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Animation - La Belle Au Bois Dormant
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La Rouge
Dim 19 Nov - 17:57





Animation - La Belle au Bois Dormant


Chandelle était venu avec ses doigts glacés, ses phalanges écorchées, ses ecchymoses aux jambes. Il avait dans l'idée de fouiller les tiroirs, de trouver un couteau qui ne soit pas trop rond, et de le remporter avec lui dans le Dortoir des Rats. Et peut-être alors aurait-il le courage de planter en plein cœur son agresseur nocturne. Il lui a fallut un peu de temps avant de se décider, de se faire à l'idée. Mais la Maison vous force à comprendre vite les choses si vous voulez espérer y survivre.

C'est que Chandelle était un brave garçon, avant. Il n'était pas méchant, ni excellent en rien. Chandelle était polis. Chandelle était investi dans ce qu'il faisait, suffisamment pour mener tranquillement sa barque sur l'océan de la vie. Il avait obscurément conscience qu'aucune de ses frayeurs n'était vraiment sérieuse, sauf quand venait le soir. Il avait peur des clowns, des pantins, des horribles gremlins, du fameux inconnu qui donne des bonbons aux enfants avant de les emporter, et d'une armoire en chêne de la maison de sa grand mère. Quand elle était enfant, une des sœurs de sa mère était morte écrasée par cette armoire, dans son sommeil. Sans même s'en rendre compte.

Depuis, l'armature du lit, le matelas et les draps avaient été changées. Mais pas l'armoire. Chandelle ne comprenait pas qu'ils ne l'aient pas vendue, démontée ou brûlée. Il n'anticipait pas la douleur du trépas. Il voyait juste ces pieds immobiles peints par le clair de lune, et l'épais rectangle de bois sombre, luisant comme une carapace de scarabée en travers de son lit. Parfois, il voyait aussi le clown qui avait poussé l'armoire. Il jonglait gaiement avec une scie à l'écart de la scène, et puis, il s'approchait doucement, rouge jaune et jovial comme les clignotants d'une voiture, dans la lumière bleutée, il s'approchait de ses pieds, avec la scie en main...

Bien entendu, il ne s'agissait que d'angoisses; parfois de cauchemars qui dévoraient sa nuit. Mais toutes ces peurs sont désormais oubliées, reléguées aux royaumes Extérieure. Car Chandelle a appris, tout compte fait, qu'il existe bien pire que les clowns, les gremlins et les kidnappeurs aux mains poisseuses de sucre. Il a appris que certaines peurs peuvent impliquer bien plus que des suées d'angoisses.

Chandelle est désormais un enfant de la Maison. Et au sein de la Maison, pour le première fois de son existence, il a eu à faire réellement à la notion de violence. Il en a fait l'expérience charnelle, anxiogène, douloureuse. Chandelle est là depuis un an, ce qui fait bien assez de temps pour en être victime, et plus seulement témoins. Il lui semble avoir appris ici bien plus de choses que dans son autre vie- la vie tranquille de George, qui possédait deux jambes. George est mort dans l'accident, en compagnie de son père. Ou peut-être un peu plus tard, au moment des Enchères.

Chandelle est à ses yeux un enfant plus intéressant et bien plus méritant que ne l'était cet imbécile de George. Avec une jambe unique, prothèse en plastique tatouée des dizaines d'autocollants récoltés au cours des derniers mois. Comme les marins qui ramenaient sur leur peau des encres chatoyantes.

Il y puise du courage. Mais pas suffisamment.

Cela fait de nombreuses nuits désormais qu'il vient au-dessus de son lit. Qu'il lui susurre des menaces, et le pince, le frappe, le mord parfois. Qu'il frotte sa peau avec du papier de verre, inventif en la manière d'accoucher la douleur. Il n'a donné aucune raison. Il n'a jamais chuchoté de "pourquoi", simplement des "tais toi" et d'autres mots semblables, des "si tu", des "ne pas". Si tu cris je te tuerais la nuit prochaine, ne bouge pas ou je déplie la lame, juste là dans ton ventre. Chandelle sait qu'il en est capable. Personne ne doute jamais de ce garçon là. Quand les mèches bleues lui caressent la joue et que les yeux d'onyx le fixent sans ciller, il essaie juste de ne pas pleurer- pas trop.

C'est inutile. Réclamer de l'aide, ou montrer sa douleur. Il lui a fallu un peu de temps pour le comprendre. Il a fallut qu'il lui sourie en journée, avec sa gueule d'amour, et qu'il revienne, le soir. Encore, et encore. Il a fallu qu'il comprenne que tous ne dormaient pas quand cela arrivait. Que peut-être certains y trouvaient du plaisir. Qu'à l'image de la Rouge, les enfants mangent les leurs. Alors seulement, Chandelle a pris sa décision. Et c'est de bon matin, avant même les premières caresses de l'aurore sur les vitres, qu'il a quitté le Dortoir.

A cette heure, on prend encore le risque de tomber dans l'Envers. A cette heure, la poussière est plus dense, les dessins semblent avoir plus de reliefs et plus de profondeur. Les couloirs sont presque vides, quand bien même on entend dans certaines pièces des insomniaques et des somnambules qui chuchotent, qui ricanent, battant les cartes, jouant avec des couteaux, partageant une bouteille. Chandelle n'a pris aucun de ces signes à la légère.

Pas après les évènements de la Fête, la ballerine et les dents, la coupure de courant... Mille et une quenottes déportées la nuit même pour éviter d'attirer l'attention des adultes. Mille et un petits trésors d'émail disparus de toutes les caches le matin suivant. Plus aucune trace de la récolte si précipitamment déplacée. Si tête d'ampoule a pu recouvrer tout son butin en l'espace d'une seule nuit, combien d'enfants pourrait-elle emporter dans le même laps de temps ?

Mais rien n'est venu entravé sa marche. Il est arrivé sans heurts à la Cafetière. S'y est glissé sans bruits, les doigts déjà crispés d'anticipation et de résolution. Sans deviner qu'il n'était pas le seul à avoir eu l'idée d'une visite aux aurores.

Dans un vertigineux silence, il y a là mille bougies. Le matin gris et bleu à travers les fenêtres. Les ombres longues sur le sol, les reflets étirés, lumières blafardes et poreuses d'un matin en crépon. Et les flammèches intruses, vacillantes sur les tables. Tables dressées pour le repas, piquetées de couverts légèrement étincelants. Comme le souvenir tronqué d'un midi figé là, sans les acteurs habituels pour animer la scène. Il y a les couteaux, fourchettes, cuillères, géométrie experte. Il y a les bougies qui frémissent partout dans la Cafetière.

Puis la fille endormie en travers une des tables.

C'est forcément l'Envers. Voilà à quoi pense Chandelle en avançant doucement dans l'atmosphère lugubre. Un pas après l'autre entre les rangées de chaises. Le profil de la fille semble se rapprocher en flottant, en ondoyant de pâleur, si diaphane qu'il se mêle parfaitement à la froideur des lieux. Et avant même qu'il n'en ait pris conscience, le bord de la table lui rentre dans le gras du ventre. Posant presque la fille sur son œil, comme une poussière gênante. Il lui faut bien alors se rendre à l'évidence.

Sa robe n'est rien d'autre qu'un de ces vêtements froissés qu'on porte dans le Sépulcre, si raturés de plis qu'ils tiennent plus du mouchoir. Et ses paupières ouvertes ne voilent nul gaze de sommeil délité. Il n'y a qu'un regard noir. Un regard noir et rouge, ouvert sur le plafond. Une moiteur poisseuse, bien au-delà des larmes.

Car il ne lui reste plus guère d'yeux pour pleurer.

Il ne compte pas les blessures qui s'ouvrent dans ce jardin d'hiver, comme autant de coquelicots engendrés avant l'heure. Dizaine de coups de couteau parsemant sa poitrine d'autant de puits carmins. Il ne compte pas non plus, alors que le cri se déchaîne en silence dans l’étau de sa gorge, les petits dents qui reposent dans chacune des assiettes. Une seule dent par assiette, bien au centre du cercle. En basculant d'horreur, il ne les compte pas plus, car l'expression s'en charge : ce sont trente six chandelles qui s'en viennent le hanter. Il aimerait qu'elles l'emportent dans leur royaume de feu, de valse et d'inconscience. Mais ce n'est qu'un malaise.

Le Cafetière tourne autour de lui, mille éclat de rousseur constellant sa grisaille. Il sait qu'il recule car c'est l'ordre qu'il s'est enjoint à suive, mais la perspective conspire contre lui pour lui donner l'impression qu'il avance dans toutes les directions à la fois. Il y a un bal au rythme de ses battements de cœur, concert de pulsations déchirant le silence, et c'est toute la Cafetière qui a été conviée. L'orchestre lui échappe et les danseuses le heurtent. Le repoussent et l'entraînent. L'acculent contre la porte.

Il ne tombe pas dans le couloir. Il y rebondit. A peine le sol touché, il est déjà relevé. Et il détale entre les murs. Sans crier. En beuglant.

"LES GARS ! LES GARS !"

Les gars sont venus. Les Cerfs en tête, Raspoutine échevelé, vêtu d'un pyjama, avec toute sa cohorte. Les Rats s'y mêlent, conduits par Fange, jamais vaincu par le sommeil. Et Chandelle tremble dans son sillage. Convulsivement, livide.

Des personnalités de tous les groupes débarquent dans la Cafetière, grouillement de voix chuintantes, n'osant le clairon face à l'horreur ambiante. Et jusqu'à des adultes qui se joignent à leurs flots, pépiant eux aussi de leur ton le plus bas. Il y a une lourdeur dans l'air, une pesanteur électrique. Les enfants se pressent contre les tables, observent les dents qui les narguent, dans leur lit de faïence. Personne n'a eu l'idée d'allumer la lumière.

Il est cinq heures. Et quart. La Maison bruisse. La salle frémit. On connait désormais le nom de la victime : Morphée. Un ou une Loire, personne ne sait. Morphée a passé presque tout son séjour au Sépulcre depuis son arrivée, avant de le quitter pour son dernier voyage. Délivrée là comme un colis, avec sa mention spéciale épinglée entre les clavicules.

La voix de Raspoutine roule sur la foule quand il lit le message :






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Quenotte
Lun 20 Nov - 11:23

   


   
Climbing out the back door

   
didn't leave a mark

   
C’est en draps de nuit, chemise dentelée sur les épaules, qu’on l’a tiré du lit. A cette heure perdue entre l’aube et le sommeil, ou ne point par les vitres aux volets entrouverts que quelques lueurs hasardeuses et timides. C’est en précipitation qu’on l’a tiré du lit et le frère avec elle, dodelinant dans les couloirs sous la cohorte de cris, leurs yeux encore ensommeillés et l’haleine âcre de s’être assoupis si tard, une fois encore perdus dans leur course nocturne de chasseur et chassée. Dans leur sillon de panique, une armée de Rats concernés, une vague de Loirs intrigués, un troupeau de Cerf arrivés les premiers, naturellement. Quelle pâle figure elle fait là, au milieu de la foule, à jouer des épaules entre adultes et enfants pour y discerner le moindre mal. Il est encore trop tôt pour qu’elle ait endossé sa peau de seconde. Même quelques Cygnes s’y perdent et pépient en sourdine.

Elle n’a pas lâché la main de Fange et, en première ligne du spectacle désormais, ne comprend que trop bien la raison d’un tel tumulte. Elle voit le corps en premier, bien évidemment. Les cratères sanglants qui lui clairsement le corps d’une bien étrange prairie. Puis les deux gouffres, la chair à vif sur le néant qui semble leur sourire et les moquer, eux les inconscients. Immédiatement elle pense, oh La Maison aussi abrite ses tueurs en série ? Puis elle craint, et si c’était Fange ? Mais remarque la table dressée, les couverts savamment installés, origamis de métal. Puis les assiettes et, en leur centre, les dents qui y trônent, impériales. Moqueuses et polies de blancheur. Son frère serait bien incapable de tant de mise en scène, de tant de raffinement, sans rancune à son cadet. Et elle doit bien admettre en être pour une fois rassurée. Il a la mine renfrognée des mauvais jours et le caleçon sur les hanches, malmené dans son sommeil et son humeur.

Puis le grand Cerf lit et c’est elle qui peste à sa suite, décidément trop mal éveillée pour s’encombrer de politesse.

- On se fiche de nous.

Un coup d’œil à la foule sous ses boucles échevelées, les mettant comme au défi d’essayer. On ne saurait tant réagir à la provocation d’autrui. Aussitôt c’est sur la partie adulte qu’elle balaie un regard, cherchant dans leurs rangs quelques mains maculées de sang, à moins que cela ne soit le soutien d’un professeur aux airs de rapace. Et dans sa plus implacable logique, vient prendre place aux côtés d’un Raspoutine montagne effondrée. C’est l’unique chose dont elle se sent présentement capable.

- Gardez votre calme. Ce n’est pas le premier mort dans nos rangs bien que nous ayons d’ordinaire l’habitude de les prévoir. – Règlements de comptes, Coups d’Etats, accidents. Aspirine. Tant de petits manquements aux bonnes mœurs parsemant le quotidien de La Maison. Tant d’accidents volontaires ou non qu’ils ont sus cacher, étouffer loin de parents peu aimants et d’autorités trop fouineuses. Pour leur propre survie. – Nous devons en premier lieu agir comme nous le faisons afin d’éviter la fermeture de La Maison, ce n’est certes pas ce que nous voulons n’est-ce pas… ?

Nouveau coup d’œil aux adultes. Eux aussi connaissent la danse. Se taire et agir, se taire et suivre la vague, comme toujours. Tous ici ont à perdre dans la fermeture des lieux et ne le savent que trop bien. Et ensuite… ? Et ensuite… Un roulement d’yeux vers le grand Cerf, où ce que Banshee leur a refourgué de mieux dans les pattes.

Pourtant ce matin, elle est toute disposée à écouter ses directives. La moindre idée, même la plus saugrenue, est bonne à prendre. Et chacun sait ici comme Raspoutine sait faire danser les foules… Coup de coude et elle chuchote à sa terrible taille, minuscule ainsi vêtue dans son ombre.

- Que doit-on faire… ? C’est clairement un acte visant à nous effrayer et à nous faire du mal… Et les dents… - Tête d’Ampoule doit bien se gausser à les voir s’agiter, bien heureux après avoir emporté toute sa réserve de dent la veille. – Peut-être organiser un enterrement… ? Morphée ne peut pas rester là… Ah et bon sang occupez-vous de Chandelle !

Et prendre les mesures nécessaires à leur protection.



   
C O D E ©️ W H A T S E R N A M E .

   


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Charogne
Lun 20 Nov - 22:24
De la foule infantile se détache la grande silhouette malingre et sombre d'une Charogne en chemise de nuit dont la longue et épaisse chevelure noire est venue couvrir un décolleté orné d'un grain de beauté, de dentelles et d'un paquet de clopes qu'elle a hâtivement glissé dedans. Élégante et distinguée en toutes circonstances la Charogne, même au lever du lit.

▬ À vouloir protéger les petits secrets de La Maison à tout prix de l'En Dehors, on finira bientôt tous comme ça. Qu'elle grince en se penchant sur la dépouille, une lampe torche à la main. Si ce petit jeu continue, La Maison n'aura bientôt guère plus de pensionnaires pour la vénérer. Et si Charogne est la dernière à vouloir voir la police débarquer, elle n'est pas ravie de tomber sur ce qui s'avère clairement être un homicide.  

Loin de s'émouvoir comme tous les autres de la jolie trouvaille de Chandelle, la prof est restée de marbre ou presque car elle a eu toujours cette vague expression passablement dégoutée sur le visage. Comme un bouton dont elle n'arrive pas à se défaire. À vrai dire, elle est même presque rassurée car quand les rumeurs comme quoi on aurait découvert un cadavre l'ont réveillée, ses pensées se sont tout de suite tournées vers Acide. Il vaut mieux une Morphée qu'Acide oui. Elle parcourt du regard la mise en scène, s'arrête sur les plaies béantes du petit corps. Arme blanche. Oeuvre passionnelle. Combien de coups portés ? Trop. Et ses yeux volés en guise de trophée. Pauvre chose. Elle ferait presque un signe de croix si Richter et les siens n'étaient pas présents.

▬ Embrasse-moi... Allumant sa lampe, elle la pointe vers la bouche de l'enfant mort, les plus sensibles n'auront qu'à détourner les yeux. Est-ce qu'il y a quelque chose dans sa bouche ?

Revenant au reste de la pièce, elle cherche dans la foule un visage adulte, de préférence une Araignée, de préférence Moustache qui a peut-être des gants sur lui. Quoique Vautour ferait également l'affaire puisque les rumeurs vont bon train à son sujet. Soit dit en passant, elle attraperait bien également par le bras Tempête, pour lui susurrer au creux de l'oreille sa théorie. Car ça, ça pour Charogne ça n'est pas seulement que le travail de l'Envers. Oh non. L'Envers tue, certes, mais il tue avec plus de subtilité, plus d'originalité. Reste à savoir si les mutilations ont été réalisées post-mortem ou non mais également si Morphée présente les séquelles d'une quelconque agression sexuelle. Le pauvre garnement porte déjà sur lui la signature d'un tueur en série.

▬ Personne ne touche à rien avant qu'un membre du Sépulcre ait examiné ce bordel ! Gronde-t-elle en saisissant le petit bras d'un gamin trop curieux qui a eu le malheur de laisser ses doigts s'aventurer trop près d'une assiette avant de réfléchir à haute voix : 36 dents. L'adulte en a 32 normalement...

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Vautour
Lun 20 Nov - 23:17


La Belle au Bois Dormant




Savez vous ce que c'est, de se faire réveiller par un cri ? Savez vous ce qu’on ressent, lorsque notre statu vous confère la responsabilité d’une situation et que cette dernière vient se fracasser à vos épaules en un poids presque insurmontable. C’est ce sursaut, ces yeux grands ouverts dans le noir. Cet instinct, affolé et poisseux de sueur, qui vous saisit partout : nuque, ventre, reins, même à la mâchoire. Tout est soudain une crispation. Tout est panique.

Vitold surgit ainsi de sa chambre en pyjama noir, flanelle et manteau-peignoir qu’il serre machinalement sur sa taille déjà étroite. Ses cheveux sont aussi abasourdis d’épis que son regard de boue luit d'inquiétude. Dans ce couloir bien à part où il s’est installé une vie, il n’est pas de garde et surgit parmi les autres, bousculé par la course des derniers arrivants.

Jusqu’au seuil de la cafetière. Le rassemblement est dense et Dieu, que ça crie. Un tintamarre assourdissant de murmures de pleurs de questions et de plaintes. Une petite effondrée geigne en se griffant les joues. Un garçon sans bras begaye que c’est « trop qu’est ce qu’on va faire qu’est ce qu’on » et Charogne parle.

En chemise de nuit, jumelle dans sa noirceur squelettique et les yeux un rien cerné. Il n’a d’yeux que pour elle avant de perdre son regard sur l’absence de celui qui occupe le centre de la salle.

Son corps ne sursaute pas – ce n’est qu’un énième. Mais son cœur se tord de multiples échardes.

C’est un mort – c’est un gosse – c’est un meurtre – c’est un morceau de plus dans ce capharnaüm que représente déjà la Maison. C’est trop – trop important effectivement. Ils doivent appeler la police.

Ils doivent appeler la police maintenant mais la foule est un cercle qui se referme et lui – lui – serait il

Soulagé ?

Comme s’il retrouvait la note d’une musique particulière.

Il a raté les mots de Quenotte – ne la remarque même pas. Mais se fond des exclamation de la professeur.

« On recule. » Tonne-t-il. Et sur la table, sous l’une des dents, il cueille un mouchoir. « Reculez et gardez votre calme. Que les plus jeunes sortent. Avant que le personnel arrive. C'est aux Adultes de gérer ça. » Et il faudra avertir le grand Pape – le directeur. L’avertir et – la police les questions le retour en Pologne ?

« Si quelqu’un peut prendre des notes. Quelqu’un avec une orthographe correcte. » Ses doigts se déplacent tranquillement.

« Son nom ? »
« Morphée. » Répond une petite voix sans genre.
« Morphée, yeux enucléés. Pas de dents manquantes. Rien dans la bouche. Pas de marque au visage. Je compte… » Il murmure en polonais et secoue la tête. « Une trentaine de coups à l'arme blanche de front. Plus de dos. Le sang est resté près des plaies – c’est post mortem. »

Il écarte le col. Remonte vaguement les manches.

« Rien au cou. Rien aux poignets. Pas de marques de défense, Rien sous les ongles, rien aux jointures... Morphée ne semble pas s’être débattu et je ne vois… attendez. »

Le nez de rapace se penche sur le bras. Et ses sourcils se froncent un rien.  Sur un bourrelet presque infime à l’une de ses veines.

« Injection ou piqûre d'insecte. Il faut faire un bilan sanguin et il faut… »

Des oreilles se dressent et cette attention soudaine le muselle. C’est donc à Charogne qu’il s’adresse, à mi voix.

« Il faut l'autopsier. »

Et comme si la précision devait être nécessaire, son accent slave vient ourler ces quelques mots.

« Je sais autopsier. »

Ce qui signifie plusieurs choses :
Il peut, demain, faire avancer une histoire déjà bien complexe qui, de rumeur d’enfant, vient de prendre les couleurs d’un crédible cauchemar.

Il peut, demain, refuser à l’extérieur le soin d'y mettre un réveil. Protégeant ainsi un futur absurde mais certain, sous la lumière autoritaire et rassurante d’un scalpel plus que d’un livre de sciences.







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Rigor Mortis
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Lun 20 Nov - 23:32




CARNAGE

Géométrie élémentaire des Loirs : chaos.
Hier soir, Personne tricotait et il s’est endormi dans ses mailles et dans sa laine et dans la couleur des tissus (hier soir, Personne était encore comme les autres insouciant ignorant enfin) — mais comme la géométrie des Loirs est chaotique, ça n’a pas d’importance. Les lits ne sont que des endroits de passage, et même que dans le dortoir des Loirs (et même que) on peut dormir à peu près partout pourvu qu’on se trouve un coussin, une écharpe ou un machin coloré et doux. C’estt ça la géométrie élémentaire des Loirs, le chaos, parce que toujours traînent les crayons ou bien les pots de peinture (séchée vide ou ouvert liquide amidon ou visqueux) — et dans le dortoir des Loirs, toujours il y a des bruits et des sifflotements et des ronronnements et des grognements : c’est chaleureux et vivant, c’est doux décidément oui vraiment, doux comme du nuage. Malgré cette géométrie, Personne se réveille : il ouvre des yeux pleins de laines et de coton et de morceaux de soleil-se-levant à cause des hurlements de Chandelle. Il tremble un peu (mauvais présage), et voudrait pouvoir dormir encore mais le bruit qui enfle dans le dehors (au delà de la géométrie rassurante matrice du peuple des colorés) est inquiétant, et Personne bien trop curieux se lève et se faufile parmi les Loirs les formes et les ombres à demi-mouvantes (il grelotte encore alors il attrape un grand pull noir bien trop grand pour lui, un grand pull pour cacher tout son corps en dedans (androgyne chaotique géométrie élémentaire)). Il s’échappe par l’entrée qui est aussi la sortie, et contemple le flot bruyant et inquiet des enfants fragmentés — le chaos défragmenté différent de celui du peuple coloré (les colorés ce sont les Loirs, les non-fragments ce sont les autres, le bruit qui enfle, Personne ne l'aime pas beaucoup car déjà il a l’impression de le reconnaitre (et ça le fait grelotter encore plus), ce bruit, c’est la panique et la crainte, le même bruit que quand on déchire une feuille blanche en deux).

Nerveux, Personne tape ses doigts sur le mur. Dans son dos déjà, plusieurs Loirs également réveillés ont commencé à suivre le mouvement général, contaminés par la peste inquiète des enfants qui murmurent le matin, mené par Rouge-Gorge. Le chef et son second ont échangé un regard lourd et silencieux — ni le premier ni le deuxième n’ont oublié l’épisode terrible de la fête détournée par le voleur de dents, l’écraseur de rêve et le dévoreur de dessin. Tapotant des doigts sur le mur nerveusement en boucle cyclomatique, le Fil rouge se dessine finalement à suivre le flux agité des corps vibrants vers la Cafetière (mauvais mauvais (mauvais présage)).

Morphée (qui se souviendra du prénom et qui se souviendra du corps quand)
Morphée (quand tu auras disparu endormi effacé)
Morphée qui (qui se souviendra sans doute personne en fait personne se souviendra hein oublié pouf comme ça morphée enfin)
Personne se souvient.
Mon vieille amie de l’Envers.
Vieux soeur, drôle de machine — coquelicots.
Sur le corps muet et énuclé de Morphée, Personne ouvre de grands yeux (furieux triste sombre noirs rouges vides terribles fatigués horrifiés tristes sombres vides furieux).
(et je voudrais m’échapper maintenant courir partir dans l’Envers tout de suite hurler que c’est impossible venir te voir dans ton drôle de monde (coquelicots et épines et tresses enfin) plonger mes fils rouges et mes Yeux partout pour te retrouver me prouver que tu es encore là ?)

Ignorant Quenotte et ses considérations froides et administratives (pièce manquante Quenotte pièce manquante il te manque des pièces enfin) et ignorant Charogne et ses considérations pour le coup complètement polaire et inintéressante, Personne s’avance à son tour (par respect sans doute mais enfin plutôt en vérité par crainte un cercle s’est formé autour de la table fautive comme si comme si la mort pouvait se transmettre par la distance un cercle tout autour de Morphée et des dents enfin Personne franchit ce cercle (et personne n’a envie de le franchir)), franchit le cercle muet et laissant la seconde des Cerfs continuer son laïus, et laissant Charogne parler dans le vide pour ne rien dire enfin mais dire des choses plates comme la mort, il s'approche du corps de Morphée  et contemple sans rien dire (Personne ne parle jamais) son visage vide car sans yeux (et les yeux ce sont l'âme enfin les yeux ce sont les miroirs vers les autres) (furieux triste furieux triste sombre noirs rouges vides terribles fatigués horrifiés tristes sombres vides furieux). Maintenant, Personne n’est vraiment plus content du tout ni heureux ni doux (s'il était dans l’Envers, les-Yeux pulseraient) — il cherche Rouge-Gorge du regard, du regard il lance des épines visuelles aux adultes qui ne servent à rien (et notamment fixe Charogne toujours sans rien dire mais avec un regard mauvais enfin un regard qui lit à l'intérieur) et du regard il jauge tous les autres tous les autres les non-loirs ceux-là même qui ne sont pas colorés, comme autant de meurtriers potentiels. (qui se souviendra de Morphée ?)

(aujourd’hui c’est le jour noir, le jour de la couleur goudron.)
(souvenez vous de ce jour comme le jour où Morphée l’endormi ne s’est plus réveillé)
(aujourd’hui c’est le jour noir, le jour de la couleur goudron) 
(personne ne doit oublier)

Finalement, Personne recule un peu, et rejoint Rouge-Gorge (c'est à ce moment là qu'arrive Vautour).
Personne jette (encore) des regards muets au reste de l’assistance (à Vautour aussi, qui comme les autres, manque un coeur battant de vivant sous ses yeux encore existants lui aussi), avant de se tourner vers les siens. Anticipant les pensées de l'oiseau malade à gorge pourpre (son ami) et de l'autre oiseau (celui qu'il n'aime pas trop, le dévoreur de sciences), il fait signe aux plus jeunes de faire demi-tour dortoir (allez vous recouchez et détachez les images terribles de vos esprit dans le sommeil de Morphée) et pour être sûr d'être obéi, demande à Papy de les accompagner. D'un signe très grave et dramatique, l'esthète littéraire entraîne avec lui plusieurs petits Loirs apeurés.
Ensuite, Personne cherche Masque. Il doit lui demander quelque chose.
Il s’agit de redonner la vie une dernière fois à ce qui a été arraché.
Ensuite, Personne cherche Masque, et entendant Vautour, lui jette un regard horrifié et furieux : il a entendu le mot dissection.




Résumé:
 
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Raspoutine
Mar 21 Nov - 14:05
-Raspoutine ! Raspoutine !

Il ne faut que deux appels pour le tirer de ses rêves. Deux appels et quelques secousses, pour déloger les enfants recroquevillés aux creux de sa carcasse. Tout un écheveau de mômes entrelacés. Des pleins fagots de membres juvéniles entassés dans son lit, autour de l'âtre tranquille de son corps, cinq enfants crashés là  et remuant de sommeil. Des gamins de roseau posés entre ses draps. Comme presque chaque nuit, ils ont outrepassé les branches des arbustes en pots environnant son lit, se glissant parmi les attrapes rêves, sachets d'herbes aromatiques et tessons voltigeurs jouant aux acrobates entre les feuilles bruissantes. Au péril d'un tintement des grelots suspendus, ou d'une coupure furtive. Pour s'enfouir en ses draps, ramper à ses étreintes, y trouver un terrier où se cacher de leurs peurs. L'environnant de leurs respirations légères et de leurs ronflements, de leurs palpitations musicales apaisantes. Le recouvrant doucement de leurs mains tâtonnantes, un lierre de doigts blafards, posant leur crâne pouilleux en travers sa poitrine, passant leur tête hirsute sous ses bras de colosse, s'accrochant à son corps pour l'enterrer tendrement dans le matelas, sous le poids exponentielle de ses obligations. Nichant à ses aspérités avec la tendresse floconneuse des moineaux ; les plus tremblants faons aux pattes entremêlés, titubant dans la nuit trop peuplée et trop sourde. Ou les Sables dorés qui s'écoulant sur lui, ondoient de leurs paroles, murmurant leurs songes d'or à son oreille mourante. Caressant comme des fleuves pulvérulents de chaleur, cajoleries du désert chuchotant ses mystères. Ainsi apprend t'on d'obscurs secrets sur la chair et le sommeil des faunes ; il paraîtrait qu'à piqueter son pectoral droit d'un baiser de départ, on l'éveillerait à coup sûr. Que pour un revoir, il faut couver son cœur. C'est ce que disent les Sables, parmi tant d'autres choses. Peut-être même une chevelure tissée de filets de miel s'est t'elle glissée parmi les tignasses échouées à sa carcasse. Le Grand Bouc ne prend pas le temps d'y déceler la moindre identité. La nuit à cette heure est encore trop profonde. Des lambeaux de rêves accrochés à ses paupières poisseuses emprisonnent les images parvenant à son œil. Il ne perçoit pas même distinctement le visage livide du faon qui l'appelle, gueule de cire aux yeux d'abîme lui répétant son nom. Comme échappée du Cri.

- Quoi... Satin ?
Cheveux moirés et mains gantées. Il reconnaît les constellations tissées dans sa chevelure, les mains de velours bleu au bout de ses bras blancs. Deux fleurs soyeuses écloses aux tiges graciles de ses membres crémeux, souples et maigres. De savoir qui il est, de voir ses lèvres fines, ses yeux qui louchent, la fatigue lui en passe. Une grande clarté tombe sur son âme. Il y a sur le visage du Cerf comme un signal d'alarme.
Que se passe t'il Satin ?

- Raspoutine... un rat... y a un rat qui gueulait... Il a trouvé, trouvé dans la Cafetière...
Son faon balbutie, trémulant jusqu'aux cils. Le Grand Bouc sent son cœur lui revenir de très loin dans le ventre, à nouveau perceptible et à nouveau audible. La Fête des Loirs est encore proche. Ils sont hantés depuis les évènements ; par les questions, les expériences vécues. Leurs nerfs tendus par l'horreur ne sont pas retombés, toujours en suspension depuis cette fameuse nuit. Des spectres y jouent en funambules, des cauchemars y transitent. Raspoutine lui même est toujours aux aguets.
Car le jour suivant la découverte des dents, toutes avaient disparues de leurs caches dispersées. Car, ce jour là, avant de découvrir l'absence retentissante, il a écouté les comptes rendus des deux autres groupes à avoir été entraînés par l'Envers. S'ils avaient pour leur part une énigme à soumettre, d'autres revenaient de bien plus loin encore. Rien d'étrange dans le récit d'un Rictus acharné à tailler Fange en pièces. Mais cette ballerine de verre qui avait tourmenté sa seconde, deux cygnes et deux loirs... Là résidait une des clés du mystère. Une clé qu'ils craignaient pourtant tous de devoir retrouver.
Se pourrait-il que la voleuse ait de nouveau frappée ?

- Satin, ça va aller, argue t'il calmement. Sois synthétique, et j'irais voir moi même. Donne moi juste un mot clé, d'accord ? Et va te poser dans un coin du Dortoir ensuite, Fantôme te prépara un bon chocolat chaud.

Mais le faon proteste, en silence, secouant sa tête noiraude.

-Non... non je vais venir, m-moi aussi. Le Rat a trouvé. Quelqu'un qui. Y a un mort sur une table...


Un mort. C'est tout son corps qui se contracte d'angoisse, des orteils aux pupilles. Un mort, ce n'est pas qu'un problème. Ce n'est pas seulement glaçant, un mort, ce n'est pas qu'une épine au talon déjà bien entamé de sa tranquillité. Ce n'est pas qu'une nouvelle crise, qu'un cauchemar à braver, qu'un cadavre de plus à cacher aux adultes. Un mort, il pourrait aussi bien s'agir d'ignobles retrouvailles.
Et si c'était Banshee ?
Son cœur s'affole à cette pensée. Ses narines se dilatent, ses yeux s'enflamment- de panique ou de larmes ? La nuit devient plus grise que noire, moins dense qu’auparavant. Rien qu'une morne toile à déchirer des poings. Ni le sommeil ni l'heure trop matinale ne le retiendront ici. Pas même les mômes étalés entre ses draps puants. Ce ne sont plus des obstacles. Il n'y à qu'une seule entrave l'empêchant de bondir. Cette chaîne qui n'a de cesse de dicter sa conduite.
Son statut, une fois de plus. Il ne peut pas agir en tant que Raspoutine : l'impulsif, le sensible, l'amant abandonné. Il ne lui est permis d'être qu'un seul Raspoutine parmi tous ceux qui se fracassent au sein de ses comédies. Le Chef des Cerfs, devant ouvrir la marche. Et peu importe qu'il ait envie de courir sans attendre jusqu'à la Cafetière. Peu importe aussi qu'il soit en pyjama ; Banshee réglait la plupart des litiges revêtu pour la nuit, d'épais chaussons aux pieds, et parfois même une bouilloire en main. Quand il avait encore besoin de ce genre d'artifices pour réchauffer ses pieds. Avant d'avoir à sa portée la source de chaleur d'un corps où se blottir. Un corps de faune, qui regrette les glaçons d'orteils glissés entre ses jambes, la main gelée posée contre son ventre, qui une fois accolés au brasier de sa chair, changeaient de température jusqu'à presque s'y fondre, tendre mélasse organique toute prête à ensevelir les émissaires blafards.
Il pose une main sur l'épaule de Satin. Ce pourrait être pour l'écarter. Mais au contraire il s'ancre, d'une pression amicale, s'oblige à regarder ses yeux plutôt qu'à travers lui. Pour qu'il soit pris au piège de son regard d'hypnotiseur. Qu'il se laisse entraîner par le marais de l'iris.

- Tu as bien fait de venir me prévenir en priorité, Satin. Un mort à cette période de l'année, c'est en effet quelque chose d'inhabituel. Mais il y en a eu d'autres. Il y en a tous les ans. Des choses inhabituelles, et des morts.

- C'est pas pareil Rasti... Chef,
se corrige le faon, calmé par l'ample visage apaisé qui lui fait face, le regard chaleureux et la main fraternelle posée sur son épaule. Le Grand Bouc sait y faire pour dompter les frayeurs. Initier un contact, résumer la situation sans la dramatiser, et capter l'attention, pour détourner Satin de sa panique, au moins l'espace de leur conversation.
Le Rat a dit que c'était différent. C'est pas quelqu'un qui est mort seul, enfin de sa maladie, c'est pas un coup d'état ou un meurtre, comme on a l'habitude... C'est comme une pièce. Une mise en scène.

- Notre assassin a peut-être une faiblesse pour les cours du jeudi. Ou un sens de l'humour vraiment particulier. Mais ça n'y changera rien, Satin. Avant de la punir, il va d'abord nous falloir admirer son œuvre. Et avec ce qu'il s'est passé, je ne peux pas laisser le Dortoir sans surveillance, ni aller voir ce qu'il en retourne sans être accompagné.
<< J'ai donc besoin de toi, Satin
, déclare t'il d'une voix chaude d'enjôleur de serpent. Je vais me mettre en route dés maintenant pour la Cafetière. J'aimerai que tu réveilles ou fasse prévenir Spirales, Spatule, Saumon, Bic et Bourdon.
Faons observateurs plus particulièrement dévolus à remplir les archives. A l'aise au bal de la paperasse qu'ils poignardent de leurs pattes de mouche. Mômes accrochés à leurs stylos, qui sauront prendre note et traîner dans la foule, pour capter l'évènement dans leurs petits calepins.
Mais en priorité, trouve Fantôme et Chaman. J'aimerai qu'ils gardent un œil sur le Dortoir pendant mon absence.

- Je suis déjà éveillé Raspoutine
, carillonne délicatement la voix du longiligne Fantôme, leur arrachant à tous deux un frisson sur l'échine. Le Cerf anémique s'est matérialisé à quelques pas d'eux sans faire bouger les feuilles de la forêt en pots. Tiens Satin, c'est ton chocolat chaud.

-  Heu... merci beaucoup.

- Si tu n'existais pas, il faudrait t'inventer avant même la création de la roue déclare Raspoutine en reprenant contenance. Je te fais confiance pour retrouver Chaman, à cette heure, il doit traîner avec quelques autres brouteurs de fumées.

-Dans l'une des salles de classe du deuxième étage, oui, pour une "nuit de réflexions sur le cinéma de Lynch". Tiens Satin, prends aussi ces sablés.


-Heu merci heu.

-Évidement... Rapatrie moi ici notre mystique rouquin, que j'ai l'esprit tranquille au moment de faire face aux autres pensionnaires.

-J'ai envoyé Paillettes le chercher il y a moins d'une minute. Tiens Satin, va t'asseoir près de mon lit, j'ai sortis le tapis en macramé et fais brûler de l'encens.

-.... d'accord, souffle le môme d'un air désemparé.

On ne lutte pas contre l'implacable douceur de Fantôme. Satin a la sagesse de le reconnaître et de s'avouer vaincu. Raspoutine également, et plus que de bonne grâce.
Il traverse la sylve prisonnière du Dortoir pour rejoindre celle qu'ils ont éclaboussés aux murs. Les couloirs infinis s'offrent à lui, déjà meurtris dans leur relative tranquillité nocturne. Des murmures s'y incisent, des bruits d'agitation qui parviennent d'autres salles, se déversent doucement dans les artères tatouées de la Rouge. La nouvelle se répand aussi vite qu'un nuage de sauterelles, moissonnant dans leur crâne les silences de la nuit. Mais Raspoutine a de longues jambes. Suffisamment pour distancer ces bruits, pour parvenir à la Cafetière avant qu'elle soit remplie.
Sur ses talons piétinent déjà quelques faons murmurants, éclopés en guenilles comme dégueulés par le plâtre matriciel lui même. Empressés à rejoindre l'horreur du réfectoire, ils s'avancent dans son ombre. Il y a toujours des Cerfs qui traînent dans les couloirs et hantent les cagibis, toilettes et mille autres alvéoles creusées dans la Maison, sans se soucier de l'heure qui tord savamment  les aiguilles des horloges. Ils font partie des murs au même titre que les fresques repeintes chaque année. Et comme elles, leurs rangs fluctuent d'un été à un autre. Ce qui ne change pas au fil des ans, c'est leur constance à être les premiers à grouiller sur les lieux d'importance, à laisser traîner une oreille et des yeux partout où il le faut. Et parfois même des mains.
Il ne leur faut rien de moins que tout cet attirail éparpillé de doigts fouineurs, de regards indiscrets, de tympans trop sensibles, dans cette valse de quenottes et de bougies en dentelles de cire chaude, au sein de laquelle ils sont aussi perdus que tous les autres enfants. Pourtant, c'est à leur intention qu'on a ainsi préparé la Cafetière.
Bourdon s'affaire déjà à compter les dents de lait. Bic s'essaie à décrire objectivement la scène ; Spirales entreprend de poser les grandes lignes de son dessin d'observation dans son cahier miteux, avec un crayon de couleur à la pointe effilé. Spatule et Saumon restent à côté de la porte, dévisageant au loin le profil de la morte. Partout ailleurs dans la Cafetière, les faons se dispersent. Tous tentent de garantir un certain ordre à leur niveau, aussi bien qu'ils le peuvent. Mais pas un Cerf présent n'arrive à se concentrer réellement sur sa tâche. Tous sont obnubilés par le cadavre étendu à travers une des tables. Raspoutine le premier est aspiré vers lui.
Il y a d'abord un étau sur son cœur. Face à tant de pâleur, c'est un peu d'hiver qu'on lui infuse aux veines. Banshee ? Couché là, goguenard, dans son dernier sommeil. Avec les filets de banquise de sa chevelure filigranée dans la glace primordiale, avec son profil entre la demoiselle et le chanteur de rock. Banshee, fleur de poussière. Écartelée ici. Vraiment ? Ce n'est pas la curiosité qui le pousse à se diriger tout droit vers le cadavre. Sans même marquer un arrêt après avoir poussé les portes du réfectoire. C'est l'urgence d'une réponse, un aiguillon d'angoisse. Une souffrance insistante qui se rappelle à lui. Tortille dans ses artères.
S'évanouit dans l'air.
Ce n'est pas mon Grand Cerf.
Non c'est là quelqu'un d'autre. Un lambeau de quelqu'un, troué jusqu'aux paupières. Déguisé en un printemps sanguinolent, humide. De blessures  encore chaudes- ou n'est-ce qu'une impression ? Les macchabées sèchent vite. Ils froidissent et roidissent avant même qu'on ait pu les bercer dans le velours de leur cercueil. Leur tendre coffret de mort.
Et c'est terrible à dire, mais avant l’écœurement, avant même la tristesse, il éprouve tout d'abord un profond soulagement. Aussi coupable que sincère. Puis, car ce n'est pas Banshee, car il y a là un mort plus acceptable (t'es pourris t'es pourris ton empathie embraye avec un cran de retard, t'es pourris mais tant pis car ce n'est pas Banshe, et alors ça vaut mieux, et alors je préfère, et alors j'ai,  c'est comme ça, des ténèbres dans le cœur), il lui faut comprendre qui.
Il reconnaît Morphée sans pourtant l'avoir jamais vu dépouillé de ses mirages. Tout le monde connaît Morphée, ou du moins, l'équivalent nocturne de l'androgyne assassiné ce soir. Apparition de l'Envers à l'ombre de laquelle se tapissait le printemps, philharmonie humaine faisant avec chaque geste des bruits d’accordéon- certains disaient de Morphée qu'il venait de Paris. Morphée était tour à tour Elle, ou Lui. Il dépliait des prairies à chacun de ses pas. Des pavots sous les pieds, et d'autres en seringues. Des coquelicots sous verre tout prêt à s'injecter, pavots liquides lascifs aux miséricordieuses promesses d'oublie. Morphée était l'incarnation du sommeil, dans toute sa triste gloire médicamenteuse. Constamment revêtue de ses draps d'hôpitaux, persistant à la suivre dans les royaumes du songe.
Car Morphée ne quittait presque jamais le Sépulcre. L'ironie a voulu qu'il soit mort en dehors. Et qu'ils connaissent tous désormais son véritable visage, globes oculaires en moins. Qu'ils ne pourront plus jamais l'oublier comme ils le font de ceux des Disparus. Comme cela adviendra du visage de Banshee. Balayé de leur mémoire telle la neige sur une vitre. Tels que devraient pouvoir l'être aussi tous leurs problèmes, à eux qui sont si jeunes, et déjà tous coupables.
Un brouhaha naissant le tire de sa contemplation. Sous ses yeux, la Cafetière se remplit. Ils n'auront eu qu'une minute et quelques d'avance pour inspecter les lieux. Largement suffisant pour donner l'impression d'être en maîtrise de la situation. Pour avoir eu le temps de reprendre contenance, d'agir face à l'horreur comme si tout allait bien. Faire bonne figure -de carnaval, toujours- face à leur défilé. De Rats, de Loirs, de Cygnes, une ménagerie de conte. De grandes perches d'Adultes. Charogne à la chevelure défaite, Vautour et sa maigreur, et sa hauteur de poteau électrique, sans la tension avec- et leur noirceur commune, deux touches de piano humaine qui se répondent en écho. Les autres Chefs de groupe. Fange et sa troupe, accompagné de sa sœur- de sa seconde surtout, bienvenue sur le front. Un volatile d'amis, du temps perdu de leur deuil. Alors seulement Raspoutine prend conscience d'une vérité cinglante, et son cœur s'en empêtre.
Morphée était l'un des Loirs de Rouge-Gorge. Même si recluse aux silences du Sépulcre. Même si ne communiquant qu'au travers de l'Envers. Il ne comprend que trop bien la souffrance et le sentiment de perte. Il n'est que trop intime avec le manque de l'autre. Alors toute l'empathie assassinée plus tôt revient hanter son cœur dans un submergement. Un indésirable océan d'émotion, incompatible avec les nécessités du moment.
Ils n'ont pas besoin de larmes. Pas besoin d'accolades. Pas besoin de veillée. Le deuil viendra plus tard. Car encore et toujours, le temps les prend en traître. Toujours l'En-Dehors persiste en ses menaces, avec ses tours de cadrants et ses tic-tac d'horloge. Pointant vers eux le faisceau d'une lampe torche, des gueules de flics hérissées de questions. Des questions qui démonteraient les briques de la Maison, une syllabe après l'autre. Chaque point d'interrogation serait comme un coup de masse dans les murs de la Rouge. C'est avec des questions qu'on donne naissance aux dieux. Avec d'autres questions qu'on les abat ensuite.
Il ne laissera pas faire. Alors aucun torrent de larmes ne les emportera jusqu'à ce futur là. Comme toujours, ils ne pleureront les morts qu'une fois leurs os cachés.
Il ne se permet qu'un signe de tête, symbole de gravité, à l'encontre de Rouge-Gorge. Raspoutine se détourne des visages inquiets, horrifiés et humides. Il lit, expire les mots, les fait rouler comme un tambour de guerre.
Silence dans la bouche des uns, hoquets dans celles des autres. Bruits divers et mouillés. Des jurons à sa droite- Quenotte est là, à ses côtés. Comme un étrange mirage. Feront-ils front ensemble, cette fois ? Agiront ils enfin de paire face à l'adversité ? L'idée est si époustouflante, si riche de possibilités, qu'il en reste muet. Écoutant Quenotte proférer la vérité terrible, dont ne parlent guère à haute voix que les Cygnes, eux même pourtant complices, envers et contre tout. La loi du talion qui règne entre les murs, les décès inévitables qui emportent les leurs, les passations de pouvoir effectuées dans le sang. La route tourne ici-bas comme elle le fait ailleurs, broyant son lot de corps au passage des années. Ils le savent tous. N'en parlent jamais quand ce n'est pas nécessaire.
Mais il est bon de le rappeler ce soir. Ils n'auront pas le loisir de faire dans la dentelle, de concéder au sentiment quelque délicatesse. Pas alors que leur avenir à tous est ainsi menacé, que, non content de se moquer, Tête d'ampoule s'est aussi fait le devoir de les mettre en danger. Comme cherchant à tous prix à détruire la Maison. Pas seulement en instillant la peur, en leur volant des dents ou en tuant l'un des leurs : en faisant entrer l'Extérieur parmi eux. Une force étrangère qui les détruira tous. Qui les renverra se noyer dans l'océan du monde... De l'autre monde, infâme.
Tête d'Ampoule cherche de toute évidence à faire voler leur foyer en éclats. A renvoyer la Rouge aux affres du silence, aux confins de ces bois et de ces marécages. A précipiter la fin de cet établissement. Et paniquer maintenant, céder à la tristesse, sacrifier le sens pratique à l'émotivité, serait l'aider à atteindre son but.
Si je quitte la Maison, je perdrais toutes mes chances de retrouver Banshee.
Et c'est intolérable. Tout bonnement inconcevable. Si inacceptable à vrai dire, que même l'improbable se concrétise alors, dans la bouche de Quenotte. Un aveux de dénuement, à lui, le Satan corrupteur. Une collaboration. Un moment historique. Elle se tourne et chuchote, comme elle fait d'habitude aux oreilles amicales- à son oreille à lui, si haute dans l'ailleurs de sa chevelure fauve, tricotant discrètement une question et des propositions. Consent à travailler avec lui pour gérer cette situation de crise ; sans doute forcée de reconnaître qu'ils auront bien besoin de sa voix de stentor pour captiver la foule.
Un tout autre jour, il lui renverrait un sourire triomphant. Mais même le flamboyant Raspoutine sait quand il faut tamiser ses lumières. Et il n'a pas le cœur à gueuler sa victoire. Il se contente donc d'un froncement de sourcils, et d'un coup d’œil pour sa seconde aux nébuleuses noiraudes.

- Nous devons opérer comme nous le faisons toujours
, murmure t'il en messe basse (qui l'eut cru avec elle) de sa voix caverneuse. En faisant preuve de la même méthode qui nous a permis de déplacer toute la réserve de dents en moins d'une nuit, de celle qui a fait ses preuves au moment de cacher des corps indésirables. Nous devons travailler ensemble et nous organiser, confier des tâches à des groupes définis... Mais cette fois-ci, nous ne pouvons pas espérer tenir les adultes à l’écart. Ils sont déjà impliqués, depuis la Fête des Loirs. Et nous ne pouvons plus nous permettre de refuser leur aide dans une situation pareille- même si le meurtrier peut se cacher parmi eux. Il nous faut des réponses et des compétences qu'ils sont peut-être à même de nous fournir. Et surtout, pour espérer les garder sous contrôle, il faut les faire complices de nos manœuvres. Les impliquer plus qu'ils ne le sont déjà. Les garder auprès de nous. Éviter qu'ils ne parlent, à tout prix. Et puisque nous ne pouvons plus leur cacher ce meurtre là, puisqu'il est déjà trop tard pour jouer au jeu du chat et de la sourie... alors il ne nous reste plus qu'à les faire taire en les entraînant dans une coopération, dusse t'elle être forcée. S'il le faut, nous enverrons quelqu'un couper toutes les lignes téléphoniques de la Maison pour éviter que l'affaire ne s’ébruite jusqu'à l'Extérieur.  
<< Quant à l'enterrement de Morphée, il viendra au plus tôt, présidé par Rouge-Gorge... Mais pas avant que nous ayons examiné son corps.


A peine ont ils le temps d'échanger à ce sujet que Charogne fend la foule tel un Charon féminin réchappé des Enfers, barque de pâleur à l'écume encrière. Chevelure en haillons sur son corps de cadavre au suaire décolleté. Encore une occasion manquée : avec une mise semblable, un commentaire s'impose de la part du Grand Bouc. Mais tout le théâtre faunesque s'enraye dans sa carcasse. Il n'y a pas de place pour la malice, ni dans son cœur ni dans son attitude. Seulement pour la froideur méthodique que requière la situation, ou pour l'élan d'empathie qui le lie à Rouge-Gorge. Or, l'un est utile et l'autre non, pour le moment.
Charogne se fait la voix d'une raison Extérieure, sans pour autant chercher à leur forcer la main. Mais elle est la première à manifester un semblant de résistance à la loi implicitement acceptée du silence. Raspoutine sait qu'elle n'entreprendra pas de trahir cette loi par elle même. Mais puisque l'objection reviendra forcément dans la bouche de Richter, d'un Cygne quel qu'il soit ou d'un Adulte doté de moins de sang froid que Charogne, le Grand Bouc lui répond- répond à tous ceux qui voudraient faire appel à l'En-Dehors pour régler leurs problèmes à venir.

- Nous ne ferons pas appel à la police
, déclare t'il en faisant coulisser son regard sur la foule. Aucune autorité extérieure ne pourra nous aider à trouver le meurtrier. Trop de facteurs importants lui échapperait pour ça, à commencer en ce qui concerne l'Envers. C'est là que l'assassin s'est montré à nous pour la première fois- c'est peut-être là-bas qu'il se cache ou qu'il commet ses meurtres. Et c'est à coup sûr par le biais de l'Envers qu'il a pu atteindre cette salle emmurée, puis nous coiffer au poteau en s'emparant à nouveau de sa récolte. Il y a des choses que seuls les habitants de la Maison peuvent comprendre. Des chemins que nous sommes les seuls à pouvoir emprunter. Des indices que nuls autres ne pourraient interpréter correctement, pas sans les connaissances nécessaires, nos archives, nos secrets. Aucune des ressources de l'Extérieur ne nous aidera dans cette situation. Toutes les ressources nécessaires pour mener une enquête et punir le coupable... nous les avons déjà, entre ces murs. En faisant appel à l'En-Dehors, nous ne réussirions qu'à faire fermer la Rouge. Sans même trouver aucune réponse, sans même rendre justice.

Et c'est hors de question, n'est-ce pas ? Car a l'appel des larmes succédera bien rapidement celui du sang. Tractions liquides du cœur, marrée sanglante ou lacrymale, domptant le corps en flots d'humeurs. Il en sera toujours ainsi.
Il ne fait pas l'offense à Charogne de répéter ses directives concernant le cadavre. Ce serait lui prêter moins d'autorité qu'elle n'en a sur les pensionnaires, quand bien même il leur coûterait à tous d'assumer à voix haute une vérité de ce genre. Il est encore plus simple d'admettre qu'ils ont déjà planqué entre les murs et au fond des bayous certains de leurs camarades, décédés dans des circonstances gagnant à ne pas être éclaircies, que de reconnaître le besoin qu'ils ont des Adultes pour faire tourner leur univers carmin.
Preuve en est une fois de plus : c'est l'un d'eux qui s'impose, d'une voix d'orgue aux orages. Jouant des tonnerres et des tremblements de terre à chaque vibration de gorge. Une concurrence sérieuse à sa voix de Grand Faune.
Il s'agit de Vautour, dans un peignoir soyeux. Les ombres de la nuit se hérissent sur son crâne, mais ces épis de noirceur ne peuvent pas prétendre à surpasser l'immense tranchant de son nez. C'est après tout le relief impérial qui lui donna son nom. Mais d'autres facteurs auraient pu jouer dans cette attribution, à voir comme il s'impose en cette ambiance morbide. Malgré les mots interdits qui ne convaincront personne (les Adultes ne gèrent ici que les contacts avec l'Extérieur, sieur Vautour). Avec une aisance qui a de quoi tous les faire frissonner, ou bien les captiver. C'est qu'il y a presque une musique à ses lèvres quand il délivre sa litanie de légiste. C'est mélodieux un Vautour qui parle de cadavre. D'une fluidité exquise en ses constatations. Comme un ruisseau de montagne coulant d'entre ses lèvres, glaciale filet dégringoleur d'iceberg fondu. Raspoutine se prend presque à arrêter de penser quand à quelques centimètres de lui, Vautour procède à ses observations. C'est si méticuleux, si foudroyant de maîtrise. Une fascinante métamorphose qui s'opère devant eux, presque inquiétante à voir, mais aussi envoûtante. Quel genre d'homme était Vautour avant de rejoindre les membres de l’Église ? Médecin, pomponneur de cadavres ou tueur en série ? N'importe lequel de ces rôles lui irait à merveille. Raspoutine n'a jamais pris le temps de s'intéresser au professeur de science avant ces instants là. Arrivé récemment, et gérant une matière à laquelle personne n'a jamais su l'intéresser ; rien qu'à voir sa gueule morne, l’impassibilité associée à ses traits, Vautour ne l'a pas incité à revoir son jugement concernant l'enseignement des sciences. Qui peut lutter de toute manière contre les cours d'un Ours ? Le Grand Bouc s'offre plus volontiers à la danse des mots qu'à celle des scalpels. Mais il faut bien reconnaître que le théâtre ne leur est pas d'un grand secours dans ce cas de figure là, sauf à prétendre garder le contrôle de la situation.
Ce sont les paroles de Vautour qu'il leur fallait entendre. Et qu'il leur faut noter, à tous prix, avant qu'elles se diluent dans cette ébullition. C'est donc à son tour de se fendre d'un machinal coup de coude (dans le vide, faute à leurs proportions respectives) à l'intention de Quenotte, accompagné d'un "Prends ses propos en note" marmonné dans sa barbe. Ce ne serait pas le moment pour sa seconde de déshonorer sa réputation en ayant oublié d'apporter son carnet. Car il y a là des informations qui ont leur importance.
Morphée n'a pas été saigné ou énucléé vivant. L'acharnement perpétué sur le corps n'avait donc bel et bien pour but que de les horrifier. Tête d'Ampoule a offert à sa victime une mort plus douce, sans doute, peut-être même délivrée lors d'un sommeil profond, puisque Morphée n'a pas chercher à échapper à son destin tragique. Qu'aucun coup ne lui a été porté. Ce qui met en avant deux possibilités : l'injection d'une substance létale, ou une obstruction des voies respiratoires. Morphée a peut-être été étouffée dans son sommeil avant d'être traînée dans la Cafetière et poignardée ainsi à leur seule intention. Pour instiller la terreur à leur cœur.
Mais aussi dans un but esthétique.
Il y a dans toute cette mise en scène une certaine élégance, jusqu'aux sublimes déliés de cet "Embrassez moi". Le tableau qu'on leur offre a été composé avec une sobre méticulosité. C'est même beau à vrai dire. Empreint de sens quand on y réfléchit. N'y a t'il pas là un message qu'on s'essaie à leur transmettre ? Pourquoi choisir le Cafetière ? Pourquoi mettre les tables ? Et présentée ainsi, Morphée n'est-elle pas assimilée à un gigot humain ? A un buffet d'honneur... A une sacrifiée.
L'idée s'impose dans l'esprit du Grand Bouc. L'association de tous ces éléments semble concorder en un message moqueur. Un pied de nez fracassant à leurs traditions. L'innocence en entrée reposant dans l'assiette, et Morphée proposée pour le plat principal. N'est-ce pas là une critique cinglante de leur société tribale ? La Rouge dévore certains de ses enfants. Les écartèle corps et âme à sa gloire. Et tous ils prennent part à ce banquet sanglant. Tous perpétuent et glorifient le massacre. A leur manière, ils sont des cannibales. Et s'il s'agit bien du message qu'on veut leur faire passer, de l'ignominie dont les accuse  le meurtrier à travers cette mise en scène...
Alors le meurtrier pourrait bien être un Adulte ou un Cygne.
Mais il est bien trop tôt pour partager ces conclusions hâtives. Pour prétendre voyager dans la psyché de l'assassin par le biais du tableau qu'il leur a composé. On ne peut statuer pour le moment que sur son goût prononcé de l'ironie. Une Belle au bois Dormant plongée dans l'éternel sommeil, privée de ses yeux pour dormir le plus paisiblement du monde... L'exquise calligraphie d'un message qui rappellera à tous une sentence de conte de fée, la possibilité d'une résolution qui ne sera pas permise dans la réalité. Tête d'Ampoule se rit d'eux. Tête d'Ampoule veut parler d'innocence, fantoche, perdue, détruite. Et de quoi d'autre encore ?

-Il faut l'autopsier, statue Vautour à voix basse en l'arrachant au train de ses pensées. Je sais autopsier.

C'est inespéré. Si inattendue qu'en temps normal, il hausserait tout d'abord un sourcil soupçonneux, en demandant à Vautour de se répéter, et de leur présenter sans délais un certificat attestant de ses compétences aussi salutaires qu'improbables. Mais il ne fait après tout que confirmer ses dires de tout à l'heure : toutes les ressources nécessaires se trouvent entre leurs murs. Ils n'ont aucun besoin de faire appel à l'Extérieur pour gérer cette situation. Reste à convaincre Vautour de coopérer pour maintenir le secret de cet assassinat. Et il s'y emploiera.
Mais pas avant d'avoir clarifié la situation.

- Nous avons grâce à Vautour déjà quelques confirmations déclare le Grand Bouc en s'adressant à tous. Tout d'abord, le meurtre de Morphée vise essentiellement à nous déstabiliser. A nous faire peur. Morphée n'a pas été poignardé à mort, ni étranglé. Son décès est donc probablement dû à un empoisonnement, ou à un étouffement. Pendant son sommeil ou sous l'emprise d'une substance calmante, rendant ainsi toute résistance impossible. Les coups qui lui ont été portés... Nous étaient adressés. Et à travers cette mise en scène, on cherche à nous faire passer un message, auquel nous devrions prendre le temps de songer.
<< Mais pas avant d'avoir offert à Morphée une cérémonie funèbre
, annonce t'il en croisant le regard d'un gamin peinturluré au regard horrifié et bouillonnant de colère. Morphée était Loir, et c'est donc aux Loirs que reviendra la tâche d'organiser cette cérémonie. Mais il était également un enfant de la Maison. Vous pourrez donc bien entendu compter sur le soutiens des Cerfs, et, je gage également sur celui des deux autres groupes. Cependant, avant de nous consacrer à ce deuil collectif, nous devons comme toujours faire en sorte de tenir l'Extérieur à l'écart, sous peine de risquer la fermeture de la Maison.
La Peur, l'Angoisse, qu'ils partagent presque tous.
Il nous faut cacher les causes du décès de Morphée, et nous aurons pour cela besoin d'une Araignée coopérative. Et ce n'est pas tout. Avant de pouvoir enterrer notre amie, nous devons faire parler son corps une dernière fois. Lui permettre de nous aider à trouver le meurtrier.
<< Et seul Vautour sera capable de comprendre ce que Morphée peut encore nous apprendre. Nous devons nous en remettre à lui. C'est une chance : comme je l'ai affirmé, toutes les ressources dont nous aurons besoin pour trouver l'assassin et comprendre les raisons de ce meurtre se trouvent entre nos murs. Chacun de vous a des talents spécifiques qui nous seront utiles d'une manière ou d'une autre. Chacun de vous pourra aider à gérer cette crise, pour peu que nous fassions preuve d'organisation ; tout comme nous l'avons fait le soir de la découverte de toutes ces dents de lait, avec une efficacité qui nous a permis d'éviter l'ébruitement. Cette nuit encore, nous aurons besoin de beaucoup de petites mains pour débarrasser les lieux au plus vite. Mais pas avant de nous assurer que ce faisant, nous ne compromettrons pas l'enquête qui débute.... dés maintenant.

Sur ces mots vibrants comme un point d'orgue, Raspoutine se tourne vers Vautour, messie de noir vêtu. L'un des rares au sein de la Maison à lui faire lever les yeux.
Devons nous laisser le corps en place pour procéder à l'autopsie, ou est-il possible de le déplacer ailleurs ?
demande t'il sans ambages. Il ne faut pas que Morphée soit trouvé dans la Cafetière par un membre du personnel à la langue trop pendue. Avant que cela puisse arriver, il est absolument nécessaire d'avoir nettoyé les lieux et de remporter son corps au Sépulcre, où nous trouverons un moyen de faire falsifier les causes de son décès. C'est une priorité. Il ne faut pas que la nouvelle d'un meurtre parvienne à l'Extérieur... Peut-on compter sur vous pour garder le silence à ce sujet, tout en nous aidant à éclaircir quelques zones d'ombre inhérentes à la situation ?
Ou devra t'il s'assurer, à son plus grand regret, que Vautour gardera la bouche aussi close que Morphée ? Comme cela est déjà arrivé, auparavant, au sein de la Maison.
Car nul ici ne peut prétendre à une immunité.
La loi est Rouge entre leurs murs. Le meurtre de Morphée ne fait que leur rappeler.



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Rasti beugle en #006600

Merci à Fantâche pour mon avatar <3
Award du plus beau parleur (mais pas suffisamment pour réussir son coup):
 

Merveilleux cadeau de noël de Tembrèche :
 
Mar 21 Nov - 18:06
Il y a eu des cris. Tu t’es levée. Il y a eu des pleurs et du bruit. Tu t’es rapprochée. Il est là le corps de Morphée, trônant sur cette table au dressage macabre. On t’as dit de retourner dans ton dortoir, parce que tu es petite. Toi t’as dit non, tu t’es cachée. Espèce de tête de mule ! On avait dit que c’était pas pour les enfants. Mais toi tu t’en fous, comme toujours. Tu regardes le prof trifouiller le cadavre avec une curiosité morbide. Tu sors ton petit carnet et ton stylo des poches de ton pyjama troué de partout. Il faudrait que tu changes de pyjama, mais t’aimes trop celui-là. Tu t’approches de plus en plus pour dessiner ce que tu vois. Tu commences, tu t’appliques quand le grand Cerf prend la parole. Tout ce qu’il dit semble logique pour toi, alors tu secoue la tête de haut en bas. Ça fait quand même bizarre de voir un cadavre aussi près de toi. Tu tapotes ton stylo contre la joue et le fais tomber et en te penchant pour le ramasser, tu bouscules quelqu’un. Tu relèves la tête, espérant ne pas t’être fait remarquer mais surtout, qu’on ne te forcera pas à retourner te coucher.

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Guillotine
Mer 22 Nov - 7:20
Sommeil sans rêves, enlisant la conscience, noyant tout les sons, les odeurs, les lumières. La petite mort. Celle que Guillotine avait appris a apprécier, celle qui était devenue un luxe qu’il payait cher. Il avait ses veilleurs qui avaient la mission d’être paranoïaques a sa place. Puis Fange, Fange et sa voix portante de chef des ordure réveille les troupes. L’état d’urgence sonne dans la tête du guillotiné, il se dresse hors de sa couchette. Preste a la tache car il veut faire oublier cette soirée la, la soirée des Loirs.

Il avait fui une fois arrivé dans la salle des dents, malade et atteint de cette phobie panique qui le transperçait de part en part. Le soldat avait purgé son corps de la boue sale, remulge d’un Envers dans lequel il n’aurait jamais souhaité atterrir. Selon sa vision des choses, il était lâche. Ses tocs n’aidaient en rien mais ne le disculpaient pas pour autant.

Guillotine enfile une veste machinalement, et aboie sur deux jeunes Rats qui étaient passés un peu trop près de lui pour calmer ses nerfs. État d’urgence. Pense rationnellement, se dit il. Ensuite et seulement ensuite, il s’engage dans la procession de dégénérés a la suite de maître-la-crasse vers la Cafetière. Déja ça sent le Cerf et et Loir. Les Cygnes ne sentent pas et c’est bien la leur seule qualité.

Sa place il se la fait pour voir le cadavre sans vie, ce tableau macabre, ode rouge peinte dans la chair. Les enfants du péché noient quelques adultes, emportes par les flots foule. Que pourrait dire le crane rasé, le soldat de pacotille, qui pourrait aider l’affaire ? Il se sent davantage homme de terrain voire stratège mais pas vraiment dans ce domaine.

L’ange de la guerre n’a que faire des tombés.

La seule chose pour laquelle il estime pouvoir faire quelque chose est de rejoindre Chandelle, Rat comme il l’est lui même. Le géorgien peut l’emmener a l’écart, étrangement compatissant. Le lieutenant jette un petit regard en direction d’une chevelure brune démesurément longue dans les rangs des Cerfs avant de venir donner une petite tape sur l’épaule de Chandelle, en état de choc avancé.

- Vient avec moi

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▬    Lost souls in revelry
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Brèche
Mer 22 Nov - 20:17
Brèche se morigéna de ne pas avoir pensé à enfiler une paire de chaussettes. Pieds nus sur le carrelage de la Cafetière, elle tremblait aussi bien de peur que de froid, tétanisée par la vision de Morphée gisant sur la table, poupée de son à qui on avait coupé les fils. Fin de la représentation, baissez les rideaux. La Loire s'en voulut de ne pas avoir approché sa camarade auparavant – comme si cela aurait changé quelque chose. Morphée dormait, plongée dans ses propres bras désormais. Et Brèche, toute gamine qu'elle était, ne pouvait rien y faire.

La superbe des Adultes l'avait figé sur place, la poussant même à reculer d'un pas alors qu'elle ne se trouvait pas même aux premiers rangs. Rangs qui s'étaient clairsemés avec le départ des plus jeunes rapatriés dans leurs dortoirs par les seconds et autres ersatz de délégués. Brèche empoigna ses béquilles pour ne pas chavirer dans ce mouvement de foule digne d'une remontée de saumons dans une cascade.

Les Cerfs quantifiaient, notaient, faisant frémir leurs crayons sur le papier, rang superbe de futur•e•s secrétaires. Et parmi tous ces bruits, ces murmures, le mot « autopsie » fusa brisant tout, interpellant les oreilles même les plus bouchées. Brèche eut l'image des cours de sciences d'un temps révolu où elle avait du ouvrir une grenouille pour en exposer les organes. C'était dégoûtant et fascinant à la fois. Néanmoins elle préférait ne pas retenter l'expérience avec Morphée.

« Vous... Vous allez faire ça au Sépulcre ? » osa-t-elle demander de sa voix chevrotante comme si on allait lui répondre négativement et que Vautour allait procéder à l’équarrissage là, à même la table. « Je... Si vous voulez... » Et son regard alla d'un Adulte à l'autre, yeux de biche prise dans ceux d'une voiture. « J'ai peut-être des infos sur... celui qui a fait ça... »

L'énigme de la Blanche, sa mention de un devenu deux. Le fait que Morphée ait encore toutes ses dents turlupinait Brèche. Comme pour se porter chance, elle saisit la breloque qui pendait à son cou. Bien emmaillotée dans un cocon de tissu, elle y avait dissimulé l'une des dents récupérées dans tout le fratras de Tête d'Ampoule.

Gigotant dans ses béquilles et ses bandages, la Loir ne vit pas sa cadette à temps et se fit tamponner, un coude lui heurtant le flanc sans même lui arracher un cri. Avisant le crayon tombé, elle le ramassa par réflexe, pliant et dépliant sa carcasse de bête blessée. Elle le tendit, conciliante, à la Môme Fantôme.

« Tu... devrais aller au dortoir si tu veux dessiner. Je sais pas si... c'est le moment. »

Ne vint même pas à l'esprit de Brèche quel pouvait bien être le sujet de cette future esquisse.

Résumé:
 




Avatars par Quenotte et Cassiel. Award par Quenotte
Ven 24 Nov - 18:15
Tu souris à Brèche quand elle te rend ton crayon, mais quand elle te dit que tu ferais mieux de partir, tu secoues la tête de gauche à droite. Tu n’es pas d’accord ! Ah ça non ? Alors pour lui faire comprendre, tu griffonnes quelques mots au dos de ton dessin et le tends à ta camarade.

JE PEUX PA JE DESINE MORPHEE

Puis tu montres ton dessin. Tu as noté avec précision tous les détails, jusqu’au dents dans les assiettes. Tu as pris des notes de ton écriture hasardeuse. Tu reprends et écris au dos.

COMME DANS LES LIVRE. VAUTOUR FAIT UNE AUTOPSI ET MOI JE GARDE UNE TRACE DE LA SCÈNE !
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Ours
Dim 26 Nov - 9:02
Il ne dormait pas. A 5h du matin, le sommeil le fuyait encore, comme il n’était pas rentré chez lui, comme il s’était emmuré entre les briques rouges de la Maison. Attablé a son bureau il passait en revue les derniers événements et témoignages contenus dans quelques notes prises de paroles d’élèves ou copiées des murs. La fête des loirs auraient pu se terminer dans un bain de sang considérable, peut être. L’Ours avait entendu quelques rapports sur les protagonistes de l’Envers et lui même il avait eu l’occasion de connaître quelque peu la Blanche, avant.

Il se frotta les yeux. Il ne basculerait pas ce soir, il était tard, beaucoup trop tard pour encore envisager être happé. Peut être devrait il se laisser aller a la lassitude, voila, fermer les yeux doucement, récupérer quelques heures de sommeil avant les cours du lendemain…

« LES GARS, LES GARS »

Sursaut alors qu’il se laissait aller au sommeil. Le réveil brut lui tira un grognement. Il se passa une main sur la figure. Sont pas capable d’être calme même en plein milieu de la nuit. Une grosse main balaya ses notes et en fit un tas chaotique avant de prendre appui sur le bois du bureau. Il chargea cet appui de soulever la masse considérable de son corps, ce qui fut effectué avec beaucoup de maladresse. L’Ours souffla et se mit en marche vers la ou manifestement il pouvait percevoir bruit et agitation. L’oeil hagard, le poil mal léché, il déboula au milieu d’une foule déja constituée dans laquelle il trouva ses deux collègues qui avait le plus le sens du macabre.

Ce ne fut qu’après qu’il vit la cerise sur le gâteau, le clou du spectacle, la princesse aux milles fleurs de sang. Avant de se faire la réflexion que cela pourrait très bien ressembler a un meutre de polar effectué par un psychopathe minutieux il ne put s’empêcher de laisser un peu parler son folklore :

- O bože…

Il en avait vu d’autres dans cette école mais ne s’habituait jamais vraiment à ca. Comment peut on s’habituer a la mort ? Grande question. Il la soulèverait peut être dans des recherches plus philosophiques. Il croisa les bras, écoutant le Grand Cerf parler. C’était Raspoutine qui devait avoir en main la situation. Comme il n’eut rien a redire, il ne redit rien, réfléchissant vaguement a ses lectures de romans policiers. Il doutait que Hercule Poirot et Sherlock Holmes puissent lui être d’une quelconque utilité dans ce cas précis, l’Envers apportant une dimension trop surnaturelle a l’affaire.

Foutue baraque, se disait il parfois, en son for intérieur.

L’Ours attendit que l’odorant faune ne soit plus occupé avant de lui demander s’il pouvait apporter son aide et ajouter :

- Je pense qu’il serait préférable que les plus jeunes retournent dormir. Déja ca libèrera l’espace pour l’autopsie et les investigations et aussi je pense qu’il en ont surement assez vus pour ce soir. Ils vont être fatigués demain

Il se faisait réellement du soucis pour la folle marmaille qui les entourait. Peut être étaient ils habitués, qu’en savait il après tout, mais ils restaient jeunes et vulnérables. Il n’imposait rien, confiant d instinct au cornu le soin de prendre la bonne décision.


Merci Quenotte:
 
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Quenotte
Lun 27 Nov - 11:28

 


 
Climbing out the back door

 
didn't leave a mark

 
C’est dans le tumulte qu’il se décide à fendre la foule, l’œil presque luisant d’avoir enfin retrouvé sa place. Le pauvre Raspoutine aura eu sa minute de gloire mais elle n’a désormais d’œil plus que pour l’escogriffe qui se proclame qualifié – quel mot d’adulte – et capable de régler leur menu problème. Le grand Cerf chuintait après tout pour leur aide, le voilà servit, et ce même si elle n’est pas d’accord. C’est tout à coup comme si l’autre n’était que plus vivant. Et elle fronce les sourcils. C’est un brin trop facile, tout de même, de leur voler la vedette. De faire étalage de talents, au bon moment, au bon endroit. Et il semble en savoir long, le Vautour, sur l’étrange mécanique qui anime les défunts. C’est à se faire victime de soupçons et tant pis pour lui après-tout. C’est tout ce qu’il mérite.

On enjoint aux notes pourtant et c’est piteuse qu’elle se tâte, constatant que, dans son sommeil entrecoupé et sa précipitation, elle n’a pas songé à se munir du précieux carnet. Il faut croire qu’on ne peut guère tenir son rôle à la perfection. Elle soupire, s’apprête à renoncer bon gré mal gré – c’est qu’il ne faudrait pas demander à Fange d’avoir de quoi écrire sur lui… - quand une main aux phalanges longilignes se déplie sous son nez, lui faisant offrande de papier et crayon avec la prévenance naturelle d’un Fantôme qui, dans sa discrétion, pense décidément à tout.

- Merci.

Un simple chuintement et elle entame le rapport, notant les détails, gardant ses propres déductions. Il est encore trop tôt pour faire par d’une quelconque stratégie à l’ennemi. Enucléé, plaies apposées après la mort. C’est comme une dissimulation de plus dans ce tout cotonneux de questions sans réponses. Et cela ne ressemble définitivement pas à un coup d’éclat de Fange. Tout est ici mis en œuvre pour leur faire peur. Maquiller la chose en un acte plus ignoble encore. Alors quoi ? Un plaisantin profitant d’une peur déjà présente depuis la fête pour dissimuler ses actes ? Les empirer, les embellir. Et Morphée n’a pas bougé, n’a pas crié. Un piqûre… ?

- Mais Morphée vivait au Sépulcre, ce n’est pas très étonnant de trouver des traces de piqûre.

Conclue-t-elle simplement. Fin du débat. Il propose d’autopsier. Autopsier veut dire ouvrir. Et ouvrir profaner. Nouveau froncement de sourcils. D’un coup d’œil à ce qu’il reste de l’assemblée, elle remarque Personne et sa stupéfaction muette d’effroi, le crayonné impassible d’une Môme fantôme dont Fange lui a loué les exploits lors de la dernière fête. Et Brèche. Ah, fragile Brèche, n’a-t-elle pas déjà suffisamment explosé celle-ci pour s’exposer à l’horreur. Un crâne rasé culmine au cœur du chaos et d’un battement de cœur, elle se voudrait à sa suite mais renonce déjà. Elle n’a pas le courage de deviser, et doit de toute façon camper son rôle. Même au saut du lit. Ah et voilà l’Ours en retard, pas si étonnant lorsqu’on connaît un tant soit peu son fantasque emploi du temps, c’est même bien étonnant de le voir présent. La Fée se fend d’un sourcil en accent circonflexe. Que voilà un bon père si encore je savais ce que c’est…

Puis, à l’autre, au Vautour. Peuvent-ils seulement lui faire confiance ? Les oiseaux sont toujours bien les premiers à vous trahir. Le plus important et L’En-Dehors. S’en protéger, se faire oublier. Préserver La Rouge et tous ses habitants. Il est fort à parier que les adultes ne leur laisseront nul choix. Tant pis. Ils ont toujours su se débrouiller sans eux.

- Raspoutine a raison. – C’est moins douloureux à admettre que ce qu’elle pensait. – Les circonstances sont particulières mais notre méthode doit rester la même que pour les incidents, ou ceux qui se plantent en se défiant. – Et cela arrive souvent. Si souvent… - Nous pouvons laisser Vautour autopsier le corps, mais l’un d’entre nous doit être avec lui pendant l’opération. De mon humble avis, les adultes sont les plus suspects à en juger par les récents évènements. Nous n’allons pas nous laisser décimer impunément.

Puis, plus bas, à Raspoutine, de ce qu’il peut entendre de sa hauteur d’arbre perché, avec ses coups de coudes dans le vide et sa voix qui tonne.

- C’est bien, tu décides enfin de te comporter comme un vrai chef. Banshee serait fier de toi.

Et prononcer le nom de l’Absent donne à ce théâtre des airs plus grotesques encore. Puis, à Brèche dont les mots ne lui ont pas le moins du monde échappé.

- Qu’est-ce que tu veux dire ? Tu as vu quelque chose ?

Cela serait bien étonnant qu’elle soit d’une aide quelconque, toujours dans la lune, mais pourquoi pas après-tout, si tout est bon à prendre.




 
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Raspoutine
Mar 28 Nov - 13:20
Les arrivées se succèdent au sein de la Cafetière, mêlant au flot indistinct des enfants attirés par les cris, la rumeur de la mort et l'odeur de la peur, de nombreuses têtes connues, côtoyées plus particulièrement en ces temps troublés. Ceux d'entre eux ayant eu à braver cet Envers infernal et palpitant de souffrance lors de cette nuit étrange où tout a basculé- une fois de plus, mais on ne peut plus littéralement, quand la Maison les avait éjecté avec effort de son gosier sanglant, dans une interminable glissade dont Raspoutine ne garde que des souvenirs brouillés. Néanmoins, tout ce que sa nature fiévreuse et faunesque de l'Envers lui a fait oublié, tout ce à quoi il n'a pas pu assister lui même, étant déjà aux prises avec la Blanche et son armada couinante de bestioles albinos, lui a été conté le lendemain même, puis ressassé avec application au cours des jours suivants. Tous les témoignages sont entrés aux archives secrètes des Cerfs, où s'entremêlent depuis des années tant de faits insignifiants, oubliés de tous. Accidents, coups d'états, départs et arrivés, tous balayés par le passage des années, d’autres générations, mais inscrits avec rigueur sur des feuilles en tout genre -et parfois des post-it- soigneusement ordonnées pour former les grandes anales de la Maison, avec la contribution de centaines de petites mains depuis lors en grande majorité vieillies -ou flétries dans la tombe, ou dissoutes par l'Envers-, affairées à retranscrire chaque évènement pour tracer précisément à travers un ignoble fouillis, par anecdotes, fresques sanglantes, documents administratifs subtilités aux membres de l’Église et contributions chaotiques (mais enjouées, pleine de fierté ou d'espoir) de tous les pensionnaires, l'Histoire plus imposante de la Rouge à travers les années. Ils en font désormais tous partie en tant que protagonistes de première importance, après que le hasard les eut envoyé trottiner sur les grandes lignes de cette Histoire pendant la Fête des Loirs. Ils y figurent en bonne place aux côtés de leur récit. Au cours d'une réunion improbable, ils ont chacun parlé à tour de rôle de leur expérience au sein de l'Envers. Depuis la gamine muette s'évertuant à dessiner et écrire frénétiquement ses souvenirs de la soirée aux comptes rendus méthodiques de Fange et Guillotine, en passant par les histoires glaçantes du groupe au sein duquel Quenotte avait apparemment récolté quelques nouveaux évènements traumatiques pour sa collection de faits divers sordides. Les aléas du destin les avaient précipité tous ensemble au sein d'une mécanique ignoble, qui les broyait lentement depuis lors, pour les conduire à cette nouvelle nuit où nul Envers corrompu ne pouvait justifier la présence de cette vision infâme. Là encore, ils se réunissaient, grains éparpillés d'humanité impuissante, accueillant parmi eux de nouveaux protagonistes. Certains ne se détachent pas encore de la foule indistincte, mais peu à peu, les personnalités impliquées lors de la Fête des Loirs font leur apparition, surgissant du tumulte pour graviter autour du cadavre de Morphée. De nouveau entraînées sur le devant de la scène, d'une manière ou d'une autre.
Les pérégrinations silencieuses de la Môme Fantôme n'échappent pas au Grand Bouc. Petite tête blonde se rapprochant subrepticement, à pas menus, le nez baissé par intermittence sur un carnet en travers duquel s'éparpille la mine de son stylo. Il ne l'observe que du coin de l’œil, mais elle parvient bien vite, par quelque tour de force, jusqu'au nexus formé par la présence du corps. Les deux adultes présents, lui même et sa seconde, œil du cyclone d'enfants rugissant dans la pièce. A l'Extérieur, on s'empresserait de conduire une enfant aussi jeune jusqu'au pas de la porte, on s'efforcerait de l'isoler de la mort, non sans d'abord s'horrifier du griffonnage que lui inspire la vue de ce cadavre. Puis on l'enverrait sans tarder visiter un psychiatre- ou bien l'on se perdrait en métaphores célestes pour atténuer l'horreur. Mais ils sont différents, les gamins de la Maison. Ils dansent entre les coups de faux d'une camarde tenue en respect, qui s'infiltre parfois à travers les murs Rouges, protecteurs, pour saisir les âmes en sursis fréquentant le Sépulcre, les suicidaires ou les agitateurs un peu trop influents. La Maison est construite sur des corps amoncelés, sacrifiés sur l'autel des maladies diverses qui les ont conduit sur ce petit bout de terre- pestiférés indésirables, bien à l’écart du monde. La Maison est intime de la putrescence et des assassinats, elle vit par le sang, la sueur et les larmes qu'on a répandu tout au travers ses murs. A son plâtre matriciel se mêle la pulvérulence absorbée d'un milliers d'os réduits en poudre. Et il n'en faut pas moins pour leur créer ce cocon vivant. Il n'en faut pas moins pour, paradoxalement, tenir la peur de la mort à l’écart. En être l'instrument, et lui faire des offrandes. S'octroyer sur elle une illusoire maîtrise, prétendre à la dompter ; l'encadrer par des rites. La surmonter par la méthode. Au sein de la Maison, on ne fuit la mort des yeux. On l’ausculte, on l'encadre, puis on la jette Dehors.
Raspoutine ne se souciera donc pas plus qu'aucun autre d'entre eux de tenir la Môme Fantôme à l’écart du cadavre. De quoi contredire, aux yeux de certains, ses penchants protecteurs. Mais que lui importe quelques avis contradictoires de plus. Il se contente de délivrer à la jeune Loir un regard curieux avant de l'abandonner à son ouvrage, sans se fendre d'aucun commentaire ni chercher à l'éloigner. Après tout, ses faons s'occupent en ce moment même d'emprisonner la scène parmi les lignes croisée de leurs dessins et de leurs mots. Il n'empêchera personne de faire de même sous prétexte d'une pédagogie qui ne lui importe guère. Peut-être même jettera t'il un œil au résultat une fois le croquis achevé.
Portant son attention ailleurs, Raspoutine rate l'intervention de Brèche -faisceau de raison illuminant les méandres de leur tortueuse logique païenne-, captant plutôt sur sa rétine la présence furtive de Guillotine, s'éloignant de l'agitation en compagnie de Chandelle. Quelqu'un doit bien se soucier de prendre en charge le Rat traumatisé qui les a alerté. Mieux vaut cet échalas cogneur, père de nombreux pugilats explosant entre les murs, qu'une absence totale de prise en charge. Une crise de nerf de Chandelle n'arrangerait rien à leur situation. Il y a fort à parier que quelques grands nerveux ne tarderont d'ailleurs pas à convulser dans un coin de la Cafetière, entrés en transe mystique ou secoués par les spasmes d'une crise d'angoisse. Rien que de très normal  face à l'horreur de la situation.
Il n'y a guère que les Cygnes, les plus fraîchement débarqués et les parangons d'innocence pour s'étonner encore du fonctionnement de la Rouge. Brèche fait partie de ceux là, perchée sur ses béquilles. Elle s'extrait vaillamment  du torrent de corps juvéniles tremblants d'agitation pour venir s'enquérir des plus jeunes et apporter son aide. Raspoutine aurait pu le parier. Brèche ferait encore preuve de prévenance envers son prochain même amputée de ses bras et de ses jambes. Sans doute se proposerait t'elle alors pour servir de repose-pied ou de porte manteau. Avoir une âme aussi serviable devrait être interdit par une loi quelconque ; Raspoutine ne peut s'empêcher d'admirer Brèche avec horreur et fascination chaque fois qu'elle fait preuve de cette bonté christique, aiguillonné par une forme de crainte respectueuse face à un tel don de soi. Le malaise que la jeune Loir ne ressent que trop évidement à son égard -et que l'aperçu de sa nudité affreusement adulte après la Fête des loirs n'a fait que décupler- lui donne presque toujours l'envie de la secouer énergiquement, ou de faire preuve à son tour d'un dévouement semblable, afin de se faire pardonner une faute mystérieuse. Avec ses airs craintifs, la Brèche lui donne toujours l'impression d'avoir agit de tel manière qu'il s'en retrouve forcé de présenter des excuses. Comme s'il s'était rendu coupable à son encontre d'une action dont il est pourtant incapable de se rappeler. S'il n'était pas suffisamment malin pour se douter qu'une expérience traumatique quelconque est à la source de ce comportement, Raspoutine éprouverait à son encontre une sorte particulière d'animosité. Mais il y a trop de mômes aux yeux de bête traquée au sein de la Maison pour qu'il puisse nourrir envers elle un sentiment de ce genre. Il a toujours aimé les animaux blessés, et la Rouge en regorge. Brèche n'est qu'une triste créature de plus à hanter les couloirs en traînant dans son ombre un milliard de cauchemars. Rien qui soit finalement en mesure de le faire fuir. Mais il est indéniablement irritant d'avoir perpétuellement le sentiment d'être une bête dangereuse en face de ces yeux là, quand bien même après l'avoir vu devenir Faune dans l'Envers, la jeune fille ait de bonnes raisons craindre ses élans de fureur, sa sauvagerie bridée, et d'autres choses encore, sur lesquelles Raspoutine se refuse à poser des mots.
Cependant, l'horreur qu'il inspire à la Brèche doit être moindre en comparaison de celle qui l'habite face à la situation présente, car elle ne fait pas mine de lui trouver un air de monstre du placard. La jeune Loire s'emploie plutôt à ce qu'elle fait de mieux : proposer son aide. Raspoutine comprend où elle cherche à en venir en évoquant d'éventuelles informations au sujet du coupable.
La fameuse énigme de la Blanche. Discutée et décortiquée lors de ce fameux compte-rendu commun, mais finalement en vain. Il persiste à penser qu'il ne s'agissait de sa part pas d'une réelle réponse, ou bien d'une simple manière de désigner Tête d'Ampoule dans sa forme d'Envers, sans pour autant les mettre sur la piste de son identité réelle. Pour peu qu'il y en ait une, et qu'ils n'aient pas à faire à autre chose encore... Mais ne pas trouver de réponses satisfaisante à une question ne signifie pas pour autant que celle-ci est dénuée de sens. Alors rien ne coûte de raviver l'énigme à leur mémoire. Et pour cela, mieux vaut un esprit moins occupé que le sien- l'heure n'est pas à la résolution de devinettes pour le Chef des Cerfs.

- Toute aide est la bienvenue, Brèche. Si tu pouvais rappeler l'énigme à nos mémoires et proposer tes interprétations, je t'en serais reconnaissant. Tu devrais d'ailleurs réunir quelques autres cerveaux pour t'aider dans cette tâche, car toute idée nouvelle sera bonne à prendre pour essayer de tirer partie de cet indice qu'on nous a si gracieusement délivré... Et dans ton état, tu n'es pas en mesure de nous aider à débarrasser la pièce, alors mieux vaut te confier une tâche nécessitant l'usage de tes méninges ; tu es en mesure d'apporter ta pièce à l'édifice, même en béquilles.

Qu'elle ne se sente pas impuissante face au drame, à l'horreur. Qu'elle puisse aussi prétendre, comme eux tous, à sa petite part d'illusion rassurante. Oublier un instant qu'ils ne contrôlent rien. Lui même parvient presque à la paix quand Ours apparaît et se dirige vers eux. Voilà de quoi le rasséréner. L'homme-pillier, le modèle, salvation incarnée. A même de l'épauler dans cette situation, par sa simple présence, étrangement fortifiante. Suffisant à donner un peu plus de sens à un monde fondamentalement chaotique, à l'ordonner d'un rien. Son âme s’apaise un instant en le voyant avancer, bravant le sommeil et l’infamie pour parvenir à eux. S'il ne s'autorise pas à sourire, Raspoutine se permet néanmoins un regard plein de chaleur, quoique la gravité de la situation ne prête pas aux effusions. Ou peut-être justement en ont-ils tous besoin, bien que l'idée puisse sembler inappropriée. Un échange d'étreintes à grande échelle pour verser un peu de douceur dans leur cœur tourmenté. De quoi se remettre au travail en étant moins tendu.
Raspoutine se laisse presque tenter. Mais il se contente d'une main sur l'épaule massive de l'Ours. C'est cependant une main amicale et pleine de matière- cela devra bien suffire.
Le Grand Bouc écoute attentivement les suggestions qui lui sont faîtes. Tant pis si l'on en pense quoique ce soit de négatif, que l'on murmure après coup que le Chef des Cerfs se laisse influencer. Il n'a jamais méprisé l’entièreté des Adultes, et il n'est pas réfractaire à leur investissement. La Maison accepte certains d'entre eux jusque dans son Envers- en atteste la Blanche. C'est bien la preuve qu'il ne s'agit pas tant d'une question d'âge au fond, que de dispositions. La Rouge accueille tous les perdus, pour peu qu'ils soient prêt à s'abandonner corps et âme à ses murs. Ce qui la lie à ses Adultes n'est pas tout à fait semblable à ce qu'elle partage avec la plupart de ses enfants, mais l'acceptation de l’Ecarlate ainsi que ses conséquences restent assez semblables. N'en déplaise aux plus conservateurs.
Et Raspoutine sait qu'Ours a l'amour de la Rouge, au même titre que lui. Fut-il exclusif, cannibale, tout aussi maternel qu'intensément destructeur. C'est un amour qui compte. Une raison de plus de lui accorder sa confiance. Il sait qu'elle lui sera rendue.
Tout comme il sait que la considération paternelle d'Ours envers eux l'empêche parfois d'observer les enfants de la maison d'un œil plus affûté. L’amenant à les croire plus fragiles et innocents qu'ils ne le sont vraiment. C'est oublier que dans leur jeunesse joyeusement sauvage, ils tiennent autant des gamins que des farfadets. Qu'ils sont au fait des règles implacables qui régissent la Maison et n'ignorent rien de la mort. Que chacun verra au cours de son séjour un camarade s'éteindre, emporté sur les ailes décharnées de la maladie, comme le fut Couseur en son temps, une toux après l'autre l'ayant extrait de son corps  ; qu'ils assisteront sûrement, et prendront peut-être même part, à des coups d'états plus ou moins tumultueux, et souvent même sanglants. Que, choisissant de rester ou de partir, ils seront tous au final des enfants écarlates, peinturlurés de folie, ensemencés de secrets et éclaboussés de sang.
Que vivra en eux à jamais un monstre juvénile.
Ours oublie parfois que la violence occasionnellement meurtrière de la Maison est alimentée par celle des pensionnaires. Que si un foyer de rage accumulée persiste entre ses ses murs sans qu'ils n'y jettent leurs propres éclats de colère, brasier rémanent des générations passées, cœur spectrale pulsant au ralentis bien à l’abri du plâtre, des bois et de leur cocon de rêves, ils finissent eux même par influencer la Rouge, tout autant qu'elle les sculpte dans sa glaise sanglante. Il n'a cependant pas le cœur à lui rappeler cette vérité sordide... D'autant plus que la conclusion s'impose d'elle même. A bien y chercher, ils trouveraient même au sein de la foule des enfants plus fascinés et agréablement stimulés dans leur sensibilité par le macabre spectacle qu'attristés ou choqués. Peut-être en va t'il ainsi de la Môme Fantôme, si sincèrement gaie et appliquée à retranscrire la scène. Qu'importe cependant, puisque le Chef des Rats lui même est un pur sociopathe. La moralité qu'ils cultivent distraitement ici-bas n'est pas tout à fait semblable à celle de l'Extérieur. Au fond, ils le savent bien, tous. Ils préfèrent simplement l'oublier par intermittences pour ne pas s'horrifier trop franchement du désordre mentale régnant parmi les pensionnaires. Et ils ont bien raison : mieux vaut savoir occulter les points les plus fâcheux pour vivre entre ces murs, quand l'on est incapable d'accepter tout simplement le fonctionnement de leur univers carmin.
C'est autant pour Ours que pour les oreilles attentives qu'il expose le reste de la marche à suivre.

- Désengorger le réfectoire devient urgent, en effet. Nous aurons besoin de nombreuses paires de mains pour le débarrasser avant qu'un indésirable tombe sur cette comédie macabre, mais pour éviter l'indésirable en question, mieux vaut compter sur une diversion plutôt que sur la chance. Il va donc falloir porter l'attention des Adultes non présents ailleurs que sur la Cafetière, afin de disposer du temps nécessaire pour déplacer le corps de Morphée et se débarrasser des dents. Nous ne pourrons pas cacher sa mort, mais ses causes ne doivent pas être connues par qui que ce soit qui se montrerait incapable de tenir sa langue. J'ai toute confiance en toi, et je ne pense pas que tes deux collègues ici présents iront chuchoter des vérités de ce genre aux oreilles du Grand Pape...
Car ils sont tous dépendants de la Maison, d'une manière ou d'une autre.
<< Mais en raison de ce risque d'intervention malvenue, nous ne pouvons pas encore renvoyer les plus jeunes à leurs draps. Pendant que les pensionnaires les plus âgés et valides s'occuperont de nettoyer la Cafetière, les autres se tiendront prêt à faire diversion, si besoin. La nuit aura été trop courte pour tout le monde, à l'exception des bienheureux qui ne savent rien de ce qui trame entre nos murs... Mais nous n'avons pas le choix. Quelqu'un s'en prend à la Maison. Ce n'est pas la première fois, bien sûr. Et il n'y a cependant qu'une seule manière d'y faire face : tous unis dans un effort commun.
Preuve en est qu'ils sont même trois adultes à s'impliquer au sein des évènements. Et ce n'est pas la première fois que les pensionnaires font appel en situation de crise à ces aînés volontiers mis au ban de leur communauté. Raspoutine ne tient pas à faire preuve lui aussi d'hypocrisie sur le sujet. Cacher certains corps n'aurait jamais été possible, au cours des ans, sans l'aide monnayée de quelques Araignées. Cette fois encore, ils seront forcés de quêter un soutien au Sépulcre.
Je te serais reconnaissant de toute l'aide que tu pourras nous apporter, Ours. Que ce soit pour prendre en charge les pensionnaires les plus fragiles émotionnellement, pour nous aider à organiser cette fameuse diversion ou pour gérer le nettoyage de la Cafetière.
Et tant pis pour ceux qui jacasseront que Raspoutine se compromet en confiant un rôle à ces adultes qui s'imposeront bien vite comme les premiers suspects.
Bien entendu, si l'autopsie à lieu au sein du réfectoire, nous ne pourrons pas la laisser prendre place sous le regard de tous. Le cas échéant, il faudra accorder un peu d'intimité à Vautour, d'une manière ou d'une autre.
Qu'ils se retrouvent à tendre des draps ou déplier des paravents autour de la scène, ou qu'ils soient forcés de réduire les effectifs nécessaires pour vider le réfectoire. Laisser les pensionnaires assister à une autopsie n'est pas une bonne idée. Certains en seraient traumatisés. D'autres y verraient un bel exemple à suivre. Et aucun de ces deux cas de figure n'est souhaitable.
Ce qui l'est en revanche, c'est l'improbable intervention de Quenotte. Pas la défiance qu'elle exprime envers les Adultes, tout à fait de rigueur en considération de la situation, mais le murmure qu'elle lui décoche ensuite. Aussi surprenant qu'inédit. Des mots pour l'approuver au nom du Disparu. Jamais il n'aurait cru les entendre prononcés- et ils s'accompagnent pourtant d'une certaine amertume. C'est une sentence agréable à entendre. Mais une sentence injuste. Déniant tous ses efforts précédents en tant que chef des Cerfs. Laissant entendre qu'il n'a pas pris son rôle au sérieux jusqu'à maintenant. Comme s'il avait fallut attendre l'apparition d'un cadavre pour l'y voir s'investir. Comme si sa flamboyance avait rimé avec incompétence. Comme si elle avait su mieux que lui comment prendre la suite de Banshee. Comme si, dans son orgueil sans nom, elle était la seule juge capable de discerner son aptitude à être Chef des Cerfs.
Sa première impulsion l'enjoint à répondre en tournant cette concession tardive au ridicule, comme il sait si bien le faire, puisqu'il se sent également attaqué par ces mots. Mais il n'y cède pas. Garde la même ligne de conduite, bien qu'il lui en coûte de contrôler sa langue, frustrée de ne pas claquer au visage de la Fée. Il a attendu cette main tendue trop longtemps pour finalement se permettre de cracher dessus, surtout maintenant.
J'ai toujours pris mon rôle avec sérieux Quenotte. La seule différence notable ce soir, c'est que j'arbore un air grave. Mais merci. Merci... pour ça. J'espère agir comme Banshee l'attend de moi.
Il ne se résoudra pas à conjuguer le Grand Cerf au passé. Et tant pis si quelque chose persiste à hanter le fond de ses yeux chaque fois qu'il se permet de prononcer son nom.
Je suis heureux que nous puissions collaborer dans une situation pareille. Continuons dans cette voie, elle me plaît bien mieux que nos éternelles bisbilles.
Et il s'autorise même un sourire à son encontre, avant de revenir à un examen général de la salle. Tous les bases du plan sont désormais posées : ne reste plus qu'à le mettre en œuvre en répartissant les rôles.
Bien, je pense que nous avons assez discuté de ce qu'il convient de faire. L'heure tourne, et il faut désormais que nous commencions à nous mettre au travail. Décidons nous rapidement sur ce que chacun de nous sera chargé d'entreprendre. Il nous faut quelqu'un pour coordonner l'éventuelle diversion et quelqu'un d'autre pour gérer le nettoyage de la Cafetière ; il faut isoler et calmer les enfants les plus sensibles, et laisser l'un d'entre nous avec Vautour pendant son autopsie. Nous devons aussi envoyer quelqu'un au Sépulcre pour soudoyer une Araignée. C'est même l'une de nos priorités.
<< Dans un second temps, nous réunions toutes nos observations et commenceront à réfléchir collectivement sur l'identité du meurtrier ainsi que sur le message caché derrière cette mise en scène. Mais ce ne sont pas nos priorités pour le moment. Six heures ne tardera plus à sonner, et il faut que toutes les actions précédemment citées soient mises en branle avant.

Chaque seconde qu'ils laissent passer sans agir pour cacher ce drame aux yeux de l'Extérieur met un peu plus la Maison en danger.



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Charogne
Mar 28 Nov - 20:10
C'est avec une fascination carrément morbide que Charogne regarde Vautour s'exécuter. En bon charognard qu'il est, il virevolte autour de la dépouille et parcourt le cadavre de ses longs doigts blancs comme dix petits becs crochus, énumérant minutieusement ses observations. Quel joli spectacle parfaitement bien exécuté. Suspect. Autopsier ? Oui. Il faut. Mais pas ici.
Charogne s'est reculée, a observé chacun des acteurs, ses sourcils sombres froncés, preuve qu'elle réfléchit. Elle laisse Raspoutine décider de la marche à suivre car après tout il s'est superbement bien illustré en tant que leader lors de l'incident de la fée des dents. Elle lui fait confiance, mine de rien. Le bouc poète connait mieux La Maison qu'elle et sa parole pèse plus lourde que la sienne. Cependant :

▬ Pas d'autopsie ici. Tempête et le reste du personnel de La Cafetière vont bientôt débarquer pour le service du matin. Ils doivent d'ailleurs déjà être aux cuisines. Quelqu'un devrait aller leur demander s'ils n'ont rien vu de suspect. Et puis mince, on va pas triturer du mort sur la table où mangent tous les gamins. Même à elle ça lui parait évident. Elle est bien placée pour savoir que les charognes ne sont pas des mets de choix, sauf pour certains. Et son regard s'est tourné vers Vautour. Je vais au Sépulcre toucher deux mots à Moustache. Elle ne l'appelle plus Lapin depuis sa rencontre avec la Sil car désormais la blague lui laisse un mauvais goût de javel en bouche. De toutes les Araignées il sera sans doute le plus coopératif et surtout le plus à même de comprendre ce qu'il se passe réellement. De plus, il doit connaître la victime. Mieux il a accès au dossier médical. On préparera la salle pour examiner Morphée et au passage je commencerai à m'occuper de la paperasse.  Elle dit ça comme si c'était la énième fois qu'elle s'apprêtait à faire disparaitre un enfant dans l'engrenage administratif du pensionnat.

Puis sans laisser le temps à quiconque de délibérer, la prof glisse vers la sortie non sans attraper au passage Ours par le bras et lui murmurer quelques paroles au creux de l'oreille.

▬ Je vais essayer de convaincre Moustache d'assister également à l'autopsie mais s'il refuse l'un de nous deux devrait prendre sa place. Je ne fais pas confiance à Vautour car c'est trop facile de tout rejeter sur l'Envers. Ouvre l'oeil. C'est vrai tout allait si bien avant l'arrivée du macabre polonais...

Elle tape son épaule comme s'il s'agissait d'un vieux camarade, car c'est vrai que la mort rapproche, et file sans rien ajouter.

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Vautour
Mar 28 Nov - 20:48


La Belle au Bois Dormant




Qu’importe les allées et venues, les murmures effarés et les plans sur la comète. Le reste devient un brouillis indissociable, du grand chef velu tonnant questions et ordres, à la présence discrète mais rassurante d’un Ours désarçonné. De l’énigme d’une jeune fille blonde un rien effrayée au ton soudain colérique d’une Charogne méfiante. C’est bien cette dernière voix qui l’éveille soudain de sa contemplation silencieuse du trépassé. Il règne sur cette table une beauté qui l’affecte beaucoup trop – c’est un tableau réussi, assurément. Et il s’en veut de laisser le goût sanglant d’une excitation toute professionnelle envahir son palais jusqu’aux plus proches quenottes.

Quand il se tourne, sourcils froncés, c’est d’ailleurs elle qu’il voit. Elle, toute appraitée avec sa chemise de princesse endormie et son carnet où les notes s’alignent. Le malaise revient alors comme une griffure et croisant le regard d’Ours, c’est presque s’il ne soupire pas, caractériel.

« Pensiez vous réellement que j’officierai au sein d’un réfectoire ? Il y a ici, et malgré le travail des employés de ménage, une nichée de bactéries dont nous nous passerons bien. »


Nous, lui et Morphée. Et sa main toujours couverte du mouchoir se posse avec possessivité sur le bras du cadavre. S’il n’a pas entendu les murmures soupçonneux de Charogne, sa cervelle permet les connexions logiques d’une telle scène. Soudain, il est comme un maestro, un chef d’orchestre au milieu d’une bande dissidente d’artistes sans peu de talent.

Il est temps d’y faire régner l’ordre. Et il est bel et bien hors de question qu’on lui offre ce délicieux flashback, à une époque où il aimait faire ce qu’il faisait, plutôt qu’être qui il était pour les délires capricieux d’une cousine incestueuse.

« Il me faut quelques personnes et bien évidemment, un brancard, pour transporter le sujet jusqu’à une table du sépulcre. Il faut que tout soit aussi stérile qu’une chambre d’hôpital. Mais au moment d'officier, je veux être le plus tranquille possible. Qu'il n'y ait pas plus de quatre personnes pour m'aider. » C’est aux adultes qu’il s’adresse bien que le frisson soudain de ces mots honnis – h ô p i t a l – en face reculer certains. Le gosse à la tignasse renfrognée aux côtés de Quenotte, marque d’ailleurs un temps d’arrêt presque par inadvertance. On croirait qu’il a vu un fantôme. Mais lui aussi, plus que les autres, semble intrigué.

« Quenotte, t’iras. » Qu’il pousse avec un rien de zozotement. « Faut qu’elle prenne des notes. On laisse pas c’merdier aux mains des Adultes. » Quelques exclamations, discrètes mais fidèles, surgissent aussitôt pour l’appuyer. Mais les gosses échangent déjà des regards.

Quenotte ? Vraiment ? Quel bordel…

« J’ai besoin de l’assistance d’une équipe formée. Il me faudra quelques outils pour l’ouvrir. Car les causes de la mort ne sont pas claires. Pour l’instant, nous allons tenir à l’écart toute autorité incompétente qui voudrait s’en mêler. Et en ça… le grand Pope peut-être… devrait être lui aussi ignoré. »

« C’est même lui qui nous ignore ‘sieur. » Balance une voix inconnue dans le reste de foule. Ca a le mérite de les faire rire – un rien d’hystérie peut-être.
« Et si ça vient de l’Envers ? »
« Le meurtrier est concret. Agit concrètement. » Il est déjà éreinté d’argumenter et laisse Ours prendre de la voix face à ce que lui ne maitrise clairement pas.

Tant pis si on se fout de sa gueule, après tout, c’est le seul à présent qui peut leur rapporter des réponses. Et que le Diable l’emporte si Moustache vient y foutre ses poils de nez. Cette espèce de brute épaisse à la violence caractérisée ne doit en aucun cas saccager cette beauté.







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Rigor Mortis
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Brèche
Mar 28 Nov - 22:14
La réponse de la Môme à son interrogation eut de quoi laisser Brèche pantoise et désarçonnée. La jeune Loir était-elle dénuée d'empathie ? En la circonstance présente cela se révélait utile – au moins ne ferait-elle pas de cauchemar. La Môme avait dessiné Morphée avec force détails, véritable assistante. Dommage que son orthographe, lui, pâtissait de sévères lacunes – cela devait expliquer qu'elle ne se soit pas retrouvée chez les Cygnes. Brèche n'avait pas le cœur de la critiquer. La Môme agissait avec la volonté de bien faire. Elle se devait de la complimenter.

« Tu es très douée. Je suis sûre que ça les aidera tous et toutes. Tu devrais le montrer aux Cerfs. »

Qu'ils l'ajoutent en annexe à leur dossier « Meurtre dans la Cafetière ».

Malgré la tension ambiante, ce remous qui agitait la foule tels de gros morceaux dans un bouillon épais mijotant sur le feu, les propos de Brèche étaient parvenus jusqu'à Quenotte, qui les saisit au vol. Demandant éclaircissement. La Loire avait déjà formulé quelques mots ce soir de la Fête des Loirs mais les esprits étaient encore trop échauffés de cette expérience déplaisante. Aujourd'hui on l'écouterait.

La voix grondante de Raspoutine lui parvint mais Brèche préféra s'en détacher la muant en un fond sonore et bruyant, un grondement comparable à celui d'une rue passante un après-midi perçu derrière une fenêtre. La Loire ne voulait pas le regarder, lui parler, l'écouter. Le Chef des Cerfs l'effrayait bien trop. Brèche ravala sa terreur, se raccrochant aux prunelles de Quenotte, à ses doigts maniant le stylet.

« Une énigme. C'est une énigme de la Blanche. On a été plusieurs à l'entendre... Moi, Bougie, Princesse... Madame Charogne. Raspoutine. »

Ses doigts comprimaient ses béquilles, s'y raccrochaient avec ferveur. Elle sentait ses genoux trembler mais cela n'avait rien à voir avec un corps affaibli physiquement. Brèche craignait qu'on ne reçut ses paroles que comme des élucubrations d'artiste en mal de sensation, de vulgaires sottises.

« La Blanche a dit que... Il fut un puis deux... Plus qu'un fantôme dans les cieux, il faut lever les yeux. Gare à l'errant. Si tout est blanc gare à vos dents. »

Par réflexe, comme pour mieux se donner de l'élan, Brèche jeta un œil à Morphée.

« C'est pas le voleur de dents qui a fait ça. Pourquoi il aurait pas pris les dents de Morphée ? » Revint, en sa mémoire, cette pièce secrète où molaires, canines, dents de lait, de sagesse, tout cet émail remplissait le moindre interstice. « Quelqu'un veut se moquer de lui ou... »

Hésitation, inspiration, saisir les béquilles pour ne pas tomber, arracher un rire blessant des gorges des pensionnaires. Mais les propos de Vautour, son exposé scientifique et concret, l'encourage comme si, indirectement, il la soutenait dans sa démarche.

« C'est l'autre. Comme dans l'énigme. Avant y en avait un, maintenant ils sont deux. Un dans l'Envers, un ici... »

Est-ce que c'était possible ? Pourquoi pas.

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Raspoutine
Mer 29 Nov - 22:34
Il aura fallu ces évènements sinistres qui les frappent depuis la Fête des Loirs pour qu'on cesse enfin de le voir comme un guignol. Quenotte et son approbation inespérée, Charogne et son consentement silencieux à laisser un sale gamin puant dont l’impertinence semble être une langue vivante prendre les choses en main ; Raspoutine aimerait être capable de s'en rengorger, mais la gravité affichée par ses traits fait parfaitement écho à son état d'esprit. C'est regrettable. Une occasion pareille ne se représentera sans doute pas de sitôt. Il redeviendra vite le Grand Bouc habituel, tout en sourires et en outrances... Ne peut  du moins que l'espérer, car cela signifierait que cette crise a pris fin. Mais ne serait-ce pas faire preuve d'un peu trop d'optimisme ? Il ne s'agit là que du prélude à un chaos d'une ampleur bien plus grande. Raspoutine le pressent, obscurément. Que malgré tous leurs efforts, ils ne résoudront pas cette énigme aussi vite qu'ils le voudraient. Pas aussi vite qu'il le faudrait. S'il n'est pas encore certain que d'autres pensionnaires rejoindront Morphée dans un sommeil sans fin, il ne fait aucun doute que de nouveaux évènements dû à l'ennemie masqué surviendront malgré tout. Qu'ils sont entrés avant même d'en avoir conscience à l'aube d'un nouvel âge.
Jamais plus le visage de la Rouge ne sera le même une fois arrivé le dénouement de cette crise. Qu'elle se solde par leur échec à la résoudre ou par leur réussite. Quel que soit le résultat obtenu, ils auront tous participé à cet effort de guerre. Des artistes en béquilles jusqu'aux Charognes arrosées de dentelles.
La première ne fait même pas l'effort de prétendre l'écouter, occultant tout simplement son existence en fixant ailleurs son regard plein de détresse. Mais Raspoutine n'a pas vraiment l'occasion de s'en agacer prodigieusement, tout au plus de songer qu'il lui faudra décidément laisser à Quenotte le soin de gérer Brèche, avant que Charogne n'intervienne à son tour dans la conversation. S'opposant de fait raisonnablement à une autopsie en plein cœur de la Cafetière. L'idée n'est certes pas réjouissante, ni vraiment hygiénique, mais en bon néophyte, Raspoutine a préféré s'en remettre à l'avis d'un expert, incertain quant aux possibles effets négatifs induits par le déplacement du corps. Il ne s'agirait pas de perdre le moindre indice... Mais il lui faut bien reconnaître qu'envisager d'ouvrir Morphée sur une table où ils dîneront dans quelques heures est tout de même saugrenu, pour ne pas dire tout à fait inconscient de sa part. Rappel cuisant que, s'ils sont bien au fait des engrenages qui régissent la Maison, ils ont aussi besoin de lumières Extérieures. Aussi érudits soient-ils, même les Cerfs n'ont pas réponse à tout, et ils se perdent parfois en considérations inutiles dû aussi bien à leurs méconnaissances qu'aux incongruités et illogismes produits par les raisonnements de l'esprit adolescent. Bien entendu, aucun d'entre eux -ou bien si peu, du bout des lèvres-  ne reconnaîtra publiquement cette immuable vérité.
Sauf peut-être pour cette fois.

- Nous nous sommes emportés concède le Grand Bouc, il est vrai que procéder à une autopsie ici serait peu hygiénique et  bien trop compliqué, en plus de comporter des risques inutilement importants de dérangement. Pour ce qui est du personnel des cuisines, je vais me charger d'envoyer quelques Cerfs y fureter. Ostanek et Beignet feront très bien l'affaire, ils ont l'habitude de traîner dans le coin et y sont même relativement tolérés. Toute information sera bonne à prendre... La Maison ne dort jamais vraiment. Il y a toujours quelqu'un dans ses couloirs ou dans l'une de ses pièces qui reste réveillé. Alors celui qui a fait sortir Morphée du Sépulcre a peut-être été entendu par quelqu'un qui hantait l'une des salles. Ou bien, mais c'est moins probable à en juger par sa minutie, laissé quelques traces derrière lui en passant. Auquel cas il nous faudra relever ces éventuels indices avant que les couloirs soient nettoyés.
Les tâches à répartir au plus vite s'accumulent décidément sans fin. Raspoutine prend une inspiration. Et les sourcils froncés, la main glissant sur son menton pour fourrager sa barbe, il a décidément l'air trop adulte pour son âge, déjà engoncé dans sa carcasse hirsute. Alors même qu'il n'a que trop conscience d'être encore un adolescent bouillonnant furieusement au gré de sa chaotique transformation en homme. Traversé par des éclairs de maturité laissant entrevoir l'adulte qu'il sera, mais avant  tout conscient de ses failles. Craignant sans cesse de ne pas être à la hauteur du rôle qu'on l'a sommé d'incarner, sans plus lui demander son avis qu'on ne l'a fait de celui des faons qu'il est censé conduire. Mais peut-être Banshee a t'il vu juste en  fin de compte, puisque Charogne, Quenotte et Ours, parmi tant d'autres habitants de la Rouge, semblent finalement enclins à l'écouter. C'est une idée rassurante, qui parvient presque à le soutenir sur l'instant- avant qu'il n'en vienne à songer qu'après tout, on a plus souvent tendance à suivre les imbéciles que les sages.
Il est lui même un peu des deux.
Quant à notre complice du Sépulcre, Moustache est en effet le choix le plus évident. Non pas que cela l'enchante, et de loin. Reste à savoir quel prix nous aurons à payer pour bénéficier de son aide. Cela dit, nulle autre Araignée ne consentira aussi aisément à s'impliquer là-dedans. Mais quoiqu'il en soit de sa réponse, je te remercie de prendre part aux évènements, Charogne. Nous te sommes tous reconnaissants.

Ne serait-ce que de ne pas avoir à chercher un moyen de la faire taire. Et le Grand Bouc doit bien se l'avouer, il est surpris de la voir ainsi s'investir pour protéger le secret. A tel point qu'il en est même troublé un instant dans sa concentration- c'est comme si cette femme qui lui avait toujours semblé vivre derrière une vitre d'aquarium jusqu'à maintenant, venait soudain de le rejoindre subitement de l'autre côté, abolissant une distance rassurante qui l'empêchait d'être une source de tracas ou de réels questionnements. Posant soudain les deux pieds dans sa réalité pour venir patauger avec eux dans un marasme infâme. En la voyant s'éloigner après avoir murmuré quelques paroles à Ours, Raspoutine est forcé à songer qu'il lui faudra finalement revoir son opinion de Charogne. Pour le meilleur et pour le pire.
Et il serait également temps de s'en faire une réelle au sujet de Sieur Vautour. Si avec sa gueule de croquemitaine, sa langueur minutieuse et ses lèvres trop accoutumées aux soupirs (pas assez aux sourires) l'escogriffe n'inspire nullement la sympathie, force est de reconnaître qu'il pourrait se révéler être un homme important durant l'année à venir. Si jusqu'à maintenant rien n'a incité le Grand Bouc à manœuvrer pour approcher Vautour, il lui semble désormais capitale d'en apprendre plus à son sujet, et de le compter comme un allié des Cerfs... Quand bien même la tâche se présente comme étant des plus ardues, au vu de son flegme et de son rationalisme. Mais son arrivée récente au sein de la Maison ne l'a pas empêché d'être impliqué lors de cet évènement, ce qui dénote déjà d'une prédisposition à accepter les lois inhérentes à la Rouge. Et son sang froid, qui pour précieux qu'il soit n'en reste pas moins glaçant, leur sera sans aucun doute utile.
En partant du principe qu'il n'est pas à l'origine de ce désastre bien sûr. Mais Raspoutine en doute. Le responsable du détraquement de l'Envers et assassin de Morphée doit être au sein des murs depuis un certain temps- pourquoi sinon, s'en prendre à la Rouge, sans même avoir eu le temps de vraiment la comprendre, d'être touché par elle ? A moins d'être venu y chercher des réponses sur un membre disparu de sa famille, d'y avoir des connexions secrètes.... Auquel cas, d'une manière ou d'une autre, les Cerfs sauront débusquer ces liens de causalité cachés, mettant ainsi au jour d'éventuelles motivations obscures. Ce serait bien arrangeant, au fond, que Vautour soit le coupable. Adulte fraîchement débarqué n'inspirant nul chaleur, il serait aisé de finir par l'acculer, de le supprimer, puis d'oublier son existence jusqu'à une Nuit des Contes. C'en serait ceci-dit même trop accommodant, surtout au vu de la réserve de dents réunissant plusieurs années de rapts.
La tentation est grande, pourtant, à le voir poser sa main interminable sur un bras de Morphée. Une serre avide. Il y a chez Vautour un soupçon de gourmandise macabre, quelque chose de profondément sinistre. Le Grand Bouc a toujours été une bête intuitive à l'instinct gigantesque. Un instinct qui l'a rarement trompé. Qui l'incite à ne voir aucun danger concret en la personne de Vautour ; mais lui susurre quand même une répugnance qui lui courre tout en travers du dos.
Il faudra cependant faire avec.

- Je vais charger quelques personnes d'aller chercher un brancard, ou bien d'en construire avec les moyens du bord si en exfiltrer un du Sépulcre se révèle trop compliqué.
Ruse ou créativité manuelle leur seront donc utiles. Une aide des Loirs va probablement se révéler indispensable- ce sont eux qui possèdent le plus de matériel. Il s'en chargerait lui même si l'évènement n'était pas tel qu'il ne puisse pas quitter la Cafetière. Pas tant qu'elle n'aura pas été nettoyée puis vidée de sa population ainsi que de sa macabre attraction. Le Grand Bouc s'apprête à passer à l'action quand Brèche choisis d'intervenir. Il prend le temps d'écouter attentivement ses paroles, loin d'être aussi dénuées de sens que sa terreur à son encontre. La Loire émet une hypothèse intéressante. La possibilité que Tête d'Ampoule soit en confrontation avec quelqu'un d'autre, et qu'elle n'ait pas commis ce meurtre comme ils l'ont naturellement statué. L'idée est loin d'être stupide, mais non moins angoissante. Cela signifierait qu'une bataille se déroule sous leur nez, et qu'ils n'en sont que les pions. Des munitions à consommer- futurs cadavres ou fournisseurs de dents. Mais en ce cas, comment expliquer ce sentiment d'un Envers étranger ? Si l'assassin cherche à faire fermer la Maison, s'il est l'ennemie sournois de Tête d'Ampoule, cela signifie-il que cette dernière est finalement leur alliée ? En ce cas, sous quel jour considérer les corps démembrés aperçus par Quenotte dans l'Envers infernal de la Ballerine ? Réels morceaux de cadavre, ou simples créations ? De nombreuses questions se posent. Mais ils n'ont pas le temps de débattre pour le moment. Et Raspoutine se garde bien de faire part à la Brèche de son avis concernant cette intervention pertinente ; ce serait risquer de la faire tout bonnement disparaître.
Une  dernière fois avant de se consacrer à former des équipes pour mettre en branle les actions énoncées, Raspoutine se tourne vers sa seconde, se courbant jusqu'à elle pour échanger quelques ultimes murmures.
Je te laisse donc avec Vautour. Le bonhomme n'a pas l'air du genre à se laisser tirer les vers du nez, à plus forte raison pendant l'exécution d'un tâche exigeant tant de concentration... Mais essaie d'en apprendre autant que tu le peux sur lui, ne serait-ce que par l'observation. Je ne sais pas si nous pouvons lui faire confiance, cependant, nous avons besoin de lui. Et c'est une bonne raison de réunir des informations à son sujet, sans parler du fait qu'il soit lui même suspect- bien que je ne crois guère à sa culpabilité. Car si le meurtrier et Tête d'Ampoule sont bien une seule et même personne, le coupable est parmi nous depuis plusieurs années. Il n'aurait autrement pas été en mesure de recueillir tant de dents.
<< Bonne chance Quenotte.

Sur cet encouragement solennel, Raspoutine s'éloigne à son tour de l'enclave formé devant la table où repose le cadavre, fendant la foule comme un paquebot. Déjà sa voix tonnante appelle à lui des pensionnaires afin de les répartir en différentes équipes.
En moins de deux minutes, les rôles sont assignés à des groupes parfois hétéroclites, mélange de Cerfs, des Loirs et de Rats. Espions de cuisine, fourbes lutins chargés de concevoir d'éventuelles diversions, et collecteurs d'indices filent d'abord, vite suivis par les préposés au transport -ou à la confection- du brancard demandé par Vautour, laissant derrière eux l'agitation méthodique des pensionnaires affairés à débarrasser toutes les tables dressés ; rangement des couverts, de la vaisselle, extinction des bougies -quelqu'un a enfin songer à allumer la lumière- jetées au sein d'un sac poubelle (et qu'ils récupéreront sans doute, car on ne se débarrasse presque jamais de rien au sein de la Rouge, afin d'être certain de tenir avec les rares approvisionnements Extérieurs), balayage des lieux, et bien entendu entreposage des dents dans un sac différent.
Très rapidement, la foule informe laisse place à des colonnes nerveuses, et la Cafetière se vide des traces de mise en scène comme d'une partie de ses occupants. N'y trône plus, comme preuve tangible des évènements, que le cadavre de Morphée qui ne tardera guère à rejoindre le Sépulcre escorté par Vautour.


Spoiler:
 


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Jeu 30 Nov - 23:18




LES MOTS

Longuement, Personne pensif ne parlait pas — c’est parfaitement logique de ne pas entendre de bruits quand personne ne parle en même temps. Il voudrait dire que quand même, les sentiments se perdent dans cette grande foule humaine à moitié réveillée, et que chez les enfants et chez les adultes, on se concentre bien trop sur la forme que sur le fond : le fond c’est simple, le fond, c’est Morphée endormi (elle s’est endormie) pour toujours, Morphée le mort. Personne, lui, il n’oublie pas ça, c’est pourquoi il ne parle pas vraiment, il ne réagit plus trop, il se contente d’observer, absent, les yeux (vides) de Morphée. Mais les globes oculaires se sont la substance, et les siens à Morphée, ils lui ont été volé alors — Personne continue de se taire, il regarde silencieux, l’agitation autour de lui, Personne flotte, Personne est personne et Personne n’est pas là (et personne se souvient que Morphée est mort enfin). On se concentre bien trop sur la forme ici, on veut cacher, on veut protéger, on veut se venger : mais Personne les comprend, alors il ne leur en veut pas — on se concentre sur la forme ici, on veut surtout comprendre enfin. Expliquer (Personne continue de se taire, invisible derrière son maquillage tout séché par la nuit, tout craquelé par le temps, effrité par le matin, et remué par le mélange des émotions : lassitude, colère, inquiétude, passion, un peu de tristesse aussi, et le sens du devoir, Personne est un second, c’est un fou ou bien un cavalier, Personne est un second, il doit agir pour les Loirs (et les Loirs, ce sont les siens) ; il doit agir pour leur éviter le même maquillage, le masque abîmé par le mélange des émotions : lassitude, colère, inquiétude et passion, avec beaucoup de tristesse aussi, et de la peur épaisse comme de l’encre (aujourd’hui c’est le jour noir charbon, le jour triste comme un goudron fondu)) expliquer expliquer les choses, c’est dangereux et c’est un risque, c’est le risque d’oublier le fond mais aussi l’assurance d’agir et de se prémunir enfin. Personne pose son regard sur le groupe institué en leader de l’affaire — Personne, tu supposes que tu vas devoir aussi agir enfin.

Aujourd’hui, parce que c’est un jour-goudron-triste, Personne parlera.
C’est une exception.
C’est un jour goudron après tout,
Morphée est mort.

Mais si son regard est décalé, posé sur le corps sans vie, le Fabricateur les écoute et les regarde : (il y a le grand Cerf, odorant et rouillé, l’ancien chef et le nouveau chef, le terrible faune qui se bat pour jouer son rôle le mieux qu’il puisse — il est terrible et charismatique, impressionnant et désolant en même temps, il ruissèle dans tous les sens et il s’agite en phéromone, plus du tout enfant et pas vraiment adulte enfin — un faux guignol pour de vrai)
(il y a la demi-lune la dent oubliée, la Quenotte silencieuse secrétaire prend des notes convulse et explose en silence calculatrice cassée pièce manquante — c’est curieux parce que Personne se méfie d’elle mais en même temps, il a plus de respect pour elle que pour Raspoutine c’est curieux mais pourtant)
(il y a l’enfant insensible (le séisme déchirant — c’est Brèche, la lucide) et l’enfant guerrière (la muette la fantôme la petite qu’est-ce qu’elle fait encore là d’ailleurs elle elle est drôlement têtue Personne tu hausses les épaules et lève les yeux au ciel enfin enfin maintenant elle est là c’est trop tard et puis c’est une guerrière on t’a compté les histoires d’une épée déchirant l’Envers comme un voile comme la chair)) ce sont les Loirs ce sont les siens les fils rouges coulent dans leurs essences et la laine les entoure)
(il y a les adultes aussi, Ours le grand raconteur balaud et bienveillant, Charogne la cynique et la décapitée, Vautour le dévoreur de science, bien trop avide d’ouvrir le corps en deux pour se plonger dedans, incarnation de son nom (et le nom c’est le reflet des yeux dont le reflet de l’essence) — Personne aime le premier, se fiche du deuxième, et observe le dernier et se méfie des trois car ce sont des adultes et les adultes sont suspects)
(il y a le brouhaha des autres, aussi — les rats, le gamin décapité par exemple, les loirs demeurant, les cerfs qui parcourent les lieux et notes, les autres enfin (et les autres, c’est l’enfer)).

Personne soupire — lui aussi, il doit jouer son rôle, après tout.
Il attend que Raspoutine ait fini de s’agiter.
Il consulte Rouge-Gorge d’un regard muet, et hoche la tête.
Pire, Personne (parle ?) : « Morphée était un Loir — je viens avec vous, assister à l’opération.  » La voix de Personne est douce et étonnamment claire pour un individu que l’on n'entend jamais l’ouvrir — la voix de Personne est sûre et sonne comme une cloche ou un violoncelle tendu : elle énonce des faits et des constatations, ne tolère pas de nuances ou de refus. Les yeux grands ouverts, il ne regarde personne en particulier, mais sur son masque de peinture, le sourire rouge grand ouvert s’adresse tordu à l’assistance dans son entièreté pour rappeler à l’assistance dans son entièreté que personne n’est pas suspect et que personne n’est pas coupable. Personne, soupire et fixe le petit groupe à sa droite, désigné par le chef des Cerfs à la construction du brancard. Ils sont terribles. Sa tête se pose un moment sur Brèche, et dans sa tête comme une comète une idée traverse le ciel étoilé. « Je pense que Brèche a raison sur un point aussi, l’Envers.  » Il désigne Morphée, et s’adresse surtout à ses congénères enfantins. «  L’Envers de Morphée n’a peut-être pas eu le temps de disparaître complètement. Il pourrait être judicieux d’aller l’explorer avant sa destruction totale.  » Et Personne se mure à nouveau dans le silence, son regard s’est posé sur Marteau, un des Loirs préposés au brancard qui s’échine avec de la ficelle et une chaise.

Personne soupire encore, et en un pas transplanté vers le groupe, il leur prend la ficelle des mains et leur demande doucement d’aller lui chercher deux manches à balais et deux ou trois vestes. Déroulant la bobine de ficelle, le Fabricateur fait ce qu’il connaît le mieux : (dans sa tête, il visualise, dans sa tête, les plans, dans sa main déjà une grosse aiguille) il construit.




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Quenotte
Ven 1 Déc - 12:16

 


 
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Sous le tumulte elle se laisse porter, elle qui a pourtant l’habitude d’organiser, gérer, prévoir. Planifier et calculer. C’est ce qu’ils pensent, tous. En compliment et en injure, tout dépend des personnes. Elle est pour une fois interdite. Note sans trop rien dire, jusqu’aux mots exacts de Brèche qui rapporte ce qu’elle avait pourtant espéré entendre de Raspoutine. Et voilà qu’il redescend dans son estime. Tant mieux, tant pis, la vie est faite de coups bas, de déceptions. Ce n’est pas tant qu’elle lui en veut, au grand faune, mais elle s’attendait de sa part à un rien plus de… Professionnalisme. Et grimace amèrement en songeant qu’il y a deux ans en arrière, il ne lui serait jamais venu à l’esprit d’utiliser ce mot. Le Vautour avait peut-être raison finalement. Et La Charogne dédaigne, à jouer celle qui s’en fout –comme toujours – tout en offrant un rien de son aide.

Nouvelle grimace. Comme si Moustache était qualifié. Comme s’il n’était pas plus brutal que réparateur. Et c’est un homme avec ça. On ne peut pas avoir confiance en eux, à croire que la confiance fuit devant leur pilosité faciale. Et tandis que la grande pâle s’en va chuchoter quelques messes basses à L’Ours, Quenotte songe que, bientôt, cela sera aussi le tour de son frère, d’être homme plus que garçon.

Et comme une réponse, voilà qu’il la pousse vers l’avant. Et que l’envie lui prend, subite mais juste, de lui en retourner une.

Mais c’est vrai ça, que le Vautour a l’air soudain tout apprêté, une fois son élément retrouvé.

Et que ça parle même d’hôpital, et elle se demande si Fange s’en souvient autant qu’elle. Qu’il se rappelle de la chambre au papier peint bleu et du lit unique et des livres, et du reste. Et qu’il parle en son nom, à exiger sa présence lors de l’opération. Ce n’est pourtant pas par peur du cadavre qu’elle se hérisse, mais bien par crainte de rejoindre l’oiseau qui lui a déjà causé tant de tort.

- Quoi ? Non, ils n’ont pas besoin de moi pour ça je serais beaucoup plus utile ailleurs ! Avec Raspoutine par exemple. – Aux grands maux les grands remèdes mais le faune semble d’un regard appuyer la décision. Et Personne. Personne qui parle pour l’occasion !
Tiens ce n’était pas une légende. – Personne se propose, pourquoi c’est moi qui dois aller avec Vautour ?

Un coup d’œil à son frère, qui lui laisse entendre comme il lui revaudra ça et elle soupire. Transpire, un peu. Odeur âcre de sommeil crevé et de peur naissante. Plutôt de colère, en fait. Plus encore lorsque Raspoutine lui fait en chuchotis tous les encouragements du monde. Oh ne t’en fait pas Rasty, je sais déjà qu’il est insupportablement indiscret. Et qu’il ne respecte pas la souffrance des autres. Nonobstant les murmures désobligeant dont elle s’est à grande peine accoutumée, elle contemple la naissance palpable du brancard, chaises et bouts de ficelles, sous les mains expertes d’un Personne qui leur fait bien étonnement étalage de sa présence. Et puisque le Faune les a encouragés à disposer, et puisqu’il faut bien transporter le corps, ignore volontairement Vautour pour rejoindre le réparateur, fabricant de lunes et de rêves. Pour se saisir d’un rien, faire mine de l’aider. Et chuchoter à son tour.

C’est fascinant, cette manie qu’ils ont tous de parler tout bas, même lorsque la tragédie les frappe ensemble.

- Dis… Tu passes pour un bon voyageur de l’autre côté. Je ne tiens pas à retourner dans L’Envers. Pas après… Le fiasco de La Fête. – Corps flottant, cris stridents, elle ne parvient décidément pas à oublier. – En sommes, tu es plus doué que moi, et tu répares. Tu pourrais peut-être faire tenir ce qu’il reste de celui de Morphée… ? Et y enquêter, avec d’autres qualifiés. Je sais que tu t’entends bien avec Sables et c’est aussi un bon voyageur… - Puis un soupire. – Je sais que Morphée est Loir mais tu le connais mieux que moi pour aller dans son Envers. Et tu es le Second de Rouge-Gorge, il faut nous répartir… Crois-moi je ne me pâme pas de joie non plus à l’idée de fréquenter Vautour…

Et elle ne dirait pas nous à une aide infantile supplémentaire. Mais puisqu’il faut se répartir…

- Tout ce que j’en dis, c’est que c’est une bonne idée…





 
C O D E ©️ W H A T S E R N A M E .

 


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