleurs, les effluves âcres du fleuve. Et trouver de l’autre côté quelques couleurs autres qu’une brisque désespérément rouge. S’en aller sans remords, loin de ce frère qui lui ment – vraiment ? – et de ces autres qui ne voient en elle qu’une infâme colporteuse. Et peut-être, à bout de cils battants, de sourires ourlés, trouver d’autres bras accueillants pour la choyer.

La Bête gronde là-haut et dans les ombres se faufile pour disparaître, semblant avoir lu sa pensée, deviné ses intentions. Grandir. Elle frémit à son tour d’y avoir si distinctement songé. Espère que dans le complexe réseau de leurs méninges connectées, il n’a pas trouvé la faille. Et s’en allant transporter le corps, s’esquive à son regard. Comme prévu, on a déserté les couloirs et sans doute s’attèle-t-on déjà à trouver le sommeil, ou à préparer l’enterrement. Et pour changer de sujet, elle reprend sur ce qu’il peut saisir, apprécier, croire. Elle aussi, sait mener son mensonge à la baguette.

Et si Fange – TobiassSSss – n’est plus de confiance, qui croire en ce bas monde… ?

- Je te trouverais autre chose. Ce n’est pas la forme qui compte, c’est que cela vienne de moi, n’est-ce pas… ? – C’est bien l’unique raison d’avoir gardé, cette vieille frusque pour laquelle elle a bien manqué de perdre un bras. – Les choses vieillissent, changent, disparaissent. Ce qui importe, c’est la valeur que tu leur accordes.

En atteste la bague à son doigt, qui brille, presque indécente dans cette nuit noire. Et bientôt, l’herbe du jardin vient chatouiller la plante de ses pieds. Tandis qu’ils procèdent, petits porteurs affairés, pour un nouveau destin funèbre en ce jour déjà bien sombre.

- Tu as peut-être une idée sur l’identité du tueur non… ?

Sûrement que ces choses-là lui viennent d’instinct, songe-t-elle comme si elle n’était pas aussi impliquée que lui, dans leurs précédentes incartades.





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Fange
Dim 7 Jan - 18:59


Danse macabre

avec Quenotte



Cherche-t-elle donc à lui faire peur ? Est-ce un défi ou une erreur, qu’elle commet là à le fixer comme une divinité en fuite, avec son regard trouble et ses manières de reine, ses hésitations – doute-t-elle de lui, à genoux, éveillé comme une offrande. Fange crispe les lèvres presque avec rage. Ferme les poings sur ses battements de cœur mal assuré. Si c’est un test, il n’y a que lui pour le réussir et relevant le menton, traitant les autres tant avec mépris que déni, c’est lentement qu’il articule, pour ne pas zozoter, pour lui offrir les mots les plus précieux de son vocabulaire.

« Je peux peut-être saigner, et je peux peut-être avoir mal, et ils peuvent peut-être même me tuer mais je me laisserais pas buter sans en emporter la majorité avec moi. Ils savent pas quel massacre je peux commettre ici. Ils ont peur des gamines allongées sur des tables, ils ont peur d’une paire de dents. Je peux devenir leur monstre moi. Je peux devenir le cauchemar qui rampe sous les lits. Je peux leur faire pisser dans leurs frocs juste s’ils prononcent mal mon nom. »


Et elle, elle la toute nue. Elle la fille, la femme, l’obscurité et la lumière. Elle qui le sauve à chaque fois que sa main se pose dans la sienne. Elle qui lui montre la route – et il n’a pas besoin d’apprendre les chemins de travers de son existence, si cette voie est son choix, à elle, alors c’est forcément la meilleure. Elle son tout, c’est à son visage de porcelaine et à ses yeux de lune qu’il sourit fièrement.

« Ils peuvent bien me crever les yeux. T’auras qu’à me placer sur leur piste et j’irais les abattre parce que c’est toi mon regard. C’est toi ma cervelle. J’suis jamais con quand c’est toi qui parle pour nous. Je suis jamais faible non plus. »


Fange qui ne peut rêver, Fange qui n’a aucun imaginaire. Fange qui ne peut mentir, pas à elle. Jamais. Et cette confiance qu’il place en elle et l’écho qu’il se fait de celle que Quenotte ressent envers lui – on pourrait plier une barre de fer sur sa foi, si Quenotte lui dit que la terre est plate et les oiseaux des chats, alors il la croira.

Douter de son amour, de ce qu’elle ressent pour lui, de cette sécurité qu’il lui offre et de cette conviction qu’elle place en lui, serait le pire des blasphèmes.

La Rouge passe près de lui et soudain il n’y a plus de corps à emporter. Seulement la trace sanguinolente d’un garçon qu’il a peut-être un peu aimé. Une marque, une flaque, que Rictus viendra sans doute lécher. Lui n’a d’yeux que pour elle et pour ce qu’elle vient de lui assurer.

« Tant que ça vient de toi, ça pourra être n’importe quoi. Garde seulement le contrôle sur moi. »

Et la question qui se tisse entre eux comme la couture d’une araignée bien habile.

Fange fronce alors les sourcils, ne pouvant se permettre une réflexion trop stupide. Pour Quenotte, il mérite de faire fonctionner ses neurones et après un silence entrecoupé des mastications de la Bête, il finit par éructer, son nez retroussé.

« De la personne qu’on aurait pu voir venir. De celui qui enculera tout le monde à la fin si on le bute pas avant. Parce que y’a que la mort qui arrêtera tout ça. »









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