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Puis tout revint aux ~ Sables
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Sables
Ven 1 Sep - 23:05


ft. Armin – Attack on Titans

fiche médicale
Sous les Briques

...

Pardon.


nom :

Septembre 1982.

C’est une rentrée aussi commune qu’anarchique, avec son flot de morveux qui se trainent, la larme à l’œil pour ceux qui ont encore conscience d’être qui ils sont, le visage un rien apathique et pour Chandelle, un peu antipathique. Il avance aux côtés d’Extincteur qui, trichant à la bonne mise en place de la vente aux enchères vient, en bon chef des rats, trier le lot pour nommer les plus intéressants. Extincteur semble soucieux – sans doute à cause d’Aspirine, cet espèce de trouble-fête de 9 ans, beaucoup trop grande gueule qui lui donne du fil à retordre ces derniers temps. Choisir une belle pièce, et être à l’origine de son surnom, ne pourra que lui faire plaisir. Aussi Chandelle, fidèle à son poste de second, tient bien droit ses pancartes ainsi que son bloc-notes et trottine à ses côtés, désignant de la pointe de son stylo deux ou trois nouvelles âmes.

« Celui-ci semble coriace – lui là est allergique aux fraises – le boiteux là, il a un TOC du genre vraiment crade, il bouffe ses cheveux. »

« J’en ai rien à foutre. » Grogne Extincteur. « J’veux un larbin ce coup-ci, pas un donneur d’ordres. J’en ai assez pété des petits cons qui se la jouent robustes. »

Oui, c’est définitivement Aspirine qui le fait chier. Et le regard luisant, Chandelle souffle, se tourne un peu et finit par l’apercevoir.

« Ah et y’a lui chef ! Le gosse de riche, vous savez ? Celui qu’on a emmené en limousine. » Sans vraiment se l’expliquer, il commence à se marrer. Mais Extincteur fronce des sourcils.

« C’est quoi ? »
« Autiste. » Le petit hausse une épaule et rattrape vite fait une pancarte tout en remontant ses lunettes sur son pif crevant d’acné. « Il dessine. » Tout en parlant, ils se sont rapprochés.

Retranché contre un mur, le nez dans un cahier de dessin et les doigts plein de crayons, le morveux, qui doit avoir dans les six ou sept ans, n’a pas daigné broncher.

« Pas de crise ou ce genre ? »
« Ça j’en sais rien chef. J’pense plutôt qu’il est muet. Il a même pas chialé en arrivant il est juste… »
« Ouais j’vois. »

Et un sourire se dessine sur la gueule du rat, celui qui mérite son surnom pour avoir assommé un mec du Sépulcre avec son fameux pseudonyme. Le héros de cette année 1983. L’ennemi juré d’un Aspirine qui ne croira pas sa chance, bien plus tard. Quand les cris se seront calmés.

« Pinceau. »
« Pinceau ? »
« Pinceau. »

Chandelle n’a pas à vérifier si le nom est déjà pris – il connait la liste par cœur. Et défait le bouchon de son feutre pour commencer à noter.

Avant qu’un regard bleu ciel ne vienne s’ancrer au sien, presque comme une beigne.

Le morveux a relevé la tête. Et à sa mine, soudain, sait qu’on parle de lui.

« Ton – nom » Articule alors Extincteur en se penchant sur cette espèce de larve fragile, aux cheveux blonds, à la tête de bébé. « C’est – Pinceau. » On croirait qu’il parle à un débile.
« Sables. » Répond alors l’enfant. Posément.

Sur l’instant, ça a le mérite de les envoyer chier tous les deux. Chandelle avec sa pancarte. Extincteur et son ego mal placé. Ils s’entreregardent. Evaluent l’affront. Et bondissent à deux.

« Nan Pinceau ! »
« C’est Pinceau t’entends ?! »

Le cahier de dessin tombe à terre dans un bruissement.

« Sables. »
« Pinceau ! »
« SABLES ! »

Et sur les pages, accablé sous sa cape, un personnage tout encapuchonné leur lance une œillade agressive. En plein milieu d’un immense désert.

« PINCEAU ! »

Comme on pincerait une chemise, reliant deux bouts de tissu servant de frontière, la réalité se tord et se crispe, comme prête à dégueuler. Ça fait crisser le silence et stopper les larmes de ceux qui étaient jusqu’alors rassemblés dans le couloir. Cela éructe un vent chaud, inconnu de la Nouvelle-Orléans. Et du mur où s’était appuyé l’enfant – P I N C E A U  - les fissures viennent. Se creusent. Et s’élargissent en mille rivières de sable.

« Nom de »
« C’est quel envers ça ? »
« SABLES ! » Hurle le petit. Les mains crispées sur ses crayons. « SABLES SABLES SABLES SABLES SABLES SABLES SABLES »

L’instant d’après, ils sont sur une dune. Le blondinet relevé. Extincteur en choc. Chandelle en recul. Et le vent souffle sur le sable, leur envoie ses pigments à la gueule, éraflant leur peau, piquant leurs yeux, s’engouffrant dans leurs bouches.

« Arrête ça ! » Hurle Extincteur. Puis encore. « ARRÊTE CA ! » Mais c’est une alarme plus qu’une voix. Une alarme qui répète en boucle tout ce que le petit a jamais aimé. Alors pris d’une inspiration subite, Chandelle cesse de se protéger avec ses pancartes dont la moitié lui a échappé et crie à son tour :

« C’est bon ! C’est bon ! Tu t’appelleras Sables ! »

Le couloir revient comme un éclair. Le sol, dur sous ses pompes, manque de le renverser. Et toussant, laissant les grains tomber de sa chevelure hirsute, Chandelle glisse à quatre pattes. Le regard fou. Le feutre et les pancartes perdu. Face au petit qui, tranquillement se rassoie en tailleur.

Les yeux les observent. Et une petite voix demande.

« Il est où l’autre ? »


âge : 16 ans.

âge d'arrivée : 6 ans

origines : Officiellement, anglais.

groupe : Cerfs

rang : Selbas Sed Sengatnom Sed.

rôle : Responsable principal du Potager, spécialité semi, replantage et arrosage.

affiliation avec l'envers : Sauteur

raison de l'admission : Officiellement, a été diagnostiqué Autiste Asperger par trois psychiatres différents. Officieusement, malgré toutes les observations des spécialistes demeurant au sein de la Maison, aucun d’entre eux ne s’est clairement engagé à statuer sur la possibilité que Sables, aka Julian Basile Salman (Lawd), fasse clairement parti du spectre autistique. Son problème est plus une absence totale de problèmes.


Comment votre personnage perçoit-il La Maison, son folklore et ses traditions ? —

Depuis la Grande Guerre de 1962 et le Cataclysme des Corps Tombants de 1985, avec sa grande Chute de suicidaires venus du toit de la Maison, les Loirs demeuraient un peuple paisible, un peu à part certes mais toujours créatif, rêveur et pacifique.

Seulement, même les Loirs dans leur grande bonté, ont besoin d’un guide. Lorsque Sables avait commis sa grande démonstration en 1982, lors de son arrivée, et qu’il avait emporté Dieu sait où ce pauvre Extincteur, le chef des Loirs de l’époque, Crinoline, avait vu en lui un potentiel remplaçant pour protéger et servir son peuple. Crinoline n’avait en effet que 14 ans et était déjà tristement conscient de son proche départ. Aussi, quand l’année fut venue et que l’été l’emporta, il fut décidé à grande majorité de respecter la parole et le lègue d’un des plus anciens dirigeants de ce monde.

Sables devint donc chef des Loirs de 1986 à 1988.

Beaucoup pourraient se demander pourquoi leur avait-il fallu autant de temps pour comprendre que Sables ne pouvait en rien être chef de quoique ce soit. Certaines voix malicieuses accuseraient sans trop de peine l’herbe à rêver de Chaman. D’autres, la stupidité voire le flegme historique de ce petit groupe de rongeurs. La vérité se trouvait quelque part entre les deux.

Il leur avait fallu surtout du temps pour se préparer.

La Grande Guerre de 1962 ayant laissé des traces, il fut nommé un Conseil Administratif de Grand Ordre pour se réunir, un soir de novembre 1988, et juger de l’impossibilité de Sables à diriger quoique ce soit, pas même son existence. Tag, l’un des grands pontes de l’époque, choisit parmi les loirs les plus créatifs et les plus vaillants ceux qui allèrent constituer son armée personnelle et se désigna comme porteur de la Nouvelle.

Imaginez un peu. 25 loirs. Peignés et décorés comme à la parade, ayant passé plus de six mois à concevoir boucliers et armures, comme casques et épées pour aller, en groupe serré, affronter le terrible Sables, le Dévoreur de Gens, l’Ensablé, l’Eternel et son double de l’Envers, le Djinn Selbas.

Le Grandiose, terrible et impertinent Sables se trouvait alors dans son jardin à mâchonner une pomme. Et fut bien surprit de les voir tous se rapprocher.

Tag dit alors :

« Sables ! Par décision unanime du groupe de Loirs, nous te destituons de ta condition de chef. »

Sables, clignant des yeux, observa cette foule figée prête à en découdre. Soupira, se releva. Et époussetant son pantalon toujours poussiéreux, hocha la tête.

« A dire vrai, ça commençait à me fatiguer. » Se justifia-t-il peu après. Une fois les Loirs remis de leur Déception et Tag retranché dans ses quartiers, dans toute son amertume de n’avoir pu prouver sa valeur d’héroïsme.

En guise de punition, puisque la perte de son titre ne semblait pas l’émouvoir plus que cela, Sables passa donc aux mains des Cerfs en Mai 1990.

Et ce fut très bien ainsi.

Comment perçoit-il L’Envers ? —

Pour tout vous avouer, même la Grande Rouge évite de s’empêtrer dans ses dunes et reconnait humblement (de ce que nous pouvons traduire de ses quelques halètements et grognements) ressentir, d’après ses mots, un petit malaise à la vision du Djinn Selbas.

Fort heureusement pour beaucoup de monde ici, le dessiner ou s’y laisser plonger seul, permet à Sables de ne pas trop envahir la Maison de son gigantesque désert implacable.

Quel est son avis sur les adultes/enfants ? —

Tout se peint.

Pensées en l'air


Ne peut dormir seul – A été chef des Loirs – Comme beaucoup de ceux qui ont eu ce titre, est passé chez les Cerfs – Nous demandons pardon aux Cerfs – aime l’odeur de l’essence – ainsi que celle des pommes fraiches – Subit parfois un léger à-coup voire un malaise comme il respire une odeur un peu rouillée – Peint avec tout ce qu’il trouve – Ecoute aux murs – Pardon, écoute les murs – Toujours ailleurs – aime les insectes – se trouve d’ailleurs toujours un ami insectoïde – pleure quand il voit des fleurs dans des vases – Collectionne les chemises à motifs étranges – Quenotte dit « de mauvais goût » - Raconte énormément de contes – Persuadé que Dieu est un bébé grandissant au sein de la Terre qui finira par accoucher, détruisant cette dernière, pour rejoindre le pays des Dieux Géants – Est toujours plein de sable – N’a aucun souvenir de sa vie avant la Maison si ce n’est qu’il était parfois accompagné d’un homme appelé « Père » - Porte des robes indifféremment des pantalons – Marche souvent pieds-nus – Tient particulièrement à son carré blond – Toujours souriant – Vous êtes tous trop mignons – Tombe facilement amoureux mais ne l’exprime jamais – Tombe facilement tout court – Ne comprend pas pourquoi parfois les gens ont peur de lui – Ramasse les dents de lait – Tout disposé à faire des tresses – Considéré comme un Paradoxe – Porte des bijoux confectionné par les plus petits – Adore d’ailleurs les colliers de pâtes – Adore les dattes – Allergique à l’eau de mer – Devrait peut-être porter des lunettes – Déteste viscéralement les carottes.

Fragment d'Âme

Allure stricte. Quoique dégingandée. Vêtements sur mesure. Port de tête négligé. Peau parfaite. Regard éloigné. Cheveux dorés aux filaments de cuivre. Mains aux ongles rongés. Ni petit ni grand. Ni beau ni laid. Ni repoussant ni attirant. Peut-être attractif. Ce n’est pas vous qui tournez autour de lui. C’est lui qui vous observe. Marche dans vos pas – littéralement. Posant ses pieds sur les dalles que vous foulez. Ce comportement est débile. Peut-être autiste. Il vous met mal à l’aise. On ne sait pas s’il étudie. On ne sait pas qui sont ses amis. Dans cette haute société fermée qu’est la Maison, il est passe-muraille. Se coule dans les failles des discussions. A un mot pour tout. Des phrases pour rien. Et ça ne veut rien dire. Il a un sourire d’ailleurs aux lèvres. Il exhale un parfum étranger. Il semble avoir touché du doigt tous les pays du monde. S’extasie sur un fouloir cramoisi au cou d’une jeune Cygne. La complimente. Vante sa silhouette. « Vous êtes comme un cactus ». La fille s’étrangle. « Votre beauté est dangereuse. Votre charisme interdit les frôlements. Les garçons se piquent à vos charmes. Mais votre bouche est humide d’eau pure. Elle en sauverait plus d’un. Et il y a dans vos yeux des fleurs royales. Elles tardent à éclore. C’est pourtant le bon temps lunaire. Vous vous sentez retardée ? » On ne sait pas si c’est du lard ou du cochon. Il vous répondrait qu’il est presque végétarien. Une exception faites pour le jambon. Mais ça a du sens. Pas celui que vous attendiez. Vous vous moquez de lui. C’est plus simple. Il s’en fout. Vous n’atteignez pas le seuil du crétinisme. A peine celui du trou noir. Vous êtes une molécule vacante. Perdue dans la masse de l’univers. Vous lui faites pitié. Avec toute son affection.

Pour les romantiques il est rêveur. Pour les colériques il est agaçant. Pour les amoureuses il est inaccessible. Pour les passionnés il est inspirant. Pour les artistes il est éthéré. Pour les poètes il est beau. Pour les musiciens il est inconnu. Pour les intellectuels il est dépaysant. Pour les philosophes il est intéressant. Pour les sportifs il est pathétique. Pour les hommes il est efféminé. Pour les enfants il est émerveillant. Pour les femmes il est sage. Pour les inconnus il est fou. Pour son père il est inexistant.  

Sables n’est que le reflet de lui-même. Commun dans son originalité. Par désir d’être différent. Ou par simple ignorance. Il ne semble intéressé que par son art. Sans être bon en cours. Sans être particulièrement génial. Il est fascinant dans son désintérêt poli. Dans ce narcissisme inconscient. Cette bulle personnelle où il se calfeutre. Il a des phrases qui n’existent que dans les livres chiants. Des pensées intellectuelles et philosophiques. Des avis sur tout. Des certitudes sur rien. Il peut parler de Dieu comme d’un ami. Ignorer le nom du président des Etats-Unis – Oh diable, il est aux USA ?! Il considère la vie comme une œuvre respectable. Imparfaite mais fascinante. Il se détache du lot. Est un pestiféré pour la société actuelle. Mais attire néanmoins le regard. Ses pensées sont simplistes. Hors de portée. Incompréhensibles. Communes. Il a un mode de fonctionnement automatique. Ne joue aucun jeu. Aucun rôle. Il est juste amusé par le monde qui l’entoure. Paradoxal dans sa lenteur. Son immobilité presque constante. Amusé et blasé.

Le Début du Conte



Il était une fois, un jour parmi les jours du Dieu Endormi, où les hommes et les femmes s’en allèrent peupler le désert. Emportant avec eux le bétail et la marmaille, ils laissèrent les derniers mener les premiers paître sur les pâturages que la sécheresse délaissait. Un soir, surveillant le crépuscule, un enfant accompagné de sa chèvre s’enfoncèrent plus loin dans les dunes et au plus fort de sa soif, se mettant à la traire, le garçon fit tomber sur le sable une goutte de lait. Avant que la goutte ne s’évapore, l’innocence qu’il apportait, sa détresse et son amour, firent naitre du sable un esprit bienveillant.

Il apparut au milieu des humains, la peau craquelée de terre et la crinière aussi dorée que le sable, son père. Si différent des hommes et des femmes qui l’entouraient, que ces derniers s’en méfièrent et voulurent le repousser. Mais l’esprit était serein et les enfants, confiants, s’en vinrent jouer avec lui. Avant l’aube, la magie de l’esprit leur avait apporté des dattes, du miel, du pain et du lait comme rarement ils en avaient bu et goûté. Rassurés, ils emmènent l’esprit sous leurs toiles et le nommèrent Selbas.

Selbas était bon, mais Selbas était jeune.

Il ne comprenait pas la mort, la douleur et le désespoir. Il ne pouvait expliquer la jalousie, la concupiscence et l’envie. Mais au gré des histoires de ce peuple chassé par d’autres, il comprit que la bienveillance seule ne résisterait pas aux attaques. Un matin, son sable vint former une cité de pierres rouges, aux maisons solides et aux portes de toiles, surplombées d’une tour que l’esprit s’en vint posséder. La Cité se rendit invisible aux voyageurs et aux tribus alentours. Longtemps on la chercha sans la trouver. Longtemps on voulut y entrer. Mais seuls les fils et seules les filles des premiers hommes et des premières femmes du peuple de Selbas purent y vivre et prospérer.

Les siècles passèrent dans la mortalité des Hommes mais l’esprit était là, caché dans sa tour, veillant au bien-être de ceux qui le nommaient Djinn. Il calmait les tempêtes, découvrait les oasis et amenait jusqu’à eux les bêtes et les plantes dont ils devaient se nourrir. Chaque soir, on dansait et chantait pour le Djinn et chaque soir l’esprit s’endormait, souriant d’avoir fait le bien.

Vint à naître une enfant, la plus belle d’entre toutes. Avant de marcher, elle savait danser. Et avant de parler, elle savait chanter. On la nomma Ayesha.

Exquise et intelligente, elle savait raconter les contes comme aucune femme et était brave comme aucun homme. Elle grandit comme une fleur, s’épanouit telle une étoile, et fut la première à entrer dans la tour de la Cité car le Djinn l’adorait.

Elle était pour lui son enfant, il était pour elle son prince, et jamais on ne vit Selbas plus heureux. Mais le Djinn se lamentait.

« Ayesha, tu grandis et tu seras à un autre. »

Mais Ayesha riait et le grondait.

« Je suis à toi comme tu es à la Cité. Et je le resterai. »

Les jours passaient, l’enfant devenait femme, et sa fierté d’être protégée l’empêchait d’être raisonnable. Peu désireuse de suivre les ordres, certaine que le Djinn lui pardonnerait, elle quittait chaque jour la Cité pour découvrir le désert.

Les femmes lui disaient :

« Ayesha, tu es trop intrépide. »
Et Ayesha répondait : « Le fennec l’est aussi, mais il n’est pas jugé. »

Les hommes lui disaient :

« Ayesha, tu n’es pas docile. »
Et Ayesha répondait : « Le dromadaire l’est aussi, mais il n’est pas jugé. »

Les enfants lui disaient :

« Ayesha, tu es trop curieuse. »

Et Ayesha répondait : « L’éléphant l’est aussi, et ne l’a jamais regretté. »

Un jour, dans son implacable déraison, Ayesha eut envie de dattes. Et quitta la Cité dès l’aube pour pouvoir en trouver. Arrivée à l’oasis le plus proche des dunes familières, elle s’en vint fouiller les arbres, grimpant à leur tronc pour en faire tomber les fruits. Penchée sur le sol, chantonnant de plaisir, elle ne prit garde où elle se trouvait.

Car l’Oasis était la demeure d’un roi redoutable.

La voix si pure de la jeune fille attira ce dernier, sous la forme d’un scorpion presque aussi gros que quatre mains d’hommes réunies. Fils ainé d’une Déesse, effroyable et gourmand, il s’approcha de cette beauté pure en claquant ses pinces de plaisir.

« Des millénaires que je vis dans ce désert et seulement 11 épouses pour me satisfaire. Voilà une compagne de choix pour mes jours amers. Elle est vive et jeune, saura chanter pour moi. » Et avant qu’Ayesha ne se retourne, c’est au talon qu’il la piqua.

Aussitôt le Roi Scorpion emporta son âme sous le sable du désert. Et l’on ne découvrit le corps qu’au crépuscule.

Selbas en devint fou. Hurlant et tempêtant, il déclencha des montées de sable qui manquèrent d’ensevelir sa Cité. Il veilla le corps trois jours et trois nuits sans s’apaiser, repoussant la putréfaction et le temps de sa magie pour mieux la préserver. Au matin du quatrième jour, Selbas se mit à murmurer :

« Cela ne peut être ainsi, et cela ne sera pas. » Laissant le sable creuser jusqu’à la demeure souterraine de son vil, il guida chaque grain jusqu’à la niche conjugale. Et voyant là l’âme éternelle de sa précieuse jeune fille alanguie sur des coussins chamoirés, l’en arracha avec brutalité pour la ramener au royaume des Hommes dont il était lui-même le souverain.

On apporta du fil et des aiguilles pour mieux rattacher Ayesha à son enveloppe corporelle. Et ouvrant des yeux éperdus sur sa seconde chance, ce fut en pleurant qu’elle se jetta dans les bras de son Djinn qui venait de la sauver.

La leçon, ainsi, aurait dû être donnée. Mais c’était sans compter sur la possessivité maladive du nouvel époux.

Faisant fi du bonheur de Selbas comme de celui d’Ayesha, le Roi Scorpion s’en vint aux portes de la Cité, accompagné d’une armée de semblables qui changèrent le désert en amas noir et grouillant.

Sifflant, le Roi ordonna :

« Qu’on me rende mon épouse, car le mariage fut consommé ! Tu n’as pas à jouer de la Vie et de la Mort. Ce n’est pas notre loi !»


Mais Selbas ne répondit pas.

« Alors que l’eau soit nauséabonde et que ton peuple boit l’eau croupie des citernes ! »

Le peuple se lamenta des jours entiers dans la sécheresse grandissante. Mais veillant Ayesha dans sa tour, toujours cloîtrée, Selbas ne broncha pas.

« Alors que la poussière de tes terres se change en poux et en moustiques. »

Et le peuple se tordit des piqûres et des morsures, des maladies que les bêtes apportèrent avec elles. Mais caressant Ayesha dans sa tour, toujours fermée, Selbas ne sembla pas les entendre.

« Alors que le bétail meurt et qu’il n’ait plus rien à manger que les racines des broussailles aux portes de ta cité. »


Et le peuple gémit de mourir de faim, griffa la terre à la recherche d’insectes et de plantes pour ne pas trépasser. Mais embrassant Ayesha dans sa tour, toujours protégée, Selbas ne sembla pas les remarquer.

« Alors que ton peuple sorte et que mes scorpions les cueillent comme les fruits trop mûrs à la fin de l’été. »


Et tous furent silencieux.

Alertée par ce spectacle qui la prit comme une cinglante gifle, Ayesha sortit de son mutisme pour se griffer les joues de détresse. Peinée, désemparée, ce fut vivement qu’elle se mit à repousser le Djinn, s’accablant de reproches tout en le fustigeant.

« Ton peuple est mort. Ton peuple s'est plaint. Et pour moi tu t'es refusé à les protéger. »
« Mais tu es ma famille et tu m’as été rendue. Rien n’aurait de sens sans ma jolie Ayesha. »
« Ne comprends-tu qu’après ton peuple c’est toi qu’il attendra ? Que c’est toi qu’il finira par saisir, comme il a saisi ceux que tu aimais ? »
« Mais il n’y a que toi que j’aime désormais. Comment pourrais-je te laisser t’enfuir quand de te savoir loin de moi me donne envie d’être une ombre ? »

Lasse de ne pouvoir faire entendre raison au Djinn, Ayesha acquiesça. Caressant ses cheveux d’or et son visage de sécheresse. Attendit que la nuit vienne et qu’enfin, la Lune emporte le Djinn dans sa somnolence paisible.

Là, elle embrassa sa joue. Là, elle laissa ses jambes courir. Et là, à l’insu de tous comme d’elle-même, Ayesha l’innocente descendit de la tour, franchit la tour et s’en alla rejoindre celui qui l’avait volée.

A son réveil, Selbas demeura seul dans le sable.




Dans le silence de la pièce, il y eut un toussotement un peu gêné, aussitôt suivi d’un reniflement aussi contrarié que pitoyable. Les yeux levés vers Sables, occupé à dessiner sur le mur comme à son habitude, la troupe d’enfants de toute communauté, au nombre de dix, demeurèrent les bras-ballants, un peu chafouin de cette histoire. On leur avait promis un conte avant dodo, et voilà tout ce que ce Diseur de la maison pouvait leur refourguer ?

« C’est nul. »
« Pis le Scorpion c’est un connard. »
« Et pourquoi la fille elle est pas partie avant ? »
« J’ai rien compris. »
« C’était obligé, dit, que l’histoire se termine mal ? »

La main de Sables se figea. Et tournant lentement son visage sceptique vers ses témoins, ce fut à voix basse qu’il formula, sincèrement :

« Parce que vous en connaissez qui terminent bien, vous ? »






Oxford, Mai 1982

Mon cher Marcus,

Je te remercie pour ton dernier message et j’espère te revoir bien vite à mes côtés. Depuis l’incident à Dubaï et le témoignage que nous avons acheté de cette secrétaire horripilante, j’ai bien réfléchi à ton idée. Il est vrai que Julian s’avère être un peu spécial mais vois-tu, il y avait si longtemps que je n’avais pas rencontré un enfant de son genre, si vif et si agréable, toujours prompt à s’amuser, qu’il se pourrait bien, il est vrai, que j’ai essayé de nier en moi une part de cette vérité.

En juin prochain, il fêtera son sixième anniversaire et de le voir ainsi grandir m’attriste mais, tout doit échapper un jour et si je regretterais sa présence à mes côtés, il faut bien que je trouve un moyen de le laisser s’en aller.

Je n’arrive malheureusement pas à mettre la main sur une solution appropriée et plus délicate qu’envers les autres. Si je me rappelle, tu m’avais mentionné un de tes contacts, aux USA, disposant d’une Maison qui pourrait l’accueillir. Veille à ce qu’il soit bien traité.

Et si tu peux m’en trouver un autre, disons, 3 ou 4 ans, je t’en serais gré. Tu sais que je n’aime pas être seul trop longtemps.

Sois discret.

Ton bon ami de toujours.


Gregare Lawd.




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Richter
Ven 1 Sep - 23:17
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Brèche
Sam 2 Sep - 0:03
Re-coucou. Okey la fin on dirait la fin d'un épisode de série qui te donne envie de secouer ton écran en hurlant "la suiiiite". C'est toujours chouette de voir ce perso, de lire le conte du djinn et d'Ayesha et pfiou ça fait du bien. Welcome back. love



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Feu/Brèche par Fantôche
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Moustache
Sam 2 Sep - 0:18
Re-bienvenue
Il est là le fameuse sablotin !

Je suis bien content de voir à nouveau cette tête blonde, j'ai hâte de voir la suite sois sûre que je lirais les rp de ce petit. **



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Sables
Sam 2 Sep - 0:19
hiii vous êtes des amours et oui sables grandit petit à petit *fière* je suis ravie qu'il plaise et j'ai hâte de commencer à rp. je vous adore merci !
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Raspoutine
Sam 2 Sep - 0:50



Tu es validé

Grands dieux madame, on l'attendait ce Sables. Mais je n'étais pas prêt à faire face à ta prose sur ce coup là. Elle est toujours surprenante, souvent fascinante, et ça n'a pas manqué, j'ai été emporté. Une vraie vague, de mots. DES DUNES. De mots. Je suis ravis d'avoir pu lire cette fiche, et d'avoir l'honneur de la valider, pour te faire entrer dans notre petit comité de porteurs de ramures :D.
Sables reste une énigme malgré cette fiche, aussi insaisissable que les grains de poussière auxquels il doit son nom- poussière des montagnes broyées, dont les hauteurs n'ont qu'à pâlir de celles où culmine l'esprit de Julian. Tu nous présente là un mystère captivant, en disant tant et plus sans pourtant déshabiller Sables (encore heureux *sors*) de son étrange aura. Délicatement singulier, vaguement effrayant, doux, éthéré et inexplicable : c'est tout ce que m'évoque ton Sables, tout magnétique, et frustrant dans son évanescence. Ou plutôt ou petite part du tout. Il attire et il crée un malaise, il est riche d'idées, de surprises, et pourtant simple aussi. IL EST VIVANT ? MADRE DE DIOS
Bref, Sables est un réussite. Malgré son avatar
Tu peux donc être fière de ton bébé, et plus encore, de ta prose (sérieux l'histoire(sérieux le nom(sérieux la psycho(SÉRIEUX LA VIE LE MONDE LES CARRES BLONDS POURQUOI)))), car voici venu l'ère nouvelle, l'âge des miracles, celui des SABLES.




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Sables
Sam 2 Sep - 10:42
*danse de joie sous cette pluie de compliments*

un GRAND MERCI raspoutine ! je viendrais donc dormir sur ton torse velu chef bien aimé avec plaisir !
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Fantoche
Sam 2 Sep - 11:14
Il est beau Sables. Il est fascinant
- et je sais pas pourquoi, mais ton histoire me rappelle une des nouvelles de Lovecraft-

Et puis, la coupe au carré.
Le carré aura raison de La Maison. ♥




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Sables
Sam 2 Sep - 11:25
wow sacré compliment que d'être comparée à une nouvelle de lovecraft ! .... même si j'ai jamais rien lu de lui je sais je vais aller me jeter dans le trou tout seul...

merci fantoche, je te fais des bisous copine cerfs !
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