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Féeries dans le bayou
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Tempête
Mer 13 Sep - 22:55
Les marais intriguaient Tempête depuis son arrivée à la Maison comme une lumière attire la phalène qui vient se consumer à sa chaleur. Elle avait eu rapidement vent des rumeurs circulant sur les lieux, des histoires narrant l'escapade cruelle des pensionnaires s'étant essayés à les traverser. Forte de sa nature d'adulte, l'amérindienne s'était glissée dans ce recoin de la forêt comme une anguille – et y revenait, régulièrement, là où d'autres préféraient le confort d'une bibliothèque.

Entre ses orteils dénudés la boue remontait sous la pression de ses pieds, chatouillait son épiderme. Avec des bruits spongieux Tempête menait son exploration, le pantalon remonté jusqu'aux genoux, tire-bouchonné, les chaussures laissées à l'entrée des marais. L'odeur de la fange lui remontait au nez, la grisait. Marcher ici lui rappelait son enfance, ses escapades menés aux confins du territoire de la tribu, auprès de la rivière où elle allait se laver et ce même adolescente, riant de la pudeur soudaine de ses camarades de jeu qui se rendait compte – avec stupeur – qu'elle était fille.

Ici elle ne se permettrait pas telle liberté. Mais elle craignait, parfois, que brisant le tabou qui encerclait les marais, quelqu'un n'entraîna une pensionnaire ici, ou même une adulte. Et profitant de l'éloignement de la Maison ne commit un crime atroce.

Un froufroutement au sein des frondaisons l'interpella, lui fit tourner la tête avec violence. Quelque chose bougeait au sein des frondaisons, une silhouette humaine. Tempête se rapprocha à pas comptés avant d'exploser, voix cinglante.

« C'est qui qu'est là ? »

Si on lui répondit ce fut bien trop bas pour qu'elle l'entendit. Déjà postée près de la végétation qui continuait son agitation, Tempête plongea sa main au sein des branches. Sentant un corps, elle le saisit par le bras, tractant son propriétaire jusqu'à elle.

« Si tu fais ce que je crois, tu vas v-oh Sables. Pardon. »

Tempête relâcha sa prise, abandonnant un Cerf au sein de la Nature grouillante du bayou. Il semblait presque incongru cet enfant ni garçon, ni fille avec ses grands cils et ses cheveux dorés – cheveux sablés.

« J'ai cru que... » Mais Tempête se tut sur ce qu'elle avait cru voir, ne voulant pas glisser dans la caboche de ce qu'elle considérait un être innocent des images d'embrassements moites et infâmes. « Que fais-tu ici ? Tu t'es perdu ? »

Dans l'esprit de l'Adulte il n'était pas concevable qu'un garçon comme Sables puisse s'être rendu de lui-même dans un tel endroit, ou alors pas sans une raison aussi solide que curieuse.



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Sables
Dim 17 Sep - 18:35


Féeries dans le bayou

avec Tempête



C’était une bonne journée. Une journée de doux réveil avec le nez coincé dans les poils fauves de son chef de clan après une nuit de pluie particulièrement sévère qui avait bercé ses rêves à en faire fleurir le désert. Il s’était levé aux aurores pour les premiers chants d’oiseau, avait embrassé le pectoral gauche de Raspoutine – pour une obscure raison, le droit le réveillait toujours – et s’était faufilé hors de la chambre, notant l’absence du papillon de nuit qu’était Quenotte qui avait du rejoindre son frère, et de la présence supplémentaire dans la couchette de certains ce qui allaient encore faire des histoires – dommage, Sables n’aimait pas la tension.

Vêtu de sa robe jaune de la veille, il était allé faire ses étirements et ses derniers bâillements dans le potager. Avait surveillé que rien n’avait été abîmé et avait salué Crevette de loin avant de se prendre un en-cas dans les cuisines. Il avait dit bonjour à Myrtille, avait soigneusement évité le regard noir de Fourchette qui ne l’appréciait pas trop, avait essayé de se peindre les lèvres avec de la confiture de fraise tout en se recoiffant et ragaillardi, avait trouvé un coin dans une salle poussiéreuse pour dessiner tout à son aise.

Dans un coin de sa tête, Selbas chantonnait. Puis le soleil déclinant en milieu d’après-midi, il avait jeté un regard à la fenêtre et avait croisé la silhouette furtive de la sirène s’éloignant en direction du bayou.

« Que dis-tu d’une promenade ? » Avait-il demandé au sable recouvrant ses genoux et l’entendant ruisseler le long de ses jambes nues, Sable s’était levé. « Tu as bien raison, nous avons besoin de respirer un bon air frais. »

Evidemment, le bayou n’était jamais une bonne idée quand on souhaitait se divertir l’esprit – les moutiques aimaient bien le grignoter ce qui était fort déplaisant et il y avait toujours de drôles de bêtes pour lui faire peur dans les ombres. Mais dans le bayou vivaient aussi de glorieux insectes et emportant avec lui sa compagne de la semaine, à savoir la carcasse d’un scarabée neurasthénique, Sables avait filé par la porte de derrière dans un saut de cabri.

C’est dansant, et parfaitement conscient de son espionnage, qu’il avait éveillé de couleur le bayou un peu terni. Et observant Tempête patauger dans la gadou, avait finalement fait craquer la branche qui l’avait trahi.

Dès lors happé par la poigne forte de la demoiselle, il n’avait pu que lui faire face. Pour mieux lui sourire, réponse toujours solide face à des questions accusatrices. Oui, il n’avait pas le droit d’être ici. Mais en ces lieux un peu magiques, les frontières s’étiolaient sous la volonté et les pas des passants. Tout n’était finalement, que brindilles éphémères. Alors autant s’amuser.

« Tu vas me punir ? » Demanda-t-il en retour en agitant sa jolie robe. « Je t’ai suivie. Tu es venue pour un bain de pieds ? La boue est très bonne pour ça mais – pas dans le bayou. » Ses sourcils se froncèrent, un peu plus sombres que le reste de sa chevelure. « J’était pourtant certain que tu allais rejoindre un sabbat de sorcières puis je me suis souvenu que les sabbats des sirènes se font surtout sous l’eau alors je me suis dis que tu allais plonger dans le bayou et remonter un crocodile. Alors je me suis inquiété, puis j’ai trouvé cela très beau, de t’imaginer chevaucher ces montures d’écailles au museau féroce. Alors j’ai pris mon carnet pour te dessiner, puis je t’ai vu piétiner la boue mais – ça je l’ai déjà dit. »

Loin du temps des silences un peu méfiants, sa diatribe légendaire semblait pétiller comme une limonade.

« Et je voulais te dire que je te trouvais particulièrement jolie. »

Mais ça, elle devait déjà le savoir. Tempête était effectivement très belle.




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Tempête
Mer 20 Sep - 21:10
Robe jaune, robe jonquille dont les pétales dessinent des arabesques autour du corps juvénile de Sables. Toujours, quelque part dans sa mise, quand le sable ne ruisselle pas à ses pieds, fait écho à ce compagnon fidèle, à un désert. Tempête ouvrit grand les yeux lorsque le Cerf expliqua, avec assurance, qu'il pensait qu'elle allait mener un sabbat de sirènes. Vrai qu'il l'avait défini ainsi, elle ne savait trop pourquoi. La faute peut-être à son amour de la pluie, son besoin d'approcher l'eau. Naître au sein d'une Tribu dont le nom même pouvait être traduit en « le peuple qui vit près de l'eau » laissait des traces ineffaçables. Et elle se plaisait à croire que cet enfant qui pouvait voguer dans l'Envers avait deviné, sous ses os et sa chair, l'image qu'elle aurait si elle le rejoignait là-bas.

Une sirène ce n'était pas si éloignée d'une femme-pirate après tout.

Tempête secoua la tête, ne pouvant dissimuler que les paroles du Cerf l'avaient touché et que son compliment, non feint, flattait son ego car dénué de toute concupiscence. Il la qualifiait avec franchise et naturel. Les lourdes boucles pendant aux oreilles de Tempête caressèrent ses joues tandis qu'elle se penchait vers Sable.

« Merci pour tes jolis mots. Toi aussi, t'es adorable. » Adorable lui allait si bien, terme dénué de sexe. « Je sais faire beaucoup de choses mais pas chevaucher les alligators. Ce serait sacrément drôle n'empêche. »

La petite fille en elle en piétinait d'allégresse. Une femme-pirate chevauchant un alligator, une corde glissée dans la gueule comme le mors d'un cheval – aucun homme n'oserait approcher telle équipée. Tempête relâcha le bras de Sable veillant, d'un regard critique, à ne pas lui avoir trop marqué l'épiderme. C'est que, sous le coup de l'émotion, l'employée de la Cafetière pouvait oublier de mesurer sa force. Elle s'en voudrait d'avoir blessé un innocent.

Du menton elle désigna l'eau du bayou où on pouvait percevoir la faune s'y mouvoir, ombres vivaces qui veillaient à ne pas crever la surface.

« Mais là-dedans tu sais y a pas que les crocos. Y a de quoi manger aussi, de quoi pêcher. Avec un filet on peut dégoter des écrevisses. On peut aussi apercevoir des rats musqués si on fait pas trop de bruit. C'est aussi gracieux qu'une loir quand ça nage. »

Tempête avait la voix pensive de ceux qui partagent leurs découvertes. Elle avait, depuis le temps, observé les habitants de ces marais, appris à éviter les plus dangereux qui se dissimulaient sous le limon des berges et les broussailles. Désormais elle avait un compagnon d'exploration. Tempête posa son regard sur Sable, tendit la main à sa rencontre.

« Tu veux qu'on visite ensemble ? T'inquiète tu seras pas puni. C'est pas à moi de faire ça, puis là c'est mon idée. T'es sous la responsabilité d'un adulte donc si y a un couac, c'est moi qui serais puni parce que j'ai pas su te protéger. Mais je protège bien. Je protégeais les plus jeunes dans ma tribu. »

Les garçons comme les filles, Tempête veillait sur eux/elles contre les plus grands revenant, souvent, avec une dent en moins, les genoux écorchés et la satisfaction du devoir accompli.



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Sables
Lun 25 Sep - 21:40


Féeries dans le bayou

avec Tempête



Adorable. C'était aussi bien que Joli. C'était fait d'or et d'érable, des couleurs proches du jaune qui demeurait sa préférée. Le sourire de Sables pétilla d'autant plus. Illuminant le bayou comme une jonquille. Et sentant poindre en elle l'effervescence de l'enfant d'autrefois, il assista à sa renaissance immature comme un serpent se débarrasserait d'une mue. Il en fut fasciné.

Voilà ce que l'on pouvait trouver parmi ces cailloux adultes. Quelques pierrailles un rien plus claires et précieuses. Des bribes et des morceaux éclatés sous le marteau d'une société drastique. Des filaments d'argent torsadés à des rougeurs vermeilles.

Elle souhaitait se promener, en sécurité, et Sables fut tenté de lui dire qu'il connaissait déjà la vérité. Que les chemins sûrs n'en étaient de fait que plus trompeurs. Qu'il existait quelque chose de bien plus mensonger en ce monde que le père noël : la certitude et la protection.

Deux fées bien troublantes et bien cruelles. Maquillées de paillettes et de vomissures. Diablement tentantes mais pas éternelles. Voire inexistante.

Bien dommage quand même.

« Tu veux pêcher ? » Qu'il demanda de sa voix fluette, bien décidé à vivre avec elle une aventure.

« Puisque tu veux me protéger et que c'est une pensée jolie, nous pouvons te faire d'autant plaisir. Manger est une bonne chose. Bien que je ne sois pas bien friand de viande - les animaux ont toute ma pitié. Cependant je m'attendris bien plus sur le chant d'un oiseau que sur le silence d'un poisson. Et si je ne mange que du vert, c'est la couleur que je prends. Aussi… »

Il sourit. Tend son bras. Et attirant l'Envers, fait couler du sable comme une coupe trop pleine, la sur la boue.

« Pour toi, ça sera gratuit. »

Parce qu'elle est belle et que toute beauté se doit d'être récompensée. Alors du sable se tisse un filet de pêche et ce drapé en mailles forme une cape, un drap de losanges suspendu à son bras.

Puis Sables rit. Et sur sa joue tombent des écailles de terre.




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Tempête
Ven 29 Sep - 18:49
Pêcher, pourquoi pas après tout. Du temps où elle était Nirvelli, elle pêchait avec une canne – vulgaire bout de bois à qui on avait noué un fil – avait appris à manier la nasse. Chaque membre de la Tribu se devait d'être utile, de faire quelque chose même à petite échelle. Elle ne pourrait, probablement pas, pêcher assez pour nourrir toute la Maison. Mais ça pouvait être un secret entre elle et Sables, un échange à la lisière de la Maison dans les entrailles des marais.

« Comment fais-tu cela ? » s'émerveilla-t-elle lorsque Sables tissa son filet, nasse de marchand de rêves dont le sable devenait provenir, oui, d'une contrée morphée-ique. Tempête tendit les doigts à sa rencontre, effleurant le sable. Les grains roulaient sous la pulpe de ses doigts, prouvant sa pleine réalité. « La Rouge doit beaucoup t'aimer pour te permettre de faire ça, hein ? Moi, l'Envers, je n'ai jamais pu y aller. »

En était-elle déçue ? Probablement. Tout le monde en parlait, cela faisait parti de la Maison au même titre que ses briques et le Grand Pope. Tempête se sentait aussi rejetée qu'une paria remisée au sein d'une école qui entend les échos d'une fête gigantesque à laquelle elle n'aura jamais accès. C'était d'une frustration sans nom. À défaut de pouvoir y mettre les pieds, elle devait ramasser les miettes, glaner les rumeurs et les histoires qui peuplaient les couloirs. Vulgaire pis-aller.

Mais elle devait ronger son frein et profiter de l'instant que lui offrait Sables. Tempête ouvrit la marche, ses pieds s'enfonçant dans la fange avec des bruits mouillés. Les marais bruissaient de leurs propres vies, des ombres se mouvaient sous la surface, s’enfonçant au sein de l'onde maronnasse. Difficile de distinguer ce qui bougeait là-dessous – c'était vivant, c'était certain, mais était-ce dangereux ?

« On va poser le filet ici. » indiqua Tempête en désignant une légère avancée de terre. « On pourra l'accrocher à une des racines du palétuvier. Il faudra patienter le temps qu'ils soient emprisonnés par le filet. Ça risque d'être un peu long. » se crut-elle nécessaire de préciser ne voulant pas que Sables soit lassé par ce jeu de patience.



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Sables
Lun 2 Oct - 19:15


Féeries dans le bayou

avec Tempête



Douce et enfantine Tempête, au regard aussi émerveillé que pouvait l'être celui d'Ayesha, Sables se mit à rire de bonheur de la voir aussi incrédule face à ses enchantements. Et fit jouer le filet au bout des doigts, pour mieux le balancer.

« C'est un petit tour que je maîtrise bien... Et le sable me laisse offrir des cadeaux aux ami.e.s que j'apprécie... »


Son regard s'abaissa, presque prude. Est ce que la Grande Rouge l'aimait ? Est ce que Dieu l'aimait ? Est ce qu'il n'y avait que du bon ou que du mauvais ? Est ce que les choses pouvaient être aussi simples que la réponse qu'on voulait donner ?

« Je pose parfois mon oreille contre les murs pour l'écouter. Les murmures qu'elle me donne sont comme mille langues étrangères. Il y a tant de peine et de solitude parfois que je voudrais creuser pour l'en extirper mais c'est comme les papillons épinglés aux plaques de verre... c'est déjà trop tard. »


Puis la bonne humeur lui revint.

« Ceci dit, tu devrais essayer. Il se pourrait sans doute qu'elle puisse t'accorder les mêmes privilèges que j'obtiens parfois ! »

Laissant Tempête prendre le filet ce fut alors une attention studieuse qu'il observa ses gestes et la manière dont elle le déployait au creux du courant. Un trait d'argent fila non loin - preuve qu'il y avait bien du poisson. Et l'adolescent battit des mains avec allégresse.

« Cela sera fructueux ! Devons-nous rester ici et pouvons-nous nous promener ? Toi qui semble avoir tant de regrets, je peux t'emporter loin des saisons pluvieuses et des hivers de neige. Je peux t'emporter plus loin qu'un navire... »

Le sourire de Sables se fit presque mauvais, conscient de ses mystères dont il se servait parfois pour mieux jouer des tours aux personnes qui lui cherchaient problèmes. Mais il ne ressentait pourtant, à l’égard de Tempête, aucune inimitié ou désir de lui chercher grimace. Ces chatouillis déplorables, égoïstes et, certes, un brin vantards, ne lui étaient jamais d’une profonde satisfaction.

« Je te promets qu’il ne t’arrivera rien. » Il connaissait les rumeurs à ce sujet et ne souhaitait pas l’effrayer. Bien évidemment que non, elle ne finirait pas comme l’ancien chef des rats. Cette période-ci était loin derrière lui. L’important aujourd’hui était surtout de s’amuser.

« Une simple promenade, qu’en dis-tu ? »





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Tempête
Dim 8 Oct - 15:37
Tu devrais essayer. Cela semblait si simple pour Sables, aussi aisé que d'enfiler un vêtement tout juste taillé à votre mesure tandis que Tempête, elle, devait composer avec un bien trop neuf, encore non habitué à sa peau. Mais était-ce une bonne idée que de vouloir taquiner l'Envers ? Au vu des histoires qui en découlaient, cela semblait aussi ravissant qu'un voyage au sein de la faune australienne – palpitant mais dangereux. Mais, après tout, pourquoi pas ? Tempête se sentait assez solide pour accepter ce versant de la Maison, y mettre les pieds.

Lorsque Sables lui souffla la proposition d'une promenade, elle ne put s'empêcher d'y lire autre chose. Un voyage qui aurait pour décor ce bayou mais bien différent, bien plus exotique, que celui qu'elle avait pris pour habitude de sillonner lors de ses temps libres.

« Je veux bien. » acquiesça-t-elle en se levant.

La question était : comment ferait-elle pour le suivre là-bas ? Elle se doutait que cela ne se faisait pas en claquant deux fois des chaussures ou en récitant une sombre et incompréhensible formule censée être magique. Tempête tendit la main vers Sables, eut la hardiesse de saisir la main du Cerf, d'entrelacer leurs doigts – doigts brunâtres contre peau blanche.

« Il faudra que tu me guides car je n'y suis jamais allée. Et je ne sais pas... Est-ce que je pourrais être différente là-bas ? »

De ce qu'elle avait compris, on ne choisissait pas ce que l'on devenait. L'inconscient, l'âme, les expériences tout cela remontait à la surface de l'être, s'agglutinaient à la peau, modelaient le corps pour qu'il soit à l'image de toutes ces images que l'on gardait bien closes en soi dans la réalité. Tempête se jura de ne pas laisser Jack ressurgir. Il était mort, enterré, cadavre pourri jusqu'à la moelle. Elle n'allait sûrement pas se laisser dévorer par ses terreurs intérieures, pas comme cette cruche de Brèche qui couinait après un loup fantasmagorique.

Elle n'était plus une enfant.

« Tu crois que je pourrais être une sirène ? »

Une créature marine aux dents effilés dévorant les garçons pas sages, les émasculant à vif dans leur chair.



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