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Pleure, tu pisseras moins [libre]
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Sam 7 Oct - 17:53

Les yeux rivés sur la porte couverte de graffitis qui me fait face, je m’éponge les joues à grand coup de papier toilette tout en tentant de retrouver ma dignité, que j’ai de toute évidence du laisser tomber quelque part sur le carrelage crado de ces chiottes. Ça va bien faire dix minutes, maintenant, que je chiale en silence – plus ou moins – dans les toilettes. Pas que ce soit grave, ou particulièrement original, de pleurer dans les toilettes. On est tous fatalement amenés à le faire à un moment où à un autre de sa vie. Je crois. Toujours est-il que je ne suis pas la seule, à la Maison, à venir ici déverser mon trop-plein de chagrin et d’amertume à l’abri des regards. C’est souvent, lors de mes passages dans cette pièce aux murs poisseux, que des sanglots étouffés et autres reniflements me parviennent à travers les portes en bois trop fin pour retenir les bruits. Il y en a peut-être même certains pour qui c’est un rituel : un petit pipi, trois minutes de pleurs, et ça repart.

Alors non, pleurer dans les chiottes, c’est pas nécessairement une mauvaise chose. À petite dose, ça peut sans doute même être quelque chose de sain. Ou pas. Honnêtement, je dois dire que je m’en fiche. Le souci, c’est que je ne m’y prends pas comme il faut. Avec la tristesse comme avec le reste. Ça fait un mois que je suis là maintenant, et un mois que je serre les dents. Que je m’enfonce les ongles dans les paumes tellement fort que ça laisse des marques pour ne jamais flancher, pour ne montrer aucune émotion. Je ne veux pas devenir une cible.
Mais, indubitablement, j’aurais du mieux gérer mes émotions. Me faire un petit planning, peut-être. Du genre « lundi journée tristesse, je pleure dans les toilettes et me lamente sur mon sort. Mardi, je remonte la pente avec le sourire, et mercredi je prends ma douche ». Quelque chose comme ça. Ou peut-être juste que j’aurais pas du me mettre autant de pression, parce que la pression ça me réussit pas. Pourquoi je me mets la pression, d’ailleurs ? Je suis déjà dans le groupe le plus détesté de la maison des gens dont personne ne veut. Je ne vois pas comment je pourrais tomber plus bas, même en essayant.
Rien de nouveau, bien sûr, mais ça fait un moment que je retiens mes larmes et il aura suffi d’une journée un peu trop mauvaise pour que je ne contrôle plus rien. Ça craint un peu, je sais. Franchement, moi-même je me pensais capable de tenir un peu plus longtemps. Mais, pour ma défense, y a un mec qui m’a littéralement mis des bâtons dans les roues aujourd’hui. Et un autre qui m’a obligée à lui filer mon dessert, sous peine de me crever les pneus. Merde, quoi, je croyais être trop vieille pour me faire racketter. Je pensais que, à défaut d’être capable de me faire des amis, j’arriverais au moins à ne pas devenir un bouc émissaire. De toute évidence, j’ai surestimé ma capacité à imposer le respect à autrui. Ça m’en a foutu un coup.
Et puis, en poussant la porte de mon dortoir et en les trouvant tous là, les Cygnes, occupés à plier leurs chaussettes dans le plus grand des silences, y a quelque chose en moi qui a craqué. Alors j’ai refermé la porte, j’ai roulé à toute berzingue jusqu’aux toilettes, et une fois enfermée dans une cabine j’ai fini par laisser mes larmes – et mon nez – couler.

Maintenant, c’est comme si toute la tension accumulée ces dernières semaines se relâchait d’un coup. Et c’est pas beau à voir, je peux vous dire. Je tremble, je fais des bulles avec mon nez, j’imbibe de larmes et de morve des kilomètres de papier cul. On aurait pu croire que ça se calmerait, au bout d’un quart d’heure, mais plus je tente de me reprendre et plus les pleurs deviennent incontrôlables. Je renifle, je couine, je frotte du plat de la main mes yeux déjà rougis. J’aimerais bien que ça s’arrête, à présent. C’était sans doute nécessaire, ce petit pétage de plomb, mais il est largement temps que je m’en remette. C’est sûr que ça va se voir sur ma gueule, que j’ai pleuré. Autant limiter les dégâts.
Mais, malgré la totale validité de ce raisonnement, ma crise ne se calme pas et mes larmes ne se tarissent pas. Je pense à Mathilda, qui m’a sans doute oubliée maintenant – parce que, contrairement à moi, elle ne doit pas avoir besoin de se raccrocher au souvenir de notre histoire pour survivre – à mes parents qui se sont sont probablement lancés dans la conception d’un nouvel enfant. À moins qu’ils aient divorcé. Même ça, imaginer que mes parents pourraient être en train de signer les papiers de la séparation à cet instant, ça me fait chialer. Bonjour les larmes gâchées.

Et puis, tout à coup, quelqu’un entre. J’entends la porte qui grince, un bruit d’eau, une respiration. Je me mords les lèvres, jusqu’à en saigner presque, pour contenir mes bruits mouillés. Je n’y arrive pas tellement. Il est sourd, celui qui vient d’entrer, avec un peu de chance. Ou bien juste habitué aux sanglots de toilettes, ou ne se sentant pas concerné par la tristesse d’autrui. Oh, pitié, je vous en supplie, faites qu’il – ou elle - ne me demande pas si ça va. Et, si jamais iel le fait, faites que je disparaisse dans le trou des toilettes. Que je sois aspirée, pour toujours, à l’intérieur des murs de la Maison rouge.
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Raspoutine
Dim 8 Oct - 14:55
La porte claque sur son passage comme une langue fait contre sa rangée de dents ; carrelage des chiottes, blanc nacré s'encrassant aux fureurs passagères. Si les toilettes étaient une bouche, il y aurait bien du soucis à se faire pour son propriétaire, tant y copulent de vermines et bouillonnants afflux. Au coin des miroirs ou à travers les murs, c'est une orgie de graffitis et de dessins obscènes barrés de phrases versicolores et de symboles étranges- on y reconnait même un grand signe de paix tagué là par Chaman, au-dessus d'un entremêlement haineux de "Richter a un balais dans le cul", "Raspoutine pue la merde accumulée de plusieurs générations","Auréoles fait pousser des champi dans les creux de ses aisselles" et autres fulgurances spirituelles, toutes emprisonnées comme au sein d'une arène par le cercle tracé. Le Grand Bouc ne dépareille pas au milieu du carnage.  Il ne vient pas arranger la propreté des lieux : c'est du front qu'il s'échappe.
Il est dégoulinant de peinture et de sueur, constellé d'ocelles aux mille et une couleurs. En lieu des mains deux grands bourbiers, deux grandes louches de marais cueillie à même la créativité poisseuse des pensionnaires artistes ; du blanc cassé de son marcel déjà mis à mal par des jeux antérieurs, il ne reste guère plus que des parcelles neigeuses asphyxiées par des nuées versicolores errantes, une pluie d'arcs-en-ciels liquéfiés sur son corps. Ils lui colorent jusqu'aux poils longs des avants bras, s'éparpillent en paillettes dans sa barbe et sèchent en gaines friables dans le chaos de ses cheveux. A la rivière de boucles se mêlent autant de nuances impromptues qu'au sein des frondaisons fécondées de phalènes, cocons de peinture sèches pendants à sa crinière. Y procréent-on quelque miracle ailé ? Partout ailleurs c'est aussi versicolore que si on avait éventré l'essence même du carnaval juste au-dessus de se tête. Luxuriance de couleurs lui pigmentant la peau, carnations fluctuantes s'entrecroisant tout à travers ses membres. Il y a comme un motif sur son visage, un entremêlement de formes qui n'est pas sans évoquer quelque signe celtique- comme une volonté de souligner la géométrie imbriquée de ses bras, et jusque dans le cou, un tracé volontaire flirtant avec les veines aussi bien que les tendons. C'est une enluminure, mais on l'a nuancé d'une constellation fragmentée, aléatoirement glissée à tout son corps en un jeu de mouchetures évoquant comme des incandescences. Quelques milliers d'étoiles piquées sur ses vêtements et à travers sa peau.
C'est donc roué de nébuleuses poisseuses que Raspoutine fait son entrée dans les toilettes, les mains collantes de peintures encore vives qui font à ses paumes des tourbillons de couleurs. Voilà ce qu'il advient des faunes quand ils s'offrent de bonne grâce aux collaborations expérimentales des Cerfs et des rongeurs artistes. Ce n'est pas faute de savoir que les idées de Chaman finissent toujours par donner lieu à quelque catastrophe ; à y mettre trop de fureur mystique, le rouquin fait toujours dégénérer sa fièvre créatrice en quelque chose de plus somptueux encore, qui les dépasse invariablement par la démesure du chaos qu'il provoque. Il y a bien trop d'intensité dans cette carcasse nerveuse à la détresse de biche- et elle est contagieuse. Voilà comment de la peinture sur chair, la sublime image contenue dans l'idée d'une toile palpitante, la volonté de souligner de vrilles délicates et de tracés déliés tous les reliefs du corps, de superposer aux linéaments de l'os et de la carne les volutes chamarrées échappées d'entre les mains d'artistes inspirés, se mue inexplicablement en bataille de peinture. Voilà comment on se retrouve, de sujet d’expérimentation, d’œuvre vivante se laissant chatouiller par les pinceaux qui courent des pieds jusqu'aux pommettes, à devenir soudain un enragé hurlant marquant aux corps adverses l'empreinte de ses mains vives. Une démence en technicolor. Sublime et incroyable. Tâche était de la partie, entraîné là par son Grand Bouc d'amis ; Sables, semble t'il, a inexplicablement su disparaître avant que tout ne dégénère vraiment, et ce n'est qu'en sortant du Dortoir retourné des Loirs que Raspoutine a pu s'assurer de son intégrité. Le visage souligné par des traits de peinture bleu, Sables inscrivait aux murs des couloirs sa créativité, saluant d'un doux sourire et d'un "Le chaos te va si bien, c'est ton meilleur habit. Ne te laves plus jamais Raspoutine" son nichoir humain, hôtel nocturne pour les faons tremblants, ancien confrère des Loirs, complice hirsute de toutes les bizarreries fascinantes qu'il conçoit.
Mais il ne peut décemment pas concrétiser le souhait de l’ami éthéré. Et c'est donc aux toilettes les plus proches que Raspoutine est venu pour se laver les mains- marquant la porte et sa poignée d'un dégueulis de couleurs.
C'est le sifflement sautillant sur les lèvres (toujours cette bonne vieille Lullaby of birdland) qu'il s'engage dans les sanitaires. S'approche d'un lavabo, sans faire à son reflet le plaisir d'une œillade (ce n'est pas le moment de passer à travers le miroir) et frotte énergiquement ses mains gluantes en y ajoutant un long filet de savon liquide à l'odeur de citron, peuplant ainsi le lavabo de couleurs fluides et de nuages de mousse. Mais avant même d'en avoir finis avec toute cette peinture lui collant à la peau, il lui vient une envie plus pressante que celle d'un récurage dans les règles de l'art. C'est ce jet tumultueux, ça vous fait vivre ailleurs une gêne toute soudaine... Coupant l'eau, c'est donc les mains humides et encore partiellement tâchées qu'il déboutonne sa braguette en se dirigeant vers l'urinoir le plus proche, gueule d'ivoire suspendue au mur à l'attention des pensionnaires valides. Toute prête à engloutir leurs cochonneries diverses.
Il s'y déverse à grands flots bouillonnants dans un soupir d'extase, un brame de contentement éraillé sur la fin. Le plaisir d'uriner n'a jamais rien de surfait. A part peut-être quand on a les doigts froids et qu'il faut bien se résoudre à orienter le torrent. Il aurait pu trouver beaucoup à dire sur le sujet si Tâche l'avait suivis jusqu'aux toilettes ; il y a toujours beaucoup à dire en compagnie du Cygne. Ils passent leur temps à aboyer dés lors qu'ils se retrouvent, en bons chiens de garde enjoués de leur groupe respectif. Camaraderie bruyante à la démesure de leur effervescence.
Celle qu'il impose à la gueule de faïence finit par se tarir, et aux mouvements de ses doigts renvoyant à sa niche ce qui ne doit en sortir qu'à des occasions bien spécifiques font écho les trilles d'oiseau ondulant à ses lèvres. Un chant d'aurore qui parvient presque à masquer le reniflement discret. Qui pourrait le couvrir si à l'oreille percée ne se terrait pas une sensibilité auditive toute particulière. ( Un frémissement caprin, presque un frisson faunesque. )
On ne la fait pas à un Grand Bouc. Il entend et il flaire. Il y a de la tristesse qui se terre ici, bien à l’abri des portes. On ravale quelques larmes et on suinte le mucus à quelques pas de lui. A bien inspirer, malgré les relents de pisse, de peinture fraîche, de vomis, de cigarettes, de glaires infectieux et de papier brûlé (et de sang, n'oublie pas ceux qui viennent s'inscrire la douleur dans la peau à coups de lames de rasoir) il lui parvient bien une effluve de tristesse. Elle a bien son odeur quand on met tout son nez à sentir, quand on se concentre tout entier à chercher ses fragrances. Petite nuance d'épice dans la transpiration. Il y a les suées de peur et la suée du spleen. Autre liqueur distillée par le corps, autre parfum piquant. Et les bruits ne trompent pas- oui, on s'obstrue la gorge de sanglots qu'on veut faire silencieux quand ils aspirent à éclater dans l'air, oui on s'étouffe dans le marais des larmes, on s'embourbe de morve. On essaie de ranger son angoisse dans un tiroir de chair, de calfeutrer les bruits dans le coffret du corps, d'y éteindre sa voix dans des voiles de membranes.
Mais ça ne fonctionne pas. Et Raspoutine n'est pas connu pour son tact ni son indifférence- il faut après tout avoir un cœur immense avec beaucoup d'espace pour pomper tout le sang nécessaire à sa carrure massive. De quoi faire gicler des litres d'hémoglobine.
C'est guidé aussi bien par cette absence de tact que par son empathie qu'il vient s'appuyer sur la cabine fermée. Sans trop y réfléchir, plutôt à ressentir. Toque du bout des phalanges aux écailles de peinture, un petit staccato mitraillant sur la porte.
Pose l'horrible question, l'interrogation ignoble et convenue qu'on aimerait pouvoir faire bouffer à ceux qui la conçoivent dans leur bouche éventée.
Avec pour l'occasion sa voix la moins tonnante, la plus douce parmi celle qu'il modèle dans sa gorge.

- Ça va là-dedans ?
Bien sûr que non. Mais il y a des paroles rituelles à prononcer pour lancer cet échange ; de mots, de hurlements ou bien encore de coups. Nul ne peut jamais dire avec certitude ce qu'on trouvera derrière une porte fermée, au sein de la Maison... Et cela vaut aussi bien d'un côté que de l'autre.


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Lun 9 Oct - 20:57
Il sent fort, le nouveau venu. La peinture, surtout, mais aussi la sueur, la crasse, et au moins une douzaine d’autres fragrances que je ne parviens pas à identifier. C’est une odeur puissante, bestiale, mais pas aussi désagréable qu’elle en a l’air quand je décris ça comme ça. Un peu comme celle qu’on trouve dans les écuries, ça sent vite fait le cul de poney mais ça a quelque chose de rassurant, de vivant. C’est tellement saisissant que ça me distrait de ma tristesse, l’espace d’un instant. Je me souviens, brièvement, du bref résumé qu’un petit Cygne m’avait fait de la hiérarchie en place dans les autres groupes : « Raspoutine, le chef des Cerfs, c’est le grand barbu qui sent un peu comme une chèvre. ». A priori, ça pourrait coller. À moins qu’il ne s’agisse juste d’un quelconque autre pensionnaire peu friand de douches, c’est pas ça qui doit manquer ici. Je ne me suis jamais tenue suffisamment proche du géant velu pour m’imprégner de son odeur au point d’être capable de la distinguer de celle de quelqu’un d’autre.

En tout cas, il ne se préoccupe pas de moi. Il sifflote, se lave les mains, va pisser – oui, dans cet ordre. Mais je ne juge pas. J’en profite pour recommencer à chialer, du coup, histoire de rentabiliser mon temps passé dans les effluves de matières organiques en tous genre. Et puis aussi parce que, pour ne rien vous cacher, je n’arrive pas trop à faire autrement. C’est ridicule, cette crise de larmes. Ça ne m’était pas arrivé depuis mes cinq ans, au moins. D’habitude, je suis plus du genre à pleurer dans mon lit, lorsque tout le monde dort, avec un coussin sur la tronche histoire d’étouffer les éventuels bruits que je pourrais faire. Chez mes parents, et en colonie de vacances, c’est comme ça que je faisais. Des pleurs discrets, ordonnés, presque mécaniques. Quatre ou cinq sanglots silencieux, et je passais à autre chose. Là, j’ai l’impression que plus je pleure, plus je pleure. Que le flot de mes larmes ne va jamais se tarir, inonder les chiottes et la Maison, et tous nous emporter à des centaines de kilomètres de là. Remarquez, ça me ferait une bonne diversion et personne ne remarquerait mes yeux rouges.

Tandis que je m’affaire à détremper le sol et à imaginer des scénarios invraisemblables, ce qui devait arriver arrive. Le sifflement s’interrompt et l’autre s’approche, vient s’appuyer contre battant de la porte. J’ai à peine le temps de me dire qu’il ne m’a pas entendue, si ça se trouve, que peut-être il aime juste bien s’appuyer contre les portes qu’il rencontre sur son chemin : déjà il prononce les mots, ceux qu’on dit dans ces cas-là, ceux que j’aurais préféré qu’il garde pour lui.

J’émets un petit rire étranglé, qui ressemble au bruit que ferait une poule percutée par un bus plus qu’à autre chose. Ça tombe bien, remarquez, parce qu’il n’y a rien de drôle. À quoi ça sert, sérieusement, de demander à quelqu’un qui pleure s’il va bien ? Quel genre de réponse ils attendent, les gens qui font ça ? Enfin, sans doute que c’est ça, le truc. Ne pas attendre de réponse en particulier, et laisser l’autre vider son sac à chagrin. Je suppose, parce que moi je suis plutôt du genre à me carapater à toute blinde quand j’entends des sanglots pour ne pas avoir à m’occuper du problème. J’ai bien assez de mal à gérer mes émotions pour vouloir mettre mon nez dans celles d’autrui. Le mec derrière cette porte est muni de meilleures intentions que moi, je dois le lui reconnaître – pas que ce soit très difficile, ceci dit. Pour saluer son effort, je lui réponds, sans toutefois ouvrir la porte.

« Ouais, super. Tu sais ce qu’on dit : c’est pas une bonne journée si t’as pas passé au moins vingt minutes à chialer dans les chiottes. »

Je ricane, d’un rire qui n’a pas vraiment l’air d’en être un cette fois-là non plus. Pourtant, c’est une bonne vanne. Enfin je trouve, moi.
Je me frotte les yeux avec le bout de ma manche, et remarque avec une certaine surprise que je ne pleure plus. Le robinet à larmes, que plus tôt j’étais bien incapable de fermer, s’est tari dès lors qu’un autre individu a amorcé un contact avec moi. Qui l’aurait cru ? Peut-être bien qu’il sait ce qu’il fait, au bout du compte, ce type à l’odeur musquée.

« Pourquoi tu sens la peinture ? »

La question m’est venue spontanément, alors même que la réponse m’importe assez peu. Ça sonne un peu faux, d’ailleurs, comme si je lisais une réplique de théâtre au lieu de la jouer. Ne vous méprenez pas : en temps normal, je maîtrise à la perfection l’art subtil du changement de sujet. Ou presque. Mais là, vous avouerez que mes options étaient plutôt limitées. J’aurais pu lui parler météo, aussi, cela dit. Ou lui demander des nouvelles de sa mère, mais ça aurait été un coup à déclencher une bagarre. Bref, ça aurait pu être pire. Et puis, s’il est pas trop con, il comprendra peut-être que j’ai simplement pas envie de lui raconter ma vie. Ni de rester seule, ou pas autant que je le croyais du moins.
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