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We can be Heroes ♛ Éphélide
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Ven 6 Oct - 11:05


ft. OC -Ajgiel

fiche médicale
Sous les Briques

Je suis tellement pas désolée.


nom : Ils le voulaient Ziggy en référence douteuse à son œil droit, pupille dilatée sous nuée de cheveux automne. Mais le nom sonnait archaïque, convenu et – faut-il bien le dire ? – pas assez beau. Il aurait pu être Nébuleuse, constellations rouquines jetées à tout son être. Ils l’ont choisi Ephélide, tant par la beauté savante du mot que pour l’évidence qu’il insinue. La rumeur prétend que Papy, Loir érudit de surcroît, aurait dans une encyclopédie cherché la définition du phénomène. Le concerné s’estime, pour sa part, fort satisfait. Cela aurait pu être pire. Ils auraient pu l’appeler Mydriase.

âge : Dix-sept ans et autant d’ecchymoses clairsemées aux corps des autres pourvus qu’il n’en soit plus jamais la victime. Pas de remords néanmoins, il n’éprouve à l’idée de sa sortie qu’un cynisme glaçant. Parfaitement désabusé.

âge d'arrivée : Quinze ans.

origines : Anglaise du sang de son père, avec toute la pâleur stéréotypée que cela incombe, en plus de sa rousseur salutaire.

groupe : De faible rongeur il est devenu charognard d’égout, s’illustrant désormais davantage par ses poings que par ses talents au violon. Les Loirs ont un temps été son berceau, ont poussé son fauteuil et essuyé ses larmes de rage – celles qui scintillent au bord des cils quand le matin vous retrouve vos reins immobiles. Son dernier coup d’éclat furieux semble en revanche avoir refroidi la population de souris, le faisant, à son retour, atterrir chez ceux qui auront bien voulu de lui. A cogner trop fort, on finit chez les soldats.

rang : L’incendiaire.

rôle : Joli cœur de service, tombeur invétéré parfaitement désintéressé de sa cause. Du reste, terreur locale, participant assidu de combats clandestins pourvu que ses jambes le soutiennent. Pourvu que ses doigts tremblants parviennent à nouveau à pincer les cordes et saisir l’archet. Petite frappe aux regards incendiaires.

affiliation avec l'envers : Il tombe et s’emplume. Il chute et s’envole, se traîne aux intestins des autres côtés, s’y faufile, de griffes et de hargne. Il est le grand oiseau tordu, l’hirondelle dépiautée qui sur ses pattes pour de bon se hisse. Vous lacère et vous écorche. Jusqu’à la nuit passée, où, aux premières lueurs de l’aube, l’ordinaire reprend ses droits.

raison de l'admission : Il est un oiseau saccagé qu’on a empêché de voler.

Ses reins défaillent, son dos pulse d’une douleur lancinante, permanente. La saison des pluies est pour lui un supplice, martelant ses pires défaites de journées vissées au siège roulant d’un fauteuil. Du reste, le claquement des béquilles accompagne ses pas sans qu’il n’y perde pourtant de sa superbe. Elliot cahote, vacille avec grâce, rampe avec aisance. Et hurle, hurle dans les oreillers les plus mauvais matins quand, accablé de douleur, il est bien incapable de se hisser. Hurle à la mort de son enfance, aux ecchymoses imprimées jusqu’aux os, cadeau de son père qui, dans L’En-Dehors, vit sans se soucier d’être un jour inculpé de son mal.
Comment votre personnage perçoit-il La Maison, son folklore et ses traditions ? —

Elle est comme un paradis artificiel qui éclos sous les paupières, écarlate et coloré d’un milliard d’ondes piquetées de lueurs. C’est un peu aveuglant, parfois, mais c’est d’une douleur douce-amère. On lui a donné un fauteuil et de quoi se soutenir, de fausses pattes pour marcher et les suivre dans leur éternelle cavalcade spectaculaire. On lui a donné des rires et un nouveau nom, pour oublier l’ancien et l’aigreur qu’il lui rappelle. On lui a donné des grimaces et des bras ouverts, un univers vacillant sur lequel il a l’impression intangible de régner en maître de pacotille. On lui a donné des nuits insomniaques et des sommeils avinés de rêves en technicolor, biberonné aux alcools expérimentaux des plus beaux cervidés.

L’extérieur est au reflux de sa mémoire un peigne de bâtisses grises et conformes. Une terre de douleurs et de garces risettes. Comment vas-tu ? Tu somnoles beaucoup sur tes cours en ce moment. Et pourquoi tu n’écoutes plus ? Et pourquoi tes notes baissent-t-elles ? Dans l’indifférence générale, il s’est vu mourir un milliard de fois, à chaque soir où, passant le seuil de la porte, il devinait la raideur des poings. C’est que la violence se flaire dans l’air, une fois qu’on en a pris l’habitude, qu’elle s’est imprégné en nous. Ici, le temps se délite sur les dix-huit ans fatidiques, dans l’attente indolore des condamnés à la chaise – roulante – bientôt disparus.

Elle est comme un beau rêve, un flottement d’une nuit qu’il voit déjà s’éloigner, rictus désabusé au bord des lèvres. Au moins, pendant ces quelques tours d’horloge, l’auront-ils maintenu en vie, rafistolé à coup de sparadrap grossier. Et tant de petites mains affairées et aimantes. Les éclopés d’une même meute savent mutuellement lécher leurs plaies.


Comment perçoit-il L’Envers ? —

Si La Maison est Matrice, L’Envers est ce qui bat en son sein.
Si elle est mère des écharpés, il en est le père impitoyable.

La Maison lui a donné l’amour et L’Envers lui a offert un manteau de plumes. Il en est l’Oiseau éclopé, le boiteux aux cris stridents qui tombe et se rétame, se cogne à chaque mur, chaque arbre, engoncé dans la noirceur de ses propres ailes. Ses jambes tremblent mais il agrippe, lacère et taillade, à bout de griffes faciles. Il est grotesque et vorace, rit et pleure tout à la fois, dans sa propre cacophonie emplumée de désires froissés, de rêves inachevés.

L’Oiseau oscille d’envers en envers, se faufile, parasite, à ceux des autres pourvus qu’on n’entre pas dans le sien. Là-bas, c’est une réminiscence de maison, qui n’est pas écarlate, qui est juste grise. Et où son corps est bleu, jaune, violacé de toutes les nuances d’un père désincarné. Cela fleuri sous ses plumes et lui s’oublie aux vestiges de sa réalité. Alors loin des regards, sous la mélodie crissante de cages pendues au plafond, le bouffe-charogne, le prince des cœurs, L’Oiseau se déverse en larmes et en hystérie.
Derrière la porte close d’une chambre – enfer personnel – il retrouve sous le masque et les fissures, un peu du Elliot d’autrefois.

Quel est son avis sur les adultes/enfants ? —

Des présences extérieures, il est un rien déconnecté. Ne les vois que passer, ne s’y arrête que pour blesser, la plupart du temps. C’est pour mieux se soustraire à leur fragilité, que cela n’ébranle pas la sienne. Il les trouve charmants, pitoyables, fourmillant, inintéressant. Ce n’est pas tant qu’il ne sait pas aimer mais on lui a tant et si bien anesthésié le cœur, qu’il ne sait plus trop quoi en faire, de ce petit bout de rien qui cogne au gré de ses colères.
De leurs guerres incessantes, il se fait l’habile observateur, commentant les faits sans y prendre part, autrement qu’en combats nocturnes une fois les Adultes retournés à leurs tanières. Et s’il fait la cour aux donzelles, si se fait volontiers charmeur, c’est pour mieux boire à leurs sourires, leurs soupires, pourvu qu’il n’ait pas lui à être touché. Donner, encore et toujours, pour ne pas être volé en traître, lui qui ne peut plus s’élever. Fuyant les gestes brusques, répondant aux gnons d’un rire grelotant d’infamie, lorsqu’il n’est pas le premier à les donner. Du reste, il persiffle sur le dos des uns et des autres. Voit dans leur gentillesse une faiblesse risible, abominable. Se confronte aux terreurs avec le baiser au coin des lèvres, dédaigne les plus petits.

Alors il y a bien quelques noms pour lui revenir. Il y a l’Araignée à moustache qu’il croise à la hâte, une fois par semaine, lors de sa séance au Sépulcre. Il y a les représentations emportées de Ours, dont il assiste aux cours par habitude, comme une attache avec ses souvenirs. Il y a les tarés, les paumés. Les colères froides de Fange, les maladresses de Brèche pour lui faire rouler des yeux. Il y a les caprices de Trompe L’œil, les volutes enfumées d’Acide, les sermons de Richter. Il y a elle, avec ses dentelles et ses sourires en coutelas d’ecchymoses, dont il se sent un peu plus proche.

C’est les roustes paternelles, ça rapproche.

C’est d’être un peu amoureux, fasciné et profondément mal à l’aise à la fois. C’est la princesse qui a fait de L’Envers une croisade. Il ne peut que la comprendre, quand on lui retire médicaments et errance ouatée. Quand on lui coupe les cheveux et qu’on l’efforce au calme, pour quelques torgnoles de trop.

Mais ce n’est tout de même pas sa faute, si les Adultes sont bien insensibles, au sort des Enfants Sauvages.
Pensées en l'air


Depuis son arrivée dans La Maison, il collectionne les plantes en pot qu’il nomme de manière très hasardeuse – A sa venue, il a été longuement relégué au Sépulcre – Y retourne d’ailleurs deux fois par semaine pour remettre en place ses reins et son dos – On l’y entend souvent hurler, lorsqu’il n’a pas le temps de mordre l’oreiller – A été supposément sevré de son addiction aux antidouleurs – Trouve en réalité toujours le moyen de s’en procurer – Est une terreur locale lors des combats nocturnes – Bondira volontiers de son fauteuil pour vous étrangler – S’il ne vous a pas précédemment déjà collé une béquille sur la nuque – Est pourvu d’un rire parfaitement terrifiant – Aurait, d’après la rumeur, mis le grappin sur plus d’une dizaine de filles de La Maison – N’a jamais démenti la chose – Déteste viscéralement être touché – Hante souvent le grenier, mais personne ne sait comment il s’y rend – Est d’un cynisme quasi maladif – Exècre les chats - Y est d’ailleurs allergique – Fait méconnu, caché sous ses déboires, il est violoniste plutôt doué à ses heures perdues, on ne l’entend simplement que trop rarement – Ne parle jamais de son Envers, on suppose par pudeur – Est particulièrement adroit sur ses béquilles, la force de l’habitude aidant – Apprécie tout particulièrement la poésie et les romans le poussant à la réflexion – Peut d’ailleurs souvent être vu avec un livre de Dylan Thomas ou de Philip K. Dick entre les pattes – Ricane devant les films d’horreur – N’a aucun talent culinaire – N’aime d’ailleurs pas tellement manger – Chante comme un ange – S’évertue à regarder autrui dans les yeux – Uniquement pour les voir baisser le regard – Fais des crise d’angoisse pendant son sommeil, des rêves psychosomatiques où il croit être frappé sous ses draps – Porte de longs pulls informes, souvent noirs, ou des t-shirt avec des slogans stupides – Et une écharpe rouge lors de rares jours frais – N’a aucune connaissance musicale – Est d’ailleurs particulièrement vite – Ne pouvait pas s’encadrer Banshee – Ne peut toujours pas – N’aime en fait pas grand monde – A commencer par Fange – Se moque des Cygnes – Et des Loirs – Et de tout le monde – A souvent la gueule de bois – Se murgera la nuit suivante quand même – Vous pillera aux cartes.
Fragment d'Âme


« Ca va ? Tu t'es pas fait mal ? »

Soyez gentil, soyez con, disait l'adage. Et si Diablo avait su la merde qui allait lui tomber dessus en ayant été aussi con qu'empathe à l'égard de cet enfoiré d'Ephélide, il l'aurait retenu, sa phrase. Il l'aurait laissé se démerder avec ses béquilles et sa gamelle accrochée au sol de surprise, sûr qu'il s'était bien ramassé ce con. Il n'aurait pas tendu une main. Et il ne se serait pas pris sa furie de fou furieux dans la tronche, sous la forme de deux poings bien formés.

La scène surprit tellement tout le monde qu'il fallut bien de longues minutes pour que tous réagissent. Parce qu'à part des insultes et quelques moqueries, Ephélide n’avait jamais cherché trop loin avec El Diablo. Une colère épileptique, somme toute ironique vu la pathologie de ce dernier, mais une colère quand même. Une rage écarlate, aux tâches de rousseurs presque confondues avec son teint de furieux. Mais même ainsi, même avec sa crise, même avec ses dents serrées et ses rides animales, Ephélide trouvait encore l'exploit d'être sacrément canon.

Et pas con en plus du reste. Le genre d'intellectuel un brin poète, de bon garçon, étudiant connaissant ses possibilités, secret, tendu, absent, dragueur, poseur. Bellâtre.

Bellâtre sérieusement, ce mot représentait bien ce qu'Ephélide démontrait : un dégueulis de beauté.

Peut-être bien qu'il l'avait maté, ouais. Par vengeance pour l'attitude que ce blanc avait envers lui, par principe parce qu'il avait le cul, et les jambes, et le tout, sacrément bien gaulé. Plutôt grand. Plutôt mince. Maigre. Toujours fourré dans un de ses pulls informes et trop grands. Un peu guindé. Un rien snob. Aristocrate dégingandé. Le genre à faire crever de salive les filles et ça, fichtre, il y arrivait salement. Il n'était pas le petit ami parfait qu’El Diablo pouvait être avec ses concubines toujours bien traitées. Il était cette espèce de fantasme des magazines ado, ceux qu'on accrochait avec le titre d'un boy's band en blaze, un reste de khôl sous le regard, une chemise pendant nonchalamment sur les épaules. Il était un Beatles sans la coupe gominée, un Cobain roux disons, mais sans le jean déchiré. Il était rock et pop et acidulé. Il était souriant, mutin. Bowie, aussi, avec son œil éclaté, sa pupille distendue quand l'autre demeurait étroite, trou de serrure étincelant de noir volcanique.

Il la voyait enfin, de prêt, après l'avoir deviné sous sa frange.

Le premier coup de poing sur ses maxillaires le fit déchanter sur ce spectacle agréable. Les 374 tâches de rousseur vinrent lui postillonner au visage puis une fois son torse rembourré de frappes à lui couper le souffle, Ephélide lui chopa l'épaule, la tordit en tous sens et enfin, comme une bûche dans l'âtre, El Diablo entendit son bras claquer.

Il hurla. Et ce hurlement fut peut-être le détonateur de la suite à venir. Il ne sentit pas sa joue contre son torse et l'écoute patiente et passive de son cœur affolé. Il ne sentit et ne vit rien. Il se mit à danser. Loin, loin, plus loin que l'Envers. Dans l'espace entre les trous de mémoire et le coma profond. Dans l'absence du rien, dans l'impossible.

Il n'y avait plus que le vide épileptique de son mal. Et au loin l'écho distordu d'une voix qui disait qu'il l'avait bien cherché.

Foutre bien cherché.
Le Début du Conte


Ses ongles manucurés luisant de vernis orange font écho à la tignasse qu’elle caresse et délasse, entortillant au bout de ses doigts quelques mèches folles, champ de bataille capillaire aux reflets ardents. Contre son sein il inspire, se gonfle d’une odeur étrangère et plus sucrée que tout ce qu’il connaît d’effluves au sein de sa grisaille quotidienne. Le soulèvement régulier de ses côtes – échardes montagneuses plantées à son corps – est l’unique preuve de la vie qui l’anime encore. Du reste, il est immobile et silencieux. Se laisse bercer aux battements fébriles de son cœur assoupi. Silence fébrile qui se passe de commentaire, appréciation mutuelle, un peu vide de sens une fois l’acte consommé. Sauvage et nécessaire, morsure subite, enfiévrée de tempête charnelle. Le désir délité, ne demeure plus que le calme languide d’une chambre en fin d’après-midi. La sensation un peu crasse de la sueur asséchée qui imprègne encore les carcasses, les charognes.

Le violon repose auprès du lit, au creux de son étui, archet en évidence. Elle qui s’assure de ses progrès se voulait aujourd’hui le fil d’une toute nouvelle mélodie. La première fois, c’est à coup de mots doux et de regards alanguis, qu’elle l’a attiré. Comme à une corde fermement noué à sa taille osseuse d’adolescent effacé. Puis les premières fois se sont succédées pour se faire régulières, donnant vie à L’Incendiaire, entre deux souffles entremêlés. S’il ne rechigne jamais à la toucher, il lui est moins aisé d’effleurer en retour. Il grogne pour la forme et s’écarte, la cloue au lit à la force de son hargneuse jeunesse pourvu qu’elle n’y aille pas de ses caresses. Ce n’est qu’après le festin cannibale qu’il s’autorise à la tendresse, les dernières lueurs d’un jour crevé bondissant à ses cils translucides.

- Tu ne devrais pas trop traîner, il ne va pas tarder à rentrer, ment-elle pour lui soutirer une réaction. Il ne rentrait jamais avant plus de vingt heures, trop affairé à son travail.
- Si tu veux…

En un craquement osseux il se redresse, maigre silhouette dégingandée s’étirant paresseusement, la raideur aux épaules. Et à son corps cela fleurit de toutes parts, bleuets éclos au jardin de son épiderme. Cela jaunit, même, pour certains, ignominies pisseuses dévorant sa couenne. Comme un bouquet elle le contemple, déroulant quelques phalanges pour effleurer des ongles les reliefs hasardeux de ses reins. Il a comme un frisson, un crépitement de peau, chair d’oiseau hérissée d’un duvet transparent. Et bien évidemment, puisqu’il n’est là que pour l’archet et l’amour entre ses cuisses, elle ne dira rien. Ce sera se condamner elle, de le sauver lui. Il s’y est avec le temps résigné.

Délassant et délurant, il se redresse pour quelques pas, déambulant maladroitement jusqu’à la chaise pour remonter boxer et jean, dissimulant les nuances entachées de lait de sa carcasse. Elle a la pupille qui roucoule, de sa gorge trentenaire d’épouse ennuyée. Qui n’a rien de mieux à foutre que de se taper un petit jeune de quinze piges. Entre deux notes stridentes d’un violon bouffé de tristesse. Il faut croire alors que Camille sait déceler le potentiel des vénéneux, des crevures, des opportunistes. Il suffit pour cela, de jeter un œil amusé à son occupé de mari. Sur les draps elle s’alanguit, expose sa poitrine replète au regard déjà mort. Elle aussi, l’a sûrement un peu brisé, pour lui permettre de survivre.

Déjà aux vagues d’un autre océan, il sourit, le corps délesté de douleur. Elle s’attache et n’en perd que plus son intérêt. C’est toujours ainsi, lorsqu’ils pensent le tenir par le bout du bec, et l’attirer, et le posséder. Le dévorer d’un rien, crocs dans le cœur.

Camille, Camille, inutile d’exposer la marchandise quand tu profites bien de la mienne. Je ne reviendrais pas plus vite.

Une fois par semaine, pourtant, il ne cesse de trouver refuge, se nicher à cette douceur. Vivre au travers d’elle, pour mieux s’oublier lui.

Je suis un oiseau en cage auquel on désosse les ailes. Et cogne, cogne, cogne. Je vous arracherais les yeux, je vous rendrais aveugles pour de bon. Pour de vrai.

♫ ♪

Ça va ? Tu t’es pas fait mal ?

A l’aveugle il frappe et s’il était animal, peut-être même mordrait-il. C’est un peu jouissif, un peu libérateur mais franchement douloureux – ça fait mal à son cœur – cette façon qu’a le poing de s’abattre, éclatant la pommette sous l’assaut de phalanges osseuses.

A l’aveugle il le fracasse, le détruit, pour son sourire et ses yeux – la lueur dansant au fond de leur obscurité aussi, lui fait mal au cœur – et le blesse, le défonce, comme ils disent chez les Rats. C’est assourdissant de silence, un bourdonnement continu et atroce dans lequel il ne s’entend pas hurler. Il n’y a que la chair à cogner, des gerbes de sang qui lui éclatent au bec, feu d’artifice monochrome rouge vif. Et ça craque sous son poids, de ne même plus parvenir à se défendre. Un peu raide, un peu mort. Le geyser écarlate lui jaillissant du nez, d’entre les dents où ça siffle piteusement. Et son bras comme un bruit sourd, une rupture dans l’univers. Casser, briser, du bout des griffes, il ne sait rien faire d’autre de toute façon. C’est dans toute sa nature d’oiseau carnassier et pire encore. Cela coule comme une évidence dans son sang et il rit. Grince, hoquète – quelque chose d’affreux, vraiment – entre ses cils humides de libération.

Il s’étrangle. C’est héréditaire, la violence qu’on lui a inculquée.

A grand revers de poings dans la gueule.

Front contre poitrine morte, il écoute respirer, se repaît de sa faiblesse, de cette douceur mal avisée qui l’écorche d’ignorance. Et c’est presque calme soudain, dans son crâne et dans le monde. C’est tranquille d’un éclat de rage passé. Et cela fourmille tendrement à ses poings écorchés d’avoir trop frappé.

Courbé sur lui comme ça, à vivre au rythme de son cœur chambardé, c’est presque comme s’ils avaient fait l’amour. Sur l’instant, l’idée ne lui apparaît plus si sale. Presque agréable. Comme si, d’une seconde à l’autre, c’est d’une main câline qu’il allait venir lui flatter les cheveux. Et pour la première fois depuis toujours, peut-être qu’il aimera ça. Peut-être que ça sera bon, cette étreinte post-désastre.

A l’aveugle, on vient l’empoigner, le sortir de son nid, l’arracher à son apaisement. Le monde s’ébrèche, se tord et explose en un milliard de fracas qui font mal aux paupières dans des couleurs qui n’existent pas.

Ça va ? Tu t’es pas fait mal ?

Une paire de bras solide, bien plus que toute sa rage pour le ceinturer au ventre, retour des reins qui hurlent souffrance. Il se déchire d’un nouveau cri, entre rires et larmes. Frappe vers l’arrière, rue, griffe, du bout des ongles noirs, de ses mains qui s’emplument et se tordent. Ça l’attire pour le retenir, le nicher en son sein. Oh non, tu ne vas pas tomber maintenant ! C’est d’une violence sans nom, d’une précipitation telle qu’il frappe sans distinction. Cogne du coude à la truffe de l’ursidé dépassé qui s’étrangle à le maintenir. Ce n’est pas tant pour frapper à nouveau qu’il lutte mais pour recouvrer la liberté qui revient à tous les oiseaux quand, d’un coup de griffes il l’entaille à lui en laisser des marques – taillades rosâtres dans peau refermée – le temps d’une envolée terrible. Une lutte pour sa promise qui dégueulasse le sol et sursauts sanglants et grotesques. Et ça le fait un peu rire. Et ça lui en tire des larmes de frustration, breuvage de sa déchéance. Il irait bien lécher les siennes – sel sur la pointe de la langue – si elles n’étaient encrassées de gerbes incarnates.

Il faut bien un loup pour croquer un oiseau de sommeil vengeur et l’aiguille trouve le chemin de sa gorge, fine petite garce, là où l’ecchymose ne tardera pas à naître, trace d’un acteur dépassé aux sourires de miel ayant tenté l’impossible. C’est du sommeil liquide qu’on injecte à ses veines asséchées et La Maison semble se tordre et brûler d’appeler son enfant, se voulant mère jalouse et replète d’un sacrifice écarlate.

Mais à sa peau déjà frissonne la peau de rengainer ses plumes, lui hérissant toute la longueur du bras de s’assoupir à nouveau. Et sous ses yeux engourdis et embué, c’est la victime qui semble pleurer. Et lorsqu’il tombe, raide crevé, voué à un isolement certain, il regrette d’un rien de ne pas s’être vautré à ce corps délaissé, pour lui dépiauter le ventre et s’y faire un nid confortable.
Dans un soupire risible, il s’assoupit et songe, ironie cruelle au bord des lèvres. « Ca va ? Tu t’es pas fais mal ? »

♫ ♪

Il y a eu tant de nuits de fièvre amertume qu’il ne les compte plus, et tout autant de nuits fauves à se faire dans les draps pelote vivante de nerfs et de désires bâclés. A hurler, engoncé sous le tissu, croyant crever sous l’assaut de poings imaginaires. Ceux des cauchemars qui vous martèlent et vous agrippent au corps, et vous délitent, vous assassinent dans une splendeur morbide qui lui va si bien. Les oiseaux ont toujours quelque chose de poète. Un rien de ver, au coin de la lèvre, un baiser de mots qui fourmillent et chantonnent, qu’on a oublié là car ils ne savent plus que crier, les oiseaux poètes.

On l’a parqué dans une chambre, grande cage vide, grande cage blanche, palais de courant d’air où les rêves s’étiolent avec le temps. Au sol, des ersatz d’incendie consumés, des braises encore crépitantes. Ils lui ont coupé les cheveux. Au moins n’ont-ils pas tenté de lui voler unes à unes les éclaboussures d’aquarelle rouquine. C’est à devenir fou. Fort heureusement l’est-il déjà aux yeux de tous. Et s’ils ne veulent pas le laisser tanguer, s’ils ne veulent pas le laisser rouler, il peut encore ramper. Ramper à se tordre parfois, dans des endroits impossibles. Et les moquer, se foutre d’eux, de leurs sourcils obliques et de leurs grimaces tendrement mortifères. « Eh quoi, je n’allais pas vous attendre pour aller pisser si… ? »

Et, la crainte dans l’œil, ils le lorgnent parfois et semblent susurrer d’un pincement de lèvres. Es-tu toujours dangereux ?

Et à l’oiseau de répondre.

Oui, assurément.

En coups bas et coups de ciseaux, ils font de lui un autre volatile, un poète moins fringant aux cernes lourdes et à la mine blessée. Une larve de tissu blanc, de draps enchevêtrés pour toute punition à sa hargne. C’est un été de famine à la violence cotonneuse, de celle où on étouffe les oisillons dans les boîtes, pour le museler de sa faute, lui déplumer les ailes. Le ravager jusque dans l’âme, tant et si bien que lorsqu’ils entrent ce jour-là – et il sait, il sait qu’ils ne lui donneront pas les précieux cachets – c’est pour affirmer, les regards ternis de cette gêne crasse qui anime tous les adultes, puisqu’ils ne sont devenus que trop conscient de leurs fautes.

« Nous allons te ramener pour que tu puisses recevoir des soins, maintenant que tu n’as plus besoin de médicaments. »

Plus besoin mon cul, grincent ses reins au supplice quand lui frémit, lueur farouche dans l’œil, de ne pas avoir tellement saisi.
« Me ramener où ?
- A La Maison. »

Et le ton est si aphone, révulsé par l’endroit lui-même qu’il ne peut qu’en être rassuré, et sourit, indolent et tendre de bientôt retrouver les intestins labyrinthes de La Rouge. Rentrer à la maison et à La Maison sont deux choses bien distinctes.

♫ ♪

« Dehors, on te met dans un bureau. Pour que tu travailles, sans bouger. Et tout le monde te jugera et ils surveilleront ton rendement avec leurs machines. Pour être sûrs que tu travailles, que tu n’aies pas le temps de rêver, de penser et de vivre. Dans un bureau ou dans une usine, où tu te casseras le dos mon ange. » Elle l’écoute attentivement l’air de rien, recluse sous un rideau de cheveux noirs, les doigts un peu gourds mais caressant le pot en terre d’Audrey, cactus fidèle au poste. Il est un peu ravi, dans le fond, qu’elle ne l’ait pas oublié. En souvenir du bon vieux temps où j’étais dingue de toi, dingue à en crever. Mais ils m’ont enlevé pour me passer le cerveau au pressoir. Et c’est la seule bonne chose qui en est ressorti. Que toi et moi on se ressemble bien trop, que tes larmes sont un peu les miennes et que ça me fait sacrément flipper. Que tu es une beauté un peu fanée, finalement, comme les fleurs qu’on oublie dans le vase. Mais j’ai été dingue de toi, je te jure, mon éraflure. Même si tu n’en sais rien et que tu ne veux pas savoir. Tu m’effroi. « Et si tu ne travailles pas assez on te jette dehors, pour que tu crèves dans la rue comme un chat errant – ah, encore qu’ils respectent plus ces saloperies – et tu finis dans le caniveau. »

Elle oscille à peine à son discours, bien loin de toutes ces considérations. Et même si elle est un brin effrayante, c’est sans doute de ne pas appartenir tout à fait à ce monde. Elle est comme ces oiseaux perchés sur un fil, constatant la réalité humaine sans réellement s’y figer, déjà loin d’un battement de plume.

Lorsqu’il croise son regard, elle qui caresse la plante, ça le tord un peu en-dedans, d’un frisson mélancolique armé de gêne profonde.

« Je sais déjà tout ça, n’essaye pas de me faire peur, je suis bien la seule qui croit encore en toi ici.

- C’est important que je te prévienne. Mais tu feras une excellente gardienne de cactus. »

Elle grimace et il sait qu’elle lui en veut encore, la princesse, d’avoir laissé sa colère le conduire sur le sentier de l’abandon. D’avoir sué sang et boucles pour lui, pour convaincre son félin de frère – yerk – de l’accepter parmi les Rats puisque les autres rongeurs ne veulent plus de lui, ni à peau ni à plumes. Un teigneux comme cela, on ne le refuse pas chez les punks. En échange, en plus du cactus, il lui a ramené de quoi lire, s’instruire, princesse savante, fée étudie. Une encyclopédie sur les oiseaux et elle a ri un rien de l’ironie du présent. Lorsqu’elle rit c’est toujours presque gagné.

« Ne m’en veut pas… Tu sais ce que c’est.
- Moi je ne perds pas le contrôle.
- Parce qu’il ne t’appelle pas. »

Torpille verbale et elle se tourne pour le foudroyer. Il croit un instant qu’elle va l’arroser d’un cactus dans la gueule – pauvre Audrey – mais déjà se lève, bondissant hors de son perchoir, petite robe corolle pour amortir sa chute. Au lieu d’une gifle, un baiser planté à son front, entre deux mèches sauvagement raccourcies. Qu’est-ce qu’il peut avoir l’air con avec sa tignasse rafistolée.

« Ne m’ennuie pas alors que tu viens tout juste de revenir. Tu devrais aller préparer ta nouvelle place. Qui sait, tu pourrais faire un bon violoniste d’Hamelin…
- Je doute que ton frère soit capable de danser sur quoique ce soit. Ou même apprécier autre chose que sa musique.
- Ne sois pas vipère… »

Mais elle n’insiste pas. Il est bien le seul à avoir ce privilège et s’en révèle tout à fait satisfait, la suivant sur quelques mètres, mains rivées aux roues de son fauteuil jusqu’à ce qu’elle se défausse de sa présence. Les fées sont ainsi, instables et impatientes. Elle lui laisse toujours au creux de la langue une drôle de saveur boisée.

D’un battement d’ailes un peu fluide, il entame sa descente, reprend contact avec les entrailles, les couloirs tortueux aménagés mais qui ne demandent pourtant dans leur largeur qu’à faire vaciller les roulants, comme lui. Semi-roulant, en attestent les béquilles à l’arrière de son fauteuil, petit trône de tissu et de métal, petite machinerie pour remplacer des jambes qui, muées par des reins insolubles, menacent de le trahir. Pour reprendre les dires d’une fée, il revient transformé d’une chambre chrysalide, redécouvre avec des yeux neufs – des yeux d’enfants – la catharsis de La Maison, les frémissements délavés de ses murs aux mille zébrures. Les secrets et les peurs contenus, condensés dans les dessins qu’ils peignent, imposant leur sceau aux dédales pour mieux s’en faire un foyer. C’est un microcosme fascinant que de les voir s’aimer et se détruire quand, à la fin, la réalité vous rattrape toujours. Il est comme extérieur, étripé d’envies splendides et carnassières, de déchirer et de chérir tout à la fois.

C’est une lueur sur sa route, une ampoule qui vient à la rencontre de son fauteuil. Pâquerette est blonde et ils les aiment dorées. Sûrement parce que les préjugés veulent qu’elles soient plus accessibles. Pour ce que ça peut lui foutre. Les filles on y fait les dents comme dans du pain fondant, pourvu qu’elles veuillent bien, battent des cils à se perdre dans les siens. Et Pâquerette sourit, Cygne gracile dans les boyaux d’une Maison qui ne veut décidément pas d’elle. Ça non plus, ce ne sont pas ses affaires. Et, voix presque chantante elle affirme.

- Je suis contente que tu sois revenu, ça a dû être horrible là-bas. - Elle lorgne ses cheveux et ça l’enrage un peu que cela soit si flagrant. Ça pour être ravie. Ce n’est pas la première fois qu’elle le reluque. Ours aurait bien des choses à y redire, puisque ses cours en sont la principale victime. – Tu veux que je pousse ton fauteuil ? – Il n’aime pas ça, mais si ça l’amuse.

Elle a attendu que la fée file, et cela lui fait grincer un semblant de sourire. Ce ne serait pas la première à l’aborder en présence de la phalène. Et si elle n’approuve pas, s’en débecte et fronce museaux et sourcils, elle aussi sait bien, ce qu’Ephélide fait aux filles. Il n’est qu’un petit seigneur des cœurs mais la rumeur tourne, roule et gonfle, tant et si bien qu’il est bien incapable de l’arrêter, perché sur ses béquilles. L’image indolente lui colle à la peau et si elles savaient seulement, qu’il joue au bénévole. Si elles le touchaient en retour, il leur briserait les doigts. C’est bien assez gênant ainsi, leurs caresses énamourées, leurs regards épris et leurs genoux qui enserrent et se referme, cage charnelle de moiteur et de chair.

Au moins il peut s’y perdre, s’y vautrer, oublier dans la mécanique bien rodée des corps qui ne s’appartiennent plus. Un shot d’adrénaline, une piqûre d’endorphines. C’est mieux que de prendre un cachet, que de marchander avec le Sépulcre, mais moins efficace.

Moins efficace que ses discours, ses palabres de gamine qu’elle s’échine à lui raconter dans le roulis infernal du fauteuil. Qu’il écoute d’une oreille pour donner la réplique, donner le change. Revenir à sa vie d’oiseau entre ces murs. Puis, au hasard d’un mot, lui lance ses propres vers, impatient, il faut l’admettre, de pouvoir froisser un Cygne.

- Tu sens la fleur pourrie, on t’a déjà dit… ? Ce qui devrait être une insulte sonne à ses lèvres comme une invitation de plus. C’est un tisseur patient, passant unes à unes les perles de sa langueur sur le fil de la conversation. Il se tourne à peine pour croiser son regard, déroulant ses phalanges pour lui saisir le poignet. Et inspirer à l’intérieur, là où la chair est plus tendre et où les veines palpitent d’une vie secrète. – Et moi je sais pourquoi

Tissu satiné, il déroule la pointe de sa langue au creux de la peau et si elle frémit, pas une gifle pour le renvoyer à son nid. Pâquerette n’est plus une fleur des champs. C’est un peu dommage, un peu commun. Cela fera bien son affaire.

♫ ♪

Dans l’obscurité d’une chambre, un cœur minuscule se confond en chamade, bat encore piteusement au pays du vide, grisaille humaine sur fond de bienséances. Une bosse sous les draps, celle de sa hanche saillante qui roule d’un rien, dans toute sa maigreur, franchement sinistre, livide même, si la naissance ne l’avait pas éclaboussé de tâches.

Camille ne reviendra pas et il voit d’ici le panneau de mise en vente sur la maison voisine. Tant mieux, tant pis. C’est sûrement un peu de sa faute. Gloire à la mort du violon, puisqu’il en a perdu la maîtresse comme la dame inspiration. Il est bien incapable, quoi qu’il arrive, de se hisser pour jouer de nouveau.

Sur la table de chevet trône en dernier vestige le flacon renversé d’un milliard d’étoiles mortes. Des sucres sous la langue pour apaiser le mal, disparut comme Camille. Il en vient à se maudire de l’avoir aimé, rien qu’un peu, puis réalise qu’il en est de toute façon bien incapable. Mais elle était un refuge, une main caressante sur le crâne d’un chien. Elle était belle est assurée de l’être, vipère mortelle aux gestes de velours. Il ne peut lui en vouloir d’avoir voulu l’élever – aîné d’une famille commune à l’avenir désincarné – à une image un peu plus en accord avec ce qu’elle a déniché en lui. La graine nocive, le bourgeon teigne d’un arbre futur dont les fruits seront de folie. Pas que cela le dérange, finalement, d’être taré pourvu que ce soit dans le confort sans douleur d’une chambre close. Mais c’est déjà raté, foiré, comme irréversible.

Déjà ça fourmille, atroce, des coups de pied qu’il lui a refourgués hier, cognant comme dans un sac de viande prostré au sol. Avec les années, il a cessé de se défendre. L’habitude pousse à la résignation et le sang qui se mêle à sa pisse semble le narguer, à chaque fois que le martyr le reprend, entre deux cachets. On l’a vu pâlir en classe dans une myriade de regards inquisiteurs. On s’est tue pour son œil à la pupille écartelée, lorsqu’il est entré au collège. Premier coup, premier sang pour gueule d’amour à jamais affublée d’une marque. D’un souvenir aux airs de Bowie. Ce qui aurait pu être flatteur – vraiment – s’il n’avait pas eu le mal des mâchoires déboîtées avec ça, pendant deux semaines. Plus jamais le visage. A ne vouloir rien dire on apprend à se protéger, à garder le secret.

Si je parle il me tuera.

C’est dire pourtant, si la mort ne lui serait pas plus douce.

Mais on respire, on vit et on a les fois, comme chaque être branlant arpentant cette Terre grise. Il n’est pas si différent des autres, mais il vacille plus fort, de ne plus avoir de jambes pour le porter. Les premières lueurs de l’aube l’ont trouvé renversé, emmêlé dans ses draps d’avoir chuté. Et au creux de l’ossature, dans le délié de ses reins, c’est une langue infernale qui n’en finit plus de fouetter, armée d’une multitude d’épingles amères.

Elle sent le lait et la sueur, lorsqu’elle débarque dans sa chambre, s’inquiétant sans doute de son retard, lui qui est si brillant. C’est toujours sa grande excuse, sa grande fierté. Ces quelques mots brandis en étendard, dissimulant sous le voile tout ce qui chez eux déconne. « Mon fils est le meilleur élève de sa promotion » chuinte-t-elle doucement, lorsqu’elle en a l’occasion. Et même dans sa terreur, Juliette est belle comme un cœur. Mais dis-moi, maman, où as-tu été le pêcher, ton Roméo de merde… ? Il ressemble à son père, en a hérité l’incendie à la gueule, mais, surtout, lui ressemble à elle. C’est tant mieux comme ça. Elle pose à son front fiévreux des mains tremblantes et demande, oh pourquoi, qu’est-ce que qui ne va pas, pourquoi es-tu en retard pour l’école. Elle a l’œil un peu fou et il devine ce qui la taraude. C’est elle qui se fait témoins silencieux de leurs conflits sans jamais prendre les coups. C’est elle qui se tait, détourne les yeux, n’intervient plus, s’efface – pitoyable – pourvu qu’elle n’ait pas à subir. Ni elle, ni ses filles. Sophie attend dans le couloir, engoncée de sommeil dans son pyjama vert pomme. Au creux de ses bras, Lily bave du haut de ses trois ans inconscients.

C’est à crever de rire. On ne les a plus vu si agitées depuis ce matin – il y a quelques années – où les flics sont venus les questionner. Quand lui n’était qu’un môme dissimulant les premiers stigmates de son mal. Juliette avait bien cru perdre sa garde mais c’est l’oncle Terry Liddel, qu’ils avaient réclamé. Le frère du vieux – qui n’en avait tout bonnement rien à foutre, comme du reste – le chien galeux aujourd’hui encore porté disparu. L’oncle Terhem n’était venu qu’une fois, leur rendre visite, lorsqu’il n’était encore qu’un gosse, petite crevure de bac à sable. Une seule et unique fois pour qu’il comprenne que l’oncle était probablement le moins crétin de toute cette famille nécrosée jusqu’à la moelle.

Il étire un sourire douloureux, bouffé de cynisme. La douleur le rend teigneux. « T’en fais pas… J’irais rien baver, emmène-moi à l’hôpital bon sang j’arrive plus à marcher… »

Elle a au moins le mérite d’être aussi obéissante qu’effacée et c’est à grande peine qu’elle se le traîne, son oiseau de rejeton, jusqu’à la voiture. Jusqu’à la grande boîte blanche, des fous et des écorchés. Là où se traînent les éclopés, montés sur canes ou sur roulettes. Et sous les cris stridents de quelques machines, quelques radios décidant de son état – je suis tombé dans les escaliers si souvent, c’est juré – on lui fait un sort tout tracé. Loin des sœurs et d’une mère effacée. Loin d’une chambre grise aux cours sagement rangés.

Et c’est les reins brisés, les jambes flageolantes que je m’en vais loin de toi. Je me rends à la sauvagerie d’un univers constellé d’enfants fauves. Goudronner mes plumes de charbon rougeâtre, renaître, piètre phénix, des cendres d’un corps que tu as morcelé. Sans plus jamais marcher je m’élève plus haut que toi, dans des cieux qui te seront à jamais inaccessibles. Et je serais de duvet blanc, de poils ou de bois s’ils le veulent, pour étoiler encore sur quelques heures, les années de jeunesse qui me séparent encore de toi.

Je laisse derrière moi les amantes et les faux-semblants, les connaissances accumulées sur la surface lisse de feuilles usées. Je laisse à ton monde mon talent préconstruit et emporte mon archet et ce qui me reste de rêves. Pour survivre dans l’œuf écarlate d’un monde qui n’attend plus que moi. Et cracher mon venin à la gueule des idéalistes, des pauvres hères aux yeux piquetés d’étoiles éphémères.

Le bonheur, la liberté, l’innocence. Tout cela ne dure qu’un temps.

Et on s’effiloche, on se grise, avec les années. On s’effrite.

On se brise.


La façade rouge projette son ombre à tout l’assèchement d’une clairière de friches, impériale et vengeresse. On la croirait repeinte des âmes terribles d’enfants ravagés. Sa porte est comme un gouffre, une gueule béante ouverte sur l’inconnu. Sur tout un univers autonome de colifichets, de prières chuchotées à quelques dieux imaginaires.

Mais étrangement, il sourit et sait – sans douter – qu’il est déjà le bienvenu.

Au seuil, il abandonne son nom et renie celui de son père.


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Ven 6 Oct - 11:17



Tu es validé



bonjour mon bel oiseau. ma fracassante hirondelle avec tes regards furieux et tes reins lâches quand tu es las. tu me picores le coeur de tes mots et ta fiche est un merveilleux cadeau. je te remercie pour ce que nous allons créer même si mon pauvre diable se fait vers de terre sous le bec de ton chantonnant violonniste. je t'aime.


Tu peux désormais créer ton carnet de liens et à poster une demande de rp. Tu peux également ajouter ta patte à  la chronologie du forum. Amuse toi bien par ici et encore une fois, bienvenue !




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Libre pour rp? : Oui
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Charogne
Ven 6 Oct - 11:31


Ce personnage est hautement malaisant même pour quelqu'un qui joue une Charogne. Tu as vraiment un style délicat mais très tranchant.

(rip Diablo)



Animal, tu n'as pas le choix, tu auras mal ✝️ Animal.
Award du meilleur prof 2k17:
 
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Ven 6 Oct - 13:01
♥️♥️♥️


200 % jus de tomate
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Guillotine
Ven 6 Oct - 13:03
C est malaisement beau


▬    Lost souls in revelry
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Tempête
Dim 8 Oct - 13:57
j'arrive après tout le monde mais, pfiou, c'est un sacré portrait de gosse cabossé qu'on a là et c'est chouette de voir un autre de tes persos ici. welcome back !



PortraitCarnet
Avatars par CCCrush et Charogne
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