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Event 1 - La Fête des Loirs [Groupe 2]
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Quenotte
Lun 9 Oct - 15:09



There's a thin white cold new moon

and the snow is coming down


Sous le joug d’une opalescente, La Maison se tord et s’étire, drôle de géante usée au corps en souffrance. Ils ne sont eux qu’une toute petite troupe. Une mâchoire bien futile quand la demeure toute entière grince et transcende, fait de ses murs une toile irréelle, une pièce bien vivante sur le chemin de leur course. C’est presque au ralenti que cela se déroule, quand sur les pas se crèvent des silhouettes informes enfantées des murs, spectres de mots biaisés, mal orthographiées. C’est un peu voler de leur innocence, que de se la réapproprier ainsi en marionnettes dociles. Sur ses traces la robe semble s’accrocher, rejoindre au sol le néant de son existence pour la laisser en poursuite, nue et incolore, presque rampante dans la nuée infernale de sa tignasse.

Cela lui en martèle les boucles, quenottes luisantes pour vagues moirées, qui s’y agrippent et s’accrochent en couronnes pour la si bien nommée. Et quand sa main se tend, s’extirpe de son envolée pour saisir, agripper trois fois rien mais un pan, un rien de blancheur, qui s’effrite et s’enfuit. Et elle de se rependre, marre encrière, sur le tapis d’un tout autre côté. Dans leur dos, cliquetis salvateur d’un piège à loup qui, tranquillement, se referme sur leurs pattes. Et aux aboiements lointains de se taire. Elle comprend alors comme ce qui la tenaille le plus est l’absence de bruit. C’est un univers à part et calfeutré qui ne souffrirait d’aucune agitation. Un Envers civilisé qui pourrait appartenir à n’importe lequel d’entre eux mais qu’elle est bien incapable de reconnaitre. Cela éclot, rouge et crème derrière ses paupières, se piquetant d’un millier de lueurs éclatantes, stridentes, venue embrouiller sa vision. Elle se redresse et, puisque ses vêtements l’ont faussée, pleuviote de quenottes échouées à tout son crâne, claquant au sol en petit os piétinés. Elle balaye l’endroit d’un regard vite quant aux murs habités en sourdine rebondit un « tout va bien ? » de circonstance dont elle peine confusément à reconnaître l’auteur.

Invisible, cela grouille dans les murs sans se montrer, quelque chose d’étranger, goutte d’étrange à l’arrière du crâne. Elle grelote de dents en carillons dans ses cheveux, esquissant un pas, s’aventurant à une exploration hasardeuse de l’endroit somme toute habité, récemment fréquenté. Pour un peu, si elle ne les savait tous fermement opposé à l’idée, on pourrait presque croire à un salon de thé secret tenu par quelques Cygnes en goguette. Mais il règne en ces lieux une force infiniment plus malsaine parce qu’étrange. On craint si bien, ce qu’on connaît mal. Et c’est dans le noir que ronflent patiemment les cauchemars d’enfants.

Une main s’enferre à la sienne et c’est parcouru d’un frisson qu’elle s’efforce de ne pas la repousser, si violemment qu’elle s’incrusterait avec les ombres sous le papier peint fleuri. Ne me touche pas. Mais déjà y fleurissent les dents qu’elle lui dépose en offrande, disposant à sa paume creuse les vestiges de leur soirée de fête. Lui rendre ? Parce que tu as envie d’y risquer tes mains ? A défaut d’y avoir risqué les dents. Et pas de trace dans la pièce de leur fée voleuse, pas plus sous les rideaux que dans les placards.

- …. Je n’ai pas les compétences nécessaires pour gérer ce genre de situations, finit-elle par avouer, mi ombre mi dégoût, reprenant mains et dents pour pivoter vers le fond de la pièce et ajouter : Je ne suis pas chef.

Elle règne sur un tout autre genre de trône. Un siège confortable fait de certitude et d’accoutumance au mode de vie de La Maison. Une fois ses repères basculés en tous sens, elle n’espère plus retrouver son chemin. Ne reste qu’une alarmante vérité, plus grande encore que d’attraper le coupable. Il faut sortir d’ici. Et puisqu’il n’y a qu’une porte, elle approche, posant à la poignée une main prudente, hasardeuse.

- Tenez-vous prêts à réagir, je vais ouvrir.







C O D E ©️ W H A T S E R N A M E .




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Tâche
Mer 11 Oct - 7:37

• La Fête des Loirs •
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Quenotte ; Tâche ; Pieds nus ; Petit chien ; Hypnos
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Tâche déteste les mots. Qu’ils se crachent, qu’ils se murmurent, ceux qui volent et se collent au fond du crâne ; ce sont les pires. Alors, quand les lettres viennent se décrocher des murs pour envahir tout l’espace, Tâche résiste vraiment à l’envie de fermer les yeux. Les clore et s’arrêter pour se calmer. C’est ce qu’il devrait faire, en temps normal. Se recroqueviller sur lui-même, piocher l’un des nombreux papiers roulés en boule au fond de ses poches pour les relire, griffonné avec un bout de fusain en miette. Se rappeler que tout va bien, et que les mots ne sont rien de plus, qu’ils peuvent même lui servir à se réconforter. Mais, là n’est pas le temps, et c’est comme s’il était en plein vent. Ses yeux se mouillent et il ne ralentit la cadence que lorsque qu’ils terminent leur course au creux de cette pièce étrange. Alors que Petit Chien se baisse, le garçon lui, se frotte les yeux pour enlever la poussière – ce qu’il se dit – pour éponger l’eau salée qui se presse aux extrémités de ses paupières. Il va plutôt se rappeler que Quenotte est nue, et détourner le regard en rougissant jusqu’aux oreilles. S’emparer d’une tasse fumante qu’il vide cul sec – le thé est fait pour être bu après tout – et c’est un moyen comme un autre de reprendre son souffle après cette course folle. Il n’écoute que d’une oreille distraite Petit Chien qui expose sa théorie. Pas par manque d’envie, simplement par déconcentration. Foutu bourdonnement. Tâche se donne un coup de sa main de libre, contre le crâne, avant de secouer vivement la tête. Le Bruit est là. C’est à cause des mots. De cette pièce. Du reste. De tout ce qui n’a pas de sens. Rien n’existe. Pas même ces écailles qui transparaissent au travers de sa peau, déformant l’épiderme. La respiration, il la travaille. Il en a besoin. Alors, quand il hoche la tête de compréhension après les paroles de la Seconde des Cygnes, il glisse les dents dans le creux de sa tasse vide, et s’approche d’un rideau en secouant ses vêtements, si, comme le dit Petit Chien, il n’y demeurerait pas quelques Quenottes agrippées. A propos de cette dernière, Tâche jette quelques coups d’œil – en essayant de trop s’accrocher à sa silhouette dénudée – comme s’attendant à ce que Tête d’Ampoule surgisse de la porte qu’elle veut ouvrir, pendant qu’il soulève le rideau qui lui est le plus proche. Peut-être y a-t-il des fenêtres cachées derrière, un autre endroit par lequel ils pourraient partir. En endroit où ils pourraient voir le Voleur de Dents se sauver.

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Pieds-Nus
Mer 11 Oct - 14:47

Alors qu’on était en train de courir après la tête d’ampoule, Hypnos me lâche la main. Mais pourquoi ? Je ne saisis pas tout de suite ce qui se passe. Je ne peux que me rendre compte qu’il est parti droit devant, et qu’il a dépassé tout le monde. Je suis d’abord surpris car je n’aurais pas imaginé qu’il soit capable de faire ça. Puis, tout sourire, car s’il courait aussi vite, il n’aurait aucun mal à rattraper la tête d’ampoule. Et puis cela prouvait qu’il n’avait plus peur, n’est-ce pas ?

Ou pas. Car nombreux étaient les obstacles qui nous barraient la route. Voilà que le décor se mettait à nous agresser. Quelque chose de bien ordinaire dans l’Envers. Sauf que non. Ce n’était pas comme d’habitude. L’Envers était différent. Je le sentais au plus profond de moi-même. J’en avais l’intime conviction. Il ne grouillait pas, il ne pulsait pas de la même manière qu’à l’accoutumée. C’était comme… Un autre envers. C’était possible ça ? Un autre Envers ? Ce ressenti ne me quittait pas, durant ma course folle, essayant de me protéger tant bien que mal des agressions des mots et autres créatures ayant quittées les murs.

Sentiment qui persista même lorsque j’entrais en dernier dans cette jolie bonbonnière. J’en étais époustouflé de beauté. Je n’avais jamais vu un tel lieu, nul part, dans ma jeune vie. Mes yeux balayaient la pièce, émerveillé, un large sourire niais aux lèvres, par chaque objet qui s’y trouvait. C’était un merveilleux petit salon. Je repérais un fauteuil et j’imaginais mon Opaline assis dedans. Il serait assurément à sa place dans un tel lieu. Si beau ! Parfait pour lui !

Petit Chien me tira de ma rêverie en me donnant quelques petites choses en émail. Précieuses petites dents. Et cela me rappela pourquoi nous étions ici. Et qu’ici, c’était l’Envers. Même si ce n’était pas le notre. Alors raison de plus, pour rester sur mes gardes et faire attention. Je les pris et les saisis dans ma petite main luminescente. C’est là que je me rendis compte que j’avais pris ma forme de « luciole », comme disait Brèche.

Lorsque Quenotte décide d’ouvrir la seule porte présente, je vais me poster à côté d’Hypnos. Toujours ce devoir de « grand-frère Loir » qui me poussait à ne pas le laisser seul. C’était ma façon de lui faire comprendre que même sous cette forme, j’étais capable de le protéger. Sans doute même davantage en Envers qu’en Endroit. Si jamais tête d’ampoule décidait de nous attaquer, je savais comment protéger tout le monde. En attendant, le coeur battant, je me tiens prêt, les yeux rivés sur la porte.


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La Rouge
Mer 11 Oct - 22:20





Event 1 - La Fête des Loirs




C'est sur une des tables aux bords sculptés de flamands roses que la musique se lance. Et tandis que palpite le gramophone à la voix éraillée, ils entrent les uns après les autres au sein du salon de thé.

Lutter contre le chaos. Mettre de l'ordre au sein de leur crâne, et dans le monde autour. Donner un sens à enchaînement de catastrophes qui se sont précipitées depuis le début de soirée- chercher des réponses à des questions qui peinent encore se former vraiment, dans cette gangue de ténèbres poisseuses. Et des moyens de se prémunir contre la Tête d'Ampoule, qui que ce soit, quoique ce soit. Vaincre tant bien que mal le chaos de ce monde. Quêter un miroir pour passer au travers, retourner du bon côté de leur univers carmin.

Chacun y va de ses rituels et de ses talismans, chacun se raccroche à ce qu'il peut, après cette odyssée psychotique au sein de couloirs Rouges. Pour l'une ce sont ces dents qu'on leur a jeté dans un salut de ballerine. Redistribuant ces petits flocons d'émail avec fébrilité, en leur conférant un pouvoir qu'ils n'ont guère. Mais fais donc Petit-Chien, laisse parler ta panique, n'ais aucune crante d'être désorientée. C'est tellement beau un cœur qui bat, un corps qui chute, un esprit qui défaille. Il y a une grâce nauséabonde dans le désespoir, et le tiens est sublime.

Et que dire de Quenotte, toute de brouillard et de liqueur ? Aussi frémissante d'appréhension qu'un animal écorché par les vents. Stridulences des côtes dénudées, onctuosité de la chair adolescente submergée de fourrure ondoyante- nudité juvénile et crémeuse qui ne se soucie pas de se refléter dans les regards présents. Repoussant les paroles et la main d'une autre naufragée de cet Envers qui ne leur appartient pas, pour aller saisir par elle même une des clenches du destin. Déterminée à ne pas faire qu'attendre.

Et toi Tâche, toi qui traverse si bravement ce cauchemar dans lequel se concrétisent tes craintes grouillantes. L'Envers s'acharne en pluies de quenottes et d'étincelles à repeindre ta réalité aux couleurs de l'horreur. Une ecchymose après l'autre sur ta santé mentale. Mais tout va bien pour le moment : ce n'est rien qu'un début, mon pauvre Tâche. Le pire reste encore à venir.

Il n'y a finalement que Pieds Nus pour apporter un peu de douceur dans toutes ces aigreurs. Un soupçon d'innocence au plus profond de la nuit- le morceau de sucre dans leur thé.
Ils ont bien raison de se servir seuls - n'est-ce pas Tâche?- car il n'y a pas trace de quiconque pour prendre en charge leur bien être en ces lieux qui semblent pourtant avoir été calibrés pour pourvoir au confort. On a été jusqu'à couvrir les fenêtres pour leur conférer une ambiance plus feutrée.

Oui, les fenêtres. Car elles sont bien présentes. Une d'entre elle se dévoile justement sous l'impulsion de Tâche, haute, étriquée, très chiquement corsetée.

Au-delà de laquelle ondoie sous les étoiles un grand champs de coquelicots, carmin fluctuant sur le bleu nuit du ciel. Comme autant de goutte de sang frémissant sous une brise, prêtes à s'évaporer. Et quelque part dans la marée asphyxiante des pavots brûle un épouvantail habillé d'un costume, répandant l'étendard du brasier qui le consume au gré des bourrasques nocturnes. Un panache de fumée où crépitent leurs regards.
Ils dansent autour du sacrifié une ronde païenne absurde, houleuse. Il y a trop de lumière dans leurs yeux et trop de dents dans leur bouche- mais ce sont leurs bonds qui les trahissent d'abord. Légers, gracieux.Caprins. Ce sont de petits faunes au corps crasseux et aux longues mains voletantes. Arrosés de boucles ondoyantes, esquissés de rondeurs. Qui voient bien qu'on les guette depuis une fenêtre lointaine. En tournoient de bonheur, pointant du doigt et sautillant allègres. Ne sont-ils pas mignons ?

Leurs hurlements sont inaudibles à travers les épaisseurs conjointes de la vitre et de la musique répétitive qui tourne. Mais leur course n'a rien d'invisible quand ils se mettent à courir vers le visage de Tâche, dressé comme un phare dans la nuit de leur monde. Ni même leur joie bestiale. Les coquelicots frémissent sur leur passage- se soulèvent en une vague au creux de laquelle ils grouillent, petits requins brunâtres. Alors même qu'elle grandit et déferle sous le clair de lune vers le salon de thé, c'est pourtant d'autre part que vient le danger le plus immédiat.

Quand retentit un bruit de verre brisé tout au fond de la pièce, et qu'un rideau se soulève en claquant sur le mur. Une seule bourrasque a le temps de souffler à travers le salon, une haleine froide qui semble chercher les occupants de la pièce pour s'exhaler intensément sur leur chair juvénile.
On peut y percevoir comme un pouls qui bat... Comme une odeur fruitée. Comme si quelqu'un avait ouvert la bouche pour accoucher de ce vent. Auquel succède un dégueulis floral.

De la dernière fenêtre, tout au fond du salon, se déverse soudain un torrent de coquelicots. Un tel submergement de pavots qu'ils se répandent au sol en un flot incessant, renversent certains meubles, ensevelissent jusqu'aux jambes des occupants de la pièce. Forment une étrange piscine de mille milliard de fleurs. Jusqu'aux moindres recoins.
Sous les doigts de Quenotte, la porte ne s'ouvre pas.

Et de la fenêtre brisée tout au fond de la pièce entre une douce lumière. Des lambeaux de brouillard. Puis sur son lit de fleurs, elles glisse, la Ballerine lumineuse qu'ils ont pourchassé jusqu'à ce salon de thé. Glisse au sein des pétales comme une baigneuse languide, et levant une main délicate pour les saluer, se laisse couler au sein des coquelicots.

Un nappe de brume se lève au sein de la pièce. Et des visages avides se pressent contre la vitre dévoilée par Tâche.

Mais ce n'est rien. Ce n'est rien quand sous la masse de fleurs, quelque chose bouge soudain. Ondule. S'avançant jusqu'à eux, sous la surface carmine.
Vite, vite. Ne connaissez vous pas tous les règles du Chat perché... ? Car il est temps d'y jouer.






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Petit Chien
Jeu 12 Oct - 13:47
Petit Chien reste sur ses gardes, prudente à l’extrême, même si c'est peu dire. La situation semble extrême. Elle enroule ses mains dans son gilet. Elle attend de voir Quenotte ouvrir la porte, pendant que d’autres prennent le thé. Mais rien ne se passe. Ou plutôt.

Il se passe quelque chose. Encore. Quelque chose d’inquiétant. Aussi inquiétant que la brume, les visions, les fleurs, les monstres. Comme des millions de cauchemars d’enfants.

Et puis elle se rappelle, quand quelque chose se brise sur le sol. Ils ne sont pas seuls. Petit Chien lâche les minuscules dents, peine à en rattraper quelques unes. Et son idée – brillante ? lui semble mauvaise. Tellement mauvaise. Peut-être que c’est ce qui l’attire pour de vrai, les dents. Mais elle s’approche tandis que leur guibolles semblent trembler, redoutant les horreurs qui pourraient les attaquer. Ou c'est juste elle. Juste elle qui a peur. Si peur. Mais elle le voit. Quelque chose ondule dans les pétales.

Là ! Dans les fleurs !! Petit Chien alarme, les yeux fixés sur la tête d'ampoule. Ce n’est peut-être pas ça le vrai danger. Et peut-être qu’il est trop tard. Que ça ne changera rien. Rien de rien. Tâche semble trop loin. Quenotte aussi. Il reste Pieds-Nus et Hypnos. Alors elle claque ses joues pour se secouer. Un peu. Sur le comptoir. Ou les tables ? Ne lui laissez pas vos jambes ! Petit Chien recule lentement, les mains en avant pour que Pieds-Nus et Hypnos puissent s’y accrocher, jusqu’à rencontrer une surface. La blonde se tourne. Une table. Mais comme elle ne lui semble pas si stable. Pas mes jambes. Murmure-t-elle, la tête pleine d’arabesques et de pirouettes. Ballerine de faïence qu’elle était. Elle se suspend quand même, abandonnant le reste, accroupie qu’elle est au centre de la table. Ses bras entourent ses chevilles, la tête dans ses genoux. Pas mes jambes. Pas mes pieds. Petit Chien tend tout de même une main, toujours paniquée, mais bien décidée à être utile. Pour une fois.

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Tâche
Jeu 12 Oct - 17:59

• La Fête des Loirs •
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Quenotte ; Tâche ; Pieds nus ; Petit chien ; Hypnos
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Merde.
Qu’est-ce que j’ai fait.


Sont les premières pensées de Tâche.

Il avait fallu qu’il soulève ce foutu rideau. Il avait fallu qu’il ait cette idée brillante que de regarder au travers du carreau. Seulement, il a à peine le temps de s’en fustiger que son souffle se coupe. Il y a cet océan carmin, forêt de tiges et de pétales cramoisies mais, plus encore, il y a eux. Bestiales créatures païennes qui dansent autour de cet être de paille enflammé, comme certains de ses ancêtres, selon sa mère, autour d’un Totem millénaire. Et le feu se noie au fond de ses prunelles de lagon, les flammes lèchent son esprit et font s’évaporer sa raison. Ils le voient, merde, ils me voient. Ils lui rappellent ces histoires que son ami Raspoutine s’époumone à lui faire avaler. Quelque part, leur anatomie possède ce quelque chose de jumelé avec ce dernier. Enfin, la musique que le garçon avait à peine remarquée jusqu’alors devient insoutenable. Une brûlure pire que l’enfer.
Le verre se brise et Tâche, comme un écho, laisse sa tasse éclater au sol tandis qu’il se prend la tête entre les mains. Et il crie. Il crie à s’en arracher la gorge pendant que ses doigts noueux déchirent quelques mèches, font saigner son cuir chevelu. Les fleurs sont déjà à ses chevilles quand l’adolescent relève le visage, et il les voit, tous agglutinés, leur face écrasée contre la vitre à se presser les uns aux autres.

Il veut vomir. Une bile acide remonte dans sa gorge alors que son estomac se serre. Il lui faut se concentrer assez fort, juste assez pour entendre les cris de Petit Chien, pour tout ravaler et comprendre que quelque chose vient. Quelque chose arrive, et leur chopera les pieds comme une saleté de Croquemitaine. Tâche ne se retourne même pas, il bondit sur le fauteuil qui lui fait face, dans son équilibre précaire, le brun bascule sur le côté et son épaule heurte douloureusement la vitre de la fenêtre, celle qui lui semble soudainement bien trop fine.
«…Foutez le camp…putain barrez-vous…» Sa voix tremble alors que ses yeux peinent à lâcher les créatures si proches de lui. Un battement de cil. Regard volatile sur ses camarades de malheur. Merde, il avait dit qu’il les protègerait. Il l’avait dit. Il l’avait promis. A Petit Chien, à Quenotte, à Pieds-Nus et Hypnos. C’est lui le Chevalier, c’est lui le Dragon. Ses dents claquent et Tâche se mord la langue au sang quand il se rappelle qu’il ne doit pas céder maintenant. Alors, appuyant sa main contre le mur, il se redresse « Grimpez ! Tout comme elle dit ! » il avale difficilement sa salive « Y a d’autres t…trucs dehors mais … » et Tâche appuie son dos contre la fenêtre, tendant les bras et agrippant férocement de ses doigts les montants de celle-ci « Vous en faites pas ! J’les laisserai pas rentrer ! Grimpez ! Montez vite ! Faut trouver une sortie ! »

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Lun 16 Oct - 22:14
La fête des Loirs


Il revenait à peine à lui.
Un salon étrange. Comment dire, il semble normal. Et ça, c'est vraiment très étrange.
Et pourtant, cela ne tarde pas à se gâcher.

Le voile se lève devant les yeux clairs d'Hypnos. C'est étrange, il n'était pas sûr de comprendre ce que faisaient les milliers de fleurs ici. Tant de coquelicots à en perdre la tête, la drôle de senteur envahissait les narines du garçon, le rendant confus, presque dans les vappes. Il a toujours détesté les odeurs fortes, même si les fleurs en général il les aimait beaucoup. Mais là, c'était trop d'un coup. D'un geste rapide, il ventile le devant de son visage, croyant bien faire. Et pourtant, rien à faire, l'odeur reste collée à son nez. Mais si seulement il n'y avait que l'odeur.

Après un épais brouillard, l'albinos aperçoit la Ballerine Ampoule. Elle est là, sous ses yeux. Qu'est-ce qu'il a bien pu faire juste avant, pour ne pas l'avoir attrapée ? Elle semble le narguer, à glisser lentement, il aurait pu lui sauter à la gorge, si l'odeur trop forte des coquelicots carmins ne le mettait pas dans cet état de mini transe. Mais elle coule la Ballerine, entraînant avec elle le drôle d'état d'Hypnos. Peur revenait, entraînant avec elle Angoisse et Suspens. Il reste là, à trépigner, ne sachant que faire, regardant à droite et à gauche en espérant qu'une sortie miraculeuse fasse son apparition.

Petit-Chien a l'air aussi apeuré que lui. Et pourtant, elle est là, au centre de cette table-îlot, à tendre la main aux pauvres gens qui restent encore dans la marée écarlate et enivrante. Hypnos veut la saisir, et pourtant, il est là, à fixer l'endroit où l'Ampoule a disparu. Mais le cri de Tâche le réveille, et d'un bond en arrière, il escalade rapidement la table, transpirant à cause de Peur. La créature va elle se jeter sur ses mollets ? Lui croquer les orteils ? Il ne veut pas lui laisser cette chance. Alors, pris de tremblements incontrôlables, il se faufile jusqu'à Petit Chien, et se colle contre elle. Qu'est-ce qui va leur arriver ? Il va mourir ? Ils vont tous mourir ? Perdre leurs dents et finir comme de vieilles chaussettes dans un salon inconnu ?

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BY MITZI



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Pieds-Nus
Mar 17 Oct - 22:01

Je me tiens prêt lorsque soudain, une vitre se brise. Je sursaute et me tourne dans sa direction. C’est là qu’un champs de coquelicots envahit littéralement le salon. J’en ai jusqu’aux genoux ce des jolies fleurs rouges. Au-delà de l’inquiétude qu’elles devraient me procurer, je suis surtout fasciné et contemplatif. Je sautille joyeusement, faisant voler quelques pétales carmines autour de moi, un large sourire aux lèvres. Je me sens euphorique. Etrangement euphorique. C’est peut-être dû à cette curieuse odeur fruitée ?.. C’est peut-être la tonne de ces fleurs opiacées qui me rend toute chose ?!… Peut-être ? Qui sait ?! On est en Envers ici. Et tout était possible.

Mais là, gâchant presque mon plaisir, la tête d’ampoule fait son apparition, dans une espèce de brume. Une nouvelle fois, je reste figé un instant, le temps que l’information monte à mon cerveau. Et une fois de plus, c’est Petit Chien qui me fait régir. Elle appelle. Elle crie. Elle a peur. Nos jambes ? Quoi nos jambes ? Tâche aussi se met à crier. C’est là que je sens quelque chose qui bat dans le champs rouge. Comme un coeur. Et ça ne me dit rien qui vaille.

Sans réfléchir davantage, j’attrape la main que Petit Chien me tend, juste après Hypnos. Juste à temps il semblerait. Ainsi tous les trois sur la table, j’ai le coeur qui se serre devant leur mine effrayée. C’est moi le grand. C’est à moi de les rassurer et de les protéger. Je passe mes bras lumineux autour d’eux et leur frotte le dos, dans un geste affectueux.


- Ca va aller. J’suis là. Fis-je avec douceur et avec calme.

Je n’étais pas du genre à paniquer facilement, mais là, je devais reconnaître que la situation commençait à devenir préoccupante. Je levais le nez. Je distinguais à peine Quenotte et Tâche, qui semblait assez mal aussi. Il me semblait que des choses que je distinguais mal, tentaient d’entrer… Ces choses, la tête d’ampoule voleuse de dents, le truc dans le champs de fleurs… Quenotte. Tâche. Petit Chien. Hypnos. Tout ça tournait en boucle dans ma tête à une vitesse folle. J'en avais presque le tournis et ce n'était pas à cause de l'odeur fleurie. Non, rien à voir. D'ailleurs, ça me rendait même plus grave. Fini les sourires, les éclats de rires, les explosions de joie intempestives... Ce n'était plus l'heure de s'amuser.

Trouver une sortie, je ne savais pas faire. Mais nous protéger, un peu plus. Nous protéger. Les protéger eux surtout. Je ne connaissais qu’une seule manière de procéder. Qu’un seul être capable de le faire.

Rien qu’en y pensant et sans doute sous mon adrénaline, apparue une chose, un être chauve, à la peau grise, aux yeux ambre, vêtu d’un drap… Mon Opaline. Format géant. Sa tête frôlait presque le plafond. Et à la différence du vrai Opaline, c’est que celui-ci était entièrement sous mon contrôle.


- On est en Envers… On a les moyens de se défendre… Et de protéger La Rouge... On va pas s'laisser faire...

Mes petites mains lumineuses se serraient sur elles-mêmes.

- J'veux pas qu'tout s'arrête... J’pas envie de tout perdre... Et j’pas envie de vous perdre...

Ah ça non. Jamais. Ma voix était tremblante d’émotions.

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Quenotte
Mar 17 Oct - 22:48



There's a thin white cold new moon

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C’est un petit rien d’enfer lorsque le sourire lui monte aux lèvres, torsion amère de sentir le piège se refermer pour de bon. Oh, un millier de Raspoutine miniature, parfait, il ne manquait plus que ça. Un enfer de bouilles éclatées à une vitre, fissure dans le temps et l’espace sur fond de pourriture florale. C’est un semblant de rêve, la brèche précise où le songe se fait cauchemar, s’extirpant de ses pétales en quelques cris de nouveau-né difforme. Aussitôt c’est l’océan, écarlate et poisseux qui se déverse dans la pièce sous le hurlement strident d’un Tâche chevaleresque qu’elle lorgne d’un œil désincarné. La fenêtre ou la plongée. Couler ou mourir, il faut choisir, si cela ne revenait toutefois pas au même et unique choix final.

Sur la porte, elle s’acharne, profitant de quelques secondes de tranquillité offertes par la position des fleurs qui s’engouffrent, tout au bout de la pièce quand elle est encore protégée par les remparts du comptoir. Tous Ils bondissent en biches effarouchées sous le cliquetis terrible d’une poignée qui se refuse à lui céder. Elle grogne, peste, assène dans le bois un coup de pied bien senti qui a tout pour rappeler la rage pulsant aux poings de son frère. Mais Petit Chien aboie et la forme ondoie, sirène phosphorescente dans la mer écarlate, se frayant là-dessous un passage mortifère quand, à la fenêtre, cela cogne encore. Dernière tentative à la porte et elle grimpe à son tour, gagnant les hauteurs du comptoir pour échapper elle aussi au désastre. Et les voilà Noé sur une arche branlante, tous dispersés çà et là, sous la nage tranquille de la chose qui ondoie, responsable affairée de ce colossal foutoir. Quenotte a le désordre en horreur.

- Fais chier…

Et la poupée géante n’y changera rien, ventre mou protecteur pour les yeux d’un enfant. Si l’on prenait l’innocence en armes, il y aurait là-dedans de quoi assassiner La Grande Rouge elle-même, qu’on l’excuse du blasphème. Les voilà bien prisonniers dans cette vase qui n’en finit plus de monter. C’est cela dit une belle mort, que d’expier dans les fleurs. Pas besoin même d’en amener sur la tombe, finalement. De son perchoir elle scrute les longueurs de la fée faite sirène, chat à l’affut au-dessus de l’aquarium. L’image est juste. Ce n’est qu’un gigantesque bocal à poisson dans lequel ils pataugent pendant que la truite au-dessous les moquent en sourdine.

De son cadet, elle a aussi hérité les griffes. Et mieux vaut à l’attente et au désespoir préféré l’action, fût-t-elle suicidaire, pourvu que la créature en soit assez troublée, pour les recracher dans La Maison. Ou du moins dans un Envers plus correct et connu de tous. Petite bouchée de gosses, dégueulés frais, merveilleux. Il lui faut quelques secondes, pour anticiper le retour de la créature, calquer au sien ses mouvements tranquilles de félin.

Pour plonger, bond souple d’attaque en furie, et se rependre en fracas sur le dos du poisson luminescent, agrippant ce qu’elle pense membres translucides, à lui en couper l’échine en deux, à ce grand con de voleur, quitte à y crever, la gorge fleurie de pourriture.

Mange tes morts, embrouilleur de soirée.




C O D E ©️ W H A T S E R N A M E .




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La Rouge
Jeu 19 Oct - 0:12





Event 1 - La Fête des Loirs




Quelque part, la voix du gramophone s'assourdit puis s'éteint. La musique sombre au sein des torrents écarlates. Ne reste plus que le bruit délicat d'un millier de froissements de pétales, que les tambourinements et les glapissements surexcités des créatures agglutinées se disputant un coin de vitre sur lequel écraser leur face brune, leurs poings velus.

La pièce est devenue un chaudron empli de vapeur au sein duquel macèrent mille et une petites fées des champs. Les fleurs expirent et vibrent d'un écarlate presque insoutenable ; leurs jus mêlés sont chauds et odorants, leur flot doux et collant. Un marécage poisseux de pétales écrasés s'étend en délicat frissonnement d'une substance épaisse, agglomérée et moite. Les meubles se renversent quand ils ne flottent pas à la surface de l'océan de pavots. Et le sol lui-même semble disparaître sous la plante de leurs pieds, pour laisser place à un néant aquatique infiniment profond, un abîme de parfum liquide.

Tandis que Dame l'Ampoule glisse en baigneuse luminescente dans sa piscine crémeuse, la petite troupe s'organise en tous sens malgré la panique. C'est d'abord Petit-Chien qui réagit face à l'incompréhensible marée. Réflexe de survie que celui de s'enchaîner au corps de ses semblables, que de fuir l'inconnu qui déferle autour d'eux. Malgré la brume un peu collante qui monte tout autour d'eux, aussi moite et vivante qu'une respiration, malgré le bouillonnement floral, elle repère le salut et y guide ses comparses. Tous trois serrés sur une arche de bois sculptée, tanguant à la surface de l'océan carmin. Un si piètre refuge face à l’immensité du chaos au sein duquel ils ont été projetés. Mais qu'ont-ils d'autres ? Les ressources de leur propre imagination, peut-être...?

Oui. Ils ont leurs rêves comme rempart au cauchemar. Et c'est Pieds-nus qui s'en souvient le premier. Pieds-nus qui fait appel aux ressources du songe, extirpant de son cœur un géant de coton. Le gardien de sa candeur, grande peluche aux yeux d'ambre- qui font écho à tout le miel, toute la lumière réconfortante dégagée par Pieds-Nus. N'est-ce pas impressionnant, le pouvoir d'un enfant ? Quand il s'incarne en ce colosse protecteur, au corps si tendrement rembourré.

Comme c'est beau en l'instant. Comme c'est touchant, jusqu'à ce que l'ondulation presque sensuelle des fleurs parvienne aux jambes de la peluche géante. Avant que la Ballerine aquatique ne vienne, avec sa bosse mouvante de pavots condamnés ; s'en arrive au niveau de l’immense Opaline. Et que son bras gracile, ne s'arrache à leurs flots. Que sa main longue et délicate ne se pose sur la peau de tissu.
Et que s'opère en réponse la grande métamorphose.

C'est en feu d'artifices qu'elles éclatent en silence. Toutes les fleurs alentours semblent se disperser, exploser sous un afflux d'énergie créatrice... Mais elles n'en font rien, et c'est bien pire que cela. Bien plus étrange encore. Les coquelicots refleurissent malgré leur agonie, s'épandent en autre chose, tournoient dans une croissance absurde. Dans l'océan de pavots apparaît une enclave. Où tous les coquelicots se font des roses écloses.

Et le bras s'enfonce à nouveau sous la surface moirée, rigide et blanc comme de la porcelaine. Un entremêlement de roselières sauvages ondule à même la peau de la peluche gardienne. Coup de fouet clouté, une attaque de crotale. Un millier d'épines se plantent à sa carcasse moelleuse. Celles-ci s'enroulent au sein d'un barbelé, s'épanouissent dans un corset d'épines. Semblent habitées d'une vie pulsante, comme autant de cœurs écartelés.

Des plaies s'ouvrent au gré de leur ascension reptilienne. Tout se déchire à leur passage, et le coton se déverse. Opaline saigne son rembourrage. Des pleins bouquets écarlates jaillissent d'elle, des roselières musquées s'extirpent de sa bouche. Des massifs entiers cascadent de ses épaules, et bientôt, il n'y a plus guère qu'une silhouette écorchée aux viscères blanches peuplées de fleurs palpitantes.

Ainsi meurent les rêves d'enfants. Asphyxiés, déchirés. Puis sombrant dans l'oubli.

Tandis que l'immense peluche s'enfonce au sein de l'océan carmin, d'autres s'essaient à être chevaleresques. C'est de tout son corps chétif que Tâche se tend face à la fenêtre contre laquelle trépignent les créatures faunesques. N'est-il pas beau, n'est-il pas brave ? Il est grand ! Il est fort ! Et il excite l'appétit de tous ses spectateurs à s'agiter ainsi, à s'offrir à leurs yeux. Il n'en faut pas plus pour les faire hululer d'extase et de désir. Pour que redouble leur ardeur.

Quand la ballerine aquatique percute soudain la table sur laquelle est perché le trio de naufragés. Et plouf. Que l'un d'eux s'en rejoint les flots rouges, le bourbier à peine fluide des pétales écrasés, qui l'aspire et le teint aux couleurs des pavots, semble chercher à l'entraîner par une immense succion. Mais la luminescence qui apparaît en transparence à travers les pétales ne revient pas saisir sa proie vulnérable. Elle poursuit son chemin vers une autre arche de fortune.

Tâche a peut-être le temps d’apercevoir cette lumière sinistre qui se dirige vers lui. Peut-être a t'il le temps d'être blessé par l'éclatement de la vitre, et peut-être même les doigts bruns et terreux frôlent ils d'abord son visage. Mais avant que les mains ne le saisissent, il bascule sous le tremblement qui agite le fauteuil. En un instant, le voilà immergé au sein de coquelicots. Des coquelicots et de leurs voix.
Sont-ce bien des murmures... ? Des chuchotements ? Ou bien juste le bruit émis par un millier de fleurs qui macèrent, qui transpirent leur parfum ? Est-ce l'âme volatile de ces fleurs qui frissonnent aux oreilles de Tâche, autant de soupirs d'agonie virevoltant à ses tempes ? Ou rien de tout cela peut-être, un acouphène sans doute... Probablement oui.


C'est face à ses démons que l'Ampoule abandonne le Cygne submergé. Car une personne encore n'a pas bénéficié de ses bonnes attentions.

C'est désormais vers Quenotte que se dirige l'infâme. Quenotte scrutatrice, Quenotte brutale. Emplie de hargne et d'envie d'en découdre. Si jumelle de son frère qui ailleurs se débat. Mais là où Fange est aux prises avec un autre adversaire, Quenotte parvient elle à son but. C'est telle une puce qu'elle saute sur le silure qui voulait faire trembler son monde, son petit bout de comptoir. Et qu'ainsi change la donne.

Quand la papillonnante petite Quenotte, percute de plein fouet l'agresseur qui voulait la propulser à son tour au sein des coquelicots. Que le maître du jeu est pris à partie dans les horreurs qu'il crée.

Alors retentit un bruit d'apocalypse. Un cataclysme de vapeur sifflante, cent mille tuyaux blessés hurlant de tout leur soul. Des locomotives beuglant avant le départ. Autant d'instants crissants d'ongles sur le tableau, de fourchettes sur l'assiette- un millier d'éclatements. Les coquelicots bouillonnent, s'élèvent en dôme sous une nuée de bulles ; il provient du silure, de l'Ampoule, de la Fée.

Un hurlement strident, ignoble et inhumain, qui semble déchirer l'Envers lui-même autant que leurs tympans. Qui annonce le trépas de l'univers fluctuant ; la Maison pulse, blessée. Les murs gémissent, semblent se tordre et s'étirer, et à travers leurs fibres, des membranes organiques palpitent, veinées, à peine visibles. A travers le tissu fibreux des cloisons, quelque chose d’immense ondoie, bat la mesure d'un affolement ou d'une exultation.

La Maison bat tout autour d'eux. Un craquement retentit...

Sous les paumes de Quenotte, c'est une enveloppe trop lisse, une peau de verre pourtant glaciale. Sous les yeux de Quenotte, c'est un abîme sans fond. Un néant d'obscurité purpurine qui se dégrade jusqu'aux ténèbres les plus absolues. A travers la couche des pavots, il n'y a plus que ces ombres. Des ombres habitées.
Ici et là ils flottent. Silhouettes de verre immobiles, en suspension dans l'eau. Corps abandonnés, laissés aux courants sous-marins de l'abîme. Et ces quelques nébuleuses de dents flottant dans la noirceur. Quelques membres opalescents pour peupler le néant, mais immobiles ou à peine remuants, jambes ondulantes, membres errants presque semblables à de curieux poissons ou à de longues anguilles.

La surface semble un peu trop lointaine, comme un étrange mirage. Une nappe ondoyante d'un rouge transparent, à travers laquelle filtre la lumière du salon de thé. Nulle pression. Rien qu'une profonde immensité.

Le coup de pied prend Quenotte en plein ventre. La Ballerine ne se retourne même pas pour le lui assener, tordant la jambe jusqu'au milieu de son dos dans une pose de danseuse pour déloger l'intruse. Et s'il est brutale, ce n'est pourtant pas lui qui propulse Quenotte. C'est l'océan tout entier qui se ligue contre elle, qui l'éjecte jusqu'à la surface. Une poussée phénoménale qui lui fait traverser à nouveau la couche des coquelicots, la projetant de plein fouet dans un canapé de cuir, qui sous la force de l'impact, dérive jusqu'à un mur. Un mur vivant.

Ils semblent presque fait de viande désormais, tangiblement suintante derrière le cocon de plâtre qui s'amollit sans cesse. Qui, si on le grattait de l'ongle, s'effriterait jusqu'à dévoiler la viande même de la Rouge...

Mais que sont donc ces murs face à un tourbillon ? Un siphon qui entraîne l'océan jusqu'à lui, et tous les meubles avec eux. La table de Petit-Chien, le fauteuil (abandonné ?) de Tâche, le canapé de Quenotte ; tout est entraîné droit vers un autre lieu. Vers un rectangle noir.

La porte s'est ouverte. Le comptoir fracassé en son centre, offrant un passage au dégueulis carmin. Impossible d'y voir quelque chose. Ce n'est qu'une forme sombre au sein de laquelle se déverse un océan de pavots, un sinistre rectangle de ténèbres. Et a mesure qu'il aspire les coquelicots suintants, le sol réapparait. Plus de trace de l'abîme.

Une moquette détrempée, clapotant sous les pieds. Des coquelicots échoués. Un puissant parfum de fleurs ; quelques lambeaux de coton humide, témoignages du massacre.
Les naufragés et ceux qui ont eu la chance de rester perchés sont désormais entassés avec les meubles retournés juste en face du comptoir. La porte grande ouverte leur fait face. Dans leur dos, nulle trace des faunes : en lieu et place des vitres, d'énormes yeux les guettent. Immobiles. Et les murs grincent. Et les murs battent. Se rapprochent.

Vivent. Suintent. Compriment la pièce ; l'avalent. Même le plafond se rapproche. Même le parquet se tord.

Ils n'ont pas d'autres choix que de traverser la porte. D'abord c'est le néant. Et la porte se referme, claque dans leur dos, obstruant toute lumière, leur volant la vision de la pièce digérée qui se réduit d'une seconde à l'autre, qui palpite et qui sue, qui les regarde aussi, de tous ses yeux trop fixes.






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