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Ronsard avait tord [Sables]
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Petit Chien
Mer 20 Sep - 21:52
Elle s’habille de guenille, camoufle sous des guêtres sa peau marbrée de bleus et de rouge écorché. Indélicate et méthodique elle se veut ruine de beauté, fleur fanée à l'adoration dérangeante. Elle cherche comme elle peut. Elle veut. De l’ocre ou de l’or, délicat et frêle, si frêle en réalité qu’elle a du mal à réaliser qu’il existe. Il est apparition mirobolante, si beau qu’on dirait que Venus elle-même s’est penché sur son berceau. Peut-être qu’il est divin, parfois elle se demande. Parfois elle se questionne. Et s’il disparaissait dans l'Envers comme Porcelaine ? Comme Crevette ?
Mais la rouge ne peut le lui prendre. C’est son trésor à elle, dans son petit cœur de linotte, il est un roi et elle, beaucoup trop sotte.

Petit Chien termine de coiffer ses cheveux avec autant de soin qu’elle choisit ses vêtements. Elle veut pas briller – pas à côté de lui, ne veut pas dénoter. Elle se veut ombre quand lui, lui est déjà soleil.  Elle enfile sa robe grise et se prépare à sortir du dortoir Cygne.

Mais sur le seuil elle s’arrête. Le couloir est désert. Tellement qu'il lui faut faire dix pas en arrière pour se sentir en sécurité. Elle se retourne, noue ses phalanges, se balance sur ses deux pieds. Elle tangue un peu, soliloque en silence, sa bouche quémande, de l’aide. C’est son problème, son plus grand problème. Petit Chien ne sait pas se débrouiller seule. Seule. Seule. Le mot tourne dans sa tête trop pleine d’angoisses. Ridicules qu'ils diraient. S’ils savaient.

Et elle reste plantée là. Longtemps. Trop de temps. Elle se demande si Sables sera encore là. S’il ne sera pas fâché. Sa bouche tremblote et soufflote du courage inexistant qu’elle voudrait retrouver. Et finalement quand quelqu’un lui demande ce qu’elle fait devant la porte elle peut enfin demander, supplier qu’on l’accompagne jusqu’aux jardins. Et son cœur, son petit cœur cavalcade à l’idée de retrouver Sables et ses jolis cheveux. Ses jolis yeux. Ses jolis tout. Petit Chien pense et cajole dans son esprit son nom mille fois susurré en incantations magiques.

Alors quand elle le voit enfin, elle se cache, pour l’observer, gentiment, affreusement, aussi. Elle n’ose même plus s’approcher de peur de tout gâcher. Pour mieux retenir dans son esprit, cette journée et cet instant précis où son ami s’est penché pour regarder des rosiers. Si elle avait un appareil photo même jetable elle immortaliserait l’instant pour pouvoir regarder encore et encore, la nuit, le jour et la poser tout contre son cœur.
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Sables
Lun 25 Sep - 21:41


Ronsard avait tord

avec Petit Chien



Des graines. De jolies graines ont germé entre la menthe et le thym. Et les feuilles qui ont surgit de sa terre meuble n'étaient pas celles d'un plan de tomates. Lentement, patiemment, il l'a laissé monter sans y toucher, s'habillant le coeur pour chaque feuille jusqu'à ce que les pousses forment comme d'étranges noix de verdure entre des aiguilles chlorophylles.

Sables avait déjà rencontré des rosiers, bien taillés, aux fleurs comme peintes. Ils étaient l'amour épineux, la passion blessante des sentiments. Mais loin de l'offrir à un de ses amoureux, Sables se l'était gardé pour lui. Arrosant. Rempotant. Lui offrant ses meilleurs soins. Sa plus grande patience.

Puis la noix s'était fendue et le matin de la naissance de la première des roses, Sables avait quitté le lit de Richter pour attraper dans ses affaires sa plus jolie robe.

Elle était à Petit Chien. Filaments argentés de patineuse au body cintré. Les paillettes éclaboussant son corps pâles d'un milliard de reflets. Les cheveux bien peignés, il s'était même maquillé.

Puis avait rejoint le jardin en même temps que le soleil pour s'agenouiller devant le plant.

Il n'avait pas eu à attendre bien longtemps. Et la rose qui en était sortie était aussi blanche que la neige.

« Bonjour. » Avait salué Sables avant d'entendre le pas derrière lui. Et comme devant la fatalité d'une mère devant présenter son enfant, il s'était finalement tourné vers Petit Chien.

Elle le suivait souvent, ce n'était pas dérangeant. C'était comme une ombre en forme de soeur. Les cheveux aussi blonds que lui mais le regard pourtant bien plus nerveux.

A Petit Chien il fallait toujours dire :

« N'aie pas peur. »

Et en souriant il avait rendu la main vers la fleur.

« Dieu me l'a envoyée ! »




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Petit Chien
Lun 25 Sep - 22:32
Il est bien joli aujourd’hui aussi, pense-t-elle, les mains ramené contre son cœur. Elle s’exile, de pensées et de mots, incertaines et incertains. Il lui a demandé de ne pas avoir peur aussi elle se fait violence pour accéder à cette requête. Alors elle sort de sa cachette et s’avance. Blondinette aux éphémérides détraquées, elle ignore s’il fait printemps, s’il fait été, s’il fait automne, s’il fait hiver. Jour par jour, année par année, elle a désappris ce que signifiait la venue des fleurs, la dominance du soleil, l'amoncellement des feuilles mortes et la froid qui s’envient provoquer des engelures et pleurer de la neige.

Elle se demande alors s’il n’y a pas pire pour partager les roses et les beaux jours. Quand on est comme elle on ne sait plus apprécier le ciel percé. Les bienfaits du temps qui passe et qui devrait suspendre sa course. Petit Chien envie aux secondes leur suprématie et leur ronde, elle voudrait pouvoir obtenir toutes celles qui ne lui appartiennent pas pour tout savoir. Comprendre par exemple combien de temps Sables a passé accroupi ici. À s’occuper d’une rose bien heureuse. Et pourquoi il ne lui a pas dit, avant, bien avant. Elle aurait pu se glisser dans son ombre et simplement observer.

Aussi quand il invoque Dieu Petit Chien fait mine de comprendre. Hoche la tête bêtement et jette à cette fleur là un regard empoisonné comme des baies. Et c’est vrai qu’elle est belle cette fleur. Qu'elle est blanche, bien jeune aussi. Petit Chien s'accroupit devant la fleur qu’elle observe comme un secret dont elle aurait été exclue. Elle n’ose cependant y toucher et l’observe un instant dans le silence.

Même si son esprit lui n’a pas fini de s’égarer.

Est-ce qu’elle va faner ? S'enquit-elle, camouflant l’acidité de ses contrariétés. Elle se souvient avoir offert beaucoup de bouquets, de fleurs dont elle ne connaissait pas le nom. Toutes chapardées ici et là. Mais elles se sont vites fanées à son contact et tout ce qu’elle a retenu c’est qu’elles ne plaisaient plus une fois flétries. Ce serait dommage qu’elle fane. Rajoute-t-elle, presque préoccupée. Simplement parce que Sables s’en est occupé même un peu et qu’elle a eu de la chance cette plante là, que personne n’ait essayé de la couper. C’est quand même bien joli. Elle accorde, une dernière fois, avant de se tourner vers Sables, presque trop rapidement, affectée. Comme toujours quand ce qu’elle voit est si beau et que quelque part dans son esprit elle déteste que cette même chose le soit autant. Pourtant elle ne dit rien de tout ceci. Elle s’abîme et se modère comme elle peut, finissant par se trahir en pensées négatives.

Vaut-elle mieux qu’une fleur ?

Sans doute pas, pas de si belles. De si jolies. De si choyées. Mais peut-être comme du lierre. Mais ce n’est pas si important. Pas si grave tant qu’à la fin on daigne lui accorder ne serait-ce qu’un soupçon d’intérêt qu’elle se dit. Elle chuchote : Dieu fait de jolis cadeaux. Et elle ira dire la même chose à Richter plus tard, l’air plus vague et capiteuse.

Spoiler:
 
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Sables
Lun 2 Oct - 19:17


Ronsard avait tord

avec Petit Chien



Il ne la surveille pas, son regard glisse seulement comme de l’eau sur ses gestes tendres quand Petit Chien vient caresser la Rose avant de poser ses questions. Jeune sœur rassurée, à la voix pénible et un peu piteuse, c’est presque si ses interrogations ne sont pas seulement destinées à elle-même. Et Sables s’attriste de ses mots en forme d’ecchymoses. Qu’elle est bien peu sûre d’elle, cette enfant. Qu’elle est naïve et tendre dans ses peurs. Comme elle est si lointaine des raisonnements censés qui forment la coque de ces noisettes d’adultes.

« Elle ne fanera pas si on la laisse pousser en paix. »
Répond Sables d’un ton docte, presque professoral. Et lentement il se penche sur la fleur pour lui donner un baiser. « Voilà, je l’ai butiné. » Il aime ce mot qui transcende les injures vulgaires des rats dans leur mise à mort et vient donner la vie aux choses herbales et sensibles. La nature ainsi, se donne la force de rire des insultes. C’est tout de même merveilleux.

« Elle aura même des sœurs. Elle sera un rosier splendide et embaumera le monde. C’est une agréable mission. »


Elle ne finira pas dans un vase, ça non. Ou bien pire, dans un de ces cimetières qui lui arrachent le cœur et que le commun des mortels s’acharne à appeler jardinerie. Elle ne sera pas la proie épinglée d’un quelconque fleuriste, essayant de trouver le beau dans ce qui est déjà mort, confectionnant des bouquets hypocrites semblables aux têtes d’animaux accrochées sur des linteaux, simple objets décoratifs. Il y a de l’irrespect et de la malchance qui prend une mauvaise voix, lorsqu’on s’offre pourtant amoureusement ces cercueils de tulle et de corolles déployées comme des mains raidies, cadavériques, appelant à l’aide.

Sables frissonne dans son dégoût et vient se pelotonner contre Petit Chien – elle aime les contacts et devrait y trouver son confort. C’est parfait.

« Dieu est tendre. » Chuchote-t-il en laissant ses pieds se déployer autour de la tige. Maintenant, il est un grand mur contre tout ce qui pourrait l’attaquer. Notamment les doigts facétieux des plus jeunes. Non, cela ne sera pas. Selbas risquerait encore de les emporter de colère. Qu’ils se tiennent à l’écart, il préviendra le monde.

« Dieu ne s’éveille pas encore mais ces rêves s’enlissent de racines qui forment ces plantes. Regarde ce qui nait de ces songes. La vie, le parfum et la beauté asymétrique d’une demoiselle en robe de mariée. Elle s’est préparée ce matin pour notre noce. Oh ! »


L’idée du jeu lui vient comme une piqure d’abeille. Soudain il bat des mains.

« Si tu es là, c’est que tu es le prêtre bien sûr ! Alors marie-nous s’il te plait ! Marie-nous très vite que je puisse enfin avoir une amoureuse numéro 8. »




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