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L'Envers
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La Rouge
Sam 24 Juin - 3:49




Automne 1992


La Nuit la plus Longue.

Les couloirs se succédaient sans jamais se ressembler, uniques dans les dessins et slogans qui les recouvraient. A un croisement, l’on pouvait lire quelques vers sans suite, bien vite recouverts par d’autres. Plus bas trônait tristement un poème sur l’exquise beauté des saules pleureurs, agrémenté de quelques représentations hâtives de leurs branches effrangées. Pour la plupart anonymes, ils se succédaient à d’autres phrasés pleins d’esprit où l’on enjoignait untel à copuler avec un autre, lorsque l’on n’insultait pas les génitrices qu’ils savaient pourtant tous ne pas posséder en ces lieux. Dans une verve davantage artistique bondissait du mur un buffle colossal effritant la peinture à lui seul. L’été toucherait bientôt à sa fin, emportant avec lui son lot de départs et d’incidents étouffés. On recouvrirait à nouveau les inscriptions qu’ils s’empresseraient tous d’apposer à nouveau, reprenant leurs droits sur les lieux.

Trompe-L’œil les gratifierait une fois encore d’une créature de son invention comme de tant d’autres graffitis inventifs et on oublierait les disparus dans le retour d’une liesse générale. Scénario répété, mise en place huilée. L’année dernière avait pour ainsi dire été le théâtre d’un calme olympien, n’ayant à déplorer que deux fugueurs et quelques cris.

Engelure s’interrompit dans son analyse des évènements, interloqué par les lueurs furtives se tordant aux tréfonds du couloir de l’étage. Quelques noctambules y avaient dressé une tente de fortune équilibrée à l’aide de balais et composée de draps à la propreté douteuse. Attirés par le claquement de sa béquille, deux Rats et un Loir s’extirpèrent à la hâte de leur installation de fortune. Tirade et Crachin grincèrent à l’unisson d’un rire conjoint. Mysore n’eut qu’un pauvre sourire fébrile, le saluant d’un signe de paix où l’on pouvait discerner la phalange manquante à son pouce.

« Regardez qui s’est échappé de sa volière ! » Pesta Crachin dans l’infernal claquement de son appareil dentaire. Tirade réprima une réplique probablement cinglante, tiraillant les pointes violacées de sa chevelure rêche. Mysore tritura ses innombrables bracelets, hésitant un instant à l’inviter se joindre à leur partie de cartes.

Il se fendit, pour finir, d’un énième sourire aimable, l’air absent et parfaitement désintéressé de la situation.

« Tu devrais regagner ton dortoir. » Chuchota-t-il, si discrètement qu’il était pratiquement impossible de saisir ses propos. « Avant qu’Elle arrive. »

L’évocation suffit à faire frémir Engelure qui s’éloigna en claudiquant, balbutiant un piètre remerciement à l’intention du Loir tandis que les Rats s’enhardissaient déjà de son sort tout en moquant allègrement les rougeurs de son nez.

Engelure s’éloigna, suffisamment pour étouffer leurs bruits. Il lui sembla pourtant n’avoir jamais avancé, le couloir s’étirant en une langue obscure et infinie. Bientôt, sa béquille percuta une pierre, manquant d’aplatir une limace près de sa chaussure. La Forêt s’élevait sous ses yeux, pénombre vivante soutenant les murs, délitant les portes sous le poids des racines et feuillages. Un pas supplémentaire et sa canne s’embourba dans un marasme terreux. Engelure dut se rendre à l’évidence. Il n’était pourtant pas sorti, ne s’était aucunement glissé jusqu’aux bayous et le voilà pourtant au cœur des bois. Vif et agité de spasmes horrifiés, il s’enfonça plus loin, détalant dans les fourrés sans un regard pour sa patte folle.

Frémissement de moustaches dans sa course éperdue, le ventre écartelé de sauvages papillons. Les autres l’avaient pourtant prévenu, défendu de sortir, de s’aventurer hors du dortoir protecteur et des rêves confinés.

Mais la curiosité, l’envie vorace de découvrir La Rouge s’était faite plus pernicieuse.

Le voilà désormais en fuite, galopant de ses pauvres pattes, semant la piste des prédateurs. Des hyènes qui, à ses trousses s’étaient élancées. L’une ricanait, l’autre postillonnait allègrement. Il sut alors qu’il était perdu, jusqu’au lendemain si l’horloge daignait reprendre son cours.

La Maison l’avait happé indistinctement, emportant avec elle les éveillés dans son fantasque ouragan fantasmagorique.

Et tandis que les hyènes se rapprochaient, flairant l’odeur âcre de sa peur, quelque chose, dans le noir, gronda d’appréciation.


L’Envers de La Maison.


La Maison, de par son influence, vit au travers des êtres qui la peuple. De la même manière, ils la composent, lui offrent force et vitalité, croient en elle, la nourrissent. La Maison est grande, infinie, va au-delà de ses propres murs, terre de mystères et d’imaginaires incarnés. Comme chaque pièce a son envers, La Maison également possède le sien.

L’Envers de La Maison se manifeste aux heures les plus sombres. Loin d’être systématique, ce phénomène prend place régulièrement. Certains le subissent, d’autres attendent sa venue. D’autres, en symbiose avec La Rouge, ont la capacité de s’y rendre quand bon leur semble. L’Envers n’a pas de limite, pas de forme préétablie. Lorsqu’il s’éveille, c’est souvent par l’allure de La Forêt. Parfois, c’est un terrain vague. Pour d’autres, quelques ruelles ou routes désertiques, décharges et autres lieux incongrus. On s’y rend en connaissance de cause et du danger qu’il représente.

Dans L’Envers, l’on devient ce que bon nous semble, parfois bien involontairement, animal, plante, vent ou poussière. Crainte comme idéal. L’Envers est un miroir, une page blanche ouverte sur nos peurs, désirs et subtilités de l’âme. Chaque expérience dans L’Envers est unique, chaque vision que l’on y a d’autrui se fait changeante. L’Envers nous rend notre vrai visage, se marque à nos entrailles en expériences viscérales.
C’est un rêve, un fantasme où se perdre. Un cauchemar à craindre et respecter.

L’Envers est personnel à chaque personnage, qu’il soit enfant ou adulte. Certains y sont plus sensibles que d’autres, tantôt fascinés, tantôt effrayés. Notez qu’il est possible d’y être blessé, par vos camarades comme par les visions et créatures qui y rôdent. Plus la crainte de L’Envers est grande, plus il est aisé d’y être malmené. Personne n’est cependant jamais à l’abri et La Maison est impitoyable, même avec les plus fidèles.

Il existe plusieurs accès à L’Envers, dépendant du degré d’influence que La Maison a sur votre personnage.





Les Sauteurs
– Capables de basculer dans L’Envers comme bon leur semble, ils y trouvent un refuge, un monde fascinant à explorer. Souvent intimement liés à La Maison, ils regroupent les enfants y évoluant depuis leurs plus jeunes années, les plus sages et éthérés. Ceux qui, imprudents, savent écouter les murs. On dit que certains d’entre eux seraient à tout jamais restés dans L’Envers, craignant leur départ au point de devenir partie intégrante de La Maison. On dit désormais qu’ils apparaissent la nuit, errant dans les couloirs sous des formes plus ou moins variables. Peut-on seulement encore les en extirper… ?

NB : Il est parfaitement possible pour un adulte d’être Sauteur, plus particulièrement pour ceux travaillant depuis longtemps dans La Maison et ayant voulu se mêler au folklore des enfants. Par ailleurs, un Sauteur peut décider quand bon lui semble de ne plus se rendre dans L’Envers et ne le subira plus que lors de certaines occasions inévitables. Ils peuvent également perdre la capacité de Sauter suite à quelques désillusions et autres évènements les brouillant avec La Maison.

Les Tombants
– L’Envers les happe maladroitement, sans qu’ils ne l’aient demandé pour la plupart. Sensibles à La Maison, ils ne se plient pas encore tout à fait à sa volonté. L’Envers les surprend, parfois, lors de promenades nocturnes dans les couloirs. Parfois, ils s’en languissent, enviant les Sauteurs et les priants de les emmener dans leurs voyages. Ils représentent une grande partie des occupants de La Maison et voyage dans L’Envers avec moins d’aisance que les Sauteurs. Pour certains, il s’agit d’une véritable torture. Si L’Envers les happe, c’est aussi L’Envers qui les chasse.

Les Effacés
– Presque insensibles à l’influence de La Maison, ils sont en grande partie composés d’adultes, travaillant en ces murs depuis peu ou ne se mêlant guère des racontars infantiles. Certains Cygnes fraichement débarqués s’affichent également dans leur incompréhension des lieux et, par conséquent, leur incapacité à se laisser submerger, même accidentellement, par La Maison. Ils sont souvent les parias, ceux que l’on dédaigne. Ceux qui, encore accrochés à leur vie précédente, arrivés à un âge avancé et l’esprit trop ordonné pour saisir l’essence de La Rouge.  Lors des manifestations incontournables de L’Envers, néanmoins, ils assisteront à, en plus d’une panique générale, quelques visions flouées et cryptiques des choses qui leur échappent mais se font, pourtant, bien présentes.

Si les enfants échangent au sujet de leurs expériences dans L’Envers, c’est toujours discrètement, comme on évoque des actes intimes. Envers les adultes, ils resteront cryptiques, silencieux. Un adulte désirant s’ouvrir à cette partie de La Maison devra s’attirer la confiance des enfants pour mieux s’infiltrer dans leur univers.


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