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Féeries dans le bayou
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Tempête
Mer 13 Sep - 22:55
Les marais intriguaient Tempête depuis son arrivée à la Maison comme une lumière attire la phalène qui vient se consumer à sa chaleur. Elle avait eu rapidement vent des rumeurs circulant sur les lieux, des histoires narrant l'escapade cruelle des pensionnaires s'étant essayés à les traverser. Forte de sa nature d'adulte, l'amérindienne s'était glissée dans ce recoin de la forêt comme une anguille – et y revenait, régulièrement, là où d'autres préféraient le confort d'une bibliothèque.

Entre ses orteils dénudés la boue remontait sous la pression de ses pieds, chatouillait son épiderme. Avec des bruits spongieux Tempête menait son exploration, le pantalon remonté jusqu'aux genoux, tire-bouchonné, les chaussures laissées à l'entrée des marais. L'odeur de la fange lui remontait au nez, la grisait. Marcher ici lui rappelait son enfance, ses escapades menés aux confins du territoire de la tribu, auprès de la rivière où elle allait se laver et ce même adolescente, riant de la pudeur soudaine de ses camarades de jeu qui se rendait compte – avec stupeur – qu'elle était fille.

Ici elle ne se permettrait pas telle liberté. Mais elle craignait, parfois, que brisant le tabou qui encerclait les marais, quelqu'un n'entraîna une pensionnaire ici, ou même une adulte. Et profitant de l'éloignement de la Maison ne commit un crime atroce.

Un froufroutement au sein des frondaisons l'interpella, lui fit tourner la tête avec violence. Quelque chose bougeait au sein des frondaisons, une silhouette humaine. Tempête se rapprocha à pas comptés avant d'exploser, voix cinglante.

« C'est qui qu'est là ? »

Si on lui répondit ce fut bien trop bas pour qu'elle l'entendit. Déjà postée près de la végétation qui continuait son agitation, Tempête plongea sa main au sein des branches. Sentant un corps, elle le saisit par le bras, tractant son propriétaire jusqu'à elle.

« Si tu fais ce que je crois, tu vas v-oh Sables. Pardon. »

Tempête relâcha sa prise, abandonnant un Cerf au sein de la Nature grouillante du bayou. Il semblait presque incongru cet enfant ni garçon, ni fille avec ses grands cils et ses cheveux dorés – cheveux sablés.

« J'ai cru que... » Mais Tempête se tut sur ce qu'elle avait cru voir, ne voulant pas glisser dans la caboche de ce qu'elle considérait un être innocent des images d'embrassements moites et infâmes. « Que fais-tu ici ? Tu t'es perdu ? »

Dans l'esprit de l'Adulte il n'était pas concevable qu'un garçon comme Sables puisse s'être rendu de lui-même dans un tel endroit, ou alors pas sans une raison aussi solide que curieuse.



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Sables
Dim 17 Sep - 18:35


Féeries dans le bayou

avec Tempête



C’était une bonne journée. Une journée de doux réveil avec le nez coincé dans les poils fauves de son chef de clan après une nuit de pluie particulièrement sévère qui avait bercé ses rêves à en faire fleurir le désert. Il s’était levé aux aurores pour les premiers chants d’oiseau, avait embrassé le pectoral gauche de Raspoutine – pour une obscure raison, le droit le réveillait toujours – et s’était faufilé hors de la chambre, notant l’absence du papillon de nuit qu’était Quenotte qui avait du rejoindre son frère, et de la présence supplémentaire dans la couchette de certains ce qui allaient encore faire des histoires – dommage, Sables n’aimait pas la tension.

Vêtu de sa robe jaune de la veille, il était allé faire ses étirements et ses derniers bâillements dans le potager. Avait surveillé que rien n’avait été abîmé et avait salué Crevette de loin avant de se prendre un en-cas dans les cuisines. Il avait dit bonjour à Myrtille, avait soigneusement évité le regard noir de Fourchette qui ne l’appréciait pas trop, avait essayé de se peindre les lèvres avec de la confiture de fraise tout en se recoiffant et ragaillardi, avait trouvé un coin dans une salle poussiéreuse pour dessiner tout à son aise.

Dans un coin de sa tête, Selbas chantonnait. Puis le soleil déclinant en milieu d’après-midi, il avait jeté un regard à la fenêtre et avait croisé la silhouette furtive de la sirène s’éloignant en direction du bayou.

« Que dis-tu d’une promenade ? » Avait-il demandé au sable recouvrant ses genoux et l’entendant ruisseler le long de ses jambes nues, Sable s’était levé. « Tu as bien raison, nous avons besoin de respirer un bon air frais. »

Evidemment, le bayou n’était jamais une bonne idée quand on souhaitait se divertir l’esprit – les moutiques aimaient bien le grignoter ce qui était fort déplaisant et il y avait toujours de drôles de bêtes pour lui faire peur dans les ombres. Mais dans le bayou vivaient aussi de glorieux insectes et emportant avec lui sa compagne de la semaine, à savoir la carcasse d’un scarabée neurasthénique, Sables avait filé par la porte de derrière dans un saut de cabri.

C’est dansant, et parfaitement conscient de son espionnage, qu’il avait éveillé de couleur le bayou un peu terni. Et observant Tempête patauger dans la gadou, avait finalement fait craquer la branche qui l’avait trahi.

Dès lors happé par la poigne forte de la demoiselle, il n’avait pu que lui faire face. Pour mieux lui sourire, réponse toujours solide face à des questions accusatrices. Oui, il n’avait pas le droit d’être ici. Mais en ces lieux un peu magiques, les frontières s’étiolaient sous la volonté et les pas des passants. Tout n’était finalement, que brindilles éphémères. Alors autant s’amuser.

« Tu vas me punir ? » Demanda-t-il en retour en agitant sa jolie robe. « Je t’ai suivie. Tu es venue pour un bain de pieds ? La boue est très bonne pour ça mais – pas dans le bayou. » Ses sourcils se froncèrent, un peu plus sombres que le reste de sa chevelure. « J’était pourtant certain que tu allais rejoindre un sabbat de sorcières puis je me suis souvenu que les sabbats des sirènes se font surtout sous l’eau alors je me suis dis que tu allais plonger dans le bayou et remonter un crocodile. Alors je me suis inquiété, puis j’ai trouvé cela très beau, de t’imaginer chevaucher ces montures d’écailles au museau féroce. Alors j’ai pris mon carnet pour te dessiner, puis je t’ai vu piétiner la boue mais – ça je l’ai déjà dit. »

Loin du temps des silences un peu méfiants, sa diatribe légendaire semblait pétiller comme une limonade.

« Et je voulais te dire que je te trouvais particulièrement jolie. »

Mais ça, elle devait déjà le savoir. Tempête était effectivement très belle.




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Tempête
Mer 20 Sep - 21:10
Robe jaune, robe jonquille dont les pétales dessinent des arabesques autour du corps juvénile de Sables. Toujours, quelque part dans sa mise, quand le sable ne ruisselle pas à ses pieds, fait écho à ce compagnon fidèle, à un désert. Tempête ouvrit grand les yeux lorsque le Cerf expliqua, avec assurance, qu'il pensait qu'elle allait mener un sabbat de sirènes. Vrai qu'il l'avait défini ainsi, elle ne savait trop pourquoi. La faute peut-être à son amour de la pluie, son besoin d'approcher l'eau. Naître au sein d'une Tribu dont le nom même pouvait être traduit en « le peuple qui vit près de l'eau » laissait des traces ineffaçables. Et elle se plaisait à croire que cet enfant qui pouvait voguer dans l'Envers avait deviné, sous ses os et sa chair, l'image qu'elle aurait si elle le rejoignait là-bas.

Une sirène ce n'était pas si éloignée d'une femme-pirate après tout.

Tempête secoua la tête, ne pouvant dissimuler que les paroles du Cerf l'avaient touché et que son compliment, non feint, flattait son ego car dénué de toute concupiscence. Il la qualifiait avec franchise et naturel. Les lourdes boucles pendant aux oreilles de Tempête caressèrent ses joues tandis qu'elle se penchait vers Sable.

« Merci pour tes jolis mots. Toi aussi, t'es adorable. » Adorable lui allait si bien, terme dénué de sexe. « Je sais faire beaucoup de choses mais pas chevaucher les alligators. Ce serait sacrément drôle n'empêche. »

La petite fille en elle en piétinait d'allégresse. Une femme-pirate chevauchant un alligator, une corde glissée dans la gueule comme le mors d'un cheval – aucun homme n'oserait approcher telle équipée. Tempête relâcha le bras de Sable veillant, d'un regard critique, à ne pas lui avoir trop marqué l'épiderme. C'est que, sous le coup de l'émotion, l'employée de la Cafetière pouvait oublier de mesurer sa force. Elle s'en voudrait d'avoir blessé un innocent.

Du menton elle désigna l'eau du bayou où on pouvait percevoir la faune s'y mouvoir, ombres vivaces qui veillaient à ne pas crever la surface.

« Mais là-dedans tu sais y a pas que les crocos. Y a de quoi manger aussi, de quoi pêcher. Avec un filet on peut dégoter des écrevisses. On peut aussi apercevoir des rats musqués si on fait pas trop de bruit. C'est aussi gracieux qu'une loir quand ça nage. »

Tempête avait la voix pensive de ceux qui partagent leurs découvertes. Elle avait, depuis le temps, observé les habitants de ces marais, appris à éviter les plus dangereux qui se dissimulaient sous le limon des berges et les broussailles. Désormais elle avait un compagnon d'exploration. Tempête posa son regard sur Sable, tendit la main à sa rencontre.

« Tu veux qu'on visite ensemble ? T'inquiète tu seras pas puni. C'est pas à moi de faire ça, puis là c'est mon idée. T'es sous la responsabilité d'un adulte donc si y a un couac, c'est moi qui serais puni parce que j'ai pas su te protéger. Mais je protège bien. Je protégeais les plus jeunes dans ma tribu. »

Les garçons comme les filles, Tempête veillait sur eux/elles contre les plus grands revenant, souvent, avec une dent en moins, les genoux écorchés et la satisfaction du devoir accompli.



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Sables
Lun 25 Sep - 21:40


Féeries dans le bayou

avec Tempête



Adorable. C'était aussi bien que Joli. C'était fait d'or et d'érable, des couleurs proches du jaune qui demeurait sa préférée. Le sourire de Sables pétilla d'autant plus. Illuminant le bayou comme une jonquille. Et sentant poindre en elle l'effervescence de l'enfant d'autrefois, il assista à sa renaissance immature comme un serpent se débarrasserait d'une mue. Il en fut fasciné.

Voilà ce que l'on pouvait trouver parmi ces cailloux adultes. Quelques pierrailles un rien plus claires et précieuses. Des bribes et des morceaux éclatés sous le marteau d'une société drastique. Des filaments d'argent torsadés à des rougeurs vermeilles.

Elle souhaitait se promener, en sécurité, et Sables fut tenté de lui dire qu'il connaissait déjà la vérité. Que les chemins sûrs n'en étaient de fait que plus trompeurs. Qu'il existait quelque chose de bien plus mensonger en ce monde que le père noël : la certitude et la protection.

Deux fées bien troublantes et bien cruelles. Maquillées de paillettes et de vomissures. Diablement tentantes mais pas éternelles. Voire inexistante.

Bien dommage quand même.

« Tu veux pêcher ? » Qu'il demanda de sa voix fluette, bien décidé à vivre avec elle une aventure.

« Puisque tu veux me protéger et que c'est une pensée jolie, nous pouvons te faire d'autant plaisir. Manger est une bonne chose. Bien que je ne sois pas bien friand de viande - les animaux ont toute ma pitié. Cependant je m'attendris bien plus sur le chant d'un oiseau que sur le silence d'un poisson. Et si je ne mange que du vert, c'est la couleur que je prends. Aussi… »

Il sourit. Tend son bras. Et attirant l'Envers, fait couler du sable comme une coupe trop pleine, la sur la boue.

« Pour toi, ça sera gratuit. »

Parce qu'elle est belle et que toute beauté se doit d'être récompensée. Alors du sable se tisse un filet de pêche et ce drapé en mailles forme une cape, un drap de losanges suspendu à son bras.

Puis Sables rit. Et sur sa joue tombent des écailles de terre.




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Tempête
Ven 29 Sep - 18:49
Pêcher, pourquoi pas après tout. Du temps où elle était Nirvelli, elle pêchait avec une canne – vulgaire bout de bois à qui on avait noué un fil – avait appris à manier la nasse. Chaque membre de la Tribu se devait d'être utile, de faire quelque chose même à petite échelle. Elle ne pourrait, probablement pas, pêcher assez pour nourrir toute la Maison. Mais ça pouvait être un secret entre elle et Sables, un échange à la lisière de la Maison dans les entrailles des marais.

« Comment fais-tu cela ? » s'émerveilla-t-elle lorsque Sables tissa son filet, nasse de marchand de rêves dont le sable devenait provenir, oui, d'une contrée morphée-ique. Tempête tendit les doigts à sa rencontre, effleurant le sable. Les grains roulaient sous la pulpe de ses doigts, prouvant sa pleine réalité. « La Rouge doit beaucoup t'aimer pour te permettre de faire ça, hein ? Moi, l'Envers, je n'ai jamais pu y aller. »

En était-elle déçue ? Probablement. Tout le monde en parlait, cela faisait parti de la Maison au même titre que ses briques et le Grand Pope. Tempête se sentait aussi rejetée qu'une paria remisée au sein d'une école qui entend les échos d'une fête gigantesque à laquelle elle n'aura jamais accès. C'était d'une frustration sans nom. À défaut de pouvoir y mettre les pieds, elle devait ramasser les miettes, glaner les rumeurs et les histoires qui peuplaient les couloirs. Vulgaire pis-aller.

Mais elle devait ronger son frein et profiter de l'instant que lui offrait Sables. Tempête ouvrit la marche, ses pieds s'enfonçant dans la fange avec des bruits mouillés. Les marais bruissaient de leurs propres vies, des ombres se mouvaient sous la surface, s’enfonçant au sein de l'onde maronnasse. Difficile de distinguer ce qui bougeait là-dessous – c'était vivant, c'était certain, mais était-ce dangereux ?

« On va poser le filet ici. » indiqua Tempête en désignant une légère avancée de terre. « On pourra l'accrocher à une des racines du palétuvier. Il faudra patienter le temps qu'ils soient emprisonnés par le filet. Ça risque d'être un peu long. » se crut-elle nécessaire de préciser ne voulant pas que Sables soit lassé par ce jeu de patience.



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Sables
Lun 2 Oct - 19:15


Féeries dans le bayou

avec Tempête



Douce et enfantine Tempête, au regard aussi émerveillé que pouvait l'être celui d'Ayesha, Sables se mit à rire de bonheur de la voir aussi incrédule face à ses enchantements. Et fit jouer le filet au bout des doigts, pour mieux le balancer.

« C'est un petit tour que je maîtrise bien... Et le sable me laisse offrir des cadeaux aux ami.e.s que j'apprécie... »


Son regard s'abaissa, presque prude. Est ce que la Grande Rouge l'aimait ? Est ce que Dieu l'aimait ? Est ce qu'il n'y avait que du bon ou que du mauvais ? Est ce que les choses pouvaient être aussi simples que la réponse qu'on voulait donner ?

« Je pose parfois mon oreille contre les murs pour l'écouter. Les murmures qu'elle me donne sont comme mille langues étrangères. Il y a tant de peine et de solitude parfois que je voudrais creuser pour l'en extirper mais c'est comme les papillons épinglés aux plaques de verre... c'est déjà trop tard. »


Puis la bonne humeur lui revint.

« Ceci dit, tu devrais essayer. Il se pourrait sans doute qu'elle puisse t'accorder les mêmes privilèges que j'obtiens parfois ! »

Laissant Tempête prendre le filet ce fut alors une attention studieuse qu'il observa ses gestes et la manière dont elle le déployait au creux du courant. Un trait d'argent fila non loin - preuve qu'il y avait bien du poisson. Et l'adolescent battit des mains avec allégresse.

« Cela sera fructueux ! Devons-nous rester ici et pouvons-nous nous promener ? Toi qui semble avoir tant de regrets, je peux t'emporter loin des saisons pluvieuses et des hivers de neige. Je peux t'emporter plus loin qu'un navire... »

Le sourire de Sables se fit presque mauvais, conscient de ses mystères dont il se servait parfois pour mieux jouer des tours aux personnes qui lui cherchaient problèmes. Mais il ne ressentait pourtant, à l’égard de Tempête, aucune inimitié ou désir de lui chercher grimace. Ces chatouillis déplorables, égoïstes et, certes, un brin vantards, ne lui étaient jamais d’une profonde satisfaction.

« Je te promets qu’il ne t’arrivera rien. » Il connaissait les rumeurs à ce sujet et ne souhaitait pas l’effrayer. Bien évidemment que non, elle ne finirait pas comme l’ancien chef des rats. Cette période-ci était loin derrière lui. L’important aujourd’hui était surtout de s’amuser.

« Une simple promenade, qu’en dis-tu ? »





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Tempête
Dim 8 Oct - 15:37
Tu devrais essayer. Cela semblait si simple pour Sables, aussi aisé que d'enfiler un vêtement tout juste taillé à votre mesure tandis que Tempête, elle, devait composer avec un bien trop neuf, encore non habitué à sa peau. Mais était-ce une bonne idée que de vouloir taquiner l'Envers ? Au vu des histoires qui en découlaient, cela semblait aussi ravissant qu'un voyage au sein de la faune australienne – palpitant mais dangereux. Mais, après tout, pourquoi pas ? Tempête se sentait assez solide pour accepter ce versant de la Maison, y mettre les pieds.

Lorsque Sables lui souffla la proposition d'une promenade, elle ne put s'empêcher d'y lire autre chose. Un voyage qui aurait pour décor ce bayou mais bien différent, bien plus exotique, que celui qu'elle avait pris pour habitude de sillonner lors de ses temps libres.

« Je veux bien. » acquiesça-t-elle en se levant.

La question était : comment ferait-elle pour le suivre là-bas ? Elle se doutait que cela ne se faisait pas en claquant deux fois des chaussures ou en récitant une sombre et incompréhensible formule censée être magique. Tempête tendit la main vers Sables, eut la hardiesse de saisir la main du Cerf, d'entrelacer leurs doigts – doigts brunâtres contre peau blanche.

« Il faudra que tu me guides car je n'y suis jamais allée. Et je ne sais pas... Est-ce que je pourrais être différente là-bas ? »

De ce qu'elle avait compris, on ne choisissait pas ce que l'on devenait. L'inconscient, l'âme, les expériences tout cela remontait à la surface de l'être, s'agglutinaient à la peau, modelaient le corps pour qu'il soit à l'image de toutes ces images que l'on gardait bien closes en soi dans la réalité. Tempête se jura de ne pas laisser Jack ressurgir. Il était mort, enterré, cadavre pourri jusqu'à la moelle. Elle n'allait sûrement pas se laisser dévorer par ses terreurs intérieures, pas comme cette cruche de Brèche qui couinait après un loup fantasmagorique.

Elle n'était plus une enfant.

« Tu crois que je pourrais être une sirène ? »

Une créature marine aux dents effilés dévorant les garçons pas sages, les émasculant à vif dans leur chair.



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Sables
Mer 25 Oct - 22:01


Féeries dans le bayou

avec Tempête



Leurs mains se lièrent, dans la confiance que lui offrit soudain Tempête nerveusement. Sables continua de sourire pour mieux la rassurer. Et le vent souffla à faire grincer les branches des arbres alentours. Dans quelques instants tout serait différent. Dans quelques secondes seulement car Sables le sentait – l’appel du désert, plus profond qu’aucun autre chant.

« Tu pourrais être différente comme tu pourrais ne pas changer. Cela dépend de ce que tu ressens intérieurement. Tu verras. C’est une sensation si profonde et pure que l’on pourrait presque la confondre avec… Le fait de tomber amoureux. As-tu déjà été amoureuse Tempête ? »

Le bruit de la rivière. Le grincement des arbres. Le soleil presque terne maintenant sous les nuages grisâtres. L’odeur de la terre et des fauves, de la rouille et du varech. Toutes ces données sensorielles soudain se dissipèrent comme un acouphène.

Et Sables chuchota.

« As-tu déjà été amoureuse.. ? »

Un morceau de sa joue se détacha comme une écaille de faïence mal accrochée sur son mur. Il forma un triangle entre sa joue et son œil. Et sous l’éclat il y eut la terre brune humide des dunes quand les oasis essayent de les hydrater.

« As-tu. Déjà. Aimé. Comme on peut aimer l’innocence. Avant qu’un scorpion ne vienne et ne vous l’arrache en vous faisant croire que vous êtes le coupable… »


Le vent bruissa. Le sable se leva. Les dunes furent un cercle et le soleil devint si clair qu’il manqua de leur brûler la peau.

Sables lâcha sa main. Se mit à gratter son visage. Et perdit sa blancheur, pour la fixer soudain. Des yeux et étranges, anciens, de Selbas, iris jaunes sur prunelles noires.

Derrière lui se tenaient les restes de la Cité. Et Selbas dit :

« Ce n’est pas de ma faute. J’ai essayé de la protéger. »


Son innocence.
Ayesha.




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Tempête
Dim 29 Oct - 19:39
La question du Cerf avait invoqué ce visage du passé redessinant son profil farouche sous sa chevelure brune indisciplinée, son sourire égocentrique, ses boucles dorées qui pendaient aux lobes de ses oreilles. Profil d'un pirate moderne, d'un mac dont les doigts manipulaient les billets, se refermaient sur eux pour les soutirer à l'avidité des filles. Tempête ne se rappelait jamais de son visage avant la chute, avant que ses charmes ne deviennent appâts tendus dans l'unique bête de la ferrer.

« J'ai aimé avant. Mais ça n'a duré qu'un temps. »

Elle fronça les sourcils à la vue de la fissure qui creusait l'épiderme de Sables, voulut saisir le fragment qui lui échappa pour se briser à leurs pieds. Sables l'observait par les yeux d'un autre, d'une entité dont l'odeur lui rappelait, en partie, ces épices qu'elle humait au sein des tréfonds de la Cafetière. Il y avait quelque chose de sauvage et de déroutant dans cet être qui lui tenait la main.

« Ton amoureuse... Il lui est arrivé quelque chose ? » hasarda-t-elle, trop curieuse pour son propre bien. « Quelque chose avec l'Envers ou c'était... avant ? »

Avant la Maison, avant le Marché et tous ces rituels qui polissaient si bien le quotidien de cette infrastructure que, si on les retirait, la Rouge aurait, probablement, surgi pour réclamer réparation.

La chaleur coupa le souffle de Tempête lui donnant l'impression d'être une pièce de viande au sein d'un four. Sous ses yeux le sable à perte de vue, océan de dunes aux teintes chaleureuses qui vous donnaient envie d'y glisser les doigts pour mieux en sentir le grain. Tempête tendit ses mains et ne cacha guère son désappointement – nul changement, toujours la même peau, la même élasticité de chair humaine. Glissant ses doigts sur son visage, elle eut un soupir en constatant que rien n'avait bougé. Mais peut-être que cela prendrait plus de temps.

« Sables... » Elle souffla le nom tout en posant son regard sur l'être qui avait pris sa place. « C'est toujours toi ? »

Elle ne pouvait s'empêcher de craindre cet être à l'apparence vaguement humaine mais dont elle sentait la puissance suinter de tous ses pores. Il était maître en ces lieux et, elle, simple invitée.

« Je ne lui ferais pas de mal à ton amoureuse. Je ne fais aucun mal aux filles. »

Elle releva la tête vers la cité qui se dévoilait derrière Sables comme un tableau qui se peignait doucement sous ses yeux.

« Qu'est-ce que c'est ? » demanda-t-elle en désignant les ruines d'un mouvement du menton.



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Sables
Dim 5 Nov - 21:18


Féeries dans le bayou

avec Tempête



Ici, il était un Roi autant qu’un abandonné mais dans tous le mystère et tout le charisme de sa présence, Selbas demeurait un être dont l’innocence ne pouvait que trahir sa curiosité à l’égard de la sirène. Sur les dunes, le vent souffla et les ruines de la Cité furent à nouveau englouties, comme un voile pudique déposé sur la carcasse d’un animal abattu par erreur.

« Sables est loin. » Sables, l’autre, l’Endroit de l’Envers, la fourrure quand Selbas était la carcasse.

« Sables peint mes histoires. Sables manipule les fils des contes dont je suis le messager et le lien, rouge comme le sang. Il existe et je persiste. » Son ton, doux et profond, marquait ainsi une sagesse dont les adultes ne peuvent parfois que prétendre posséder.

Selbas se détourna et ouvrit le bras pour englober la totalité de son territoire d’un geste presque las.

« Tout revient au sable. Même l’amour. » Même la souffrance et la mord et les remords comme les regrets.

« Tu as aimé. On m'a aimé. Mais elle n’était pas mon amoureuse c’est là où tu fais erreurs. Si ceux que j'enveloppe et embrasse et enlace et dans lesquels je me perds en baiser sont des battements désordonnés elle fut le cœur. Elle fut la cible. Elle m’a été enlevée. »


Son visage de terre s'effrita un peu plus, dévoilant une peau plus sombre encore, presque noire. Et dans le souffle de la brise il y eut une voix de femme. Trop lointaine pour être clairement comprise. Trop proche pour qu’on reste sourd à sa détresse.

« Il en avait 11. Mais il lui manquait l’innocence d’une 12 ème âme. Il est venue et il a pris comme le scorpion pique dans le désert. »

Il y eut un moment de latence – de quoi de qui parlait il le Djinn ? Du roi emporté et de sa colère en fléau ou de quelque chose d’autre, de plus essentiel, de plus ancien encore.

Il portait un nom
Et une fois parti devint Selbas
On enleva le I.

Il n’en avait plus l’utilité une fois l’innocence prise.

Troublé, le djinn se détourna et vint reprendre la main de l’attentive perdue.

« Je sais que tu ne fais pas de mal aux filles. Mais tu n’es pas la seule à avoir un filet de pêche et le sien était fiable et très étendu. Ayesha n’a pas su s’en défaire et j’ai lutté en vain moi aussi. »


Sous leurs pieds, le fourmillement de l’herbe vint leur caresser la peau et la terre se fit spongieuse tandis que l’eau exudait comme sortie des pores d’une peau trop sèche. Les dattiers surgirent dans des explosions poussiéreuses et bientôt ils furent deux au centre d’un oasis où la chaleur de fit moins insupportable.

Selbas sourit.

« Est-ce mieux ? »




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Tempête
Sam 11 Nov - 19:45
Son histoire la perdait. Tempête n'avait jamais été douée pour les énigmes, n'avait jamais été très douée en littérature (surtout la poésie). Elle était bien trop pragmatique, ne comprenait que ce qu'elle pouvait voir, toucher, savourer – ce qui avait un corps, une tangibilité dans son monde. Ici elle perdait pied et sans le secours de Sables (ou qui que ce fut) elle aurait été engloutie par l'Envers, happée par un univers de reflets qui l'aurait retenu prisonnière contre son gré.

Elle accueillit l'oasis avec un soupir de béatitude, sentant sur sa peau l'humidité qui s'y déposait, fine mais agréable.

« C'est mieux, beaucoup mieux. » reconnut-elle. « Merci beaucoup S... Pardon, je ne connais même pas ton nom. Tu veux bien me le dire ? »

Sentant qu'en l'Envers cela avait un prix de donner son nom, celui d'une part de soi peut-être même son nom véritable, Tempête remplit sa part du marché.

« Je te confie le mien en échange. … Nirvelli. »

Sous sa langue, le nom ramena nombre de souvenirs dont l'un se tissa, prit corps dans l'Envers de Sable. Ce n'était rien qu'un jouet d'enfant, un frêle esquif dont le bois avait été grossièrement taillé, les voiles cousues dans des chutes de tissus. Un bateau que l'on faisait voguer sur une rivière où on avait pied pour que le courant ne l'emporta pas loin, un jouet qui, aux yeux des enfants, avait l'allure d'un trois mats.

Tempête le vit et ne put s'empêcher de courir à sa rencontre, lâchant la main de Sables pour saisir l'esquif qui voguait sur l'onde de l'oasis. Entre les doigts de Tempête le jouet semblait gagner en superbe comme si, auprès de sa propriétaire, il reflétait tous les rêves qu'elle y avait apposé.

« Ça fait des années que je ne l'avais plus vu. Regarde ! » Elle le tendit à Sables, le laissant le prendre s'il le souhaitait. « Ça remonte à si longtemps... »

Le couvant d'un regard aimant, Tempête reposa le navire sur l'onde le laissant filer sous un vent qui gonflait doucement ses voiles. Remontant son pantalon, elle se permit de plonger ses jambes dans l'eau fraîche, ressentant toute la douceur de l'onde remonter dans son corps. Elle s'en gorgeait comme une fleur avide de pluie.

« Je suis désolée pour Ayesha, même si je ne peux pas grand-chose. Ce scorpion... Il est dans la Maison ? Tu sais, un homme ne devrait pas emprisonner douze filles comme il collecte des papillons. On ne devrait pas collectionner les papillons non plus. S'il est dans la Maison, je peux le punir. Ça ne sauvera peut-être pas ta Ayesha mais ça l'empêchera de faire souffrir d'autres personnes. »



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Sables
Dim 12 Nov - 22:50


Féeries dans le bayou

avec Tempête



Nirvelli. Nerveuse Nirvelli suivant le lit des cours d’eau pour atteindre un océan précaire sous la forme d’un jouet de bois. Nirvelli sans vœux. Nirvelli aux plongeants gracieux, aux rires de goutte de pluie. Nirvelli la sirène et Selbas posé sur sa dune, à l’observer sans descendre. L’odeur de l’oasis se faisait ainsi plus tangible mais dans les dattiers entourant cet œil d’un bleu azur, il voyait s’y perdre la silhouette d’une enfant trop gourmande, aux pieds gracieux hors de portée des piqures du scorpion. Son cœur s’émut un rien sous la véracité de son conte et de sa propre histoire et caressant du regard la peau mate de l’employée de la maison qui, détachée de son corps poussiéreux d’humaine, reflétait ainsi toute la merveille enchanteresse de l’onde, lui offrit un sourire sincère et pur.

« Je suis Selbas et tu ne devrais pas tant t’inquiéter pour moi. On m’a arraché quelque chose de bien précieux mais c’était il y a tant d’années. Y’a-t-il encore aujourd’hui quelqu’un à protéger ? Je ne pense pas. La voiture a quitté l’allée et nous a déposé dans la Maison. Le sable est revenu là où je ne l’y rêvais plus. Et j’en suis devenu son guide comme son Dieu. C’est tout ce qui m’importe. Je reste loin du Roi Scorpion et de ses fausses promesses d’amour. Il m’a oublié je pense, depuis tout ce temps. »

Le Djinn ainsi change. Sous son soupir lointain, son visage s’adoucit. Et sa peau de terre prend les teintes ocres des habitants du désert. Ses beaux yeux noirs, sa crinière épaisse, ses mains aux ongles courts qui pendent le long de ses hanches. C’est une jeune fille – ou une jeune femme. Elle est belle, elle a les seins hauts, elle vit dans un petit immeuble, elle a aimé un jour trop fort et contre toute attente l’enfant a pris du père bien plus que d’elle. L’enfant s’est bercé à son sein pourtant, l’enfant l’a appelé maman avant de disparaitre, englouti dans la machoire d’un loup aux lunettes sombres et sans reflets, au sourire de banquier.

Elle est elle-même, elle est lui, elle est une part de son cœur et de ses souvenirs oubliés. Elle est Ayesha bien sûr même si le garçon ne sait pas qui elle est. Il ne s’en rend pas compte, le Djinn du vœu qu’il exauce ainsi.

De retrouver l’amie, la sœur, la guide, le rire, l’enfance, l’innocence. De retrouver un passé éperdu loin d’ici, de tous pays comme de toute misère.

Puis la cape passe en claquant sous le vent et le mirage disparait pour ne laisser que les épaules voutées du jeune garçon. Il est à nouveau blond, sur son visage de terre. Et ses yeux de noir et de jaune fixe un point peu clair à l’horizon. Sur l’eau, le bateau file et grossit à vu d’œil.

Jusqu’à ce que les vagues s’abattent sur les rochers non loin d’eux. Jusqu’à ce que le sables plonge dans un océan tourmenté, aux eaux plus vertes que bleues. C’est un pacifique en tempête et les embruns leur griffent les joues. Le sel le ronge, le Djinn, pourtant il ne recule pas. Car à bonne distance de rame, un trois mât attends, sur son pont sifflant l’appel de la capitainerie. Et dans le vent hurlant on distingue le son des chants anciens, ceux que les grecs redoutaient.

Les voix enchanteresses d’une nuée de sirènes. Ainsi opère la légende.

Et Selbas sourit.

« Que signifie-t-il, ton nom, Nirvelli ? » Ils sont tous deux sur le filon tangible d’un passé pourtant révolu. Comme une deuxième chance.

Les canots descendent le long de la poupe pleine du navire qui se balance. Ils ont jeté l’ancre. Bientôt ils viendront, sans visages et armés. Et il faudra combattre.

Selbas ne veut pas reculer. Dans les contes toujours se tissent les prémices d’une grandiose bataille.




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Tempête
Dim 19 Nov - 23:05
Selbas, reflet de Sables – ironique que ce patronyme et Tempête se demande si ce n'est pas là son véritable nom, celui d'avant la Maison. Elle comprend que Ayesha n'est point là, ni elle, ni le Roi Scorpion, que d'eux ne restent que des souvenirs et les empreintes qu'ils ont laissés dans l'âme de Selbas. Dans la vision fugitive que Tempête a de Ayesha, elle ne peut s'empêcher d'y sentir un parfum de familiarité comme si elle avait déjà croisé cette fille auparavant. La faute peut-être au ton cuivré de sa peau, à ce sourire empli d'espoir.

Mais le passé s'effaça, emporté par les vagues du présent. Quelque chose se tissa dans l'Envers de Selbas. La mer vint s'infiltrer amenant le navire de Nirvelli devenu gigantesque. Sur son pont un profil familier s'invita arrachant une crispation de mâchoire à l'adulte. Boucles noirs, peau tannée, cercle doré pendant à l'oreille en jetant des feux vifs.

Ce n'était pas lui – pas véritablement – mais une réminiscence de ses souvenirs, de son inconscient. Tempête en avait conscience. Néanmoins cela ne calmait en rien sa rage. Elle haïssait cet homme avec la même puissance qu'elle avait aimé.

Elle devait le tuer, encore.

« Nirvelli ça veut dire enfant de l'eau. » glissa-t-elle à Selbas avant de reposer ses yeux sur le navire. « Je dois y aller. Tu m'accompagnes ? »

Se rapprochant du rivage, Tempête les vit – innombrables femmes au corps écailleux, luisant d'eau. Des sirènes. Elle s'en approcha résolument sachant qu'elles ne l'attaqueraient pas. Elles ne dévoraient que les hommes. Les yeux de poisson la suivirent, les clapotis se firent entendre tandis qu'elles venaient auprès du rivage. Chacune d'elles devait avoir un nom mais Tempête ne le connaissait pas, malgré les visages qui s'offraient à elle et qui éveillaient l'impression, diffuse, de les avoir déjà vus.

Elles étaient les filles qui n'avaient pu jamais grandir, fauchées par d'ignobles pirates, les femmes faites tombées sous les coups. Elles étaient les ignorées, les laissées pour comptes, les victimes d'êtres qui n'avaient rien d'humain.

Et Tempête était une des leurs.

« Pas touche au petit. » se crut-elle bon de préciser en désignant Selbas. « Il est avec moi. »

Son protégé qu'elle tiendrait éloignée des crocs des sirènes. Aucune ne siffla de dépit face à cette réclamation. Toutes tournèrent leurs visages vers le navire qui les surplombait, de cet homme qui les dominait se demandant s'il y avait un équipage qui se terrait au sein des cales. Tempête jaugea la distance d'un rapide coup d'oeil.

« Tu sais nager, Sables ?  Je peux te porter sur mon dos sinon. »

Quelque chose d'indéfinissable bouillait en elle, la grisait tel un alcool fort – l'aventure.



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Sables
Lun 20 Nov - 20:24


Féeries dans le bayou

avec Tempête



L’enfant de l’eau et l'enfant du sable s'avancèrent d’un front commun sur le rivage et l’eau vient lécher les pieds de terre de Selbas, son sel manquant de le ronger. Mais ici l’océan n’était pas l’ennemi et laissant ses grains prendre leur envol ce fut avec légèreté qu’il se leva au-dessus des flots, porté par la silhouette d’un dauphin brun au milieu des embruns. Les sirènes aux yeux en goutte de pluie l’observèrent mais ne déployèrent pas leurs griffes contre le garçon.

« Face aux hommes, nous faisons front commun. Il en va de nos âmes esseulées, griffées mais non victimes. Il en va de la défense de nos corps marbrés par leurs injures. Par les coups de leurs sourires et leurs paroles et leurs reins – voire même de leurs poings. Je n’ai pas peur de vous car nous avons un ennemi commun. »

Une vengeance attendait aujourd’hui d’être accomplie et le cri des matelots de sable répondirent aux crachats des vagues, leurs rames s'enfonçant dans l’eau comme autant d’épées fendant les corps.

Ils étaient armés et ils pouvaient tuer mais Nirvelli ne risquait rien. Ici c’était l’Envers et si le sien se mêlait avec grâce à celui de Selbas, ce dernier en restait le maître.

Et son pouvoir s'abattit sur l’un des canots, sous la forme d’une baleine de sable surgissant des flots pour mieux se fracasser contre l’une des sept embarcations.

Son visage de terre se fendilla de sourire. Le sel emporta une mèche de cheveux. Rien de mal.

« Nage Nirvelli. Nage et deviens ce que tu as toujours été. La guide. La cheffe. Le cœur même de l’océan. »

Et emporte tes sœurs avec toi. Les sirènes ne devaient rien au pouvoir de Selbas. Elles n’étaient nées que des larmes d’une furieuse Tempête. De ses crachats de colère d’une vie révolue.

Il ne les contrôlait pas.
Aucun homme ne le pouvait.
Telle était la force des femmes.





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Tempête
Jeu 30 Nov - 21:02
Tempête avait souri de toutes ses dents à la vue de la baleine faisant chavirer le canot, admirant le grain de sa peau sableuse. Les mots de Selbas déclenchaient, en son corps, des coups de jus – vifs électrochocs qui la poussaient à se rapprocher de l'onde. Un pas après l'autre, Nirvelli avança délaissant sa peau de chair, ce corps trop mou. L'onde l'accueillit entre ses bras tandis qu'elle s'immergeait avant de plonger d'un coup vif.

Une onde se propagea à la surface. Pas une bulle n'éclata.

Sous l'onde, à l'abri des regards, Tempête changeait.

Pour mieux renaître.

Son visage creva la surface suivi de son corps, changé par l'Envers qui y avait laissé son empreinte (ou était-ce celui de Selbas ?) Tempête n'était plus l'adulte sévissant au sein de la Cafetière, terrifiant les mauvais garçons, consolant les filles, les berçant entre ses bras. Elle était Nirvelli, cheffe des sirènes, fille née de l'eau et de l'écume. Son corps n'était qu'écailles juxtaposées dont la teinte vacillait entre le bleu outremer et le vert des algues. Ses prunelles des gouttes de pluie recouverts d'une fine paupière transparente. Sa chevelure un imbroglio rappelant les algues étendues, trempées, sur la berge – elle reposait, spongieuse, sur ses épaules, hésitante entre le vert sombre et le noir. Et sa poitrine s'exhibait, nue, sans fards, sans pudeur, provoquant les matelots de sable et leur capitaine.

Nirvelli pouvait les entendre commenter ce qu'ils voyaient, se moquer de ces créatures pas tout à fait femmes. Elle entendait la peur qui se cachait derrière ces provocations – cris de coq dissimulant la terreur face au renard et à son appétit.

Toutes attendaient son ordre, meute aux aguets.

« Faisons les couler. »

Comme ces garçons qu'elle amenait au Purgatoire.

Nirvelli plongea suivie, dans un même mouvement, par toute cette cohorte de filles et de sœurs, famille grouillante d'algues, d'écailles, de griffes et de dents. Troupeau de hyènes aquatiques se ruant sous la coque couverte de coquillages. Et de leurs ongles, de leurs griffes, les sirènes creusèrent dans ce bois vermoulu et humide, creusant un trou où l'eau s'engouffra en glougloutant.

Lorsqu'il fut assez grand, Nirvelli s'y rua, se tortillant entre les planches qui formaient le squelette du bâtiment, s'écorchant contre les débris, pour mieux surgir au sein de la cale.

« Chériiii je suis rentrée ! »

Son rire résonna jusqu'au pont, moqueur et incisif.

Spoiler:
 



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Sables
Lun 11 Déc - 21:35


Féeries dans le bayou

avec Tempête



Alors elles se mirent à chanter – car la sirène charme ou alarme, c’est selon sa détresse, c’est selon sa colère. Et saluant ainsi la naissance de leur sœur, battirent de la queue comme pour l'applaudir tandis que Nirvelli, ainsi apparue, se dressait dans toute sa nudité de Vénus, les yeux pleins d'embruns.

Lançant l’assaut, la nouvelle reine des océans fit charger sur le navire comme un furieux essaim d’abeilles. Et Selbas ne put que suivre, sur son disque de sable, témoin et protecteur discret mais reconnaissable.

Sur le pont les matelots se mirent en place. Chargeant la poudre dans les canons et préparant leurs armes. Selbas évita ainsi un premier boulet, sous une explosion presque divine et fit se lever une baleine pour prendre l'impact d’un second. Les sirènes elles, venaient déjà de faire chavirer les derniers canots restants et ce furent de leurs griffes qu’elles s'attaquèrent au navire.

Hélas, la catharsis de l’Envers exigeait un sacrifice. Un prix du sang. Et sous la voix moqueuse de Nirvelli, le capitaine se retourna, épée à la main, pistolet dans l’autre.

Lentement les traits se dessinèrent plus précisément sur son visage en grains. Et quand la sirène – jolie blonde aux dents prêtes à mordre – bondit à sa droite pour le piéger, ce fut d’un geste sans tact ni douceur, sans amour et sans empathie, qu’il lui trancha la gorge à presque lui couper la tête.

Selbas vint survoler le rêve qu'ensemble ils avaient créé. Et repoussant ses propres attaques, mima les mots du capitaine.

Des mots graves, des mots gravés. Des mots d’antan.

« Elle a clamsé, y a plus rien à faire. »

Le navire se mit à pencher sur la droite, secoué en son fond par les trous causés par l’attaque. Ils n’en auraient plus pour longtemps.

« C'était qu’une pute. »

C’était qu'une femme. Une misérable – une qui dérange. Une dont la mort est encore une fois trop pratique. Une autre qui ne sera jamais défendue. Une qu’on oubliera. Une qui traînera. Une à l’odeur de sang.

Selbas bougea. Le capitaine leva la tête. Et sourit de ses dents comme une affreuse tête de mort.

« Papa viendra vite, ne t’en fais pas. »
« Dieu dort. » Répondit le désert du monde. « Ne le réveille pas de tes pensées passées. Le sable avance. »




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