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Épouvantails [Os]
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Dim 29 Oct - 17:38

L’Envers n’est jamais sûr pour personne. Quand ce n’est pas lui-même qui devient hostile, ce sont ses habitants. Sans compter la Rouge et cet étrange voleur de dents de lait. Tout y est permis, de la petite exaction au meurtre. L’on n’y reconnaît plus ses pairs, ni adultes, ni enfants. Juste un peuple bariolé, difforme. Parfois délétère. Il suffit d’avoir un peu de chance, une clémence venue d’on ne sait où. Par exemple, un corps en aiguilles et une pendule en guise de cœur. Entrelacs compliqué d’engrenages et de clous, au geste précis, au verbe assuré. Qui s’y frotte s’y pique, s’y écorche. Minuit prend soin, pourtant, de ne jamais montrer cette apparence à quiconque. Par pudeur, par honte peut-être. Il n’est pas très à l’aise en grand échalas métallique et froid. Surtout qu’il doit sacrifier ses vêtements à chaque passage – comme si son pouce n’avait pas suffi. Il ne s’est jamais vu sous cette forme ; il ne sait pas à quel point il a l’air effrayant. Comme le squelette d’un automate maudit.
 
Pourtant il s’est presque porté volontaire quand Os lui a raconté, au hasard d’un bouquet, sa dernière mésaventure. Il paraît qu’un oiseau l’a attaqué là-bas, la dernière fois. Un grand volatile bien décidé à le blesser. Sans doute pas un adulte – il n’en connaît pas qui pourrait lui en vouloir à ce point. Un enfant, alors ? L’hypothèse pourrait sembler terrible ; pour lui elle paraît tout à fait plausible. Et son grand tatoué de collègue doit y songer tout autant que lui, en tant qu’ancien pensionnaire.
 
Alors ils sont là, clopin-clopant, vagabondant en quête de l’Envers. Minuit attend d’être avalé. Cela pourrait prendre des heures, jusqu’à la nuit tombée peut-être. Il patiente. Il attend le signal de son camarade, qui lui est un Sauteur – de ce qu’il en sait. Il se rend compte qu’il n’a jamais attendu l’Envers. Il s’est habitué, passif, à être cueilli comme un fruit mûr. Avalé pour être remodelé. Subir sans protester. L’idée qu’il puisse avoir le choix, même un simulacre, ne l’a même pas effleuré. Quelque part, c’est plutôt rafraîchissant. Il se demande tout de même si la Rouge ne le fera pas payer d’être ainsi sorti de son rôle.
 
« J’es-j’espère q-qu’on va le-le trouver. », fait-il pour combler le silence.
 
Les mains croisées derrière le dos, il se balance de droite à gauche, un peu gêné. Il aimerait en finir assez vite. Il ose :
 
« Q-qu’est-ce que tu-tu feras s-si on le tr-trouve ? »
 
Minuit se doute bien que le responsable ne s’en sortira pas indemne. Quand Os était Oz, il n’y avait pas qu’une lettre de changé. Il a pu voir, de loin, les agissements d’un Rat ordinaire : violent, terrible, agressif. En bon Cygne, il s’est tenu à l’écart. Os et lui sont comme deux inconnus qui se sont retrouvés. Deux fantômes de l’En-Dehors, à qui la Maison aura fait prendre corps.
Et tandis qu’il détaille en silence le visage bariolé, une brise iodée lui caresse les cheveux.

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Lun 30 Oct - 19:20
Une part de toi, Os, devait sans doute penser qu'il ne faut s’emmêler, qu'il faut éviter de perturber l’ordre des choses.
Elle sait ce qu'elle fait...
Une autre part, de lutter contre cette passivité qu’était imposée par ta déférence pour la Rousse.
Je sais aussi ce que je fais.
C'est une Mère après tout, et comme toutes les mères elle croient savoir ce qui est meilleur pour nous. Jusqu'à lui montrer qu'elle a tort.

Juste que parfois ça ne suffit pas, et dans ces cas-là...-

Ton compagnon importuna le silence et coupa tes pensées, sa voix ricocha contre les profondeurs non percevables des couloirs. Tu te demandais d'ailleurs, quel genre de mère la Rousse était pour Minuit. Minuit mal à l'aise dans le silence, et ce qu'il y a entre. Minuit agité à tes côtés, saurait-il mieux nager une fois plongé dans le revers des papiers peints ? Ou coulera-t-il comme une enclume ?
Minuit qui avait vraisemblablement proposé de t'aider car c'était dans sa nature, et pas dans ses plans.

Après l'épisode de l'agression, ton intention était de laisser cette affaire dormir. Après tout, ce ne serait pas la première fois que la Rouge te taquinait, voir te provoquait. Mais les murs murmurèrent, et la tuyauterie déversa ses secrets près de tes oreilles, concernant d'autres agressions qui se sont produites dans l'envers. Ça t'avait fait tiquer – et si c’était quelqu'un qui en était responsable ? Peut-être un enseignant qui s’est laissé enivré par la liberté qu’offrait l’enve, ou un des gosses – plus probable.

Tu avais tourné ta tête vers ton collègue à sa question, peut-être pour lui indiquer que tu l'avais entendu, peut-être pour le dévisager calmement, car tu n'avais donné de réponse encore.

Peut-être que c'était Minuit ; les agressions dont il avait entendu parle occuraient bien la nuit à pas d'heure.

Le bruit des souliers contre le sol se réduit de deux, lorsque tu remarquas que vous étiez arrivés au croisement.

Rien.
Je veux juste savoir qui c'est.


Si c'était un adulte, ce serait une autre histoire. Si c'était un gosse... qu’est-ce qu’on est censé faire ?  Le ou la bourrer de calmants ? Leur donner la fessé puis les reporter au directeur ? Peut-être avec cinquante pages de punition à remplir en bonus ? Non, ça ne marche pas comme ça ici. Remarque, ça n’a jamais marché dans l’en-dehors non plus. Le ou la gosse était probablement aussi perdu que tu l’étais quand t’étais à leur âge. Tu décideras de quoi faire dépendant de qui ce sera...

Tu accroches la rambarde de l'escalier et te laisses attirer pour t'asseoir sur les premières marches ; les doigts contre les barres en bois.

C'est peut-être juste Elle aussi.

"Juste" elle. Espérons qu'elle ne prenne pas ça mal.
Tu tapotes la place à côté de toi pour inviter ton collègue à te rejoindre. Toi, tu pouvais plonger quand tu voulais, mais pour Minuit, il fallait peut-être attendre que les horloges sonnent son nom.

Ce n'est pas toi l'oiseau, hein ?

Os n'aime pas tourner autour du pot, autant poser à plat ce qui le chiffonne pour soit le confirmer tout de suite, soit s'en débarrasser comme probabilité. Il avait demandé ça comme quelqu'un qui demanderait l'heure ; même si c'était Minuit le coupable, il ne le jugerait pas, il ne lui en voudrait pas, il chercherait à comprendre avant.

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Mar 31 Oct - 9:31
Battements de cils.
Minuit hoche lentement la tête. Se rend compte à quel point Os a changé. Autrefois, il aurait peut-être cassé la gueule du premier suspect venu – qu’importe sa nature. Cela dit, peut-être que son collègue ne lui dit pas tout. Pour le préserver. Ou parce qu’il ne devrait pas – ou qu’il n’a pas besoin – de savoir. Il se contentera de laver le sang derrière, si les murs s’en retrouvent entachés. Purger la Maison de ses démons, juste un instant. Jusqu’à devoir tout recommencer.

« Elle ». Minuit pince les lèvres. Si tel est vraiment le cas, la Rouge leur fera peut-être payer l’affront. Ou bien elle se moquera, rira de leur errance, pour mieux les perdre dans ses drapés purpurins. Ses intentions ne sont pas si importantes : elle gagnera de toute évidence. Lui, en bon fils ingrat, ne l’approuve pas toujours – il se résigne. Comme Os devra se résigner lui aussi, si son hypothèse se confirme.

Obéissant, l’homme de ménage s’assied à côté du jardinier, mains posées sur les genoux. Son regard fatigué fixe le vide. Ce soir, il ne se couchera pas à minuit. Il dormira peut-être quatre ou cinq heures, pour être ponctuel demain. Déjà son faciès semble se creuser de lassitude. Pourtant, il est un peu enthousiaste à l’idée d’accompagner son collègue. Se sentir utile. Ersatz de joie balayé par ce qui lui semble être une accusation. Surpris, Minuit redresse la tête, bouche entrouverte, lippe tremblante. Ce n’est qu’une question et pourtant il se sent tout écorché à l’intérieur. Ses protestations demeurent collées dans sa bouche. Son palpitant s’affole comme une horloge malmenée. Il baisse la tête. Il ne devrait pas. C’est idiot. Ce n’est qu’une question. Il rougit, tout gêné de s’être ainsi emporté. Il passe une main nerveuse – celle dont il manque le pouce – dans sa nuque courbée.

« N-non je. J-je n-ne su-suis p-pas l’oiseau. »

Il est sans doute pire que cela.

« J-je t-te fe-ferai jamais de m-mal O-os. », laisse-t-il échapper.

De nouveau son regard se perd dans le néant.

« À-à per-personne d’a-d’ailleurs. », ajoute-t-il – curieuse précision.

Ses mains moites se frottent l’une contre l’autre. Il inspire. Os doit le trouver stupide à réagir ainsi. Tellement soucieux de bien faire qu’un rien peut le blesser. Minuit regarde le cadran de sa montre. Il ne reste qu’une trentaine de secondes avant que le temps n’annonce son homonyme. Il trouve déjà le Croisement terriblement calme. Même pas l’ombre d’un Loir somnambule ou d’un Rat en quête de grignotage.
Et le sel qui lui emplit la bouche et le nez ne vient pas de nulle part.
Il le sent.

« J-je crois qu-qu’on y est bi-bientôt. »

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Ven 3 Nov - 1:51
Contre les barres boisées de la rambarde étaient marqués beaucoup de choses ; des initiales et des noms, des rides et des cœurs précédés d'équations infinies. Tu laissais tes doigts glisser doucement en longueur, sentant vaguement les reliefs creusés dans le noir.
Tu laissais aussi glisser le temps après la réponse de ton collègue, n'étant peut-être pas sûr comment réagir après avoir compris que ta question de formalité était mal placée.

Finalement, lorsqu'il précisa qu'il ne ferait de mal à personne, tu tournas ta tête en sa direction et lui donnas une légère tape amicale sur le dos (de la main au pouce manquant) ; tu fixas son expression du visage, puis :

Sauf à toi-même visiblement hein.

Oh, mais tu savais, que ce n'était pas lui. Mais il faut croire que quand on habite dans la Rouge, on apprend à éviter de raturer l'improbable en premier ; même si nos tripes sont sûrs de la réponse.
Non ? Non, ce n'est pas tout à fait la Rouge qui t'a appris cela, Os. Tu l'as appris de l'en-dehors, à ne pas croire aveuglement en tout, et d'éviter la certitude comme la peste.
Tu aurais pu tourner en quelqu'un de terriblement pragmatique et mathématique, si ce n'était pas pour ta grand-mère qui avait su planter de la foi en toi.

Quand la marée avait commencé à descendre pour ton ami, rien n'avait changé pour toi. Après qu'il t'ait averti de Sa venue, tu te lèves d'un bon des escaliers, sautillant très légèrement sur tes pieds pour freiner ton corps après. Tu regardes ensuite dans les directions opposées du couloir, puis te tournes vers Minuit.

Minuit n'était plus.

On te voit retenir ton souffle un instant, puis faire encore de nouveau le geste où tu regardes dans les deux directions du couloir, mais cette fois tu prends une direction au pif. Ça ne devait pas être ce que tu avais prévu... maintenant tu dois trouver l'envers dans lequel ton collègue a été happé... et qui ne devrait pas être loin, espérons-le.

Alors que tu avances, tu remarques un autre couloir qui entrecoupait celui où tu étais. Ce que tu as dû trouver fort curieux car il n'y était pas tout à l'heure. Tournant à gauche, tu te retrouves face à une balustrade qui donne sur un escalier. Où deux personnes étaient assises sur les marches. L'une d'elle venait de donner une tape contre le dos de l'autre..

...et si c'était toi qui était tombé et pas Minuit ?

Non... non.

Tu prends ton élan, cours puis saute pardessus la balustrade...
... pour plonger dans un nouveau décors, sous une nouvelle forme.

L'inquiétude desserra ses harpons de ton cœur lorsque tu réalisas que tu avais retrouvé contrôle.

Très drôle, Rouge.
Elle t'a bien fait réalisé que tu n'étais peut-être pas aussi solide et ancré que tu le pensais.

C'était une immense vallée, avec ses herbes bougeant au grès d'une tempête qui s'approchait. Il y avait de la foudre et des éclaires. Os se trouvait sûrement au dessus d'une falaise... il espérait que Minuit ne retrouve pas l'oiseau avant lui, si oiseau il y avait.

Donnant un coup de nageoire, l'orque fusa dans l'air pour descendre la falaise.

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Sam 18 Nov - 23:12
« Sauf à toi-même visiblement hein. »

Minuit souffle du nez. Sourit un peu. Os est un jeune homme plein de bon sens, malgré sa fantaisie. C’est peut-être pour cela qu’il l’apprécie. Il s’apprête à lui répondre quand –

Vlan.

L’écume lui fouette le visage, s’immisce dans ses narines, pénètre dans sa gorge et trébuche sur ses paupières. Elle l’enveloppe dans son étreinte violente, iodée. En quelques secondes, le voilà trempé, tremblotant, les cheveux en bataille et la chemise collée – voile gondolant sur son torse nerveux. Éructant l’eau salée du mieux qu’il peut, Minuit se lève tant bien que mal. Glisse et retombe sur les fesses. Gémissant de douleur, il se frotte les yeux – c’est pire – et regarde où donc l’Envers l’a mené. La trachée en feu, le sel plein la bouche, il rabat ses cheveux en arrière. Expire.

Il est assis sur des rochers escarpés, au pied d’une falaise. L’océan à perte de vue, violent, rugissant sa colère contre la roche imperturbable. Le souffle coupé, Minuit se hisse pour échapper de peu à une seconde rafale. Il glisse, s’effrite, se cogne contre la pierre. Quand ce n’est pas l’eau qui le cogne, c’est le vent qui le frappe. Se jette sur sa peau pour en glacer les gouttes. Le poil dressé, la peau trempée, les vêtements collants, Minuit se recroqueville tout contre la paroi. Le sel lui brûle les yeux, plus que les larmes factices que lui prête la grande bleue. Il déglutit. Observe. Droite gauche haut. Personne. Il n’y a personne et pas même un autre habitant de la Maison qui se serait égaré. Os n’est pas là. Plus là. Il n’y a que la foudre qui hurle et la mer qui gronde.

« C’est tout de même embêtant… » murmure-t-il pour lui-même.

Le revoilà. Le Minuit de l’Envers, celui qui ne balbutie pas, qui réfléchit, qui avance sûr de lui. Il ne ressent même plus la différence. Il s’apprête à changer, encore. Il attend la métamorphose. Elle n’a rien de douloureux. Ni même de désagréable. Juste dérangeante. Pour les autres, du moins.

Un autre souffle se fait entendre. À nouveau, il lève les yeux au ciel. Son regard croise celui d’un orque, gigantesque. Sublime dans son alliance tranchée de noir et de blanc. Peut-être lui insufflera-t-elle quelques vers. À défaut d’une porte de sortie. La tempête gronde. Elle approche. Au moins, elle a la politesse de prévenir de son avancée – aussi violente soit-elle. Rictus venant, Minuit ne se rend pas compte que ses doigts s’allongent. La chair se tend, élastique, sans se disloquer. Les bras suivent le mouvement, suivis du corps et des jambes. Les vêtements se déchirent, transpercés par le métal. Les articulations explosent sous la pression des engrenages.

Devant l’orque se tient un monstre. Machine distordue et pourtant fonctionnelle. Deux orbites vides sur un visage métallique. Une horloge en guise de cœur – les aiguilles tournent dans le bon sens seul détail normal, acceptable. Les mouvements dérangés par le goémon collé contre l’acier. D’un coup, il demande à l’autre habitant de l’Envers :


« PaR oÙ sOrT-oN ? »

Car la tempête approche, avec ses bras d’écume.

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Dim 3 Déc - 5:53
Heureusement que l'orque avait suivi la transformation de Minuit, il n'était sûr qu'il l'aurait reconnu autrement. Même ce qui restait de ses yeux étaient trop froids pour invoquer une quelconque familiarité chez Os. Le Minuit de l'eau-delà était trop inhumain pour ses vêtements d'humain - le Minuit de l'eau-delà était blessant au point d'en déchirer son enveloppe de tissus. Mais il semblait avoir au moins quelque chose en commun avec le Minuit d'avant -  le Minuit blessé assit sur les marches d'escaliers ;

son cœur, à lui aussi, semblait tourner dans la bonne direction.

La sortie est toujours à la fin de la tempête.
La vraie question est si tu désires la subir maintenant
ou plus tard.


Une voix qui était doublée par un écho déformé, on ne reconnait pas le vocal de Os dedans. Os qui était d'ailleurs rassuré d'avoir retrouvé son ami aussi tôt, même si ses émotions et sentiments sont généralement très amoindris sous cette forme. En revanche, sa ouïe est naturellement plus développée, c'est d'ailleurs grâce à cela qu'il avait repéra son compagnon.

Il se rapprocha de lui pour se mettre à son niveau, n'attendant pas réellement un choix de la part de l'horloge. Le mammifère donna un léger coup de nageoire, provoquant un courant d'air en plus alors qu'il l'invitait silencieusement à s'accrocher sur son dos, il ajouta.

Pour cette fois-ci, nous la subirons plus tard,
car nous avons quelqu'un à retrouver avant.




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