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Non | La colombe blanche et sèche retombe souvent sur sa poitrine [FINI]
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Mer 4 Oct - 4:55


ft. Owl - OC by Cyarin

fiche médicale
Sous les Briques

Coucou. Mon pseudo usuel est Eli, mais vous pouvez m'appeler Non, j'aime bien. Je vous ai dénichés via un partenariat et je trouve ce forum tout à fait remarquable tant sur le fond que sur la forme. J'ai lu le début de La maison dans laquelle il y a un moment et j'ai hésité à le terminer avant de m'inscrire, mais je lis lentement et votre forum est si chouette que je n'avais pas envie d'attendre (je vous complimente beaucoup mais ne vous en faites pas, c'est uniquement pour me faire bien voir). J’aime beaucoup la linguistique et les cochons d’inde (on a les passions qu'on peut que voulez-vous). Je n’utilise pas beaucoup de smileys parce que je sais jamais lesquels il faut mettre dans quelles circonstances (d’habitude je me force à placer au moins un ou deux ^^ parce que c’est passe-partout (comme le mec de fort boyard) mais avec vous je sens que je peux être moi-même. Pas certaine que ce soit une bonne chose pour vous, m'enfin :/). J’aime aussi les parenthèses, et jouer des personnages énervés à la première personne pour qu’on croie que je fais exprès d’écrire n’importe comment (je devrais sans doute pas révéler ce secret de fabrication mais bon). J'utilise à outrance des mots de djeuns tels que "swag" et "wesh", mais je devrais probablement pas m'en vanter parce que j'ai 22 ans. Pour finir j'espère vraiment qu'il n'y a pas sur ce forum un orthophoniste spécialiste de l’aphasie de Wernicke parce que je suis pas bien sûre que ce que j’ai écrit soit complètement correct médicalement. Bisous (oui, je vous fais des bisous alors qu’on se connaît pas encore bien, je sais que c’est un peu cavalier de ma part mais carpe diem comme disent les jeunes)
AH OUI AUSSI (faut vraiment que j'arrête d'éditer ce truc), des fois j'écris vite, mais quand même le plus souvent non.


nom : Non, en souvenir de ce qu'elle avait rétorqué au « t’es qui, toi ? » qu’un Rat à l’air plutôt malveillant lui avait adressé. Un simple « non », plein d’aplomb, comme si elle venait de balancer la meilleure punchline du monde. Elle-même avait eu l’air presque surprise par cette réponse incongrue – et d’ailleurs, elle l’avait été. De temps en temps, les mots qui sortent de la bouche de Non ne sont pas ceux qu’elle avait prévus. Elle avait gardé contenance tant bien que mal, mais sa réponse avait tout de même bien fait rire le Rat, et tous les gamins autour. Après ça, personne ne s’était embêté à lui chercher un autre surnom.

âge : 15 ans

âge d'arrivée : 15 ans

origines : banalement nord-américaines

groupe : Cygnes

rang : Wesh alors (mais si quelqu'un a mieux je dis pas non :/)

rôle : simple membre, et peu désireuse de se voir assigner un quelconque rôle.  

affiliation avec l'envers : Effacée

raison de l'admission : Paraplégie complète suite à un accident. Elle souffre également d'une "légère" aphasie de Wernicke, également suite à l'accident, qui cause notamment chez elle une difficulté à employer les mots dans le bon contexte. À force de séances chez l'orthophoniste, le trouble a cependant fini par s'estomper jusqu'à presque disparaître, ne se manifestant plus à présent que sous le coup de l'émotion.
Comment votre personnage perçoit-il La Maison, son folklore et ses traditions ? —
« Mais bordel, où je suis tombée ? ». Ça, c’est la première pensée que j’ai eu en débarquant ici. Figurez-vous que, depuis, elle ne m’a pas quittée. Sans blague, qu’est-ce que c’est que ce merdier ? Je sais que c’est pas censé être la joie, les foyers pour handicapés, hein. Croyez pas non plus que je sortais de mon cocon la bouche en coeur, en m’attendant à ce que tout se passe bien. Mais, à ce stade, j’en viens à avoir des doutes quant à la légalité du truc. Déjà, question hygiène, je suis à peu près sûre que c’est pas aux normes, on va pas se mentir. Question normes de sécurité, je suis à peu près sûre qu’on est pas bons non plus, vu l’âge de la baraque ; et puis, dans la mesure où la moitié de mes camarades trimballent avec eux des couteaux, des lames de rasoir et autres trucs coupants, je pense qu’on est plutôt loin du risque zéro de toute façon. Et c’est pas tout, il paraît. Ma voisine de lit m’a raconté une histoire horrible à propos d’un bout de doigt coupé et d’une bête qui vivrait dans les murs. Sans doute qu’elle essayait juste de me faire peur – ça a marché, je dois admettre.
Mais la maison a aussi des bons côtés, si l’on parvient à fermer les yeux sur tout le reste. Même si j’ai encore du mal, je ne peux nier que ça a quelque chose d’enivrant, d’être aussi libres. Aussi détachés, indépendants, des adultes. Et puis, c’est sans doute la première et la dernière fois que j’ai l’occasion de vivre dans un environnement aussi bien adapté à mon handicap. Ça, il faut le lui reconnaître, à la maison. Elle sait comment nous accueillir, et comment prendre soin de nous. Peut-être que vivre parmi les fous est le prix à payer pour un peu de confort physique.

Comment perçoit-il L’Envers ? —
Ce qui me dépasse ici, surtout, c'est l'attachement que semblent avoir les autres pour le lieu. Comme si ce n'était pas qu'une maison, qu'ils avaient un lien spécial avec elle. Au début, ça avait l'air d'une lubie de gamins abandonnés en manque d'amour maternel. Mieux vaut une mère inventée et faite de briques rouges que pas de mère du tout, hein ? Ouais, c'est ça que j'ai pensé, d'abord. Et puis, petit à petit, j'ai découvert la Maison. J'ai arpenté les couloirs, de jour et même parfois de nuit, et j'ai laissé derrière moi mes théories quant au présumé manque affectif des autres pensionnaires. On peut le nier, mais pas trop longtemps : il y a quelque chose d’un peu magique, ici. Un truc mystérieux, qui hante les murs et flotte juste sous mon nez sans que je ne parvienne jamais à le saisir complètement. Comme un monde secret, caché derrière une porte entrebâillée que je n’ai pas le pouvoir d’ouvrir entièrement. Pas que j’en aie si envie que ça, cela dit : il y a des choses que j’aime mieux ne pas savoir. Je vais quand même pas me mettre à vénérer une foutue baraque, si ?

Quel est son avis sur les adultes/enfants ? —
Ah, parlons-en, des enfants. Qui exactement a pensé que c'était une bonne idée d'enfermer dans le même bâtiment des handicapés moteurs et des enfants à problèmes ? Bon, je suppose que dans la réalité de la chose, il y a pas eu un mec qui s'est dit, genre "tiens, ce serait une bonne idée si on enfermait des enfants handicapés et des jeunes délinquants dans un espace clos" – enfin, allez savoir. La chose a du se faire progressivement, au gré des saisons et des coupes budgétaires. Je sais pas, je me suis pas renseignée. En tout cas, je peux vous dire que c'est pas ce qu'il y avait écrit sur le prospectus ! Non, je rigole, j'ai jamais eu de prospectus et on m'a plus ou moins emmenée ici de force. Bref, je disais. Les enfants. Ce que je pige pas, c'est pourquoi ils sont aussi méchants entre eux. Tout ce drame, tous ces complots, ça sert à quoi ? Je veux dire, la Maison pourrait être sympa si elle n'était pas une zone de guerre perpétuelle. On est entre nous. Les exclus, les moches, les cassés, les idiots. Pourquoi on se fout sur la gueule ? Je suis pas tellement du genre bisounours, pourtant, en temps normal. Plutôt du genre à être en colère contre tout, et tout le monde. Mais on pourrait peut-être se comprendre, entre gens en colère – ou se donner des astuces, j'en sais rien.
Ah, aussi. Cette histoire de groupes rivaux à noms d’animaux là, c’est pour quoi faire ?  Remarquez ça ferait un bon scénario pour un roman, mais faudrait que ça se passe dans une école de magie ou quelque chose comme ça histoire de pimenter un peu le truc. Enfin, je m’égare, excusez-moi. J’en rajoute peut-être une couche, mais je vois pas pourquoi on s’acharne à se diviser. Et je dis pas ça uniquement parce que je me suis retrouvée dans le groupe le plus pourri.

Les adultes. Parlons-en aussi. Qu’est-ce qu’ils foutent ? C’est littéralement impossible qu’ils ne soient pas au moins un peu au courant de ce qui se trame - en toute illégalité - dans la Maison lorsqu’ils ont le dos tourné. Soit ils cautionnent, soit ils ferment les yeux, ce qui en définitive revient un peu au même. Mais merde, ça coûterait quoi de faire un tour dans les dortoirs chaque matin pour vérifier que personne n’a un flingue planqué sous son oreiller ? C’est une question rhétorique, je précise. De toute façon, depuis que j’ai appris que les anciens pensionnaires constituaient une part non négligeable de la population des adultes de la Maison, je ne m’attends plus à grand-chose.
Pensées en l'air

Paraplégique depuis presque une dizaine d'années, elle a développé un talent spécial pour ramper – Elle possède un foulard violet, offert par son amoureuse de l’En-Dehors. Elle aimerait le porter mais ne veut pas se faire éjecter de son groupe, alors elle le garde sous son oreiller – Elle s’est accommodée sans mal au code vestimentaire strict des Cygnes, mais porte toujours sa culotte à l’envers en guise de rébellion discrète – Elle aime assez son surnom, et trouve qu’il lui donne l’air plutôt badass si on oublie son origine – Elle aime beaucoup les insectes et possède une myriade de connaissances inutiles sur le sujet – Elle dort énormément, parce que c’est la seule chose qu’elle a trouvé pour s’évader un peu de la Maison – Elle déteste l’alcool mais accepte systématiquement lorsqu’on lui en propose, afin de conserver son image de fille cool et détachée – elle n’a rien contre les clopes, en revanche, mais on ne lui en propose pas tellement
Fragment d'Âme

Ouais, je sais ce que vous allez me dire. Une meuf noire handicapée. Haha. À moi toute seule, je pourrais être le sujet d'au moins une centaine de blagues oppressives différentes. Ça ne me fait que moyennement rire, perso, mais bon. Manquerait plus que je sois homosexuelle, hein ? Ouais, attendez la suite.
Ce qui est dingue, ici, c'est que le regard que les autres portent sur ma personne a changé du tout au tout. Les gens du dehors, je sais bien ce qu'ils pensaient, quand ils me voyaient pour la première fois. Quelque chose comme « oh, la pauvre enfant, elle a perdu sa joie de vivre à cause de son TRAGIQUE ACCIDENT ». N’importe quoi, donc. Déjà, entendons-nous bien, la joie de vivre c’est hyper surfait. Et puis surtout, moi, j’ai pas de problème avec mon fauteuil. J’aime bien être assise, c’est toujours mieux que d’être debout. C’est eux, en fait, qui ont un problème avec mon fauteuil. C’est tout ce foutu monde qui a un problème avec mon putain de fauteuil. Si au lieu de me regarder comme si j’étais un chien écrasé sur le bord d’une route les gens allaient militer pour qu’on rende les transports en commun accessibles au handicapés, j’aurais peut-être plus envie de leur sourire.
Eh ben, ici, personne ne me prend en pitié. On me chahute, on me méprise, on tente de devenir mon ami parfois ; mais, quoi qu’il en soit, ce n’est pas mon handicap qu’on regarde en premier. Le regard ne s’attarde pas sur mes roulettes, et détaille ma peau mate, mes yeux noirs, mes cheveux bruns. On me cherche un signe distinctif, autre que les roulettes, pour pouvoir me distinguer de tous les autres roulants d’ici. Les quelques mèches de cheveux toujours en travers du visage, les taches de son éparses autour de mon nez, ou, plus simplement, le fait que je ne sois pas blanche. Les roulettes, c’est secondaire, ici. Ce n’est pas un signe distinctif suffisant. Ça, je dois dire que ça me plaît plutôt bien.
Quand je dis que j’ai pas de problème avec mon fauteuil, c’est vrai. Je veux dire, bien sûr, c’était plus pratique de pouvoir marcher. Je suppose. Je m’en souviens pas tant que ça. Mais je suis tellement habituée au fauteuil, maintenant, que je ne suis même pas sûre que je le troquerais contre des jambes en bon état. Ce qui est chiant, avec cette histoire d’accident, c’est l’aphasie. C’est horrible, ce truc. Y a tellement de choses qui me passent par la tête, si vous saviez. C’est bien formulé, quand c’est dans ma tête, c’est cohérent, c’est ordonné. Mais, à partir du moment où j’ouvre la bouche, ça se corse. J’ai trop à dire, trop vite, et souvent n’importe comment. Je mélange les mots, j’en oublie, et parfois j’en invente de nouveaux sans même en avoir conscience. C’est n’importe quoi, hein ? Je trouve aussi. Ça va mieux que quand j’étais plus jeune, bien sûr, mais les situations stressantes ont tendance à réveiller la totale incohérence langagière qui sommeille en moi.  Et figurez-vous que, dans la Maison, les situations stressantes ne sont pas vraiment une denrée rare. J’ai trouvé une parade, cela dit : quand on me parle, je répond principalement par monosyllabes. Ça réduit considérablement ma marge d’erreur, et puis ça me donne un petit côté mystérieux qui masque assez bien le fait que je suis passablement interloquée – et légèrement terrifiée – par tout ce qui m’entoure.
Le Début du Conte

Ça y est, c'est le moment où je vous raconte comment mon père m'a tragiquement abandonnée à la naissance après que ma mère soit morte en couches en me donnant la vie. Vous êtes prêts à entendre cette histoire ? J'espère pas, parce que c'est pas du tout la mienne. Je vous taquine, hein, détendez-vous. J'en arrive aux faits.
Pour tout vous dire, le début de ma vie n’est pas très palpitant. Tellement pas que je l’ai en grande partie oublié, en fait. Tout ce qui se passe avant mes six ans n’est qu’un brouillard nébuleux, dont je ne me rappelle que ce qu’on m’a raconté. C’est pas très difficile à imaginer, cela dit, je connais bien le contexte : des parents petit-bourgeois – un père noir, une mère blanche – un pavillon de banlieue, une barrière de bois blanc, et une petite fille qui s’ennuie toute seule dans le jardin. Même avant le fauteuil, je n’étais pas très douée pour me faire des amis. Je sais, c’est triste, mais le bon côté des choses c’est que je ne m’en souviens quasiment pas. C’est tellement flou et lointain que j’ai du mal à avoir de la peine, rétrospectivement, pour la petite Grace – c’est mon prénom, Grace – qui jouait toute seule avec ses sauterelles et ses fourmis. Oui, je jouais avec des insectes. Vivants, évidemment. On se demande bien pourquoi je n’avais pas d’amis.
Il y avait un arbre, aussi, chez mes parents. Enfin, plusieurs arbres, mais un seul sur lequel on pouvait monter. Un cerisier, plus tout jeune, mais qui donnait toujours des fruits. J’étais toujours perchée dedans, malgré la frayeur que cela inspirait à ma mère qui ne pouvait pas faire grand-chose pour m’en empêcher. C’est une des rares choses dont je me souviens avec précision : ma mère, en bas de l’arbre, qui me fixait de ses grands yeux angoissés en criant « Grace, ne monte pas trop haut. C’est cassant, le cerisier ! ». J’étais une enfant renfrognée, un peu sauvage, mais je crois qu’en définitive j’étais plutôt heureuse. Mais ça, c’était avant l’accident. Oui, vous savez, le désastreux accident d’hélicoptère qui a tué mes deux parents sur le coup et m’a laissée seule, dévastée et paralysée, à la merci de mon méchant oncle qui ne s’occupait de moi que pour l’héritage. Oh, faites pas cette tête, je me paye encore votre tronche. Il y a pas eu de mère morte en couche, ni de tragique accident d’hélicoptère. Un accident, oui, mais pas tragique ; un accident insignifiant, idiot, et qui aurait si facilement pu être évité, sans doute. Si vous êtes pas trop bêtes, peut-être que vous avez déjà deviné. Mais si, réfléchissez. Vous connaissez pas le proverbe « s’il y a un fusil au début du livre, le coup partira avant la fin » ? C’est un russe qui l’a écrit. Probablement. Bon, il n’y a pas de fusil, dans mon histoire, mais c’est tout comme. Y a des indices, concentre-vous.
Bon, ça va, tant pis pour le suspens. Je vous le donne en mille : je suis tombée de l’arbre. J’avais six ans. C’est cassant, le cerisier, effectivement. Ça a l’air solide, mais c’est cassant. Une allégorie de mon estime de moi-même, en quelque sorte. Bref. La branche sur laquelle je m’appuyais de tout mon poids a cédé, j’ai dégringolé d’une hauteur d’environ cinq mètres, et mes parents m’ont retrouvée inconsciente au pied de l’arbre. À ce qu’il paraît, mon coeur s’est arrêté pendant presque deux minutes. Impressionnant, pas vrai ? Je faisais moins la maline sur le coup, cela dit. On m’a emmenée à l’hôpital, on m’a triturée dans tous les sens – je vous épargne les détails – pendant quelques heures, et je ne suis pas morte. Juste fortement endommagée, on va dire.
Après quelques semaines, ou quelques mois, passés à l’hôpital, on m’a rendue à mes parents. Mes parents, toujours aimants sans doute, mais un peu moins à l’aise. Beaucoup moins permissifs, aussi. Et beaucoup trop protecteurs. En dehors de cette tendance générale au cocoonage excessif, leurs attitudes respectives à l’égard de mon soudain handicap prirent vite des directions radicalement opposées. Mon père, petit à petit, se désintéressa de moi. Il prenait toujours soin de me protéger du monde extérieur, comme un bibelot fragile ; mais moi, qui j’étais, ce que j’aimais, ce qui me rendait heureuse, tout cela a cessé de le préoccuper. Il voulait un autre enfant, mon père. Une autre chance. Parce qu’avouons-le, femme, noire, handicapée et singulièrement asociale ça faisait un peu trop d’obstacles à ma bonne réussite socio-professionnelle. Mon père, c’est un businessman, un vrai. Il avait cette fierté d’avoir réussi à se tailler une place dans le rude monde du capitalisme, malgré sa couleur de peau et des origines presque modestes. Il voulait des enfants qui lui ressemblent, qui perpétuent son héritage. Pour moi, c’était fichu.
Ma mère, elle, ne voulait pas d’autre enfant. Elle ne voulait rien d’autre que me couver, moi, son enfant brisée, son obligation journalière. Elle aimait ça, je crois. Que je sois une corvée. Elle aimait me montrer à ses amies, et les entendre dire « oh ! Ma pauvre, quelle tragédie... ». Elle aimait leur regard plein de compassion, leur parler des sacrifices que je lui imposais, clamer à la ronde ô combien elle m’aimait malgré ma différence. J’étais Jésus mort sur la croix, et elle était la vierge Marie qui me caressait les cheveux en pleurant toutes les larmes de son corps. Quelque chose dans ce genre-là. Oh, je sais ce que vous vous dites : j’exagère, parce que je suis en colère qu’on m’ait laissée là. Eh bien, vous auriez un peu raison. Je suis dure, sans doute. Je n’essaie pas de me mettre à leur place, ou pas comme il faut.. Peu importe. C’est bien assez difficile d’être à la mienne, de place.
Par-dessus tout, ma mère voulait me soigner. Elle se sentait coupable de ce qui m’était arrivé, je suppose. J’en ai vu, des chirurgiens, des médecins de toutes sortes, des guérisseurs, des chamans même. Elle espérait une rémission miraculeuse, un remède magique qui bien sûr ne venait pas. Elle me racontait, les yeux brillants, qu’elle avait hâte de me voir courir à nouveau, être heureuse à nouveau. Je n’osais pas lui répondre que je n’étais triste que parce que personne ne me pensait capable d’être heureuse.
Comme il n’existait pas, à sa connaissance, de marabout capable de guérir d’une formule magique la paralysie, elle décida de tout miser sur mon deuxième handicap. L'aphasie de Wernicke, la fameuse. Un joli nom pour une maladie à la con. Il lui fallait une victoire, à ma mère. Une réussite, une preuve qu’elle avait tout fait pour moi, qu’elle était une bonne mère. Ainsi débutèrent les séances d’orthophonistes, démoralisantes et douloureuses pour mon estime de moi-même, que l’on m’imposait une fois par jour. Oui, une fois par jour ! Vous savez combien ça coûte, une séance d’orthophoniste ? Moi non plus, mais c’est probablement la peau du cul. Dieu sait que je ne voulais pas y aller, pourtant, à ces foutues séances. Mais ma mère m’y traînait, inlassablement, malgré mes pleurs et mes cris. « Tu me remercieras, plus tard », disait-elle. « Tu seras contente, quand tu seras grande, de savoir parler correctement. » Elle n’avait pas tort, sur ce point-là, je dois le lui concéder. Sans cette rééducation, je serais probablement incapable de m’exprimer, à l’heure actuelle. Comprenez-moi bien, je dis pas que l’intention était mauvaise, hein. Juste que la méthode était discutable.

J’ai grandi, tant bien que mal. Il n’y a rien à dire de plus sur la fin de mon enfance que sur le début. Le tout pourrait, d’ailleurs, se résumer en quelques mots : ennui et solitude, accident, re-ennui, re-solitude. La grosse ambiance, quoi. Enveloppée, serrée, étouffée dans ce cocon de soie que mes parents avaient bâti autour de moi. Je m’en suis accommodée, un temps. Jusqu’à mes douze ans, environ. La crise d’adolescence, classique. C’est pas parce qu’on est handicapé qu’on y a pas le droit. À l’inertie généralisée dont je faisais preuve jusque-là s’est substituée une colère grondante, dévorante, impossible à ignorer. Contre le monde, contre mes parents qui mettaient tant d’ardeur à m’en exclure, comme s’il ne s’en chargeait pas très bien lui-même.
Comme toute bonne ado en crise de base, modèle standard, je me suis mis à faire des conneries. Des petites conneries, d’abord, comme voler quelques dollars dans le portefeuille de mes parents, casser des beaux vases en porcelaine ou sécher quelques heures de cours – vu le prix exorbitant de l'école spécialisée où j'allais en cours, c’était en définitive mon méfait le plus coûteux. Avec le temps, petit à petit, je gagnai en assurance et mes conneries en gravité : vol à l’étalage, fugues, bagarres. Rien de réellement dramatique, ceci dit. J’ai pas cramé une maison, ou égorgé un de mes camarades. Je suis ennuyeuse, comme fille, on ne le répétera jamais trop.
Je ne sais pas exactement ce que j’attendais, avec mes petits actes de rébellion. Un changement de la part de mes parents, sans doute, une remise en question. Une réaction, simplement, n’importe laquelle. Mais rien de tout ça n’est jamais venu. Ma mère, poule toujours plus obsédée par son unique poussin, ne daignait même pas se mettre en colère. Elle se contentait, implacable, de supprimer une à une le peu de libertés qu’il me restait. Ce n’était même pas une punition ; seulement sa façon de me garder près d’elle, de m’empêcher de quitter le nid qu’elle a construit pour moi. Et mon désir de la provoquer n’en était que plus grand, formant ainsi un cercle vicieux tout à fait regrettable.
Mais plus grosse connerie, celle qui fit craquer ma mère et lui passa pour toujours l’envie de continuer à couver son poussin malade, cette connerie-là n’avait pas été préméditée. Elle n’avait pas non plus, d’ailleurs, pas vraiment eu vocation à être une connerie. La connerie en question s’appelait Mathilda, elle avait de grands yeux verts en amande, et elle était dans la même classe que moi. Nous avions quatorze ans, nous avions toutes les deux des roulettes, et je suis tombée amoureuse d’elle dès le premier coup d’oeil. Elle aussi, j’espère bien.
On s’est vues et revues, avec Mathilda, en cachette ou en jouant le jeu de l’amitié lorsque nous étions accompagnées. Mais on était pas très douées, pour la discrétion, elle et moi. Sans doute qu’on s’aimait trop fort, que ça faisait trop de bruit pour les autres, habitués seulement à leurs amours plats et à leurs sensations effacées. Ma mère, avec son sixième sens de mère poule, elle a compris que Mathilda et moi, on était pas que des amies. Elle l’a soupçonné, au moins. Et elle n’a pas eu trop de mal à confirmer ses soupçons, en jetant un œil par la porte entre-ouverte de ma chambre. Parce que quand elle m'a vue embrasser à pleine bouche la bonne copine avec qui j'étais censée réviser mon anglais, il n'y a plus tellement eu de place pour le doute. Ouais, je sais, j’aurais du être plus prudente. On est con, quand on est amoureux. Qu’est-ce que vous voulez.
Enfin. Toujours est-il que quand elle a poussé la porte de ma chambre, ma mère, le teint blafard et les yeux exorbités, j’ai su que cette fois j’avais passé une limite qui n’aurait pas du être franchie. Elle a raccompagnée ma copine à la porte, les lèvres pincées et en se retenant sans doute de crever les roues de son fauteuil. Et puis, une fois la porte refermée, elle s’est mise à hurler. À hurler des tas de choses horribles, que jamais je ne l’aurais crue capable de hurler. Sur ses sacrifices, sa vie gâchée, sur tout ce qu’elle avait fait pour moi pour que finalement, je la trahisse ainsi. Sur la chance que j’avais d’avoir une mère qui ne m’avait pas abandonnée malgré mon handicap, et sur la malchance qu’elle avait de s’être retrouvée avec une enfant si décadente. Moi, je ne m’étais pas attendue à ça. Je n’avais qu vaguement conscience que c’était mal, embrasser Mathilda, que c’était réprouvé par le commun des mortels. Au point où j’en étais, je ne voyais plus vraiment de raison de me soucier du regard des autres. Je suppose que j’aurais mieux fait d’y réfléchir à deux fois.
Ma mère a hurlé, donc, pendant presque une bonne heure. Et puis mon père est rentré, à été mis au courant de la situation à l’aide de quelques hurlements, et il s’est mis à hurler lui aussi. À hurler qu’il en pouvait plus, de cette famille, et qu’il aurait du se barrer tant qu’il en avait l’occasion. Qu’il allait le faire, d’ailleurs.
Cette nuit-là, mes parents l’ont passée à crier. À un certain stade, ça me paraissait carrément surnaturel qu’ils aient tous les deux encore de la voix. Je les entendais, depuis ma chambre, se déchirer quant au sort qui allait m’être réservé.

Le lendemain, mon père me conduisait à la Maison. Ça n’a pas traîné, cette affaire. Moi qui m’était épuisée pendant près de trois ans à tenter de les mettre en rogne, si j’avais su qu’il me suffisait d’être homosexuelle pour qu’ils me renient et me jette dans le premier foyer venu…
La Maison, maintenant, ça fait un peu plus d'un mois que j’y suis. Que je fais profil bas et tente de ne pas trop me faire remarquer – je n’espère même pas m’intégrer, je suis réaliste. Un mois que je réalise progressivement à quel point les membres du groupe auquel j’ai été assignée sont ennuyeux. Et à quel point les membres des autres groupes sont, pour la plupart, des sortes de dangereux monstres assoiffés de sang. À choisir, même si leur code vestimentaire est détestable et que le rangement est loin d’être une de mes passions, je préfère me coltiner le groupe des mecs chiants que le clan des arracheurs d’oeil.  
Je n’ai pas vraiment eu de nouvelles de mes parents, depuis qu’ils m’ont larguée ici. Rien qu’une carte postale, plus que laconique, (« je t’embrasse, maman ») envoyée par ma mère une semaine après mon arrivée. Je les déteste de m’avoir abandonnée, je les déteste de n’être que de sales homophobes pourris capables de supporter que leur fille casse les carreaux des voisins rien que pour le plaisir, mais pas qu’elle soit amoureuse d’une autre fille. Je les déteste, je les méprise, je les hais. Et pourtant, chaque matin, je ne peux pas m’empêcher d’espérer - au moins un petit peu - que c’est aujourd’hui qu’ils vont venir me chercher.

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Quenotte
Mer 4 Oct - 8:15
Bienvenue à toi Non! (Si.)
Très contente de voir ce petit bout de personnage qui m'a l'air fort intéressant et merci de remplir les effectifs des pauvres Cygnes aha.
Je ne peux que t'encourager à continuer La Maison dans Laquelle parce que ce bouquin est juste merveilleux. Le forum en est largement inspiré même si on trouve quand même quelques différences et certains membres se sont amusés à les mettre en commun avec leur lecture ehe (Puis Non et son "mais qu'est-ce que c'est que ce bled de chelou" me fait penser au désespoir total de Fumeur nah.)

Du coup n'hésite pas à me contacter au besoin et bon courage pour la suite de ta petite fichette
PS : Je retire le point de ton pseudo dans la journée!




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Pieds-Nus
Mer 4 Oct - 11:06
Hello et bienvenue! ^_^

Oh j'aime bien les persos qui viennent tout juste de débarquer dans ce paradis monde de fous. toilet J'espère que tu t'amuseras en découvrant au fur et à mesure La Maison. D'ici là, bon courage pour la fin de ta fiche, qu'il me tarde de lire. :)

Au fait, pour ton titre: C'est pas faux. pompomgirl


Lorian gribouille en #99cc66.


Forme dans l'Envers:
Spoiler:
 


Opaline, doudou favori:
Spoiler:
 

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Richter
Mer 4 Oct - 14:26
"parce que je me suis retrouvée dans le groupe le plus pourri."

KOI

je suis si indignée
BIENVENUE !!! contente de voir un cygne aussi cool MÊME S'IL TROUVE SON GROUPE POURRI WESH
bon courage pour la suite !!
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Mer 4 Oct - 14:46
Mince je sais pas si c'est plutôt bien ou pas d'avoir enfin quelqu'un de censé ici mais en tout cas bienvenue ! hi

Bon courage pour la fiche !
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Libre pour rp? : non sauf si ça vous dérange pas d'attendre 10 ans pour une rep
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Princesse
Mer 4 Oct - 14:53
viens rejoins le groupe des paraplégiques ;)) on est bien

non sans déconner BIENVENUE non me donne des étoiles dans les yeux tellement elle est cool ?? des gamins blasées comme ça on en fait jamais assez. vraiment, elle est trop adorable ohlala. et j'avoue les cygnes bof bof quoi :// jte fais des bisous ♥️


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Sables
Mer 4 Oct - 15:21
enfiiiin des gamins qui sont RÉALISTES sur la maison (évidemment que les cygnes sont tout pourris) 

bienvenue par ici et bravo pour ton originalité ! ton personne dépote grave et la référence à jul je meurs ptn
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Raspoutine
Mer 4 Oct - 15:55
Oh mon dieu ta fiche. J'adore Non ET TA PROSE. Qu'est-ce que j'ai ris. Et souris. Et même souffler du nez. J'ai hâte d'en lire plus et de suivre les pérégrinations désabusées de Non à travers le forum :D.


- Fiche
- Carnet de liens

Merci à Fantâche pour mon avatar <3
Award du plus beau parleur (mais pas suffisamment pour réussir son coup):
 
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Messages : 46
Libre pour rp? : oui !
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Mer 4 Oct - 17:39
Ohlala mais vous êtres trop gentils merci pour cet accueil je vous aime déjà est-ce que vous voulez tous m'épouser ? Enfin je m'emballe peut-être un peu, mais sachez que je suis passablement ravie d'être parmi vous (d'autant que j'ai lu des bouts de fiches par-ci par-là et vous écrivez tous TROP BIEN c'est dingue je suis dépassée)

Quenotte > je pense que l'état d'esprit de mon perso a effectivement PEUT ETRE été quelque peu influencé par celui de Fumeur, haha. Mais je compte la faire évoluer assez rapidement vers le côté obscur de la maison hehehe

Princesse > j'espère sincèrement qu'on aura l'occasion de rouler main dans la main dans les couloirs de la maison <3

Je tiens par ailleurs à m'excuser auprès de tous les cygnes que j'aurais pu offenser. Pour ma défense, c'est carrément écrit dans la description des groupes que tout le monde vous déteste :/

Aussi je suis vraiment heureuse de voir que je suis tombée sur un forum où y a des gens qui connaissent Kaamelott. Et JUL. ça suffit à mon bonheur.

J'essaie de terminer ma fiche à la vitesse de l'éclair du coup parce que vous êtes vachement motivants.
toilet
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Messages : 129
Âge : 27
Libre pour rp? : Complète mais je prends les idées/projets.
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Brèche
Jeu 5 Oct - 0:40
Bienvenue et woah j'adore tout le cynisme du personnage qui imprègne sa fiche, sa vision du monde, de ses parents, toute cette volonté refusant la pitié juste qu'on la traite comme un être humain comme les autres. Et, j'avoue, j'ai ri pour le coup de la culotte (il n'y a pas de petite révolte) Ton personnage c'est un gros coup de cœur !



PortraitCarnet

Avatars par Quenotte et Cassiel. Award par Quenotte
Feu/Brèche par Fantôche
avatar
Messages : 74
Libre pour rp? : 4/4 mais ouvert a la reservation
Voir le profil de l'utilisateur
Ours
Jeu 5 Oct - 7:53
Non mais ton perso il est parfait je wow

(Et ce nom c'est terrible je crois que je vais l ecrire partout pour exorciser le sentiment de troublance)

Ca fait vraiment beaucoup plaisir de voir d'aussi beaux cygnes et ce cynisme, je pense qu'on en a tous un peu besoin.


Merci Quenotte:
 
avatar
Messages : 35
Libre pour rp? : Non
Voir le profil de l'utilisateur
Jeu 5 Oct - 8:18



Tu es validée

alors là.

alors LÀ.

je crois que je te féliciterai jamais assez de ce perso à l'exact contraire des normes validistes et des clichés rps usés jusqu'à la moelle. c'est neuf. c'est bien. c'est bon. c'est percutant. t'en rate pas une ligne. c'est intelligent mordant et superbement bien écrit.

du coup ben j'ai pas le code mais je passerai faire un message avec fange en matinée en ce sens. en attendant tu es déplacée et tu as ta couleur.

mille. fois. bravo.

Tu peux désormais créer ton carnet de liens et à poster une demande de rp. Tu peux également ajouter ta patte à  la chronologie du forum. Amuse toi bien par ici et encore une fois, bienvenue !




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