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Red Crown ♔ Vautour
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Quenotte
Mer 25 Oct - 16:35



I just want to know you

Bury you in black


Blanc vaisselle, blanc Fayence. Blanc vide, blanc monde parfait, ils éclosent encore sous ses paupières, lorsqu’elle les ferme assez fort pour voir jaillir des couleurs qui n’existent que dans la face cachée du crâne de tout un chacun. Sous ses paumes, ils flottent, dérivent à l’unisson dans les méandres d’un Envers qui ne leur appartient plus. Jusque dans ses rêves, c’est un festival de membres orphelins de leurs corps, frémissant d’une brise indolore et sans saveur, là, juste sous leurs pieds. Elle découvre sa vision, laissant à ses genoux cagneux tomber ses mains, paumes ouvertes face à elle. Le Sépulcre dégueule sa blancheur, jusque sur les chaises en plastique qu’ils ont posé là, suffisamment profondes pour les laisser à leur aise, mais bien assez inconfortables pour qu’ils n’aient pas envie de s’éterniser. Qui le voudrait, après-tout, jusque dans les cloués du lit. Ceux pour lesquels l’odeur des lieux semble s’être imprimé, avoir gagné un recoin intime de leurs viscères. Elle craint farouchement d’être de ceux-là. Bientôt, cela sera le cas d’Ephélide, si ses reins continuent à jamais de le trahir. Pour ainsi dire, son oiseau de comparse est revenu au bon moment. Au point de rupture où même Fange ne semble plus savoir que faire – autrement que se morfondre – pour lui faire retrouver le sourire.

Elle a fouillé pourtant, dans chaque rayon de la bibliothèque, sur les traces d’un arracheur de dents, démembreur d’enfants. Et l’idée lui est apparu, claire et terrible, bien évidente, à y songer, tant ils sont tous les mêmes. Si le coupable n’est parmi eux aucune frimousse, passée ou existante, il est forcément l’un des leurs. Les grands, les adultes, les monstres qui autour d’eux gravitent et, dans l’En-Dehors, ne cherchent qu’à les blesser, les asservir à leur convenance. Il n’y a après tout qu’un adulte pour s’en prendre ainsi à des enfants. Les journaux papiers ou télévisés lui donnent en ces temps de malheurs plus que raison. C’est armée d’œillades obscures qu’elle les lorgnent désormais. Les professeurs bien-pensants comme les éducateurs. Et voit d’un mauvais vent les visites plus fréquentes de Fange au Sépulcre, les yeux teigneux que la dame de cafetière jette à Ephélide, parfois. On ne peut faire confiance à aucun d’entre eux. Comment le pourraient-ils ? Quand même un père s’autorise à blesser et prendre, saisir juste parce qu’il le peut. Il lui suffit d’une preuve, d’un nom. Et elle se chargera – à grande aide de Fange – de réduire au silence le bâtard responsable de la collecte d’émail.

C’est sur cette hargneuse réflexion que se pointe l’Araignée, toute replète dans sa robe blanche, lui offrant l’attrait commercial et faussement rassurant de son sourire en guise de signe de bienvenue. La noiraude se redresse alors, filant dans l’ombre silencieuse de sa sentence. Assise sur le rebord d’un lit d’hôpital, elle attend que l’Araignée s’affaire, songeuse et absente, regard assoupi dans de lointaines contrées, plus éloignées encore que La Maison et son Envers. Un paradis secret et intime qui n’appartient plus qu’à elle et dont même Fange n’a que trop rarement les clefs. Il y a encore, quelques fois, des recoins d’âmes qui lui sont interdits, et où il ferait mieux de ne pas s’aventurer.

- Aller Quenotte, déshabilles-toi.
- Hein… ? – Elle a redressé le nez, cherché des yeux la sincérité dans les billes de la poupée de cire, les mans froissés sur son propre tablier. Dans les poches cliquettent quelques pièces, fortune sans valeur et dépassée rassemblée à grande peine. Toute sa cagnotte pour les beaux yeux noirs de son frère. – Pour quoi faire… ?

Sourire stupide et elle s’approche, désignant la balance d’un signe de main tranquille.

- Eh bien pour t’examiner. Voir si les médicaments font effet, si ton corps se développe, et peut-être faire un petit examen.

- Non.

Silence de Sépulcre.

- Non je ne veux pas.

Ils savent, pourtant. Comme c’est inscrit dans son dossier. Comme il ne faut pas, à douze ans comme à seize, tenter de l’effleurer. De la dévêtir, dans sa fragilité de poupon que seules les robes maintiennent en place. Elle descend, s’écarte, s’esquive. Recule un peu prestement contre la porte.

Et la claque, le temps de ralentir l’Araignée, avant de faire vibrer la toile – elles portent bien leur nom – et rameuter les autres. Les Educateurs ou bien pire, l’infirmier moustachu que s’est récemment flanqué Fange. Une femme, c’est déjà bien assez. On hèle son nom mais elle se faufile, déboule à pas rapide dans les couloirs, mine de rien, mine de feu, planquée sous les ondulations noiraudes de sa tignasse. Elle bouscule et creuse son chemin dans les entrailles d’une Rouge qu’elle connaît par cœur.

Son pas martèle, elle ne se retourne pas sur d’éventuels poursuivants, ne fait que reculer l’inévitable mais en est sur l’instant parfaitement satisfaite. Puis, d’une envolée de biais, esquivant à la hâte quelques Cygnes et deux Cerfs en pleine sortie studieuse, se projette d’un bond dans une salle de classe. Bien le dernier endroit où on viendra la chercher.

C’est comme un autre monde.

Un univers de couleurs en déclin, tons orangés à l’infini, reflets sur les tables aux multiples inscriptions. On y a gravé des fresques d’existence à coup de compas et de rasoirs. Tout le monde sait que tout bon Rat cache une lame quelconque dans ses manches. Elle n’a plus mis les pieds dans une classe depuis bien longtemps et en avait oublié l’atmosphère poussiéreuse, un rien rassurante. Confortante d’enfance, même, de ces lieux où se délite la poussière tombée sous les rayons d’un soleil mourant.

De la fenêtre, elle entraperçoit la cour, pourrait y voir la tignasse d’Ephélide se diriger lentement mais sûrement vers les ennuis, sur les traces d’un pauvre Cygne. Mais n’y voit rien, l’attention happée par la silhouette malingre qui orne - drôle de presse-papiers - le bureau en fond de classe.

C’est un grand oiseau, un drôle d’escogriffe si différent d’Ephy qu’elle en a le souffle un peu noué. C’est un grand inédit, un grand jamais vu dans La Maison. De la maigreur de ses doigts jusqu’au crochet de son nez, son bec d’oiseau de proie. De charognard. Et le nom lui vient tant et si bien qu’elle croirait l’avoir elle-même baptisé.

Vautour.

Ses lèvres en revanche, ne peuvent formuler qu’un timide:

- Bonsoir… ? – Et son cerveau de fracasser et cogner, refuser l’évidence, en réponse à son petit cœur fourbe qui bat déjà trop fort. C’est un adulte, un étranger. C’est l’un des leurs. C’est peut-être bien un découpeur d’enfant. Regarde-le, avec son œil vide, et les reflets que ça lui fait, un peu écorce d’acajou, sous un soleil de fin de journée. Oh Fange ne va pas être content. Puis dans ses boucles, balbutie à nouveau. – Je… Je sais que le cours est terminé… Mais puis-je rester un instant ? Le temps de… Uhm… De semer mes poursuivants, si l’on peut dire…

Et je me ferais toute petite. Minuscule mouton de poussière, boule de rien dans un coin, pour une seconde de plus, dans cet ersatz de réalité. Cette pause dans le temps en écho aux corps flottants.





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Vautour
Mer 25 Oct - 22:17


Red Crown

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Il y a une persévérance un peu absurde mais rassurante de continuer à donner cours à ces élèves tourmentés, majoritairement « cygnes » dont le sérieux n’a d’égal que l’absence de sentiments à l’égard de ce qui demeure, aujourd’hui, un extérieur improbable. Aujourd’hui, ils étaient cinq et sa petite fantoche n’est pas venue. Vautour les a salué, leur a accordé la monotonie presque lancinante de son discours puis les a laissés s’envoler comme autant d’oiseaux de malheur. Leur souhaitant simplement une « bonne fin de journée » et déjà le soleil commençait à faire rougir l’encadrement des fenêtres comme un étrange incendie.

Il se tenait là, le grand escogriffe de cercueil, avec son costume noir, sa cravate impeccable et ses cheveux bien coiffés, quand la porte s’est rouverte. La main sur un chiffon poussiéreux, affairé à nettoyer la craie, il ne s’est pas retourné tout de suite – des élèves qui oublient des affaires, ce ne serait pas la première fois. Mais l’automne laissait dans l’air une odeur de roussie – Os devait sans doute s’occuper des premières feuilles de morte. Et quelque chose, loin en lui, s’est mis à geindre.

Au rythme du grincement des charnières.

Bec d’oiseau pour regard affairé, un peu pressé de clôturer ce mardi déplorable, ce début de semaine qui lui laisse des courbatures de solitude dans les tempes, en priant pour qu’aucune coupure de courant ne vienne tout gâcher, Vautour avait fini par esquisser un bref de demi-tour.

Maintenant il la fixait. En sentant son cœur battre des cils.

Il y a de ces apparitions qui font comme des gifles. Des images esquissées à ses crayons toujours bien taillées, la demoiselle en était sortie en s’étirant. Une hallucination, une forme déplorable et candide de ce que ses pensées avaient pu créer. Un produit de ce que ces gosses pouvaient nommer « L’Envers » bien qu’il y accorda un rien de scepticisme bercé d’inquiétudes.

Heureusement pour ses trippes et pour ses fantasmes peu scolaires, elle était jeune. Et la lumière dansante du soir vint caresser son menton un peu rond. Elle était fine, elle était petite, elle avait l’air autant désabusée que craintive – un lapin en cavale.

Robe blanches pour longues boucles noires. Infiniment parfaite et intouchable. Et lui, l’homme et l’adulte, avec sa gorge en collier, et son impression de déjà-vu.

« Bonsoir. » Répondit-il après un instant de latence. De quoi s’enliser dans la vase. « Je ne quitte jamais la salle tout de suite, installez vous à un bureau. Si vos poursuivants entrent, ce qui m’étonnerait, je vous aiderais à gérer. »

Cette autorité qu’il revendique soudain lui semble quelque peu ridicule. Mais le polonais marque l’humour d’une simple question un peu lasse, peut-être pour détendre l’atmosphère :

« Je ne crois pas vous avoir déjà vu dans mes cours. » Oh que non.

Et retournant au tableau et à son nettoyage procédurier, il ajoute :

« Le cours de Sciences, niveaux appliqués. »
Pas de volcan débordant de ketchup ou de substitut grumeleux pour ces horaires là. Et son doigt efface la formule compliquée d’un atome croisé dans son vide intersidéral.

Sa nuque frissonne au rythme des arbres sous la brise un peu fraiche. Il se sent observé.

« Quel est votre nom ? »







Rigor Mortis
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Quenotte
Mar 31 Oct - 12:21



But that woe is me siren

Stabs me in the back


C’est un vent qui s’engouffre dans les os, un chaos annoncé qui prend le pas et s’impose. Fracasse les frontières et taillade les certitudes. Et dans ce tumulte elle est droite et interdite, la bouche entrouverte sur un souffle qui ne vient pas. Il lui faudrait une berceuse pour fermer les yeux et oublier le mal qui la ronge, la traverse, plus puissant que jamais. Fait frémir ses muscles et pulser ses veines. Et comme une revanche, dans son ventre cela vient. Cela frappe. Un coup de pied pour l’étrangler, lui couper le souffle et la rappeler à sa condition. Tu n’es qu’une petite fille. Et si elle se tasse d’un rien vers l’avant, c’est pour esquiver ses yeux, enserrer son ventre, se tordre un peu et acquiescer à ce qu’il lui intime, de sa voix toute blanche et toute rauque de chanteur sur le retour qui fait frémir tout son corps d’indomptables félins en chasse. C’est une chair de poule sans plumes qui la projette à la fenêtre tandis qu’elle commence à errer.

Et surtout, ignorer royalement ce qui ronge son ventre, menaçant d’y grandir, comme la hargne au corps de Fange.

Un rayon de soleil vagabond dans la tignasse d’Ephélide et trois silhouettes tout autour. Elle ne connaît pas encore le brûlé, ni la fille, mais discerne sans trop de peine la frimousse bienheureuse d’un El Diablo qui n’a manifestement pas retenu la leçon. Et ça la fait rire, ça la fait sourire, même, ce drôle d’épanouissement naturel qui fait autour deux comme des fleurs savantes dont elle ne sait rien et ne veut rien savoir. Seulement aujourd’hui. Pour la première fois.

C’est délicieux, et effrayant à la fois. On lui a pourtant bien dit, chaque dimanche, que le diable aurait un visage séduisant.

- Je viens rarement en cours… - Ce n’est pas un mensonge et c’est ici-bas si commun qu’il ne la croquera pas. Il n’en a pas le droit. Dans La Maison, plus de pouvoir pour les monstres, à mort les adultes et leurs règles. – Et la science est un peu trop tangible pour moi…

Formules exactes et cœur à l’ouvrage, pas de réflexion dans l’application des chiffres.

Pas de vagabondages errant pour son esprit si peu enclin au pragmatisme. Elle se faufile entre les tables pour choisir une place. Ni trop proche, ni trop éloignée du professeur. De quoi voir venir ses mouvements tout en demeurant bien assez proche de la porte pour tenter une fuite, une embardée furieuse s’il se prend à vouloir la ramener au Sépulcre. Mais pour toute gifle, il ne lui demande qu’un nom. Et elle de relever le nez de son carnet, timide et empressée.

- Quenotte… - Et si elles n’en sont pas l’origine, ses dents du bonheur ne peuvent s’empêcher de transparaitre entre ses lèvres pour appuyer la réponse. – Et vous-même… ?

Ce n’est pas tant une formalité qu’un moyen de s’assurer qu’il est bien des leurs. Ou de se réserver le droit d’être sa marraine. De le nommer comme tant d’autres. Le rendre un peu plus réel, un peu moins menaçant. Et si elle ne le regarde pas, du moins pas directement – œillades furtives sous boucles noires – toute affairée qu’elle est à faire mine de se plonger dans son carnet, la réponse lui importe. C’est même pendu à sa bouche qu’elle vacille et attend, errant hors du monde, de La Maison et de ses lois. Plus loin même que L’En-Dehors, que l’autre côté de la forêt, plus loin que L’Envers.

Et l’instant est bon puisqu’il n’appartient qu’à elle. Puisqu’il n’y a que peu de choses dans son univers qu’elle ne partage pas déjà de moitié avec son cadet. C’est sucré d’avoir le goût du secret, un rien d’intimité, entre lui et elle, dont il ne sait pourtant rien et dont elle ne dira mot.

Comme si tous les papillons de L’Envers s’étaient pour un instant, nichés au creux de son ventre.






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Vautour
Dim 5 Nov - 21:16


Red Crown

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De son mouvement d’horloge, Vitold continue son nettoyage, delayant le blanc sur le noir, les oreilles grandes ouvertes aux réponses de cette jeune fille – jeune enfant – qui posément et d’une voix sourde laisse battre les fenêtres de son âme à lui filer des frissons en courant d’air. Il ne sait pas exactement ce qui l'émeut mis à part, évidemment, la ressemblance frappante avec ses croquis. Et inconscient, laisse d ailleurs traîner en évidence le carnet dont il ne se sépare jamais.

Mais il a autre chose à penser que ses fantasmes ignobles et pouffant de rire comme l’aboiement d'un chien apathique, finit par préciser d’une voix presque trop grave :

« Quand Aristarque s’est penché sur l'heliocentrisme, essayant de prouver par son module la manière dont la terre gravitait autour du soleil, pensez vous sincèrement qu’il pensait prioritairement à rendre cela tangible ? Quand ce qui apparaît comme trop lointain et trop important essaye de s'approcher de la simple conception mental, qu’est ce donc mis à part une théorie et qu’est ce qu’une théorie sinon un rêve, une idée, une inspiration qui se concrétise ? La science est curiosité. Il n’y a rien de triste en expliquant les rêves. Un meilleur plat ne se savoure-t-il pas en sachant ce qui le compose ? »

Il pince un peu des lèvres et abandonné finalement le chiffon pour retourner à son bureau en vieille carcasse un peu lasse. Retrouvant ainsi du bout du regard le profil tourmenté de cette presque invitée.

« Si vous veniez en cours je vous détricoterais vos pourquoi et vos si. Vous avez forcément d’autres questions puisque vous demandez mon nom. Je suis Vautour. »


Et le vautour est arrangeant, abandonnant à la maison son âme et ses lois adultes. Ce n’est qu’un jeu, pense-t-il sans mal tandis que subtilement le piège se referme.

Ce n’est qu’un jeu et pas grand-chose de plus allons.

« Vous avez de la chance. Il m’arrive de donner du temps pour l’aide aux devoirs mais mes élèves habituels n'en ont pas eu besoin aujourd'hui. Nous sommes donc seuls. »


Et quelque chose se pince en lui au niveau de son bas ventre. Une pensée qu’il gronde aussi férocement que possible, froncant un rien les sourcils.

Non il ne la dessinera pas. C’est mal.

« Mais je suis heureux de vous rencontrer Quenotte. » Si tant est que la joie puisse être une émotion que le vautour puisse arborer de manière honnête et sans menterie. « Alors dites moi j’imagine que vous-même faites partie d’un de ces groupes.. laissez moi deviner… »

Ses doigts se croisent et s'entremêlent. Son regard brun la détaille. Et il soupire, un rien fatigué de ses efforts mais, alerte.

« Une Loir. Ou bien une cerf. Oh sans doute une cerf. J’ai raison ? »






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Quenotte
Lun 6 Nov - 11:00



I just want to love you

Anything will do


Il est bien certain, gorgé de l’ordre de son monde, de son savoir si typiquement adulte qu’elle en esquisse un sourire presque cruel entre ses dents du bonheur. Ce n’est après tout qu’un grand con comme les autres. Ils s’échangent et se ressemblent tous avec les années. Celui-ci ne fera pas exception à la règle et, broyé par La Rouge, n’en ressortira que plus éreinté qu’à son arrivée. Ou peut-être pas du tout. C’est tout ce qu’elle a en réserve pour eux. Les adultes, les vieux à l’échine pliante. Jusque dans les rangs de ceux qui s’efforcent à les comprendre – comme s’ils en étaient capables – et à leurs tendre des mains soi-disant secourables. Les adapter au monde. A L’En-Dehors. Voilà bien un piètre cadeau. Un cadeau de merde, dirait Fange. Elle songe à Ours, son regard pétillant des jeudis grimés de fausseté. Voué à leur cause pour mieux sauver la sienne. A se complaire dans leurs mensonges, les adultes n’en sont qu’infiniment plus pitoyables.

Plutôt crever que de se muer à leur dictat. Et dans l’arrière-pensée de son crâne errant dansent les aiguilles de ses dix-sept ans à venir. L’En-Dehors guette, tangible comme une terrible science de grandissement inéluctable. Déjà présent, déjà amant de sa vie en la personne d’Ephélide aux méninges électriques. Un été funeste à venir. Encore un autre. Les règles de La Maison ne changent pas, impitoyables.

Et le voilà qui lui vante les mérites d’heures perdues à s’étouffer de connaissances inutiles lorsqu’elle a ici, à l’école de l’existence, tout ce qu’il lui faut de ruse pour survivre. Mordre et observer.

Elle mord toujours mieux qu’elle ne scrute. Déformation familiale nécessaire.

- Oh non… Je n’y tiens pas. – Et à son sourire s’effritent des fossettes, horribles crevasses venimeuses. Celui-ci ne l’aura pas. Un monstre mais pas deux. Je suis plus forte maintenant. – J’ai déjà beaucoup à faire et… Je ne porte pas vraiment la présence adulte dans mon cœur.

L’honnêteté est manifestement l’une de ses qualités et c’est de toutes ses dents qu’elle appuie avec prudence son propos et sa hargne. Chacun à sa place et gare à La Grande Rouge. Hébergée par un loup pour en fuir tant d’autres, n’est-ce pas là l’essence même du sacrifice. Attendre que l’orage passe pour mieux regagner son antre de cervidés. Et à propos de bêtes à cornes…

- Cerf. Je seconde notre chef. J’étais seconde également sous les ordres de Banshee. – Et dans le frémissement presque imperceptible de sa voix pointe une flagrante fierté. – Mais son nom ne vous dira rien.

On ne le murmure plus qu’à voix basse dans les couloirs et on l’a peut-être même déjà effacé des esprits adultes. Pas de chuchotements sur le spectre dans la salle des professeurs, elle en est sûre. Une engeance de la société effacée. Inadapté dont on n’entendra plus parler, fardeau de moi pour leur société. Pauvre Banshee disparu avec les premier vents d’été. Et à sa simple évocation, la voilà déjà qui s’affaisse, ouvrant consciencieusement son carnet pour en tirailler les rebords, en corner les coins. Puis, de son tablier, extirper un crayon de bois pour esquisser les premier traits, fondation d’un visage blanchâtre aux cheveux épars.

- Ne soyez pas heureux ne me rencontrer, Monsieur V. – Hasarde-t-elle, les yeux rivés à son carnet, une oreille trainant dans le couloir, pas tant pour les ragots qui y traînent que pour sa propre sécurité. – J’aurais pu être votre marraine, mais quelqu’un a eu l’idée avant moi. Laissez-moi deviner, c’était pour le nez, n’est-ce pas… ?
Curieuse et désobligeante petite garce.







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Vautour
Dim 12 Nov - 22:53


Red Crown

avec Quenotte



Oh quelle drôle de petite garce, petite souris aux dents pointues, au regard aussi incisif que les couteaux que l’on aiguise patiemment dans les sous-sol de cette maison. Elle fait sa douce chatte léchée mais lance pique acerbe sur perche tendue comme pour mieux l’amadouer. Et se fait sautillante, en bordure de chemin des limites et des lois, évitant à pieds-joints les flaques de misérabilisme et de bêtise, cherchant le piège à loup pour le bondissant chaperon de neige qu’elle représente soudain en vision monochrome.

Séduit – non, le terme est peu fiable. Attiré disons par ce comportement entre l’enfance et l’Agatha, Vitold voudrait trouver de quoi fuir. Un pas un rien plus empressé, une excuse mal formulée pour quitter la pièce et la laisser à ses dérives de petite barque en bécasse. Hélas, s’il marche c’est pour mieux s’avancer. Et s’il s’avance c’est bien pour poser un semblant de fesse sur l’angle pointue du bureau où elle s’est installée. Il agit ainsi sans grands gestes ni tremblements. Il sourit toujours, mais cette bonheur humeur de façade est un tiroir de guingois dans son profil laminé et pâle.

Il prend note des claques sèches qu’elle lui assène en innocentes moqueries, lui qui frémit d’un rien sous ce titre « Monsieur V. » qui lui convient, ma foi, plutôt bien. Il évite ainsi de la toucher, de l’effleurer ne serait-ce que du regard. Posant ses yeux de boue sur un point un peu plus haut que son épaule.

Et se fait l’effet d’être un drôle de dompteur devant un chat bien farouche. Non, la demoiselle n’est en rien une panthère. D’être ainsi fine et petite la rend d’ailleurs bien plus dangereuse que ces félidés massifs et musclés qu’on sait pouvoir nous décapiter d’un revers de patte.

« J’avoue ne jamais avoir entendu parler de Banshee. »
Admet-il, tissant ainsi un lien de confiance entre l’aveu et l’excuse. « Mais le rôle de seconde ne me surprend guère. Vous avez l’air d’en savoir bien long sur la trame. »

Sur cette histoire au-delà des murs qui ne le concerne pas encore.

« Je pense, sans trop m’avancer, que je dois mon surnom aux rumeurs qui ont couru sur mon passé. Je n’ai pas toujours été professeur. Autrefois, j’étais thanatopracteur. Et c’est un métier que j’aimais. »

Il soupire encore, un rien plus sensible, la nuque sévèrement ployée comme une tige florale en manque d’humidité. Et baissant les yeux sur les mains de Quenotte, renonce finalement à trop s’y glisser, dans les méandres de ses propres souvenirs et les raisons qui lui ont fait quitter le pays.

La cousine a déjà été trop de fois nommée, par association involontaire qu’il se serait bien gardé de faire si son esprit se permettait enfin de lui obéir.

« Mais le nez… oui le nez est déjà une bonne excuse, je l’admets. »
Ses doigts viennent d’ailleurs accrocher l’appendice nasal proéminent et, redessinant sa courbe un rien arquée, comme déjà cassée, de la pointe de son index, il finit par murmurer.

« Si vous n’êtes pas ma marraine, mademoiselle, et si vous refusez les cours, alors pourquoi ne pas prendre le rôle de professeur ? Je suis ici depuis bien peu de temps et pas très au fait des habitudes de chacun. J’ai rencontré une de vos semblables, la petite Fantoche. Je l’apprécie beaucoup. Mais il nous est arrivé quelque chose d’un rien… extraordinaire. Et si vous pouviez m’en dire plus, j’en serais peut-être plus rassuré ? »







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Quenotte
Mar 14 Nov - 12:38



And that's just

When it all comes true


Patient et faussement amical, il approche en de grands gestes lents, taillant à sa mémoire des estafilades de souvenirs pourtant sans importance. Il lui évoque les grands médecins, silhouettes blanches sans visage aux mains en couteaux qui venaient au moins une fois par semaine les saisir, les jeter hors de leur chambre close. Ceux qui leur collaient des aiguilles dans les bras, leur injectaient des liquides à les rendre malades – vaccins – et s’assuraient qu’ils se lavent et se nourrissent. Avec le temps, ils s’étaient accoutumés à leurs venues et puisqu’ils les observaient, de jour comme de nuit, derrière un semblant de vitre sans tain, elle frappait le verre du doigt, inlassablement, espérant les lasser. Ou bien ils se nichaient au cœur infini de leurs draps défaits pour marmonner toute la nuit.

Puis il était venu. Avec son air corniaud et sa tignasse rouquine. Il était venu et puisqu’ils avaient fui, il lui avait rendu la bague. Puisqu’ils avaient fui, il avait fait mine de rien et s’était posé là, nonchalamment sur leur lit, lisant à voir haute, une barre chocolatée posée à ses côtés. Il avait eu de la patience, du savoir-faire, l’enfoiré, pour que Fange – qui n’était pas Fange – s’extirpe le premier pour grimper sur le lit. Et puisque le frère avait agi, elle avait bien dû elle aussi, au fil des semaines l’imiter. C’est avec la même douceur qu’il s’était incrusté dans leur vie, les mêmes ersatz de sourires balafrant son museau de père en devenir. Alors, même s’il ne la regarde pas, même s’il s’efforce à l’ignorer, en l’approchant, l’apprivoisant, elle lui refuse son regard, fermement rivée à son carnet. Presque comme s’il n’était qu’absent.

Et il l’est. Il n’est pour ces lieux qu’un grain de poussière bien vite balayé, une sangsue en recherche d’emploi qui aura tôt fait de filer – espérons-le pour lui – avant que La Rouge ne s’impatiente.

Il n’a ici aucun pouvoir. Elle, en revanche, est presque une Reine.

C’est fou, cette manie qu’ils ont de venir quand elle s’évertue pourtant à les repousser. Comme Richter qui devant elle balbutie plus que d’ordinaire. Comme Guillotine qui baisse les yeux de la voir simplement le lorgner. Ce que les hommes peuvent être Bêtes.

Pour lui qui ne sait rien de Banshee – comme c’est étonnant – elle n’a qu’un vague haussement de sourcils désintéressé. Le spectre blanchâtre ne subsiste plus que dans les mémoires désormais et s’efface des plus récentes. Bientôt, il aura totalement disparu et on recouvrira ses inscriptions du mur par d’autres, plus neuves et plus fraîches. L’idée la désole à tel point qu’elle n’a qu’un soupire à son semblant de compliment, ne parvenant plus à s’y mettre en joie. Ce n’est pourtant pas banal mais elle ne dépose que sa joue au creux d’une main nonchalamment levée à son niveau, demoiselle boudeuse abandonnée après les cours dans une classe presque déserte. Tant et si bien qu’elle en oublie de prendre garde au loup.

Volatil qui pianote, envolée lyrique bien fade sur son profil, lorsqu’elle lève finalement un œil pour l’aviser, perle de glace en fusion quand lui s’efforce de ne pas la voir. Sa lèvre se pince, elle bute, se renfrogne. Préfèrerait une nouvelle piqûre plutôt que d’admettre qu’elle ne connaît pas le sens de ce mot. Thanatopracteur. Gorgée dans son ignorance, elle acquiesce pour se donner l’air importante, savante. Mais voilà que, impromptue, s’éjecte au hasard de conversation le nom d’une camarade qu’elle s’empresse d’empoigner pour mieux rattraper son manquement.

- Oh Fantoche, oui. C’est moi qui l’ai nommé. – Et de par ce geste, elle lui est un peu redevable, la mioche, la poupée de sommeil qui dérive pour ne revenir que bien des heures plus tard. – Vous m’en voyez ravie, il faut dire qu’elle y connaît quelques petites choses, en compagnie masculine…

C’est mauvais, c’est teigne et cela siffle entre ses dents du bonheur d’un mal-être tout à fait inédit qui l’assaille et la harcèle. Pulse dans son ventre à en éveiller les nerfs pourris des mains d’un père qui ne l’a jamais été. D’un rictus goguenard, elle y plaque une main pour se redresser, raclant le sol de sa chaise, toute savante la tient-il en estime. Ignorer la douleur, le mal et le vice. Pas de misérabilisme entre eux, lui qui n’est qu’étranger et n’aura jamais l’idée saugrenue de fouiner son dossier. Ou celui de son frère. Et si ça avait été Fange, lui susurre parfois son esprit dans les heures les plus noires.

- Je doute de pouvoir vous rassurer en quoi que ce soit Monsieur V. – Et ce faisant, elle dodeline jusqu’au bureau, grimpant l’estrade accessible aux roulants par une petite descente de bois fort pratique. – Et ce n’est pas la question, de vouloir comprendre… Mais plutôt, est-ce que vous désirez comprendre ? Ou du moins êtes-vous prêt à comprendre, je dirais.

Puis d’un bon se retourne pour lui faire face, arpenter l’estrade de toute sa sagesse bien relative de biche en devenir. Elle n’est pas pour rien la digne élève de Banshee. Et ce n’est que plus grotesque encore de voir Raspoutine pavaner jusqu’au dernier poil de sa barbe à la place défunte de La Cygogne.

- Et je ne vois pas pourquoi je perdrais mon temps à cela. J’ai des choses bien plus importantes, et de la plus haute urgence à gérer. Mais je suppose que les évènements de la récente fête ne vous disent rien non plus ? – Un soupire, faussement désolé. – Je n’ai rien à vous expliquer Monsieur V, c’est Elle, qui a des choses à dire, mais vous ne savez pas écouter. Vous, la plupart des adultes, je veux dire. Il vous suffit pourtant d’ouvrir les yeux.

C’est peut-être bien le choc qui reflue dans ses veines et la pousse à la hargne, de dizaines de cadavres flottants encore, paressant derrière ses paupières tuméfiées de galaxies inconnues.

- Alors certains essayent, comme Ours, Os ou même Charogne. Certains ont connu notre bonheur et espèrent, en s’agrippant ici, pouvoir le retrouver. Mais vous n’êtes plus des enfants. Alors laissez aux enfants ce qu’on leur a offert en venant ici, avant qu’on nous sorte.

Et qu’on les tord, qu’on les conforme à cette image qu’ils tentent de modeler à partir de leur glaise si fragile et si tangible. Grognant qu’on leur échappe, leur imposant des chemins qu’ils détournent à leur guise.

Se saisissant d’une craie cependant, elle consent à un soupire, sourcils froncés, avant de se tourner vers le tableau noir, gamine jouant à la maîtresse, dans ce que le mot a de plus innocent.

- Mais si vous le souhaitez je peux cependant vous faire… Disons un rappel, du fonctionnement officieux de La Maison. Pas ce que Le Grand Pape vous a vendu à votre arrivée. La vérité, et rien que la vérité…







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Vautour
Lun 20 Nov - 20:26


Red Crown

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Ah Quenotte, ce n’est pas très gentil, semblent murmurer les sourcils froncés de Chokowski. Que n'as-tu donc besoin de la critiquer ainsi, la pauvre fantoche au nom bien choisi. Te voilà une marraine aussi piquante qu’un cactus. Et je sens bien d’ailleurs que ta méchanceté t’amuse.

Mais c’est le panache des jeunes demoiselles, ce genre de sarcasmes en pincement cruel. Elle est fille unique ou bien l’aînée, pense-t-il sagement tout en la regardant se lever. Une jolie demoiselle aux airs de princesse qui voudraient pourtant griffer à laisser des cicatrices.

Tire-t-elle les cheveux de celles qu'elle n'apprécie pas, la seconde avec ses yeux toujours aux abois. Elle prend des airs de chef mais ses pas semblent à tout instant basculer vers un tressaillement de corde d’un pas qu’elle n’a pas su mesurer.

Quel besoin pour elle de s'enlaidir ainsi par une méchanceté aussi déplorable que gratuite. Quelles rumeurs ne fait elle donc pas courir sur le profil éreinté et timide de la pauvre Fantoche. Lui qui se voulait garant et protecteur se retrouve pris entre deux feux. La volonté de défendre la polonaise contre ces propos abjectes et la crainte que cela n’attire d’autant plus l’attention sur elle.

Dans le doute, le Vautour ferme son bec et s’installe plus convenablement à une chaise. La laissant s’installer au tableau malgré sa constante négation et ses doutes persistants, il la laisse ainsi poser des questions et prend le temps d’une réflexion qui lui échappe quelque peu.

Vraiment tout de même, elle est troublante.

« Être prêt à comprendre n’est pas tant le problème que de concevoir cette compréhension. Je suis un sceptique et un scientifique. J’ai besoin de preuves. J’ai besoin de démonstration. Celle qu’on m'a offerte tenait plus de l’impression mais cette dernière était… impressionnante oui. Le mot est bien choisi. »

Un stylo rouge qui traîne sur une feuille froissée par terre. Les serres les ramasse et déplie la seconde pour mieux trouver griffonné « Fange est un analphabète. »

Soit.

« Puis je prendre des notes ? » Demande-t-il en la retournant. « Écouter les paroles obscures d’une entité… quelle qu’elle soit, me serait effectivement facile si je parlais sa langue. »

Métaphore imparfaite mais qu’il trouve sur le moment joliment prononcée. Après tout l’anglais n’est pas sa langue maternelle.

« Je veux observer. Je ne veux pas déranger. Je n’ai aucune envie de fuir cette maison même si elle n’est pas Ma Maison. »

C'est étrange, la piqûre soudain sur sa nuque. Comme si un œil venait de s’ouvrir quelque part entre ici et le peut être.

Vitold y pose une main nonchalante comme pour effacer une marque indélébile.

« Je suis adulte. Mes attentes à son encontre ne sont pas les mêmes que les vôtres je n’en doute pas. Mais sans lui appartenir je peux ne pas la…. Fâcher ? »

Facile à dire. Facile à promettre.

« Dites moi tout. »

Un jeu dangereux. Et la chose doit bien sentir qu’au fond de lui et malgré sa fascination première il y a un scepticisme qui ne prend rien de tout ça au sérieux.







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Quenotte
Ven 24 Nov - 19:01



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Le problème n’est pas tant de vouloir, ni de pouvoir finalement, mais d’y être autorisé. Elle sait se faire secrète, La Rouge, dame impassible et désirable sous ses atours écarlates, dentelles et satin pour silhouette insoluble. Mais elle qui comprend n’est qu’une petite fille, qui ne sait pas grand-chose de tout cela ou fait mine d’ignorer en tout cas. Elle qui jusqu’à la gorge remonte ses cols, couvre ses jambes, porte ses robes toujours sous le genou. Elle qui n’a rien d’une femme mais résolument fille, tentant vainement d’échapper aux dix-sept ans qui bientôt la rattrapent. Et pour la première fois depuis qu’elle a été avalée, depuis que le chien les a ici déposés, elle regrette, de ne pas avoir laissé courir le temps. Et qu’est-ce que cela y changerait… ? Puisqu’il se pâme sur la minuscule, insignifiante Fantoche qu’elle tolère parfois, au gré de ses humeurs, quand ce ne sont pas les songes qui emportent la poupée. Comme elle tolère tout à chacun en ces murs, chat solitaire. Feignant l’amour.

Même pour lui, peut-être, et c’est bien ce qui lui fait peur.

Il peut bien froncer et grimacer, l’oiseau des charognes, elle n’en a que faire et n’a plus rien, ni d’intérieur ni d’En-Dehors, d’ordres à recevoir d’adulte consciencieux. Ils en ont perdu les droits, puisque Papa est mort, vautré dans son Rouge lui aussi et que Maman se tape la tête entre quatre murs. Et est-ce qu’Ephélide l’a vu, dans sa cage blanche ? Et les sœurs et le bébé, comme elle s’en moque alors. C’est si lointain que ça n’effleure même plus le crâne de Fange. Et ce qui n’atteint plus son frère ne la heurte plus à son tour. Ne reste que La Maison, L’importante, la Terrible et tendre Mère. Il l’amuse d’un rien, d’être ainsi… Académique. A s’emparer de papier et crayon pour mieux noter, comme si l’on pouvait la qualifier, la quantifier. L’Apprendre comme des leçons. Les adultes sont pathétiques.

- Je peux vous évoquer les règles. Nos règles, j’entends. Pour le reste, c’est à vous d’écouter, de plonger. Ou à elle de vous recracher. – Elle le reluque drôlement, le dédaigne, l’embrase d’un regard ou aimerait bien. Le remet à sa place comme l’étranger qu’il est. Le nouvel arrivé. Le sourd et aveugle grand Vautour. – Je crois que cela ne lui prendra pas beaucoup de temps, mais soit.

Elle bondit, toute fée, toute elle dans ses rubans et ses boucles. Dans les volants incandescents de sa robe, les broderies de son tablier. Et ses souliers vernis. Et sa bouche en baie qui étire et perce de sourires discrets. D’un battement de craie au tableau, elle commence sa leçon. Celle qui, d’ordinaire, rentre dans les crânes enfantins à coup de gifles et de pouces coupés. En premier lieu, une tête cornue. C’est toujours ainsi, que commence le récit.

- C’est elle qui veille sur nous. La Grande Rouge. Elle est un peu La Maison, elle nous surveille, dans les murs… - C’est chuchoté et un peu effrayant, même pour elle. De songer à la Bête, à la dévoreuse de pouces. Celle pour qui on perpétue le carnage, de Chef en Chef, chaque année. Mais c’est là trop de détails pour effrayer l’oiseau. Nouvelle tête couronnée. – Nous sommes quatre groupes. Les Cerfs, Les Rats, Les Loirs et… Les Cygnes.

Viennent s’ajouter à ses illustrations, parfaitement espacées, les rongeurs et les oiseaux. Puis quatre tête. L’une hirsute, l’autre renfrognée, puis une masquée et une guindée.

- Chaque groupe a son chef. Raspoutine pour les Cerfs, vous ne devriez pas avoir de mal à le reconnaître. Fange pour les Rats. – Et plus doucement, avec fierté. – C’est mon frère. Rouge-George pour les Loirs, souvent au lit. Et Richter, pour les Cygnes. Nous ne sommes bien entendu pas sectaires mais… Vous pouvez considérer les Cerfs comme les plus connaisseurs de La Maison. Nous archivons ce qui doit être conservé. Nous parlons avec Elle à notre aise. Les Rats ne sont pas bien difficiles à reconnaitre. Grandes gueules, cheveux et vêtements colorés. Ou rapiécés. Teigneux et mauvais. Les Loirs font office d’artistes dans leur genre, ils ont toujours d’excellentes idées, à leur manière. Quant aux Cygnes… Ah ça, il n’est pas bon de remuer les déceptions.

Elle danse et volète, passablement ravie de son exposition. Puis, d’un réflexe malhabile, manque de porter la craie à ses lèvres. Puis d’autres têtes pour succéder aux premières. Représentations grotesques et hasardeuses de ce qu’ils devraient être. Elle la première.

- Chaque Chef a bien entendu son second, ils ne peuvent pas tout gérer seuls. Je suis celle de Raspoutine, Le Borgne celui de Fange, Personne seconde Rouge-Gorge et Petit Chien s’occupe de Richter.

Ni plus ni moins. Rien à y redire, tout à compléter. Mais en a-t-elle simplement l’envie… ? C’est déjà biens des mots pour une seule soirée et le Sépulcre n’est sûrement déjà plus à ses trousses. Aussi, c’est dans le plus grand calme qu’elle renonce à l’estrade, se refait toute de petitesse et de velours. En a-t-il eu assez ?

- J’espère vous avoir éclairé. Je suis ouverte à d’autres demandes. Après-tout c’est bien mon rôle…


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Vautour
Lun 27 Nov - 22:37


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Les portraits s’alignent ainsi sur le fond obscur d’un tableau d’un noir si clair qu’il en parait presque vert des sous-bois sous la lumière changeante de la fin d’après-midi. Pinçant les lèvres, Vitold recopie justement, appliqué d’une certaine manière à la contenter malgré ses piques et broutilles, qu’elle lance à sa tête de vautour comme on se piquerait à une écharde. Néanmoins, ce n’est pas tant les règles qu’elle lui donne qu’un ordre hiérarchique et rappelant ainsi son rôle de seconde, tend par sa supériorité à lui démontrer qu’ici, il n’est pas grand-chose. Ses yeux se plissent aussitôt, d’instinct, sous cette autorité bafouée et chiffonnant froidement le papier où l’insulte à son frère – puisqu’il lui est présenté comme tel – se distord sous ses doigts, il murmure doucement.

« Comme vous tous, je n’ai pas demandé à être ici. Aucune de vos arrivées n’était volontaire et comme moi, vous finirez bien par en sortir vous savez. J’essaye de comprendre la logique derrière cet ordre éphémère. Mais je dois bien avouer avoir conscience de l’importance de toute cette… »


Il lève son stylo et englobe d’un cercle infime la totalité de ses croquis.

« soigneuse organisation. Cela n’en oublie pas l’extérieur pour autant. »
Il peut bien, à cet instant, prendre remarque comme coup – que ne s’en fiche-t-il pas. Sa lassante décadence est une fatigue morcelée, pliée à sa chaise en une attitude de saint sauveur épuisé. Il se creuse déjà de cernes et de soupir, mais ne peut quitter des yeux la silhouette bondissante de la fascinante demoiselle.

« J’ai l’impression d’être ici comme un cruel rappel à l’ordre mais puisque le directeur – le grand Pape, comme c’est ainsi que vous le nommez, n’est-ce pas ? Puisque le directeur donc ne s’en mêle pas c’est à moi de vous le dire : il règne à l’extérieur un monde rapide, neutre et pourtant néfaste. Un monde de codes qui sont tout autre et dans lesquels parfois je me perds de même. J’aurais voulu rester dans mon univers cloisonné mais le hasard ne laisse pas aux hommes procéder entièrement à l’intérieur du cercle infime de leur propre existence. Parfois on s’y arrache obligatoirement et c’est bien cela qui va finir par vous arriver. Où en serez-vous alors, avec votre frère, sans avoir suivi la classe, sans avoir appris les connaissances nécessaires pour ne pas que l’extérieur vous dévore. Pensez vous être comme Moustache ? Un chanceux sur une centaine disposant enfin d’une possibilité inconstante de demeurer ici ? »

Sa gorge s’assèche et toussant bas, Vitold se relève. Il n’a pas de question, il devine presque les règles. Ici, celle qui importe est de ne pas désobéir. De ne pas remettre en question et de ne pas se soustraire au regard de la Rouge. Et encore une fois, il sent sous ses mains posées bien à plat le frisson d’anticipation rageuse de la chose, comme un spectre, qui veille à ce que tout reste inchangé. Cela lui rappelle les histoires malsaines, d’innocences enfantines coincées dans des mondes parallèles sous la forme de boite à chaussures étroites et poussiéreuses. Des songes insolubles et inatteignables auxquels les enfants s’accrochent désespérément : l’imaginaire. Une conscience collective a grandi en ces murs avec une telle force qu’elle a presque réussi à en distordre la réalité.

Lui qui croit en Dieu, à bouche pincée, pourquoi le nierait-il ?

« Je ne veux pas vous être désagréable. Et je parle trop. » Murmure-t-il, passant deux doigts le long de ses arcades sourcilières. Baissant les yeux sur son jupon pour ne pas avoir à croiser les lunes de son regard. Il ne supporterait pas sa colère.

« Epanouissez vous ici, comme une fleur. Moi, je ne suis qu’un jardinier trop monochrome. Le dur rappel aux lois scientifiques d’une réalité passablement triste. » Et affable. Même les jours de grand soleil, le reste lui semble ainsi bien poussiéreux. Que ne donnerait-il pas pour retrouver ses cadavres.

Vautour n’est pas professeur mais bien un charognard. Comme si ses mots aujourd’hui pouvaient enfin rendre hommage à l’éducation nationale.

« Vous excellez ainsi dans votre rôle de seconde. Mais si vous avez besoin de quoique ce soit, n’hésitez pas à me trouver. » Dans sa confusion il manque de lâcher son sac. Et oublie le véritable cœur de son existence, au cœur battant de cordes entre des pages maintes et maintes fois tournées.

Vitold, oubliant son carnet, ne remarque pas sa présence au coin de la table. Il veut se soustraire à ce grésillement de radio pétée qui bourdonne dans ses oreilles. C’est peut-être la Rouge, ou la princesse lépidoptère.

Il ne veut pas avoir à trouver de réponse à la peur qui emplit enfin ses poumons.










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Quenotte
Mar 28 Nov - 14:53



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Le froissement de papier met un point final à la piètre conversation. Au monologue d’apprentissage qu’elle lui a sur demande imposée, puisqu’il est de ces professeurs à toujours chercher la connaissance, semblerait-il. C’est pourtant à l’absorber qu’il ne se prive d’aucune parjure et cela bourdonne en fracas d’insultes à ses oreilles. Là sous les boucles, elle ne sait plus où donner de la tête et prie intérieurement La Rouge de ne pas trop durement la juger pour les mots d’un autre. La pointe de la craie se fracasse au tableau, y demeure, s’y effrite, y crisse même faiblement, comme un ongle longiligne. Il n’a conscience de rien l’énergumène et s’enveloppe de toute sa civilisation, de tout son En-Dehors pour lui faire la leçon. Il fait le front haut et les yeux perçants mais elle lui souhaite d’aller brûler dans L’Envers, de finir dans le bain de javel de La Blanche.

Et plus il parle, plus le bain l’attend, blanchâtre dans les yeux exorbités d’une demoiselle ne supportant pas le blasphème. On aura finalement réussi à lui faire aimer un Dieu. Qui n’est pas elle, ni sa propre mère. Et s’il croit qu’elle ne s’en souvient pas, c’est qu’il est encore plus bête que ses palabres veulent bien le supposer. Il y a un gouffre entre vouloir et pouvoir. Pouvoir se souvenir et refuser de la faire. De l’extérieur ne lui reste qu’une impression, un souvenir désagréable refoulé avec le temps dans La Maison. Une agitation perpétuelle à laquelle elle ne comprenait pas grand-chose, mais se laissait quand même balloter. Toute seule, d’abord, et avec l’autre, après. L’autre qui lui a promis de l’épouser, mais qui n’en fait toujours rien. Qui lance ça comme des blagues lorsqu’elle le prend encore tout à fait au sérieux. Quoiqu’elle n’en soit plus sûre, avec les années et les dix-huit ans qui approchent inexorablement. Et quoi alors ? Faire payer aux enfants ce qu’on lui a arraché à lui ? Il n’avait qu’à s’accrocher. Y croire plus fort. Et peut-être ne pourrirait-il pas ici, dans une salle vide d’élèves attentifs, à se demander pourquoi, au juste, La Maison lui a ouvert ses portes.

- Vous croyez que je ne sais pas tout ça, monsieur V-J’ai-Toujours-Raison… ? – On y revient, aux surnoms désobligeants, aux regards de travers et cette fois sans l’ombre d’un sourire. L’idée de le fracasser sauvagement sur le coin de la table ne la fait pas sourire. Et elle songe, sur l’instant, comme il est chanceux de l’avoir elle et non Fange. – J’ai seize ans.

Et plus que jamais, c’est comme une fatalité. Les barreaux d’une cage qu’on lui ouvrirait progressivement mais par lesquels elle refuserait de se faufiler. Pour quoi faire ? Elle qui méprise les pleurnichards. Ceux qui chialent à leur mère. Ceux qui se prennent à rêver d’En-Dehors à mesure que leur horloge avance. Ceux-là ne méritent rien. Rien que de l’ignorance. Mais n’est-elle pas elle-même terriblement civilisée dans son organisation pour prétendre être encore enfant ? C’est bien ça le plus triste, le plus terrible. C’est qu’elle sent l’innocence s’échapper de son ventre, peu à peu. Et sûrement que le monstre dans ses souvenirs n’y est pas étranger.

Rien que d’y penser son corps grince, de vouloir s’écraser sur ses gonds de machine mal soignée. Cela pulse d’une douleur qu’elle parvient parfois à ignorer. Et elle commence à tortiller ses doigts, mordiller ses boucles.

- Je n’ai plus que deux ans ici. Fange encore trois. Quand ils me feront sortir, ça sera sans lui. – C’est un peu vide de constatation que cela. Elle a parfois l’impression que c’est pour Fange qu’ils sont venus. Que c’est lui, que La Maison a appelé. Et qu’elle aurait aussi bien pu moisir à l’hôpital sans que cela n’y change grand-chose. - … Mais je ne peux pas être dehors. – C’est écrit sur le dossier. Elle sait, elle l’a lu. Elle en connaît les détails par cœur. Jusque dans la moindre erreur. Jusque dans la moindre vérité un peu vexante. C’est elle, la jumelle dominante. – Ils me remettront à l’hôpital et je n’aurais pas à sortir.

C’est l’unique excuse qu’elle a trouvée. Son seul moyen de supporter. Se dire qu’après La Maison, ils retrouveront leur chambre. Qu’on ne les jettera pas à la rue, dans le tumulte bruyant de L’En-Dehors, à jouer aux adultes lorsqu’ils n’en ont pas même les bases. Les parquer dans une école, ou un travail hasardeux. Elle pour finir comme maman – triste et tremblante et flasque d’avoir trop, trop donné – et lui comme Froncis.

- Je n’ai pas envie de vous écouter. – Sa tempe a cogné. Un claquement sonore contre l’ardoise du tableau noir. Une mise en garde comme une limite imposée à ses pensées. Elle est certaine, seulement, qu’elle ne l’aime pas, celui-ci. Qu’elle ne l’aime pas du tout. – Vous feriez mieux de partir.

Mais il se lève déjà. Difficile à dire, cependant, si elle l’enjoint à gagner la porte ou à ne plus revenir en ces lieux qu’il ne comprend manifestement pas et ne veux pas comprendre. Au coin du tableau, il lui semble voir proliférer quelques racines discrètes mais se persuade, pour une fois, que ce n’est que dans sa tête. Pas besoin de le prier, l’oiseau charognard qui se lève déjà et la salut – elle ne lui rend pas – pour errer vers la sortie. Il est déjà plus que temps et le Sépulcre en a sûrement déjà fini de ses recherches. Ce sera l’hôpital ou rien. Là où l’on choira, encore un peu. Où elle pourra prétendre être une princesse, ou croire qu’elle le veut.

Vouloir et pouvoir.

Peut-être qu’elle aussi aspire à autre chose. Mais cela serait trop dur pour Fange de l’admettre.

Il quitte la pièce et elle, tout vautour à son tour, jette son dévolu sur ce qu’il a laissé au coin de la table. Un carnet. Un univers de papier qui est fort semblable au sien et qu’elle s’empresse de dissimuler sous son tablier. Cela sera sa punition, de le retrouver froissé dans un coin. Rien n’est plus douloureux que de voir son travail, son don de soi, sa construction personnelle être démantelée et anéantie. Un brin de sourire au coin de la gueule, elle songe avoir mis la main sur quelques secrets du genre sordides.

Et d’une main vive et rageuse, va effacer le tableau.

Et avec lui toute trace d’une entrevue interdite.



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