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Fantasque bataille — Ouvert aux Loirs
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Dim 29 Oct - 14:26
Il est assis sur son lit à moitié défait, les jambes croisées sous un livre épais. Le regard, placide, parcourt l'histoire de la révolution américaine. De temps en temps Pantin griffonne sur un petit cahier de notes quelques dates clefs. L'autre main soutient la tête lourde de Rouge-gorge. La pluie bat le carreau derrière lui. Quelques murmures, du papier qui se chiffonne, une conversation à voix basse qui ronronne. Il cligne plusieurs fois des yeux. Lorsque sa tête roule involontairement sur le côté il se redresse en sursautant. Rouge-gorge frotte son visage fatigué et Pantin ferme le livre d'Histoire d'un coup sec :

Bon, on s'emmerde, là !

Rouge-gorge aurait dit la chose plus diplomatiquement, mais la marionnette n'a pas tort. Il faut qu'il fasse autre chose où il va finir par s'endormir. Il n'est pas quinze heures, ce n'est certainement pas l'heure de la sieste ! Mais par un temps aussi gris, difficile de penser à passer autrement son dimanche après-midi. Rouge-gorge quitte son lit, enjambe un tas de feuilles à moitié gribouillées, évite les crayons à la mine affûtée qui menacent de lui piquer les pieds et se penche par-dessus une étagère pour fouiller un tiroir encombré de petits papiers. Il trouve un paquet de cartes dépareillées, qu'il complète avec un jeu de Uno qui traîne à côté et une dizaine de questions du Trivial Pursuit édition famille. Aucun de ces jeux n'est jamais complet, mais cela importe peu, puisque Rouge-gorge ne compte pas jouer à tout ça. Pantin s'agite dans son autre main, soudain très excité. Le chef des Loirs se retourne pour héler gentiment les autres occupants du dortoir :

Quelqu'un veut faire une partie de bataille fantasque ? Personne ?

Il a repéré le second mais il s'adresse autant à lui qu'aux autres gamins qui s'ennuient.

Bataille fantasque ? T'appelle ça comme ça, maintenant ? commente Pantin de sa voix criarde.
Tu sais bien que ça change tout le temps.

Le nom n'est pas la seule chose à être régulièrement modifiée par les enfants, qui ont inventé les règles d'un jeu de cartes qui peut se jouer n'importe où et dans n'importe quelles conditions. Quand il n'y a pas de cartes, on utilise des dés. Un jour, on avait même pris des cailloux. De fait, les règles s'adaptent au terrain, au matériel mais aussi aux participants. Elles changent sans cesse et quand on gagne, on ne sait jamais réellement pourquoi. C'est ce qui en fait un jeu aussi amusant. La bataille fantasque, où quel que soit le nom qu'on lui donne ces temps, c'est un jeu pour les Loirs, par les Loirs. Ils gagnent tout le temps quand ils jouent contre les autres enfants. Mais quand il n'y a qu'eux, eh bien... disons que les parties deviennent rapidement aussi bariolées que leur dortoir.

Moi j'appelle ça le Fablouscrabble. Parce que j'suis fab, et je gagne tout le temps.
Tu triches tout le temps, corrige calmement Rouge-gorge en poussant son lit contre celui de son voisin pour s'aménager un petit espace de jeu confortable. Lorsqu'il a fini, Pantin s'égosille :
Parce que t'es un loser ! J'veux Personne dans mon équipe, cette fois !
Tu sais bien qu'on ne forme pas les équipes au début du jeu, il faut attendre qu'on soit plus nombreux. Quand deux ou trois joueurs commencent à perdre on tire au sort pour savoir qui finira la partie avec eux.
Bla bla bla, t'es chiant. J'veux personne dans mon équipe, j'te dis ! Je gagnerai tout seul !

Rouge-gorge lève les yeux au ciel et avant que Pantin n'ait le culot d'en rajouter, il libère sa main gauche pour battre les cartes.

HJ:
 

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Dim 29 Oct - 17:49




LA GRELOTINE


(trempé)
Il pleut aujourd’hui, Personne, tu l’auras sans doute remarqué parce que tu es
(trempé) trempé, Personne.
Bouffon, tu m’expliques ce que tu as été faire dehors alors qu’il (pleut) tombe (des cordes) des putains de barres en métal oxydées ?

Alors il y a une explication tout à fait logique : Personne adore la pluie — il adore le bruit de la pluie et l’odeur de la pluie dans la forêt, l’odeur de la mousse et de l’humus un peu humide, le petit brouillard qui se lève au niveau du sol et des couleurs, comme une petite marée discrète et mouchetée blanche et grise. Il aime bien l’odeur de la Maison, odeur toute grinçante et tombante (à cause des gouttes épaisses qui tombent du toit) et aussi le bruit cassant des éclairs qui grondent, au loin. Personne adore les orages : certes oui d’accord et parfaitement. Il pourrait les adorer en étant à l’intérieur Personne, sans doute. C’est ce que Personne avait prévu en fait : un chouette après-midi à l’intérieur au niveau de la fenêtre dans le brouhaha rassurant du dortoir des loirs, à regarder les gouttes d’eau s’égrener une à une des nuages jusqu’à l’herbe, dans la Cour, là-bas. Bon. Lorsque le ciel ne pleurera plus, la pluie n’aurait plus lieu, or par lemme d’échange, il a déjà été un temps certainement où la pluie n’a déjà plus eu lieu — ce temps c’était lorsqu’il ne pleuvait pas encore, cela remonte à petite heure déjà. Comme à son habitude, dans son lit-Atelier—coin—truc, Personne bricolait un machin, comme d’habitude, cela ne ressemblait à rien, et comme d’habitude, il lui manquait un autre machin pour compléter un machin et il ne parvenait pas à mettre le mot ou la main sur le machin qu’il lui manquait pour compléter le truc en question. Et voilà le chevalier Personne premier du nom partit pour une quête épique, à la recherche d’un truc dont il ne savait pas encore la nature ni le nom ni l’identité, pour compléter un autre truc tout aussi flou sinon plus, quête mystérieuse et terrible qu’il l’avait amené jusqu’à chez Minuit mais apparement le bricoleur bégayant n’était pas non plus chez lui, et de fil en aiguille en botte de paille sa quête d’un truc s’était métamorphosé en quête de Minuit fournisseur de trucs, et finalement il s’était retrouvé dans le jardin, au niveau du Potager. C’est à peu prêt à ce moment là que l’averse s’était décidé à jouer son rôle, et que Personne s’était retrouvé (trempé) complètement mouillé et grelottant et maintenant, Personne grognait et rentrait en grognant dans son dortoir.

(il pleut, mais il fait quand même beau)
(il fait toujours beau chez les Loirs)
(il fait toujours beau et coloré)
Et Personne ne peut s’empêcher d’esquisser un sourire en fixant le brouhaha doux et chaotique du dortoir des Loirs, alors qu’il vient de rentrer dans le dortoir en question.
Sur la fenêtre, la pluie bat avec une joie malicieuse, les cheveux de Personne sont mouillés.
Il grelotte un peu, alors il part se mettre en quête d’une serviette pour se sécher — en chemin, il évite couleurs, crayons, et morceaux d’oranges (c’est une métaphore pour les loirs occupés).

(bataille fantasque)
(j’avais proposé chaotique chaos une fois)
(personne n’a vraiment accroché)
Personne hoche la tête avec enthousiasme — les yeux pétillants qui pétillent — lorsque Rouge-Gorge lance l’idée d’une fantasque bataille. Evidemment qu’il veut participer (il fait un petit clin d’oeil discret à Pantin, mine de rien) — Personne est terrible à ce jeu là, avec Pantin, ils vont être les rois du Pétrole. Personne hoche la tête, enfin, sa tête cachée sous une serviette se hoche et se sèche, mais on comprend globalement l’idée de l’approbation, alors que Personne commence à rassembler coussins, morceaux de tapis, tissus bariolés pour les dresser en un petit cercle dans le coin du dortoir à peu près rangé que Rouge-Gorge a trouvé (comprendre ici — avec relativement peu de choses à pousser pour faire de la place). Aux cartes du chef des Loirs, il ajoute des pions, dés, crayons, feuilles blanches, deux morceaux de puzzle, une pomme, une orange, un pot de peinture vide, une bouteille d’eau, le truc qu’il construisait au début avant d’être trempé par la pluie (et toujours personne n’a compris ce que c’était censé être, de loin, ça pourrait ressembler à une fleur emmaillotée dans une pelote de laine, avec des clous et des punaises qui dépassent), encore un dé, encore des morceaux de puzzle, un plateau d’échec, un plateau de dame, un plateau tout court, et une grosse chaussette bleue — fantasque bataille.  

Fantastique bataille : probablement une des choses les plus difficiles à comprendre pour tout nouvel arrivant chez les Loirs.
Chaotique chaos : les règles sont toujours changeantes, elles se fabriquent au cours du jeu.

(personne a mis un gros pull aussi, probablement volé à Rouge-Gorge, parce que son gros sweet noir à capuche est tout mouillé par la pluie)
(un gros pull jaune pastel)

Étrange et drôle de jeu malicieux : régulièrement les Loirs tentent d’apprendre le jeu aux membres des autres dortoirs, mais ces derniers échouent à chaque fois à gagner ne serait-ce qu’une manche de ce jeu vaguement mystérieux, incarnation ludique de l’esprit du dortoir chez les Loirs.
Fantasque bataille : il n’y a pas vraiment de règles.

(personne s’est assis sur un pouf en regardant Rouge-Gorge recruter des joueurs, patient et silencieux et vaguement amusé par le côté sergent recruteur de son ami)

Fantasque bataille : il paraît qu’une fois, Personne était tellement pris dans le jeu (en colère — apparement, non, la couleur de la lettre W du scrabble n’était pas suffisamment violette pour convenir comme moyen de payement pour acheter une rue du Monopoly) qu’il a parlé, mais ça reste une légende — du coup celui qui fait parler Personne pendant une bataille fantasque gagne automatique 100 points, c’est une règle tacite.  
Fabulous Scrabble : même que une fois, une partie a duré pendant une semaine — ça faisait drôlement bizarre aux autres enfants quand un Loir s'écriait << ORANGE — MOT COMPTE DOUBLE ET COUPE COULEUR, J'AVANCE DE TROIS CASES VIOLETTES ET TU ME DONNES UN BOUT DE CROISSANT >> le matin pendant le petit déjeuner.





HJ:
 

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Sam 4 Nov - 17:47
Elle avait une grosse valise et des souliers cirésLes vaillants soupirs n'avaient pas réussi à repousser la réalité.
C'était vrai, elle était bien là. Elle ne pouvait pas le changer, ça ne servait à rien de crier bataille contre la réalité. Des forces gaspillées inutilement, un sentiment d'impuissance, c'est tout ce qu'il y avait à gagner.

Elle s'engouffrait dans le dortoir des Loires avec sa petite valise en cuir, ses souliers rouges, son visage de Kate Moss et son cardigan bleu.
Elle a peu de faire tâche, mais c'est un secret, parce qu'elle ne veut pas l'admettre.
Elle comprend pas encore que dans le dortoir des Loires, les tâches ça fait joli, on les mets sur des toiles, sur les murs, su des grandes bandes de papier qu'on a fabriquer en assemblant des feuilles de cahier.

Elle se dirige vers son lit, en ignorant l'agitation ambiante, dépose sa petite valise en dessous, n'ose pas trop participer. Ni regarder les autres. Elle n'a osé regarder personne depuis son arrivée, elle ne regarde que ses pieds, mais ils ne lui font pas beaucoup la conversation, ils sont un peu ennuyeux, à se complaire dans le silence. Alors elle ose se tourner vers les autres, le visage face aux lattes de parquet.

Est-ce qu'elle doit se trouver une voix, une intonation ? Elle n'y a pas réfléchi, elle a peur de choisir la mauvaise, de vouloir en changer sans pouvoir, pour ne pas perdre la face.
Alors elle ne dit rien, elle sent son ventre se barbouiller, mais pas des milliers de couleur des tubes de peinture qu'il y a par terre. Elle a eu peur de s'en mettre sous les semelles,
si c'est de la gouache, ça ne partira pas. Elle aura toujours des couleurs sous les pieds,
ça ne lui plaît pas.
© CRIMSON DAY


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