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Le jeu du chat et de la souris • Lardon
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Brèche
Dim 29 Oct - 19:33
Au fond de la poche de sa robe, les cinq dents s'entrechoquaient comme un jeu d'osselets. La loir n'avait pu se résoudre à les dissimuler quelque part sous sa couche – dans un recoin du matelas, sous une planche disjointe du parquet – de crainte qu'un pensionnaire ne les trouva et la questionne. Elle aurait du parler de tout – de l'expédition, de la chute dans l'Envers, de l'énigme de la Blanche... Et Brèche préférait choisir ceux et celles à qui elle confierait de tels propos. Déjà Poux l'observait à la dérobée en se grattant le cuir chevelu avec force grognements. Cela se voyait, à son regard, qu'il crevait d'envie de connaître les détails de l'escapade.

Elle avait senti son regard la détailler de bas en haut tandis qu'elle quittait les dortoirs, reconnaissant dans la tenue de la Loir la robe désuète d'une Quenotte plus jeune. Grincement de dents pouilleuses, rictus amusé – allons donc la Brèche ne se contentait plus de Feu-Follet ? La Loir préféra continuer son échappée, se glissant au sein des entrailles de la Maison, cheminant au sein de ces boyaux dont l'activité avait repris nimbée de murmures au sujet de la fête des Loirs.

Tête basse, Brèche avançait tentant d'échapper aux mains pouvant la happer pour la retenir. Qu'ils aillent donc demander à d'autres, à Raspoutine tiens – le chef des Cerfs avait la verve aisée, il pourrait leur en donner plus que leur content. Puis la Loir avait bien plus important à l'esprit que se remémorer cette nuit aussi intrigante que hostile.

Elle avait une affaire à régler.


***

Brèche se sentait jonquille sous ce soleil automnal qui faisait miroiter sa robe jaunie. La béquille ponctuait ses pas, patte folle, troisième jambe qui l'aidait à avancer tandis que sa jambe gauche arborait d'impressionnants hématomes. Sa chair boursouflée avait pris la teinte violacée des corps malmenés et le bandage à son front continuait à le ceindre, masquant presque un œil. Poupée éclopée sous les coups des pensionnaires et d'Araignées peu scrupuleuses.

Poupée de son habituée à ce que ses coutures lâchent, Brèche n'avait cure de ses maux et avançait en clopinant malgré le terrain accidenté bien différent du parquet ciré de la Maison. Dans la forêt les nids-de-poule étaient aussi légions que les racines tortueuses et la Loir se devait d'user de sa béquille comme d'une canne d'aveugle pour pouvoir mener un pas devant l'autre sans se retrouver à terre.

De ses prunelles grandes ouvertes elle recherchait la raison de sa présence en ces terres sauvages. Elle avait glané les informations pendant des jours, moyennant trocs en tout genre – confection d'amulettes, sessions de défouloir où elle était le sac de sable. La Fête des Loirs et sa longue préparation avait repoussé, à plus tard, sa visite mais ayant, désormais, les coudées franches, elle pouvait lui parler.

Tenter de l'acculer pour le faire parler.

Elle le vit, assis sur un promontoire, dominant une parcelle forestière tandis que l'ombre de l'arbre sous laquelle il avait pris place le recouvrait. Brèche sut que sa présence avait été devinée dès que sa béquille entra en résonance contre une pierre, le tintement brisant la quiétude. La Loir offrit son grand sourire qui lui étirait les commissures, creusait les fossettes.

« Hey. »

Serrant sa béquille à s'en blanchir les jointures, Brèche accéléra son rythme de pas craignant que le Cygne ne s'envola loin du canard à trois pattes qu'elle était.

« On m'a dit que tu venais souvent dessiner ici. Je peux regarder ? »

Allez, il n'allait pas lui faire l'impolitesse de lui dire non. Déjà Brèche tendait le cou pour mieux voir ce que cachaient les feuillets entre les mains de Lardon.



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Sam 4 Nov - 13:42

Il y avait des vérités que tout le monde connaissait à La Maison, l'une d'entre elles étant notamment le tempérament couard de ce nouveau Cygne au visage mutilé et aux cahiers griffonnés. Mais ce fut nonobstant sa réputation de poltron, qu'en cette belle matinée d'automne Lardon prit ses crayons et ses papiers et s'enfonça dans l'orée de la forêt. Des arbres et des bestioles, Lardon savait qu'il n'avait rien à craindre. Il n'y avait bien que l'humain et tout ce qui s'en rapprochait qui l'effrayait. Et puis Mémé disait toujours qu'une 1h de balade de la forêt équivalait à 5h de vrai sommeil. C'était vrai qu'il se sentait moins fatigué, revigoré par l'air frais et humide qui lui prenait le nez avec son odeur caractéristique d'humus et de verdure. Alors tranquillement, sur un rocher recouvert de mousse, il déposa tout son petit matériel si durement amassé: crayons de couleurs et de papier de toutes marques et tailles, morceaux de toiles jaunies, carnets écorchés et bouts de craie. Il aurait volontiers ramené son kit d'aquarelle mais cela aurait sans doute fait trop. S'asseyant sur une souche d'arbre et croisant les jambes, il jeta le gant qui enveloppait sa main meurtrie et commença son ouvrage. Il choisit tout simplement d'esquisser au graphite la silhouette d'une biche endormie sur un lit de feuilles mortes.
Concentré à noircir le museau du mammifère, il n'entendit pas la Loir arriver, sursauta en entendant le son de sa voix et en lâcha même le crayon qu'il tenait. Jetant un coup d'oeil par dessus son épaule, son visage pâlit en rencontrant celui de la demoiselle et un mélange d'effroi et d'horreur se lut son faciès quand il se mit à compter mentalement tous ses bleus. Était-ce seulement possible de se faire abîmer à ce point là ? Il n'était pas fier de l'avouer mais au fond de lui elle le répugnait car elle était le produit de tout ce qu'il haïssait dans la Maison : la barbarie des enfants, la résignation générale, le mutisme des adultes et la souffrance à peine endolorie de ceux qui subissaient. Ça lui faisait de la peine et de la peine il s'en trimballait déjà assez comme ça.

▬ Non ! S'était-il exclamé en fermant brutalement son cahier dans un geste irréfléchi, sa main brûlée sur la couverture. Ah ! Glapit-il en cachant sa paluche derrière son dos et en baissant les yeux, embarrassé à l'idée qu'elle ait pu entrapercevoir cet humiliant lambeau de lui-même.

Lui montrer ses croquis ? Pourquoi faire ? Pour se moquer ? Elle le gênait, l'intimidait même quand sa simple vue lui rappelait cette fois honteuse où il l'avait vue se faire cogner dans les couloirs et qu'il était simplement passé en rasant les murs. Sans rien faire, sans rien dire se contentant de baisser les yeux quand on l'avait interpellé là où quelqu'un de bien aurait haussé la voix, peut-être même levé le bras devant une scène pareille. De base il avait du mal à se regarder dans la glace mais encore plus après ça. Dans son angoisse, il ne réalisait même pas qu'elle n'avait sans doute aucun mauvaises intentions et que de son côté il sonnait froid et méchant quand en réalité il n'y avait pas plus guimauve que Lardon.

▬ Euh je dois y aller. Dans l'empressement même pas de « désolé ». Il se leva et commença à rassembler ses affaires mais ses mains tremblantes renversèrent tout ses biens au milieu des feuilles et des herbes folles. Merde aurait-il juré si Mémé ne l'avait pas aussi bien éduqué.
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Brèche
Sam 11 Nov - 19:36
Brèche eut un sursaut lorsque Lardon referma son cahier d'un geste sec, ponctuant son geste d'une imprécation vive. La Loir n'avait guère eu le temps de voir ne serait-ce qu'une parcelle de croquis et se demandait bien ce qu'il pouvait cacher si vivement avec tant d'empressement. Est-ce qu'il dessinait... Brèche rougit en y songeant, se traitant mille fois d'idiotes. Non, Lardon ne pouvait dessiner cela... Même si cela expliquerait pourquoi il le faisait loin des murs de la Maison et lui avait caché comme une honte, comme un magazine érotique volé aux Adultes et planqué sous son lit. Puis c'était typique des garçons de s'intéresser à cela, Brèche en était certaine. Tout le monde le disait, donc ce devait donc être vrai.

Oh c'était dégoûtant.

Lorsque tout s'écroula, Brèche baissa les yeux par réflexe, trop curieuse pour son propre bien. Une feuille vint se coller à sa jambe, propulsée par le vent. Son bras se tendit, ses doigts accrochèrent le feuillet et le saisirent. Elle était là, sa solution, sa planche de salut. Par la Rouge, si la Loir osait le pas, elle pourrait acculer Lardon.

Abandonnant sa béquille, Brèche agrippa tout ce qui lui passait par la main – feuilles, crayons, tout ce qui pouvait appartenir à Lardon elle s'en saisissait avec l'avidité d'un enfant pour les sucreries. Prenant jusqu'à en avoir les mains pleines, elle plaqua sa collecte contre sa poitrine avec un rire de victoire.

« Je te rends tout ça seulement si tu me dis pourquoi tu fuis ! »

Dans une tentative d'imiter Feu-Follet et son aplomb, Brèche leva le menton et tenta un sourire qui se mua en grimace.

Elle n'avait véritablement pas l'étoffe d'un Rat.



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Feu/Brèche par Fantôche
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Dim 12 Nov - 21:20

La vie était cruelle parfois. Enfin ou pas parce que dans le fond Lardon n'avait qu'à s'en prendre à lui-même, sa maladresse, son manque de politesse, sa terrible gêne qui refaisait surface à la simple vue de la gent féminine. La fille avait beau avoir des béquilles, elle fut plus rapide que lui à ramasser tout son matériel si durement accumulé et c'est avec ses crayons, ses craies et ses papiers qu'elle lui posa l'ultimatum : Si tu me dis pourquoi tu fuis. En vrai la situation était plutôt banale, quoiqu'un peu comique mais pour Lardon, la moindre petite contrariété rencontrée prenait toujours la taille des montagnes quand il commençait à stresser. Et voici tout ce qu'il trouva à redire  :

▬ Mais euuuh... Je fuis pas d'abord !

Lui-même ne se trouva pas très convaincant. Alors Lardon poussa un soupir, se retourna pour mieux remettre son gant sur sa main mal cicatrisée puis revint à l'adolescente devant laquelle il rouvrit son carnet. Humidifiant son doigt, il feuilleta les pages jusqu'à retrouver le croquis de la biche fraichement crayonnée dont il manquait encore les ombrages et la texture qu'il rajouterait plus tard et rouspéta :

▬ D'accord je te montre, mais vite hein !

Il avait beau avoir seize ans, il parlait à la façon d'un enfant de sept, vraiment pressé de se débarrasser de cette Loir trop curieuse, trop gênante avec ses bleus et ses pansements. Même et surtout en fait sur les filles pleines de cicatrices il n'oserait pas lever la main, lui arracher des bras tout ce qu'elle tenait pour récupérer son butin. La retraite n'étant plus une option, il ne lui restait plus qu'à capituler, brandir le calepin sous son nez et tourner rapidement les pages révélant les natures mortes, les portraits de fleurs, de fruits, de chaussures et autres objets oubliés au milieu de quelques petits animaux, souris, écureuils, renards, lapins esquissés au fusain, à la craie ou au graphite et parfois même parsemés de tâches d'aquarelles. C'était un peu tout l'intérieur de Lardon qu'il exposait à vif quand il révélait à cette demoiselle vêtue de jaune et de pansements.
C'était un geste impulsif, fait sans réfléchir et que Lardon regrettait déjà. Et si elle trouvait ça moche, ridicule, mal proportionné ? Et si elle allait tout raconter à ses amis du dortoir ? Il rougit rien que d'y penser comme s'il venait de lui dévoiler un grand secret.

▬ C'est euh... Bin... Il se frotta l'arrière de la tête en évitant son regard, ne sachant pas quoi dire. Comment tu t'appelles déjà ? Lui l'imaginerait bien Bleuet, Momie ou Ecchymose.
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Brèche
Dim 19 Nov - 23:02
Oh, il ne dessinait pas des filles. Brèche en était pleinement rassurée. Ça, ça l'aurait profondément écœuré et lui aurait fait tout lâcher – les feuilles, les stylos – pour fuir jusqu'à la Maison. Lardon serait alors devenu un pensionnaire à fuir, à l'image de Raspoutine dont la masculinité prononcée lui rappelait bien trop de mauvais souvenirs.

Les feuilles bruissèrent comme une invitation et Brèche pencha le nez sur les croquis qui défilaient sous ses yeux, arrachant des étoiles à ses mirettes fascinées. Il avait du talent, le talent d'un Loir. Brèche osa poser une main sur le carnet pour faire cesser le manège des feuillets.

« Je... Je peux revoir la biche ? »

Ce dessin, plus que les autres, la fascinait, elle la Loir qui en prenait les traits au sein de l'Envers. C'était comme son second animal totem après le Loir, effigie d'une maison où le Marché l'avait envoyé avec l'aplomb d'un Choixpeau miteux. Brèche se retint de tourner les pages elle-même, croisant les mains dans son dos, ne lâchant pas sa collecte.

« Brèche. C'est mon nom. » précisa-t-elle comme s'il y en avait besoin. « Parce que je me fais souvent mal sans le vouloir. » Et que les gens aimaient bien la frapper, fascinés par l'absence de cri. « T'inquiète pas. Je sens rien. Je sais pas ce que c'est... avoir mal. » Haussement d'épaules, sourire. « C'est comme ça. »

La Brèche dénuée de douleur c'est aussi naturel que le cycle lunaire, les nuits où l'Envers vient vous happer par les orteils – c'est dans l'ordre des choses.

« Pourquoi tu les caches tes dessins ? Ils sont très beaux. »

Comme enhardie par cet échange, Brèche se rapprocha, son épaule frôlant celle de Lardon.

« Moi ils me plaisent. Je suis incapable de dessiner aussi bien. »

Elle sa spécialité c'était les breloques que l'on suspend à son cou et à ses poignets, les peintures rupestres répandues sur les flancs intérieurs de la Maison.



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Feu/Brèche par Fantôche
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Dim 3 Déc - 18:20

Ouf, elle avait l'air de bien aimer ses dessins l'Écorchée. Mince, faudrait pas qu'il commence à lui donner des surnoms lui aussi, à jouer au petit jeu de La Maison. C'est pas très sain, pas très normal tout ça. Et puis il était certain qu'elle avait un joli prénom, qu'elle était autre chose que des bleus et des pansements. Certainement plus remplie, moins creuse, moins triste et vide que simplement Brèche. Alors Lardon consentit à revenir en arrière dans son carnet vers la biche à demi-achevée.

▬ Non, je veux dire... Avant. Avant d'être un punching-ball humain entendait-il. Comment pouvait-il ne pas s'inquiéter, lui qui dormait sous un toit où les gens comme Brèche, comme lui, devenaient des proies ? Au dégoût se succéda la colère. Une colère douce, timide d'un petit Barthelemy trop couard, trop résigné pour savoir ce que c'était d'être réellement révolté, mais une colère quand même. De penser que sous prétexte qu'on avait plus de sensation on finissait en défouloir des petites gens. Cet endroit l'indignait. Bande de sauvages sans éducation. Si seulement il avait été beau et brave et courageux comme Tâche pour transformer ce petit feu de cheminée en incendie de forêt, pour consumer dans son obligeance de chevalier servant tout ces malotrus qui se permettaient tout et n'importe quoi sous les regards voilés des prétendus adultes. Et voila qu'il s'en voulut encore plus de cette fois où il l'avait si lâchement abandonnée aux coups de ces vilains rats. Dessiner c'était bien certes, mais ça ne servait pas à grand chose dans la vraie vie du vrai monde. Il aurait bien voulu être un peu plus que ça, un mec gauche, inutile et sans répartie mais qui cependant savait tenir un crayon.
Voilà qui explique pourquoi Lardon n'osait toujours pas la regarder. Son propre visage se fit même écarlate quand elle le complimenta sur ses esquisses. C'était bizarre d'entendre quelque chose de gentil. Qui ne vienne pas de Diablo ou de Non tout du moins. Ça existait encore l'amabilité ici ? Au contact de Brèche, l'adolescent frissonna. Baaaah toucher des filles. Était-ce de l'aversion ou de la timidité ? Qu'importe, il ne put s'empêcher de reculer un tout petit peu, bien qu'adouci par les flatteries de la Loir.

▬ Je sais pas... Moi je les trouve loin d'être parfaits. Fin c'est juste de l'entrainement tu sais. Beaucoup de temps à tuer, à griffonner, crayonner, esquisser. Lardon s'occupait très bien tout seul même dans l'En-Dehors quand il n'avait presque pas d'amis et simplement une Mémé qui lui disait de ne pas faire ses devoirs parce que les études c'était vraiment survendu. Pourtant ça lui arrivait souvent de regarder avec envie tout ces groupes d'enfants qui jouaient, riaient, courraient au loin. Dès fois ça avait l'air chouette de faire partie d'une bande. C'était bizarre de se dire que ce fut ici que Lardon intégra sa première meute, pas les Cygnes, non, Diablo et Non. Une petite meute, mais une meute quand même.

Ses yeux regardaient leurs pieds, contemplaient les chaussures, les bandages de la fille, parcoururent les béquilles jusqu'au sommet de la robe jaune d'où dépassaient les deux bras minces et abimés, s'arrêtèrent aux gris-gris qui ornaient le poignet. Oh que c'était joli. Comme une pie attirée par ce qui brille, Lardon ne sut détourner le regard, désigna la breloque du doigt et demanda :

▬ C'est quoi ? C'est toi qui l'a fait ?
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Brèche
Dim 10 Déc - 1:05
Brèche agita son poignet, faisant tinter la breloque qui pendait avec son lien de cuir qui lui enserrait la chair. Maillage de fils qu'elle avait noué et renoué jusqu'à les solidifier pour y suspendre des boutons dorés tombés des vestons des Adultes, des éclats de briques (des gouttes de la Maison), des perles et même une ampoule colorée comme on en trouve sur les guirlandes électriques de Noël. La Loir tendit le bras en avant pour que Lardon puisse mieux observer.

« C'est de moi, oui. » Brèche eut une bouffée de fierté en mentionnant, tout haut, sa propriété. « J'en fais plein. C'est un peu ma spécialité. » Comme d'autres avaient, eux, le don de cogner les gens sans qu'on en voit les traces. « Des charmes, des amulettes. Pour chasser les cauchemars, la peur, apaiser la Rouge. Je t'avoue que je ne sais pas si ça fonctionne vraiment. Mais ceux à qui j'en ai confié ne se sont jamais plaints. »

Si elle avait confié un de ces bijoux fait-main à Cocarde, aurait-elle survécu à cette nuit-là ? Brèche se posait la question par intermittence, comme une vieille rengaine qui ne la lâchait jamais. La Loir reflua l'interrogation en elle, son sourire creusant des fossettes sur ses joues creuses.

« Si tu veux, je t'en créerais un. Pour ce que tu veux. Même pour avoir une copine si tu veux. Qui sait, ça peut marcher. » Brèche disait cela innocemment, persuadée que tous les garçons voulaient des copines et inversement. Elle, elle avait sa chevalière et ça lui suffisait. « J'ajoute toujours des éléments en lien avec le futur propriétaire... pour attiser le lien. »

Un élément qu'elle avait lu parmi les ouvrages qui s'échangeaient entre les pensionnaires et qui avaient été rédigés par plusieurs successions de Cerfs qui partageaient un amour commun, et sans limite, pour le paganisme, le chamanisme et autres rites. Au vu de ce qui se déroulait dans la Maison, ça tombait presque sous le sens de prêter foi, même un brin, à ces croyances. Brèche y avait puisé de quoi améliorer ses créations, leur donner plus de corps tout en croisant les doigts pour que ses amulettes protègent leurs porteurs, et non l'inverse.

« Mes amulettes n'ont plus ne sont pas parfaites. L'important c'est d'y mettre tout son cœur. Et je suis certaine que c'est ce que tu fais. »

Si Brèche avait pu irradier d'une lueur d'icône religieuse, elle l'aurait fait. Sauf qu'elle n'était pas dans l'Envers ce qui rendait l'exploit impossible.

« J'ai une idée. » s'exclama la Loir en pointant l'index vers Lardon comme pour mieux l'inclure dans la conversation. « Je te crée une amulette et tu m'offres un dessin. Si tu fais ça, je te dirais mon nom... d'avant la Maison. »

Car tout se négocie dans cette pension aux briques rouge sang.



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Feu/Brèche par Fantôche
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Dim 17 Déc - 23:29

Oubliant sa frayeur des contacts, émerveillé par le cliquetis des morceaux de briques et l'éclat doré des boutons, Lardon s'approcha un peu pour mieux admirer le travail de ladite Brèche.

▬ Woooow. C'est vachement BEAU ! S'extasia-t-il en postillonnant un tout petit peu sur le beau, les yeux brillants comme un mioche devant une vitrine de Noël, triturant ses doigts, n'osant guère toucher pareille oeuvre. Alors bien évidemment, ce fut avec un enthousiasme spontané que l'adolescent s'exclama « C'est vrai ? » quand son interlocutrice lui proposa de lui en confectionner un. Il écouta dès lors attentivement les conditions (car des conditions il en y avait toujours, les cadeaux ne venant jamais vraiment seuls) de la Loir, non sans lâcher un gloussement quand elle mentionna une copine.
Il y avait un peu de sagesse dans les propos de Brèche. Et un peu d'enfance aussi. De croire qu'un simple grigri pouvait protéger de quoi que ce soit. De croire qu'il suffisait d'y mettre du sien pour faire quelque chose de bien. Lardon lui aussi aimerait le penser de façon aussi sincère.

▬ D'accord. C'était la première fois qu'on lui proposait quelque chose en échange de ses dessins. C'était carrément flatteur, comme une caresse chaude dans le sens du poil. Pour une fois que ça valait quelque chose de concret les esquisses et les crayonnés. Mais j'ai déjà une copine. Affirma-t-il avec une assurance qui ne laissait pas vraiment de place au doute. Oui Lardon avait une copine, vous avez bien entendu. Même qu'elle s'appelait Non, qu'elle était Cygne comme lui et avait la peau encore plus foncée que celle de Diablo. Après tout ils dormaient ensemble, mangeaient ensemble, jouaient ensemble, gloussaient ensemble. C'est ça une copine non ? Quelqu'un à qui on peut murmurer ses secrets les plus inavoués à la lueur d'une bougie vacillante sous un château de draps. Comme un copain mais en fille. Parfois Lardon était d'une naïveté presque touchante.

▬ Tu peux faire quelque chose pour protéger un ami d'É... Il s'interrompit car prononcer le nom du Diable c'était un peu l'invoquer d'une certaine façon. De quelqu'un ? Oh et puis pour le dessin je peux te faire ça tout de suite mais d'abord il va falloir me rendre mes crayons ! Car c'était vrai qu'elle avait encore une bonne partie de son matériel derrière son dos. Lardon tendit la main en souriant, définitivement amadoué et apprivoisé par la douce éclopée, content de rencontrer, pour une fois, une gamine presque normale, qui pour une fois, ne lui voulait pas de mal. Probablement. Pas encore du moins. Elle avait la tendresse de la biche, il aurait été peu probable qu'elle ait également les crocs du loup. Et quand bien même c'était le cas, les loups appartenaient à la forêt comme les enfants appartenaient à la Maison. Ce n'étaient pas les loups qu'il fallait craindre mais bel et bien les enfants, oui.

▬ Tu veux quoi comme dessin ?
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Brèche
Ven 29 Déc - 18:24
Rassurée par la verve de Lardon dont la langue se déliait lentement, Brèche décroisa les bras pour mieux tendre son larcin (c'est ainsi qu'on définit un emprunt mené sans l'accord du propriétaire) à Lardon afin qu'il reprenne possession de ses biens. Toute voltigeante dans sa robe fleurie, la Loire s'assit sur une souche d'arbre non sans omettre de laisser la béquille toute proche. Elle avait beau ne pas sentir ses genoux hurler grâce, son corps, lui, peinait à suivre la cadence. Toute sourire elle se demandait bien qui était la petite amie du Cygne.

« Alors je peux en faire un pour ta copine. Quelque chose pour vous lier encore plus. Comme les colliers des meilleures amies avec le cœur qui se sépare en deux. »

Une bricole de filles qu'on s'échangeait lors d'une soirée pyjama, rituel obligé pour sceller le lien qui unissait les comparses. C'était bien moins impressionnant que les échanges de sang des garçons tout en virilité. Brèche aurait aimé vivre un de ces rituels, même le second – elle n'aurait pas senti la morsure du couteau, de quoi impressionner la confrérie. Joue collée contre sa main elle songeait, yeux mi-clos, à ce qu'elle pourrait confectionner au Cygne tissant des questions au sein de ce recoin des bois, de cet instant d'ailleurs qui n'appartenait qu'à eux – loin de la Maison et de ses règles.

« Tu sais, tu devrais me dire de qui tu veux protéger ton ami. Souvent, pour conjurer un sort et éviter le mauvais œil, il faut quelque chose qui appartient à l'ennemi, à celui dont on veut se garder. Je te rassure, je ne ferais pas de poupées vaudous. Je laisse ça aux Cerfs. » rit-elle, se fendant d'un sourire. « Alors, c'est qui ? Héron, Hermès, Herpès... Estampe ? »

Avec une syllabe de connue, les possibilités étaient multiples d'autant plus que la Loire ne savait pas même si le concerné était pensionnaire ou adulte, garçon, fille ou même neutre.

« Éphémère, Extase, Émérite... » Brèche fronçait les sourcils, tentant de remonter tous les noms possibles sans même savoir si leurs possesseurs existaient – ou avaient même vu le jour. La Loire secoua la tête, perdue. « Hécatombe ? » tenta-t-elle en dernier recours avant de laisser l'énigme en suspens. « Pour le dessin, je ne sais pas... Pieds-Nus m'a déjà dessiné des biches et une femme-centaure mais avec un corps de biche. » De très jolis croquis qu'elle conservait sous son matelas. « Tu pourrais faire mon portrait ?  Je serais curieuse... de me voir à travers tes yeux. »

Serait-elle une poupée de son aux coutures déchirées dégorgeant leur ouate ou un poupon fragile au corps couvert de cicatrices prêtes à éclater ?



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